Dario, séduisant quadra parisien, pratique l’escorting à Paris depuis dix ans. Il revient pour nous sur son parcours de vie singulier, et balaie quelques clichés tenaces sur un métier qu’il a appris à aimer. Ses clientes déboursent 200€ de l’heure pour s’offrir ses services, et sont pour la plupart ignorantes de l’illégalité de leur démarche au regard de la baroque législation française. Entretien vérité.
Pierre des Esseintes. D’où viens-tu, quel est ton background?
Dario. Je suis un provincial monté à Paris à dix-huit ans pour vivre ses rêves.
Es-tu en train de les vivre en ce moment ?
Non. Mes rêves étaient plutôt liés à un projet professionnel que j’ai mené à bien, donc je n’y rêve plus aujourd’hui !
Je suppose que tu ne veux pas forcément qu’on en parle plus précisément…
Oui, c’est une activité un peu particulière, je préfère ne pas en parler.
Alors venons-en au sujet qui nous intéresse vraiment. Comment as-tu débuté dans l’escorting?
J’y suis arrivé sur le tard, par accident. J’ai dû gérer un divorce compliqué, des avocats, une pension, des trajets parce que mes enfants habitent loin de Paris… Il a fallu que je trouve une solution. J’ai une amie qui m’a avoué faire de l’escorting pour s’en sortir. Et je me suis dit que je pourrais bien essayer de le faire. Il fallait que je paie les frais d’avocat, près de quatorze mille euros, les trajets pour aller voir les enfants à six cents kilomètres, louer un toit pour les recevoir. Des coûts que je ne pouvais pas supporter avec mon activité… J’étais dans une impasse financière, et je voyais le mur arriver ! Il me fallait trouver une activité non seulement rémunératrice, mais qui me permette aussi d’avoir le temps, un week-end sur deux et la moitié des vacances scolaires, d’assurer mon rôle de père.
Tu t’es inscrit sur un site ?
J’ai dû passer une annonce, je ne sais plus sur quel site… Je me suis dit : on verra bien ! Rapidement, j’ai eu un retour. C’était un mari qui me contactait pour que je rencontre sa femme. Il travaillait en Afrique. Sa femme vivait en Normandie, et il voulait que j’aille la rencontrer sans qu’elle sache que j’étais escort ! Il fallait qu’elle pense que j’étais simplement libertin. Il m’a envoyé des photos. Elle ne correspondait pas du tout à mes critères ! J’ai proposé un tarif assez élevé pour ce premier rendez-vous, et ça a été validé. Donc du coup, c’était un vrai test. Je me suis dit : si ça fonctionne, on y va. Si je n’y arrive pas, au moins ce sera clair, je trouverai une autre solution. Il s’avère que ça a fonctionné ! Elle était très contente, son mari aussi… D’ailleurs, ils m’ont rappelé.
As-tu déjà eu des demandes très particulières ?
Sur le plan sexuel, non, pas vraiment. Mis à part quelques curieuses, qui fantasment sur les escorts, j’ai surtout des clientes qui sont en détresse sociale, qui ont des problèmes à gérer, qui n’ont pas de sexualité, qui sont encore vierges à un âge très avancé, qui ont subi des traumatismes, un manque de confiance, un décès… Mon activité va souvent au-delà d’un simple rapport sexuel. Mon activité se rapproche du social, du médical, de la psychologie, de la thérapie. Une femme qui a juste envie de pimenter sa vie sexuelle n’a pas besoin d’un escort boy. Les femmes ne viennent pas chercher quelque chose de fou, sexuellement. Après, ça pourra l’être pour elle, mais pour moi qui ai une grosse expérience, ça n’aura rien d’extraordinaire !
Parmi tes clientes, est-ce que certains profils reviennent fréquemment – par exemple des femmes d’affaires fortunées qui n’ont pas le temps de se chercher un amant ?
Parfois, on peut avoir des clichés sur les types de femmes qui font appel à un escort boy. Mais la réalité, c’est qu’il n’y a pas de profil type. Chacune vient avec son histoire, des besoins différents, certaines font un effort financier important (même si je ne prends pas très cher pour le service que je propose)… J’ai parfois des clientes de milieu populaire. Pour d’autres, l’argent a moins d’importance. En tout cas, les plus généreuses ne sont pas forcément celles qui ont le plus d’argent !
Et comment parviens-tu à être toujours performant ?
Pendant longtemps j’ai eu une appréhension, je redoutais la panne. Avec le temps et l’expérience, aujourd’hui, je sais qu’un jour ça peut arriver, mais ça ne me stresse plus. Je maitrise de mieux en mieux mon corps. Je ne jouis jamais avec mes clientes, ce qui me permet de garder une tension sexuelle permanente, et d’enchaîner les rendez-vous. Si vraiment c’est important pour la personne, je peux parfois faire plaisir, et du coup ça peut être compliqué si je rencontre, juste après, une femme avec qui j’accroche moins. Il faudra que je fasse plus d’efforts de concentration, d’imagination, pour pouvoir être performant.
Quand les femmes te demandent une éjaculation, demandes-tu plus d’argent ?
Non, ce que je vends c’est mon temps. Le service peut consister à prendre un verre, ou avoir un rapport sexuel, peu importe, c’est le temps qui compte.
Comment procèdes-tu lorsqu’une femme ne te plaît pas du tout ?
Il m’arrive de temps en temps, sur le chemin qui me mène à mon rendez-vous, de regarder un porno sur mon téléphone, avec un casque sur les oreilles, pour me conditionner (rires) ! Parfois, je me concentre sur une partie du corps, ou bien je pense à quelqu’un d’autre… On se raccroche à ce qu’on peut !
Est-ce que tu as une pilule bleue, au cas où, dans ta poche ?
Non, jamais !
Est-ce que tu souffres de la loi sur la pénalisation des clients ?
Pas du tout. Souvent, les femmes qui me contactent ne sont même pas au courant de cette législation. Je suis évidemment solidaire des escorts qui peuvent en souffrir, mais personnellement ça ne me concerne pas.
Tu serais favorable à une dépénalisation totale du travail du sexe en France ?
Oui, j’y serais favorable, avec un encadrement.

Qu’est ce que les femmes recherchent finalement chez un escort boy, selon ton expérience ?
Elles recherchent un homme performant. Elles sont très souvent déçues par les hommes qu’elles rencontrent dans la vraie vie, sur les applications… Avec un professionnel, elles se sentent plus respectées. Quand on rencontre une personne « dans la vraie vie », on ne sait jamais ce que l’autre veut vraiment. Les femmes ne se sentent jamais entièrement libres, elles ont toujours le souci de plaire. Avec moi, la relation est claire dès le départ, il n’y a rien à attendre de plus. Le rapport est beaucoup plus vrai, ça peut aller plus loin sexuellement parce qu’on baisse vraiment les armes, parce qu’on peut se lâcher sans avoir peur du regard de l’autre.
Je suppose que tu as appris beaucoup sur la sexualité féminine, depuis que tu pratiques cette singulière activité ?
Honnêtement, j’ai eu une très grande expérience avant d’être escort. La première fois que je suis allé en club libertin, j’avais dix-neuf ans. Je connais bien le Cap d’Agde, j’ai vécu de nombreuses relations… Je suis quelqu’un de sexuel. J’ai aussi beaucoup d’empathie, je suis très à l’écoute. Donc tout au long de ma vie, je me suis intéressé aux autres. Du coup, je n’ai pas l’impression d’en avoir appris tellement sur le plan sexuel. Mais j’ai appris beaucoup sur le plan humain.
Tu as des critères de sélection pour tes rendez-vous ?
Non, je rencontre tout le monde. Je n’ai pas de critères physiques d’âge, de religion, de couleur, ou quoi que ce soit. A partir du moment où les personnes valident mes conditions, et qu’elles me paraissent respectueuses, voilà, je ne me permets pas de les sélectionner sur d’autres critères.
Proposes-tu l’accompagnement sexuel pour les handicapés ?
Oui, je rencontre aussi ces personnes-là. Même si je suis rarement contacté pour ça. Mais plus je rencontre des personnes qui ont connu des difficultés dans la vie, plus j’ai envie d’être généreux avec elles. Je veux que ce moment soit le plus beau possible pour elles, qu’elles oublient qu’elles sont handicapées. Au-delà du rapport sexuel, je pense que je suis un mec plaisant et gentil, et je suis content de pouvoir leur offrir ça. Parfois c’est un peu compliqué, quand je rencontre une femme paraplégique par exemple… Il y a des rendez plus ou moins faciles, mais j’en sors toujours content et humainement plus riche.
J’imagine que ça doit être très compliqué pour ces femmes très vulnérables, de faire appel à un homme qu’elles ne connaissent pas, pour acheter un rapport sexuel…
Oui, elles peuvent avoir une appréhension par rapport au regard que je leur porte. Je dois toujours les rassurer.
Tu as déjà reçu des propositions amoureuses de la part de tes clientes ?
Oui, de nombreuses clientes m’ont fait comprendre qu’elles seraient prêtes à se mettre en couple avec moi. Ça ne m’intéresse pas. Je fais la part des choses…
Tu gagnes bien ta vie ?
Oui, très bien !
Tu es parfois contacté par des couples bi ?
Sur mon annonce, j’ai précisé que je n’ai pas de rapports sexuels avec les hommes. Malgré ça, je suis souvent contacté par des hommes seuls, des transsexuelles, des couples avec un homme bisexuel… Mais je demande aux gens de respecter mes choix. C’est vrai que si j’étais plus ouvert sexuellement, je serais beaucoup plus riche !
Que faudrait-il faire selon toi pour améliorer les conditions de travail des escorts ?
Personnellement, je ne me sens pas en danger. Le seul vrai problème pour moi, c’est le regard de la société. Je sais que ce n’est pas un métier comme les autres, mais il devrait être mieux considéré. Même chose pour les gens qui vont rencontrer des escorts, ils ne devraient pas être pointés du doigt. Chez les femmes, il y a différents types d’escorts : celles qui travaillent dans les bois, au coin de la rue, celles qui font des centaines de passes par jour pour peu d’argent, et les escorts haut de gamme qui voyagent beaucoup et qui vendent très cher leurs prestations. Toutes ne rencontrent pas les mêmes risques. Malheureusement, celles qui prennent la parole dans les médias, c’est rarement le haut du panier ! Si on se lance là-dedans parce qu’on n’a pas le choix, si on subit des contraintes, de la violence, c’est vrai qu’on ne va pas parler de ce métier en bien, ni avoir de la considération pour les clients ! Mais ce n’est pas la réalité de l’ensemble de l’activité. On devrait prendre en compte l’aide réelle que les femmes ou les hommes escorts peuvent apporter. Je ne dis pas ça pour enjoliver les choses. Des gens ont besoin d’aller voir des prostitué(e)s, comme d’autres ont besoin d’aller voir un psy. Essayons d’encadrer la prostitution, car de toutes façons elle ne disparaitra jamais.


Penses-tu faire cela encore longtemps ?
Déjà, je n’imaginais pas faire ça aussi longtemps ! J’ai déjà envisagé arrêter, parce que je ne pensais pas que cette activité pouvait être compatible avec une vie amoureuse stable et sereine ! Pendant les dix dernières années, j’ai eu quelques relations, et toutes ces femmes ont bien accepté cette activité. Aucune ne m’a demandé d’arrêter, et de mon côté je n’ai pas encore rencontré la femme qui me donnerait envie d’arrêter. Après, je ne vais pas faire ça jusqu’à soixante-dix ans ! Pour l’instant, je constate que je plais toujours beaucoup, et ça peut donc durer encore quelques années ! Donc je continue à mettre de l’argent de côté, pour mon futur et pour mes enfants…
Dario a participé à un documentaire diffusé en 2024 : Escort boys, ce que veulent les femmes, également visible sur Prime Video.




