Ce numéro n’était pas encore en kiosque que sa « une » faisait déjà jaser sur les réseaux sociaux : pour nos détracteurs, montrer une publicité australienne pour le burkini surmontée du logo antifasciste « No pasaran » relèverait au mieux du blasphème, au pire de l’incitation à la guerre civile. Or, si guerre il y a, hors poussées de djihad, celle-ci est essentiellement culturelle et ce n’est pas nous qui l’avons déclarée.

Même si « on n’est pas un traître, un salaud ou un vendu-aux-barbus parce qu’on est hostile à l’interdiction », ayons conscience que « ce n’est pas, ou pas seulement, pour faire parler d’eux que des maires ont décidé d’interdire le burkini, mais pour répondre à la demande sourde de leurs administrés qui, depuis Nice, expriment de diverses manières la même opinion, ou le même sentiment : ça suffit ! Assez de complaisance ! Arrêtons de céder du terrain ! » à l’islamisme, fût-il non violent, explique Elisabeth Lévy. À l’instar de Marcel Gauchet, interrogé dans nos colonnes pour le plus grand bonheur d’Edouard Louis, notre directrice de la rédaction voit un bras de fer s’engager entre la culture française d’une part, portée par des citoyens de toutes obédiences, et la mouvance islamiste qui cherche à gagner du terrain à coups d’accommodements déraisonnables.

Le souci, c’est que nos gentils apôtres du multiculturalisme ne conçoivent pas une seconde pareille épreuve de force, empêtrés dans un irénisme naïf faisant de l’immigration et de culture de l’Autre une chance inouïe. Une telle complaisance ne rend pas service aux musulmans patriotes, sincèrement désolé des attentats et des atteintes à l’identité française perpétrés au nom de leur religion, comme l’a vérifié Bertrand Pasquet dans un reportage auprès de la « communauté ». Quelques millions de musulmans Français que Jean-Pierre Chevènement, également interviewé dans ce numéro, a toujours considérés comme des citoyens de plein droit, ultramajoritairement acquis aux valeurs républicaines. Maintenant ses propos sur la nécessaire discrétion des musulmans, le nouveau président de la Fondation des œuvres de l’islam invite tous les Français à accomplir leur « djihad laïque » en se conformant aux lois qui régissent le sacrosaint vivre-ensemble hexagonal depuis plus d’un siècle.

Mais le burkini n’est pas seulement un vêtement, c’est un défi lancé à la France, cible désignée de l’Etat islamique sur le plan guerrier mais également des Frères musulmans sur le font culturel, argue Régis de Castelnau, fervent avocat d’une laïcité de combat. D’ailleurs, même chez les plus dévots, à l’image des jeunes catholiques participant aux Journées mondiales de la jeunesse, la multiplication des revendications victimaires d’un islam violent, auquel on doit l’assassinat du prêtre de Saint-Etienne-du-Rouvray, provoque un sentiment de révolte légitime quelles que soient les homélies lénifiantes du pape François. Charlotte Amadis, notre envoyée spéciale aux JMJ de Cracovie, nous décrit le traumatisme des catholiques de France, las de tendre la joue à leurs bourreaux barbus.

Pourtant, dans les médias mainstream, le petit train-train du « pas d’amalgame » poursuit son bonhomme de chemin, selon Ingrid Riocreux, experte en enfumage médiatique et animatrice du blog Causeur La Voix de nos maîtres, que j’ai eue le plaisir de lire et d’interviewer sur le conseil du toujours avisé Basile de Koch (qu’il en soit remercié sur plusieurs générations… lisez « le moi de Basile », Jalons vous le rendra !).

Après une brève incursion en mer Noire, où les deux anciens frères ennemis Poutine et Erdogan scellent leur rapprochement, sous l’œil expert de Luc Rosenzweig, notre numéro vous fera rencontrer nos amis les bêtes. Pour Elisabeth Lévy, aimer les animaux n’empêche nullement de manger de la viande, n’en déplaise aux végans. « On peut aimer les animaux et les manger. Ce qui est certain, c’est qu’on ne peut pas vivre avec eux, les nourrir, les soigner, les protéger et in fine les tuer si on ne les aime pas. », plaide notre chère guide suprême, rejointe par Fabrice Hadjadj et l’éleveuse-chercheuse Jocelyne Porcher dans sa critique de l’antispécisme. Si l’on en croit le philosophe Francis Wolff, interrogé dans ce numéro, cette idéologie découle d’une conception puérile de l’animal, confondu avec la personne humaine, en déconnexion totale avec la Nature et l’histoire des hommes. Attention, je vois certains visages pâlir comme un plat de quinoa : amis végétariens, ne zappez pas, Paulina Dalmayer vous représente avec brio. « La production de viande à l’échelle industrielle conduit à la chosification des bêtes et à la déshumanisation des humains », conclut notre plume de choc. Jugement que ne démentiront pas la plupart des contributeurs au dossier « Restons humains, mangeons de la viande », choqués par les vidéos de mauvais traitements dans les abattoirs.

De la ferme à la culture des nourritures de l’âme, il n’y a qu’un pas de côté. Et comme nous ne faisons jamais rien comme nos concurrents, Jérôme Leroy vous a concoté un florilège des classiques à (re)lire, Balzac au premier chef. Hors actualité, Thomas Moralles pilote les voitures d’écrivains, dont la légendaire Jaguar de Sagan cependant qu’Elisabeth Lévy et votre serviteur arpentent le pays de Pasolini. Dans sa ville de Pordenone, au nord-est de l’Italie, le romancier transalpin Alberto Garlini nous a accueillis avec une gentillesse extrême, revenant sur son chef Les noirs et les rouges (Gallimard, 2014, traduction de Vincent Raynaud) et l’histoire tumultueuse de la botte. Pour terminer sur une note rigolote, le comédien Maurice Risch, jeune homme de soixante-treize printemps, retrace son immense carrière, promenant sa bouille de nanars (Mon curé chez les Thaïlandaises, Le Führer en folie) en films d’auteur (Truffaut, Blier, Pascal Thomas…).  Moteur !

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