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Michel Berger : 30 ans qu’il s’en est allé dormir au Paradis blanc

Un chanteur qui a transcendé ses blessures intimes

Michel Berger : 30 ans qu’il s’en est allé dormir au Paradis blanc
Michel Berger dans l'émission "Transit" sur TF1, le 8 avril 1982 © ROCHE/TF1/SIPA

L’année 2022 marque le trentième anniversaire de la mort de Michel Berger, décédé le 2 août 1992 à Ramatuelle. Artiste de génie, ses chansons traversent le temps, à l’instar de « Seras-tu là ? », cette ballade au piano, déchirante et nostalgique, qu’il a écrite après sa brutale rupture avec Véronique Samson, en 1972. Sophie Bachat lui rend un tendre hommage…


Michel Berger est mort il y a trente ans, d’une crise cardiaque suite à une partie de tennis, à quarante-quatre ans. J’en avais vingt-quatre, et Michel Berger, à l’époque, je n’y comprenais rien, je ne lui avais pas trouvé de place dans mon Panthéon. France Gall, pour moi, c’était la France Gall des « Sucettes » de Gainsbourg, pas celle de « Babacar ». Trente ans plus tard, je voudrais réparer cette erreur, en lui rendant hommage et – pourquoi pas ? – s’il m’entend de là-haut, lui dire « Quelques mots d’amour ».

Gainsbourg et Berger : Un duo de légendes

Il y eut, dans la chanson française, un avant et un après Berger. Comme il y eut un avant et un après Gainsbourg. Oui, j’ose la comparaison, la petite France Gall a rendu Gainsbourg célèbre : « France m’a sauvé la vie, j’étais un marginal et grâce à elle, je suis devenu connu » dit d’ailleurs le grand Serge dans une formidable archive de l’INA de 1979. Gainsbourg et Berger – dont le point commun est bien sûr France Gall – sont tous les deux au piano, à chanter des extraits de chansons qu’ils ont écrites et composées pour France : « N’écoute pas les idoles » ou « Ma déclaration ». L’un avec sa douce mélancolie et son accent des beaux quartiers, l’autre, toujours le sourire en coin et le cynisme en bandoulière.

Et puis Serge dit à Michel, comme une funeste prémonition : « Rendez-vous en 1999, quand tu auras vingt ans de carrière comme moi, moi, je serai six pieds sous terre ». En 1999, ils seront tous les deux six pieds sous terre…

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Michel Hamburger, dit Michel Berger, est né avec une petite cuillère dans la bouche, d’une mère pianiste et un père professeur de médecine, qui fut le premier à mettre au point des greffes. Mais, soi-disant atteint d’amnésie, le père se fait la malle. Première déchirure dans ce ciel apparemment sans nuages. En réalité, la mort a toujours plané sur la famille Hamburger. France Gall a affirmé dans une interview :  « Michel a attendu toute sa vie la mort de son frère et de sa fille ».

En effet, le frère tant aimé meurt en 1982 d’une sclérose en plaques, et Pauline, la fille qu’il a eue avec France Gall, qui était atteinte de mucoviscidose, meurt en 1999, Michel souhaitait-il partir avant d’assister à l’inacceptable ?

« Pour me comprendre, il faudrait l’aimer plus que moi, mais je n’y crois vraiment pas »

Les blessures font les génies et Berger, comme s’il savait qu’il n’aurait pas le temps, que la faucheuse l’attendait, lui aussi, prématurément, entame une course infernale. À quinze ans, il est directeur artistique, écrit des albums qui ne marcheront pas. Mais en 67, il rencontre Véronique Sanson, et ils écriront ensemble les merveilles que nous savons, notamment le grand album, « Amoureuse », sorti en 72. « Et je me demande si cet amour aura un lendemain ? » chante Sanson. Elle y mit fin elle-même à cet amour. Un beau jour, elle dit qu’elle va acheter des cigarettes, et s’envole pour les Etats-Unis avec le chanteur américain Stephen Stills. Personne ne savait où elle était. Nicoletta – qui était dans la confidence – m’a elle-même confirmé l’anecdote.

Berger ne s’en remit jamais, et Sanson regrettera amèrement son geste. Alors, ils communiquent par chansons interposées, toutes plus déchirantes les unes que les autres : « Seras-tu là ? », « Pour me comprendre ». « Pour me comprendre, il faudrait l’aimer plus que moi, mais je n’y crois vraiment pas », chante Michel.

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Bien sûr, cette histoire d’amour, fauchée en plein vol, a été mythifiée, romanticisée et idéalisée par l’absence, mais la midinette que je suis profondément veut y croire. Les histoires d’amour les plus belles sont toujours celles qui se terminent avant l’inéluctable gâchis.

Entretemps, Berger invente un son, le sien, cette espèce de swing mélancolique, écrit l’opéra rock « Starmania » qui eut le succès phénoménal que nous savons, fait connaître Tennessee Williams à la France entière par l’intermédiaire de Johnny.  Il faut se dépêcher, avant le fatal 2 août 1992.

Et moi, en 92, je n’avais pas encore compris « qu’aucune musique au monde ne saura remplacer quelques mots d’amour ».


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