Alors que tout est surveillé, de la drague lourde à la « junk food », une chose échappe curieusement à toute interdiction: la procréation. L’édito d’Elisabeth Lévy.


L’une des passions les mieux partagées par les êtres humains consiste à se mêler de la vie de leurs contemporains. Si possible en édictant des flopées d’interdits et de sanctions afférentes à leurs violations. Il suffit d’allumer sa radio ou sa télévision pour entendre un expert sommer nos parlementaires de voter un texte prohibant telle substance nocive ou tel comportement répréhensible ou dangereux, comme conduire une vieille bagnole, utiliser des sacs en plastique ou zyeuter les seins des filles dans la rue. Oublions ici les pétitions et autres mobilisations destinées à faire disparaître du paysage tout point de vue sortant un tant soit peu des clous, qui sont l’objet de notre dossier.

Fumer, baiser, manger tue

Cette frénésie de la réglementation et du contrôle, qui autorise tout un chacun à se faire le médecin, le prêtre ou le nutritionniste de son prochain, se déploie tous azimuts, mais avec une prédilection particulière pour les domaines du sexe et de la nourriture. Ainsi est-il régulièrement question d’interdire le sel, les bonbons ou la « junk food ». Ou d’instaurer des cours de bien-manger à l’école dans l’espoir que les enfants rééduqueront leurs parents en leur jetant leurs surgelés à la figure. Comme nous n’avons pas non plus droit à l’amour tarifé ou à la drague lourde et que les élèves se verront bientôt proposer des cours de consentement, peut-être devront-ils aussi montrer à leurs géniteurs ce qu’est le bien-baiser. Qui ne rêverait d’une humanité délivrée de ses vices. Vous et moi – ce n’est pas rien.

Beaucoup de ces règles, comme l’interdiction de conduire bourré ou, que Muray me pardonne, de fumer dans les bars, sont certainement salutaires dès lors qu’elles contribuent à civiliser les rapports sociaux. Mais chez certains, que l’on croise souvent dans le milieu associatif, convaincre leur prochain de mener une vie saine, écologique, sans gluten ou sans tabac devient une croisade personnelle. Aussi n’hésitent-ils pas à vous pourrir la vie pour vous la rendre meilleure.

Elles vont faire des bébés toutes seules

Curieusement, il est un domaine de l’existence

Article réservé aux abonnés

60 % de l’article reste à lire…

Pour poursuivre la lecture de cet article Abonnez-vous dès maintenant.

ABONNEMENT 100% NUMERIQUE
  • Tout Causeur.fr en illimité
  • Le magazine disponible la veille de la sortie kiosque
  • Tous les anciens numéros
3 €80par mois
Octobre 2018 - Causeur #61

Article extrait du Magazine Causeur

Lire la suite