Des policiers inspectent l'intérieur du camion utilisé par Mohamed Lahouaiej Bouhlel (Photo : SIPA.00764442_000004)

J’ai peut-être l’air con, avec ce titre, mais j’assume. Ma guerre se passe essentiellement derrière mon Mac, mais c’est la guerre. C’est ma guerre, ce sont mes morts. Le fait que je ne l’aie pas déclarée n’y change strictement rien. Quand l’un déclare la guerre à l’autre, les deux sont en guerre. Je préfère passer pour Tartarin que jouer les Trissotin[1. Merci à Pierre Joncquez pour l’analogie.], comme Christiane Taubira qui juste après le carnage publie un long pensum en prose sur Facebook, mix malséant de Sully Prudhomme et d’Antonin Artaud avec cuistreries humanistes à volonté. Extrait : « Quelles fêlures faut-il à l’esprit pour faire éclore cette démence démentielle, chez l’homo sapiens sapiens, homme qui pourtant sait qu’il sait. De quelles fureurs anciennes et nouvelles, familières ou inédites, matées ou rétives, gronde ce monde où l’hystérie nourrit l’hystérie ! »

Le problème avec cette femme, ce ne sont pas ses bégaiements pour un massacre. Après tout Twitter et Facebook regorgent de poètes, d’humoristes et de dessinateurs citoyens du dimanche. Le problème, c’est que cette femme est sur les starting-blocks pour incarner MA censée gauche à la présidentielle. Si j’ai le choix au premier tour de 2017 entre Duflot, Mélenchon, Autain et Taubira, je fais mon alyah dès janvier vers Portofino ou La Havane.

Je vous ai parlé en premier des obscénités de Taubira, j’aurais aussi bien pu commencer par celles des télés intervieweuses de cadavres en direct, notamment celles du service public. J’ai vu un mot d’excuse de France Télévisions pour ses horreurs déontologiques niçoises. Je n’ai pas encore vu de licenciement pour faute grave, ni même de demande de mise à pied, comme pour notre notre ami Clément Weill-Raynal dans l’affaire du Mur des cons, il y a trois ans.

A décharge de France Télévisions, il y a eu cette fois plus obscène, et ce fut bien sûr sur BFM. Edition spéciale dès le samedi matin depuis la Prom’. Pourquoi pas ? Mais quel irresponsable de l’antenne a eu l’idée d’y inviter l’épouvantable sociologue salafophile, Raphaël Liogier, expert en excuses multicarte pour qui l’adjectif « islamogauchiste » (que je n’aime pas trop, mais bon) semble avoir été créé sur mesure ? Pour Liogier, l’acharnement de Daech sur la France est lié à l’intolérance des Français, seuls en Europe, par exemple à s’offusquer de la mode islamique.  Pas de burkini, pas de paix ? Fume, c’est du Liogier !

Note pour les démocratistes enfiévrés : je ne suggère pas ici qu’on fasse taire Liogier, qu’on le prive de sa chaire, ni même qu’on l’exclue des antennes. Mais qu’on cesse de lui demander à tout bout de champ, de tout expliquer quand il ne cesse de tout excuser, comme disait Valls à Vincennes (à qui on reprochera seulement d’avoir mis tous les chercheurs dans sa charrette de Catalan énervé). Puisque je parle de Manolo, obscènes, là encore, les sifflets et les cris de « Démission ! » qui ont fusé de la foule ce lundi matin sur la Prom’. On a du adorer ça du côté du Califat.

Obscène aussi la question d’une journaliste de France Inter qui a demandé ce matin en substance à un « expert » si la solution au problème ne relève pas de la politique sociale plutôt que du sécuritaire[2. Rassurez-vous, je n’écoute pas France Inter, c’est ma cheffe bienaimée Elisabeth Lévy qui s’impose quotidiennement, pour la cause, cette corvée matinale. Elle en a du courage.] Jusque quand ce genre d’antilibéralisme préhistorique (et aussi anti-historique, by the way) servira-t-il de grille pavlovienne de lecture à la gauche de service public ? Comme le fait remarquer mon camarade Laurent Bouvet sur sa page Facebook : « Si la rapidité à mettre en cause le capitalisme était la même à l’égard de l’islamisme au sein d’une certaine gauche, m’est avis qu’on y gagnerait beaucoup. » Pas mieux !

Obscène encore, le retour à la normale, décrété sur toutes les chaînes généralistes dès le lendemain ! Le deuil national, c’est lundi, en attendant, on va pas vous gâcher les vacances, hein. Rigolade et gaudriole à tous les étages, après tout, la « barre psychologique » des 100 morts n’a pas été franchie. Ce malaise-là, l’excellent Maurice Merchier le raconte bien mieux que moi sur votre site préféré. Merci à lui.

Obscène encore les âneries proférées à chaud, à tiède et à presque froid par les candidats à la primaire de l’UMP (oui, je sais que leur raison sociale a changé, mais peu importe). Le bazooka de Guaino, les yakas de Juppé, les faukon de Fillon, les Moi-Président de Sarko, ce n’est plus une primaire, c’est une folle enchère. Qui proposera en premier le rétablissement de la peine de mort pour les kamikazes ?

A noter, ouf, dans une revue généralement classée à droite, la Revue des Deux Mondes, qui retrouve ces derniers mois une belle jeunesse, une excellente réaction à chaud, énervée but proportionnée, de Valérie Toranian. Un extrait : « La démocratie est prise en otage par les terroristes. Ils connaissent trop bien nos prudences, nos précautions, notre embarras, notre crève-cœur à assumer un État fort. Mais doit-on encore à la fois dire qu’on est en guerre et continuer à refuser toutes les conséquences que cela implique ? » Valérie, vous avez raison !

Parallèlement obscènes, les pudeurs à nommer l’ennemi dans la gauche ou l’extrême gauche tradi. Un comportement autruchien dont on a hélas pris l’habitude au fil des années. Mais non, halte là, moi je ne m’y ferai jamais. Et je le dis et je le redis à tous mes amis de gauche horripilés par cet aveuglement, ne baissez pas les bras, tannez vos dirigeants, vos élus, vos syndicats, vos associations. Un point « clivant » mais paradoxalement rassembleur peut nourrir cette campagne de harcèlement démocratique : exiger que l’ensemble de la gauche arrête toute relation politique avec les islamistes ou leurs faux-nez. Il ne viendrait à l’idée de personne à gauche de faire meeting commun avec Civitas ou avec la LDJ. Et bien le même traitement doit s’appliquer au CCIF, à Marwan Muhammad, ou à Tariq Ramadan. Rupture du jeûne ? Non, rupture des relations !

Dans cet océan pluriel de guimauve excusiste, Big Up à André Gérin, l’ancien député-maire PCF de Vénissieux. Sur son blog, mon ami André qui rappelons-le, fut à l’origine de la loi anti-burqa, trouve, un peu seul, les mots justes du moment. Extrait : « Oui, je le dis et le redis haut et fort, la France est gangrenée par l’islamisme. Le moment est venu d’ébranler nos certitudes ainsi que nos dérisoires et ridicules querelles politiciennes.

La réponse doit contenir les moyens sans précédent que nous devons consacrer pour réduire les risques d’attentats sur notre territoire, dans les années à venir. Car, nous le savons, l’ennemi est immergé au sein de la population de nos villes. C’est bien là le dilemme national auquel nous devons faire face. Il nous impose de le placer en tête de toutes nos priorités. » Bien vu, bien dit !

Obscène enfin, et deux fois obscènes ceux qui malgré l’évidence persistent à nier l’évidence. Ce lundi encore, on voit pulluler sur les réseaux des saletés de ce genre.

Faut-il rappeler à ces distraits que le carnage de Nice n’a pas été revendiqué par l’Etat Dépressif ?

 

Attentats de Nice et Saint-Etienne-du-Rouvray, par magazinecauseur

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Marc Cohen
est rédacteur en chef de Causeur.est rédacteur en chef de Causeur. Pilier du Groupe d’Intervention Culturelle Jalons, il a notamment été rédacteur en chef de "L’Idiot International ".