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IA: la relégation de l’homme

L’IA, elle ne passera pas par moi ?


IA: la relégation de l’homme
L'arbitre Alireza Faghani lors de France Sénégal, à New York, le 16 juin 2026 © Rodolfo Buhrer/AGIF/Sipa USA/SIPA

La multiplication des dispositifs technologiques dans le champ du réel traduit déjà un monde où l’homme n’est plus que l’appendice et le rouage de la machine… 


Signes avant-coureurs ? Un arbitre avec une caméra embarquée, des ballons connectés, des avatars 3D des joueurs, des pauses fraîcheur qui se transforment en armada publicitaire des dernières technologies, des écrans partout dans les stades… Bienvenue au cœur de la Coupe du monde de football 2026 qui se joue à la fois aux Etats-Unis, au Mexique et au Canada. 

Ce à quoi nous assistons pendant cet événement sportif planétaire n’est rien d’autre qu’une greffe technologique de grande ampleur. Dans nos vies quotidiennes, de nouvelles formes de transplantation numérique continuent de s’imposer comme une évidence : nous marchons et parlons seuls avec nos oreillettes Bluetooth ; nous avons les yeux rivés en permanence sur nos écrans ; nous ne cessons d’être dépendants de l’intelligence artificielle ; notre temps d’écran explose ; notre vie réelle s’appauvrit ; les rencontres demeurent virtuelles ; le travail des ingénieurs ne se réalise pas sans ChatGPT, Perplexity, Gemini ou Claude ; les chatbots se multiplient ; les opérateurs téléphoniques sont des agents conversationnels ; le pilotage algorithmique explose. 

L’humain s’efface de notre champ de vision et nous ne savons plus vivre sans être médiatisés par des appareils qui font écran entre nous et la réalité. 

Perte de contrôle

Nous sommes ainsi les spectateurs de notre propre obsolescence programmée où l’être humain ne peut plus se déployer sans qu’on lui greffe des dispositifs autonomes qui orientent, pensent, créent et façonnent le réel à sa place. « Dans un futur relativement proche, tout un chacun va utiliser des assistants d’IA dans sa vie de tous les jours. Ils vont être accessibles à partir de nos smartphones, mais aussi de nos lunettes intelligentes ou d’autres gadgets qu’on va porter sur nous », se réjouissait Yann Le Cun, ancien directeur de l’IA chez Meta, dans un entretien accordé au Figaro.Cette gestion des flux de la vie, associée à une prise de contrôle du domaine intellectuel et créateur de nos psychés, préfigure un monde qui n’est plus le nôtre. Nous ne sommes plus « maîtres et possesseurs de la nature » (Descartes) mais esclaves et possédés de la machine. Nous sommes les contemporains d’un basculement anthropologique majeur.

Dans un environnement bruyant, les lunettes connectées RayBan / Meta Glasses adaptent le volume pour être sûres que vous restiez concentré sur votre conversation via l’appareil, plutôt que distraits par votre environnement réel… (C) Meta

Cette inversion à l’œuvre, où l’objet technique devient sujet permanent de la réalité, reléguant toute décision de l’être humain aux oubliettes, conduit à notre appauvrissement généralisé. Ce n’est pas, comme on l’entend abusivement, l’avènement d’une humanité augmentée mais bel et bien la naissance d’une humanité diminuée. En témoigne, s’il fallait encore en douter, la décision récente du président argentin libertarien, Javier Milei, de créer une nouvelle catégorie légale pour les sociétés : la « corporation non-humaine ». Ou encore la nomination de Diella, une IA nommée ministre en Albanie, chargée de prendre des décisions sur l’attribution des marchés publics. Ici encore, plus de trace de l’homme. Seuls les algorithmes gouvernent. 

Place aux hommes 

La fameuse complémentarité homme/machine qui nous est sans cesse rabâchée est un leurre. Si cette réalité machinique continue de se déployer sans que s’opère le moindre contre-mouvement, c’est l’existence même de l’homme en chair et en os qui est en danger. Difficulté à fonder sa propre subjectivité ; incapacité à former des liens sensibles concrets ; perte de l’estime de soi ; hausse de la défiance généralisée ; suppression du travail ; accroissement de la surveillance… C’est ainsi le pouvoir même de l’homme qui s’évapore dans les nuées et qui se trouve annihilé par une puissance tentaculaire et totalitaire dont on ne connaît pas encore les effets à long terme sur les sociétés.

Le pire est que toutes ces impositions nouvelles n’ont pas été discutées. Elles sont réalisées à marche forcée sans qu’aucune délibération collective ne puisse s’interposer. Il serait temps que chacun prenne aujourd’hui la mesure de ce qui advient et que s’engagent mondialement des consultations populaires afin de déterminer si les hommes daignent vivre ou non sous ce nouveau régime d’existence.

C’est aux gens collectivement de décider et non à des firmes technologiques de formuler le credo de la réalité pour tous. La réponse à apporter n’est pas dans l’adaptabilité permanente à ces systèmes mais aussi et surtout dans la capacité de refuser cette nouvelle forme d’existence au risque d’un assujettissement définitif. Laissons alors les gens librement choisir l’orientation de leurs vies. Ce n’est pas à la technologie de s’imposer par-dessus le pouvoir décisionnaire du politique, et les politiciens eux-mêmes n’ont pas, au nom d’intérêts exclusivement productivistes, à soumettre leurs peuples aux volontés des GAFAM. Car, si tel était le cas,  nous ne pourrions plus dire, sans honte, que nous désirons sauvegarder l’héritage démocratique. Nous accepterions alors sans sourciller notre soumission définitive à l’empire technologique. 



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est journaliste.

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