La scène se déroule le surlendemain de la tragédie dans un restaurant niçois avec une vue imprenable sur la Baie des Anges ensanglantée. Une association historique y tient sa réunion annuelle de sortie. Comme on pouvait s’y attendre une minute de silence est de rigueur. Suit une Marseillaise chantée à pleins poumons. Tous les clients du restaurant se lèvent sauf une table encore enjouée malgré l’ambiance pesante. Obstinément assis, ils continuent leurs agapes, cigarettes aux lèvres et le rire sonore. A la fin de l’hymne national, ils sont pris à partie. Leur réponse offusquée fuse : « Laissez nous tranquille avec vos conneries ! » L’insulte aux morts a failli déclencher un pugilat heureusement évité. Qui étaient-ils ? Peu importe même s’il y avait un militaire parmi les convives imprudemment hilares. Comme si rien ne devait déranger leur soirée. Le loisir avant tout et contre tout. La Marseillaise était peut être trop guerrière pour eux, trop engagée. Auraient-ils aimé un autre chant ? Un chant réputé de « paix » et louant les peuples, l’Internationale par exemple ? Possible.

L’anecdote mérite que l’on prenne un instant pour se souvenir de ce qui s’est passé entre le 13 novembre et le 14 juillet. Dans ce laps de temps, quelle fut notre principale préoccupation à nous Français ? La lutte contre le terrorisme ? Aucunement. Se disputer autour d’une dérisoire loi travail et pratiquer nuitamment l’utopie, voilà ce qui a attiré notre attention et concentré toute notre énergie nationale. Qu’avons nous vu en effet ? Des syndicats égoïstes prêts à user les forces de l’ordre jusqu’à la corde, treize manifestations rien qu’à Paris en plein état d’urgence ! Des « penseurs » intolérants ânonner des bréviaires marxistes que l’on croyait disparus au sein d’un mouvement baptisé Nuit debout. Et gare aux complices du capitalisme qui auraient voulu s’immiscer dans leurs chapelles en carton ! On se souvient de l’expulsion honteuse d’Alain Finkielkraut par ces ayatollahs du verbe léniniste. Y a-t-il eu un seul atelier improvisé consacré au terrorisme ? Non.

Sur la place de la République, les autels, fleurs, dessins et bougies déposées en hommage aux victime des barbares d’Allah ont été même piétinés et recouvertes par le funeste drapeau rouge. Pire encore, nous avons assisté à une violence sans nom se déchaîner contre policiers et gendarmes, ceux-là mêmes qui constituent notre dernier rempart contre la folie meurtrière. On se rappelle de cette voiture de police en feu défendue par un courageux policier. Certains ont même poussé l’ignominie jusqu’à attaquer l’hôpital Necker où était soigné l’enfant de Jean-Baptiste et Jessica, les deux policiers lâchement assassinés la veille par un autre soldat de Daech. Honte à eux aujourd’hui encore plus qu’hier.

Le gouvernement n’est pas exempt de reproches. La classe politique dans son ensemble aussi. Qu’ont-ils fait de leur côté ? Nous avons assisté à un pitoyable débat sur la déchéance de nationalité qui s’est soldé par un retrait du texte proposé. L’union nationale fut brève et en carton pâte. Au lieu d’intensifier sa lutte contre le terrorisme, le président et ses ministres ont ensuite concentré toute leur ardeur à défendre une loi travail devenu inintelligible à grands renforts de 49.3 et autres coups de menton. Quelle combattivité dans l’arène politique ! Mais en dehors ? Si peu, hélas.

J’aurais tant aimé que nous mettions autant de rage et d’engagement au service de la lutte contre le terrorisme. J’aurai tant aimé que sur les places qui ont entendu tant de fadaises d’un autre âge, la parole et la réflexion servent à comprendre ce qui nous arrive et réfléchisse aux moyens d’en sortir. J’aurai tant aimé que l’ardeur guerrière des casseurs soit mise au service de ceux qui luttent sur le terrain contre l’hydre islamiste plutôt que de ravager la capitale et d’autres villes de France. J’aurai tant aimé que nos dirigeants affirment vraiment leur autorité contre l’ennemi sournois et maléfique qui assassine nos enfants plutôt que de se complaire dans un fatalisme défaitiste.

En France, nous aimons les anniversaires. Il en est un qui doit nous faire réfléchir, celui des 80 ans du Front populaire. A travers livres et revues, quelques images en sont ressorties dont celle des premiers congés payés. Heureux moment s’il en fut, suivi par la pire des tragédies que connut la France, la défaite de 1940. Souvenons nous qu’alors nous avions déjà cédé à une certaine forme d’indifférence joyeuse avec les conséquences que l’on sait. Nous étions en retard d’une guerre. Aujourd’hui, nous sommes sans doute en retard d’un siècle. Peut-être même nous trompons-nous d’époque. Attention.

Attentats de Nice et Saint-Etienne-du-Rouvray, par magazinecauseur