Si le monde ne marchait pas un peu sur la tête, l’éruption volcanique qui vient de submerger l’Italie devrait enfouir sous ses cendres non seulement la caste politico-journalistique au pouvoir, mais aussi son corollaire et complice obligé (et obligeant) : les instituts de sondages.
Non seulement les sondeurs transalpins ont merdé grave en surestimant tout au long de la campagne l’impact de leurs chouchous de centre gauche, mais ils ont continué de le faire allègrement après le scrutin en publiant des résultats qui, comme on dit à la télé, se sont « avérés faux », voire complètement faux.
Voilà ce que nous en disaient, sous le titre « Le centre gauche donné nettement en tête aux élections en Italie »,  les correspondants romains de l’Agence Reuters hier à 16h, soit une heure après la fermeture des bureaux : « La coalition de centre gauche emmenée par Pier Luigi Bersani dispose d’une avance de plusieurs points sur le bloc de centre droit de Silvio Berlusconi dans les deux chambres, selon deux sondages à la sortie des urnes diffusés après la fermeture des bureaux de vote lundi après-midi en Italie. Un sondage de la chaîne Sky situe le centre gauche à 34,5% à la chambre basse et à 37% au Sénat, devant la coalition dirigée par Berlusconi, qui serait à 29% à la chambre des députés et à 31% au Sénat selon le même sondage. (…) Un autre sondage réalisé par téléphone par la RAI situe lui aussi le centre gauche en tête avec six points d’avance sur le bloc de Berlusconi à la chambre basse. ».
En réalité, le différentiel Bersani-Berlusconi à l’Assemblée ne sera finalement que de 125 000 voix et de quatre sièges au Sénat. On rappellera que traditionnellement les sondages « sortie des urnes » sont considérés comme les plus fiables de tous. Hihihi.
Au passage, les mêmes instituts ont copieusement sous-estimé, comme ils l’avaient fait durant toute la campagne, le score du Mouvement Cinq Etoiles de Beppe Grillo en le situant –après le scrutin, hein !- à 19% des voix alors qu’il en obtiendra finalement 25, 5% c’est-à-dire plus que le propre parti de Bersani, qui n’obtient sa majorité relative au Parlement qu’en alliance avec d’autres formations de gauche … Comme Berlu se présentait lui aussi en coalition, le M5S de Beppe est aujourd’hui, signalons-le au passage, le premier parti d’Italie. Amici sondeurs, pourquoi ne voyez-vous rien venir ? À force d’honnir le populisme, auriez-vous perdu de vue le popolo, son ras-le-bol généralisé et ses intentions de vote malséantes ?
Conséquence cocasse de la bévue des sondeurs, la fulgurante flambée de la Bourse de Milan qui, avant de se replier en catastrophe dès le début de soirée, gagnera très provisoirement 3,5% dans l’après-midi d’hier parce que, comme le dit Reuters, « les marchés financiers ont salué la victoire du centre gauche lundi après-midi ». Les boursicoteurs qui votent à gauche, quand je vous dis qu’on marche sur la tête…
Enfin, je ne vous cacherai pas mon plaisir à la lecture du plus délirant des commentaires post-électoraux . Il n’a pas été fait par un sondeur, mais par un politique. Et pas tôt dans l’aprèm, mais bien plus tard dans la soirée, une fois la tendance effective connue de tous. Figurez-vous que le Premier Ministre sortant qui a littéralement explosé en vol avec seulement 10% des voix, s’est estimé « très satisfait » de son résultat. Avec un sens pareil des réalités, Mario Monti ferait un excellent candidat pour présider la Commission de Bruxelles.

*Photo : Niccolò Caranti.

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