On nous dit que les origines ne comptent pas et qu’on peut tout aussi bien naître sans père. Et pourtant, le commerce des tests ADN est florissant. Le nouveau monde cherche ses racines. 


Il m’arrive de me laisser bercer par le ronron des chaînes-info, voire de m’assoupir devant – je sais c’est plouc. C’est donc dans un demi-sommeil que je crois avoir vu, une nuit, passer sur l’écran une publicité pour les tests ADN commercialisés par la société israélienne MyHéritage. Cela m’en a rappelé une autre où l’on voit Stéphane Bern vanter les mérites d’un site de généalogie – « Vos origines vont vous étonner ». Certes la généalogie à l’ancienne, même dopée par le numérique (qui permet d’explorer des milliers de documents d’état-civil), fait figure d’aimable passe-temps à côté de l’industrie en pleine expansion qui propose aujourd’hui à tout individu de savoir quel pourcentage de sang aztèque, ashkenaze ou mongol coule dans ses veines. La vogue de l’une et de l’autre témoigne en tout cas de la force de passions que le progressisme du XXIème siècle (peut-être faudrait-il parler de néo-progressisme) croyait avoir éradiquées et qui resurgissent avec la force du refoulé : celle des origines et celle des races.

« Trouvez de nouveaux parents » 

Depuis le 17 avril, on peut donc commander un kit pour 59 euros : « Dévoilez vos origines ethniques et trouvez de nouveaux parents avec notre test ADN », promet le site de MyHeritage. On l’a appris à l’occasion d’un piratage, l’entreprise possède un fichier de 92 millions de clients. Et aux Etats-Unis, de nombreuses sociétés, tout aussi florissantes, proposent le même service. Le succès du business de l’ADN montre aussi au passage, le génie du capitalisme pour tirer profit des désordres qu’il contribue à installer.

On pourrait s’étonner d’une acclimatation si rapide, alors que nous nous employons depuis des siècles à nous affranchir des déterminismes biologiques. Il y a quelques années, Nicolas Sarkozy faisait scandale en proposant d’utiliser les tests ADN pour vérifier les liens de parenté des demandeurs d’asile. Certains croyaient même avoir définitivement congédié la nature, tandis que chacun était invité à se ré

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Septembre 2018 - Causeur #60

Article extrait du Magazine Causeur

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