S’il y a un bien un mot démonétisé (pour reprendre l’expression d’Aragon), c’est « République ». En son nom prospèrent théories, anathèmes, revendications, péroraisons, invocations d’à peu près tout ce que ce pays compte d’esprits creux. « République » est le schmilblick de notre temps, joker universel qui permet de compléter n’importe quelle phrase un peu vague. Mais l’unanimité qu’il suscite justifie qu’on regarde un peu sous le tapis, rien que pour être désagréable.

Les politiciens qui se rengorgent à l’évocation des immortels principes de la République française seraient bien incapables d’en donner une définition intelligible : du reste, personne ne la leur demande. Elle semble aujourd’hui se limiter à une synthèse du fatras idéologique gauchiste ambiant, c’est-à-dire une niaiserie universaliste balbutiée par des gens qui semblent ne jamais avoir entendu parler de Karl Marx, lequel se serait aimablement décommandé à la vue de cette fausse générosité sans frontière.

Demeure en tout cas cette inconnue sémantique : la République française. Il semble que la meilleure définition soit la suivante : volonté de faire participer le peuple tout entier à la chose publique. Autrement dit, la République, c’est quand plus personne n’a le droit de se foutre éperdument de la politique.

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