Les Assises des Bouches-du-Rhône, délocalisées à Aix-en-Provence, examinent depuis plusieurs semaines le dossier emblématique du triple assassinat commis fin 2020 à Châteauneuf-les-Martigues. Alors que le verdict était initialement attendu début novembre, le calendrier a pris du retard face à l’intensité des débats. Au cœur de cette audience sous haute tension, les accusations fracassantes lancées entre les bancs des prévenus ont fini par fissurer l’omertà traditionnelle du narcotrafic marseillais.
Des accusations choc au cœur du box des accusés
Procès du triple narchomicide de Marseille (Châteauneuf-les-Martigues), ce mercredi 4 novembre. On parle ici d’une affaire violente, qui touche à la brutalité du narcotrafic et à l’habituelle omerta qui règne usuellement sur ces situations. Fait étonnant : l’un des accusés, qui a fait l’objet de menaces de mort à la prison des Baumettes où il est détenu comme l’explique M6, est soudainement devenu un témoin à charge.
La rupture du pacte de silence est venue d’Ahmed Zakaria Bensaci, jugé avec d’autres, donc, pour un triple homicide sur fond de narcotrafic remontant à 2020. Sans ciller et malgré les risques évidents de représailles, ce mis en cause a réitéré devant la cour ses déclarations chargeant directement deux figures clés du dossier : Amine Oualane, qu’il désigne comme le tireur unique ayant abattu les trois victimes, et Karim Harrat (surnommé « Rantanplan »), présenté comme le commanditaire financier. « La personne qui a tiré, c’est Oualane, le commanditaire, c’est Karim Harrat, la personne qui a découpé le corps, c’est Malik Kariba », a-t-il affirmé sans détours, provoquant de vives altercations et des suspensions d’audience pour ramener le calme dans le box. De leur côté, les intéressés nient fermement toute implication et dénoncent un « acharnement » de l’accusation, indique BFMTV.
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La douleur des mères et l’écho de l’association « Conscience »
Ce basculement dans le comportement de l’un des accusés s’est produit dans la foulée des témoignages poignants déposés par les familles des victimes. Parmi les trois jeunes hommes tués par balle et retrouvés calcinés figurait Brahim Chabane (dont le corps a été retrouvé calciné dans une voiture), frère d’Amine Kessaci, fondateur de l’association « Conscience » qui milite contre les dérives du narcotrafic et accompagne les familles endeuillées. À la barre, la mère de Brahim et de Mehdi — ce dernier également abattu quelques années plus tard — a crié son désespoir face au mutisme initial des prévenus, déclenchant une onde de choc émotionnelle jusque chez les accusés.
Quand le narcobanditisme se heurte à ses propres contradictions
Pour les magistrats et les jurés d’Aix-en-Provence, ce déballage judiciaire lève un voile cru sur la sous-traitance cynique des règlements de comptes : exécutants d’une extrême jeunesse, télécommandage à distance et recours systématique à la calcination des véhicules pour détruire les traces ADN. Face à la lourdeur des peines encourues et au recoupement des preuves techniques (géolocalisations et messageries cryptées), l’illusion de la solidarité criminelle s’effondre en pleine audience publique. Le procès doit désormais se poursuivre jusqu’à la mi-novembre pour déterminer la responsabilité exacte de chacun dans cet engrenage sanglant.
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