La Banque centrale européenne (BCE) joue un rôle clé dans la survie de la monnaie unique. En manipulant les taux, elle permet aux États de continuer à assurer le service de leur dette, qui apparaît de moins en moins comme un problème.


Christine Lagarde a célébré ce 1er novembre son premier anniversaire à la tête de la Banque centrale européenne (BCE). Mais l’heure n’était pas à la fête. Les mesures de restrictions et de confinement se mettent en place partout en Europe, et laissent augurer une dégradation de l’activité économique au quatrième trimestre. Fin octobre, la BCE a déclaré qu’elle annoncerait de nouvelles mesures de soutien à l’économie le 10 décembre. La plupart des économistes anticipent un relèvement de l’enveloppe du programme d’achats d’urgence lié à la pandémie (PEPP) de 500 milliards d’euros (après avoir augmenté de 750 à 1.350 milliards d’euros en juin).

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La présidente de la BCE encourage les États à dépenser sans compter, ce qui est finalement peu surprenant de la part de l’ancienne ministre de l’économie de Nicolas Sarkozy qui aura réussi l’exploit en seulement quatre ans (2007 à 2011) d’augmenter la dette publique de 500 milliards d’euros. Pour sa défense, la crise des subprimes est passée par là, mais elle avait été largement sous-estimés par la ministre. Ne déclarait-elle pas en novembre 2007: «La crise de l’immobilier et la crise financière ne semblent pas avoir d’effet sur l’économie réelle américaine. Il n’y a pas de raisons de penser qu’on aura un effet sur l’économie réelle française» ? Ses compétences d’ancienne championne de natation l’auront sans doute aidée à surnager dans cette crise, pour se retrouver propulsée à la tête du FMI. Quoi de mieux qu’une professionnelle du barreau pour remplacer DSK au pied-levé, empêtré dans ses ennuis judiciaires liés au scandale du Sofitel? Directrice générale du FMI, elle opère un changement de braquet (confirmant l’adage que la fonction fait l’homme, ou la femme) en exhortant les pays à réduire leur endettement public et réaliser des économies, estimant même que la dette publique accumulée par les pays riches approche des niveaux atteints en «temps de guerre». Une fois présidente de la BCE, elle retourne sa veste (sur laquelle elle épingle une petite chouette dorée) en incitant à la dépense publique. La chouette est censée représenter la sagesse et la prudence mais, au vu de son parcours, la girouette paraît plus appropriée.

Un remède pire que le mal

En revanche, il y a un point sur lequel elle affiche une véritable constance: c’est son engagement pour la cause des femmes, plaidant pour une économie plus féministe: «Les institutions financières doivent donner l’exemple, et promouvoir la féminisation de l’économie en général, car c’est bon pour la croissance mondiale.» Cette femme de pouvoir convaincue que la féminisation des instances dirigeantes des banques s’accompagne d’une diminution des risques financiers, va même jusqu’à dire: «Si Lehman Brothers s’était appelée “Lehman Sisters”, la situation des banques en 2008 aurait été bien différente.» Une déclaration qui doit laisser Alice Coffin admirative.

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Alors si des femmes dirigeantes auraient pu éviter la crise de 2008, Christine Lagarde veut être celle qui empêchera la disparition de l’euro. La BCE joue en effet un rôle clef dans la survie de la monnaie unique en manipulant les taux afin de permettre aux États de continuer à assurer le service de leur dette qui apparaît de moins en moins comme un problème. La politique monétaire permet ainsi aux États de gagner du temps, et du temps il en faut, la mise en place du plan de relance budgétaire de l’Union étant longue et fastidieuse. Voté l’été dernier, les fonds ne devraient pas être disponibles avant l’été prochain.

La BCE continue d’administrer un remède pire que le mal, à savoir une politique de taux bas alimentant la dette, pénalisant les épargnants et alimentant des bulles. Christine Lagarde hulule: «il n’y a pas de limite à notre engagement pour l’euro», repoussant toujours plus loin les limites en termes d’injections de liquidité et de monétisation de la dette publique, à tel point que son prédécesseur Mario Draghi (l’homme du «whatever it takes ») fait désormais pâle figure. Avec cependant le risque d’un éclatement qui sera encore plus brutal, et où le risque de contagion sera plus difficile à maîtriser que la propagation du virus. Et cette fois, il sera difficile de blâmer le manque de diversité au sein des instances de gouvernance comme cause de dysfonctionnement du système.

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