La disparition de la grande librairie Gibert dans ce quartier difficile de la capitale serait affligeante. Le groupe, en difficulté, licencie et pourrait vouloir se concentrer sur ses établissements du centre de Paris.
Il y a un peu plus de douze ans, une divine surprise avait atterri boulevard Barbès, à la Goutte-d’Or, dans le 18ᵉ arrondissement, au nord de Paris : une librairie-papeterie de 2 000 m² sur deux niveaux !
Il s’agissait de la fameuse maison Gibert Joseph, connue de tous les amoureux de l’écrit et de tous les chercheurs de livres d’occasion, permettant à la fois de mettre la main sur des ouvrages épuisés et de les acquérir pour un petit prix. Mais on y trouvait aussi de l’excellente papeterie, des rayons jeunesse aux maintes idées d’albums et de jeux, des DVD et des albums musicaux. Bref, un ensemble on ne peut plus réjouissant. Et, cerise sur le gâteau, dès l’entrée, un silence bienfaisant vous enveloppait tel un manteau d’apaisement, alors qu’il est devenu impossible d’entrer dans un restaurant, une boutique ou un endroit quelconque sans être immédiatement agressé par du bruit appelé de manière éhontée « musique ». Quand on habite ce quartier depuis si longtemps, une telle arrivée a été vécue comme un enchantement. J’y ai passé des heures à feuilleter, à commander, à trouver des pépites, aidée par un personnel particulièrement chaleureux et compétent.
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Liquidation judiciaire, personnel prévenu par la presse, fin du miracle : Gibert à Barbès va fermer ! C’était trop beau pour un quartier si défavorisé en matière de culture, pourtant si vantée par nos maires respectifs… Mais il est vrai que l’on préfère appeler « culture », aujourd’hui, tout ce qui va dans le sens du vent, mauvais dirait Verlaine, où, précisément, ce qui prévaut est le maximum de bruit. Ainsi, je me retrouve, d’un côté, à essayer de trouver avec les résidents de ce quartier, l’adjoint au maire chargé de la sécurité et les organisateurs du tournoi, une solution pour un événement considéré comme essentiel (à savoir l’ancienne CAN, Coupe d’Afrique des nations, rebaptisée la PAC, qui dure tout le mois de juin dans le square Polonceau et qui pose, entre autres, de très éprouvants problèmes de nuisances sonores) ; et, de l’autre côté, à désirer sauver cet endroit-cathédrale, unique dans le quartier par l’abondance de ses propositions (rencontres avec des auteurs comprises), par son silence si nécessaire pour choisir ses livres et parler avec les vendeurs, pour s’asseoir cinq minutes le temps de feuilleter une encyclopédie qu’on notera comme cadeau de Noël, pour faire sa liste de provisions comme on va au marché, car une librairie est un magasin nourrissant.
Outre sa disparition si affligeante et tellement en contradiction avec tous les discours vantant la culture à tour de bras, il y aura une défiguration supplémentaire d’un quartier qui n’avait vraiment pas besoin de cela. Pour faire place à quoi ? Un restaurant de burgers ? Ou une énième boutique d’informatique, de mobiles et de téléphonie en tout genre, alors que le boulevard en compte déjà par dizaines ? Gibert à Barbès, qui fermera à une date non précisée et qui est donc toujours ouvert, représente encore une exception culturelle qu’il serait souhaitable de défendre jusqu’au bout.
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