Angelina Jolie vient d’émouvoir le réseau mondialisé des quadras névrosés en osant révéler l’inavouable : elle a subi une double ablation des seins, une mastectomie, acte préventif contre le cancer du sein. La star hollywoodienne, connue en Lara Croft pulpeuse et intrépide, a déclenché l’admiration générale, des éditorialistes aux mères de famille, en affichant publiquement cette « décision difficile », que son mari Brad Pitt qualifie d’« héroïque ».  L’égérie transformée en briseuse de tabous explique qu’elle a choisi cette solution extrême car il existait avant l’opération un risque de 87 % qu’elle développe un cancer du sein et de 50 % un cancer de l’ovaire, en raison d’un gène défectueux (BRCA1), évoquant sa mère, foudroyée à 56 ans par le fléau. Si elle a écrit une tribune expliquant son acte dans le New York Times, c’est pour sensibiliser et encourager les femmes à accomplir la même démarche, bref à « avoir des couilles », mais plus de seins.
De son côté, Christine Boutin s’est moquée de la malheureuse actrice dans un énième tweet de mauvais goût. Loin de nous l’idée de nous faire l’avocat du diable et du manque de charité mais osons nous interroger : y aurait-il un zeste de vérité dans le gazouillement cynique de la chrétienne démocrate ?
Il y a en effet un sacré paradoxe à saluer comme du courage un acte qui n’est que l’expression d’une terrible peur de la mort.  Cette légitime angoisse humaine, trop humaine, et sa publicité disent quelque chose de notre époque. Par son acte préventif, Jolie se fait le symbole d’un certain malaise occidental vis-à-vis de la vie, d’un principe de précaution poussé à son paroxysme. Dans un monde sans utopie et où le deuil de Dieu est consommé, la peur de la mort et de la souffrance deviennent l’ultime référentiel d’égos déboussolés.  Désormais, la peur est l’aiguillon de toutes nos décisions. Une seule maxime guide l’action humaine : in dubio, pro malo : dans le doute, opte pour le pire. Or, la vie, c’est d’abord un corps qui souffre, des viscères et des maladies. C’est la possibilité de mourir. C’est l’imprévu.
En s’amputant les seins, Angelina Jolie fait passer un message simple : notre corps, ce fardeau naturel dont nous aimerions nous débarrasser pour gagner une liberté absolue (c’est-à-dire absoute de tout lien), ce corps est un obstacle à la vie. Coupons nous les seins, remplaçons nos cœurs par des boites en plastique, mettons des dentiers pour ne pas attraper de caries, faisons l’amour à des machines pour ne pas choper de MST, et mourrons un beau jour au bord d’un lac suisse, sans faire de bruit, par une douce injection létale, elle, risquée à 100%.

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