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Hal, open the fucking door!

Le regard libre d’Elisabeth Lévy


Hal, open the fucking door!
Open AI.

Scandale. Un succès de la rentrée littéraire déclaré positif au contrôle anti-dopage ! Le roman C’était ça ou mourir de Thélyson Orélien est accusé d’avoir été écrit par l’intelligence artificielle. Elisabeth Lévy livre ses réflexions sur cette affaire vertigineuse dans sa chronique du matin. Nous vous proposons de l’écouter.


Qui est l’auteur de C’était ça ou mourir, un roman à succès : un écrivain ou une machine ? Ce livre a fait pleurer Robert Ménard et enthousiasmé la critique. Signé par l’Haïtien-Canadien Thélyson Orélien, il raconte les tribulations de Jonas Dorléon, un professeur de Port-au-Prince qui part s’installer au Canada. 35 000 exemplaires vendus, en lice pour les prix Goncourt et Renaudot : nous avons affaire à un roman sur l’exil bien sous tous rapports et à un auteur devenu la coqueluche de la République des lettres.

Hier, C’était ça ou mourir a gagné le prix du roman Fnac. Une heure après, le compte X « Balance ton Claude » balance une bombe : 100 % du livre aurait été écrit par l’intelligence artificielle. Ce résultat est fourni par un détecteur appelé Pangram, considéré comme fiable (l’équivalent d’un expert en tableaux, selon Le Figaro). Pangram a avalé le roman. Verdict : 100 % IA. Ce qu’on croit être d’agaçants tics de langage (comme le rythme ternaire, par exemple) tiendrait à des récurrences produites par des algorithmes.

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L’auteur a protesté, se disant évidemment victime de « haters » et de racistes – le contraire aurait été étonnant – et il a fermé son blog où les internautes allaient fouiner dans son travail. Le Figaro a passé ses travaux antérieurs à ChatGPT à la même moulinette Pangram : ces textes-là ont, quant à eux, été validés 100 % humain. Cela ne constitue pas une preuve, mais tout de même un indice troublant.

Même si le livre est écrit par une IA, l’émotion des lecteurs est bien humaine. Après tout, qu’est-ce que ça change ?

Qu’est-ce que ça change si ce Rembrandt est un faux ? C’est une rupture du contrat imaginaire entre un artiste et son public. L’œuvre n’est plus le message qu’un ami inconnu vous adresse, à travers les siècles ou les océans, mais une pure fabrication calculée pour vous plaire. Dans Le Figaro, le chroniqueur Samuel Fitoussi dit que «la lecture est un acte social», qu’«on a envie d’avoir accès à une autre subjectivité» – une subjectivité humaine, s’il faut le préciser.

Cette affaire pose des questions vertigineuses sur la destitution de l’homme. «Après Copernic, Darwin et Freud, voici la quatrième blessure narcissique: l’homme écrit moins bien qu’un ordinateur», disait récemment l’écrivain Frédéric Beigbeder. Quel est le propre de l’homme sinon le langage ? Si une machine sait fabriquer du beau, pourquoi ne pourrait-elle pas gouverner le monde ? Et nous foutre dehors dans l’espace, un peu comme Hal dans 2001 : L’Odyssée de l’espace ?

Ce qui fait peur n’est pas seulement que la machine écrive aussi bien qu’un humain, c’est qu’on ait besoin d’une machine pour faire la différence. Peut-être que ce n’est pas la machine qui écrit bien, mais nous qui lisons mal et nous contentons désormais d’une langue morte et d’émotions précalibrées : peut-être, autrement dit, que nous sommes de moins en moins humains. Et pas par la faute des machines.


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio

C'était ça ou mourir: Prix du roman Fnac 2026

Prix: 21,50 €

2 d'occasion et neuf disponible à partir de 17,50 €



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Fondatrice et directrice de la rédaction de Causeur. Journaliste, elle est chroniqueuse sur Sud Radio. Auparavant, Elisabeth Lévy a notamment collaboré à CNews, à Marianne, au Figaro Magazine, à France Culture et aux émissions de télévision de Franz-Olivier Giesbert (France 2). Elle est l’auteur de plusieurs essais, dont le dernier "Les rien-pensants" (Cerf), est sorti en 2017.

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