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Des inspections, des regrets, et après ?

Le billet justice de Philippe Bilger


Des inspections, des regrets, et après ?
Le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, prononce un discours lors de l'événement consacré à l'IA « Choose Vendôme » au ministère de la Justice, à Paris, le 16 juin 2026. Invité sur Franceinfo ce mardi, il promettait «un choc numérique» à la Justice pour en finir avec les dossiers égarés. © Stephane Lemouton/SIPA

Le garde des Sceaux promet désormais le « zéro papier » et un « choc numérique » au ministère de la Justice après l’affaire Lyhanna. Mais les premiers éléments de la mission d’inspection rendus publics lundi révèlent surtout autre chose: des alertes ignorées, des décisions retardées, des suivis inexistants et une culture de l’irresponsabilité. Le substitut et la procureure d’Auch sont dans la tourmente, les gendarmes de Lectoure aussi.


Les rapports d’inspection, qui seront complétés le 10 juillet avant d’être totalement finalisés au mois de septembre, n’ont pas révélé de surprises dans leur analyse des carences, dysfonctionnements et négligences liés à la gestion des viols multiples commis sur la petite Rosa à la suite d’une plainte déposée en 2025. Un substitut du parquet d’Auch a été ciblé avec cet étonnement que les éloges sur la procureure n’aient pas été amendés par, à l’évidence, un contrôle et une autorité qu’elle n’a pas su mettre en œuvre. Du côté de la gendarmerie, la compagnie de Condom a été blâmée ainsi que la brigade de Lectoure qui dépend d’elle.

Prise de conscience

Jusqu’à maintenant, les ministres concernés ont tenu leurs promesses de rigueur même si le garde des Sceaux, après des conclusions initialement précipitées, a pris la peine de rendre hommage à la magistrature de la même manière que le Premier ministre, avec finesse, a à la fois insisté sur les graves failles révélées par les inspections et sur le fait qu’elles ne projetaient aucun opprobre sur les corps tout entiers. Si j’ose dire, la terrifiante tragédie liée au crime de Lyhanna, à la suite de l’indignation collective, a abouti à une double prise de conscience. Les mêmes qui longtemps étaient vent debout contre toute responsabilité des magistrats, autre que périphérique, visant des comportements indélicats, grossiers ou vulgaires, ont, sincèrement il faut l’espérer, considéré qu’on ne pouvait s’en tenir là et qu’il convenait de s’intéresser aussi aux pratiques professionnelles quand elles dépassaient, par leurs imperfections, la normalité acceptable.

A lire aussi: La déchirante supplique d’outre-tombe de la petite Lyhanna

Par ailleurs, comme l’a souligné Marc Bloch au sujet de la défaite de 1940, « on s’était accoutumé, durant de longues années de bureaucratie, à beaucoup d’insuffisances qui prenaient rarement un caractère tragique… »1. Ce trait d’extrême lucidité est applicable au monde judiciaire comme à d’autres univers gangrenés par l’habitude et à force le défaut de vigilance. La tragédie, cela a été Lyhanna. Avant, c’était une routine que la charge de travail rendait, paraît-il, inévitable, avec de nombreuses concessions faites à la lenteur, à l’enlisement, à l’oubli du citoyen.

Ce dont la France a besoin est d’une véritable révolution. Dans toute la sphère publique, la responsabilité doit devenir un principe, une règle, un honneur, et la culpabilité une conséquence souhaitable avec les sanctions adéquates. On ne peut plus laisser croire à une immunité totale de certains – au point que leur échec les promouvrait – et à une mise en cause des seuls corps auxquels leur discipline interdit de ruer dans les brancards. L’affaire Lyhanna est une horreur. Un fiasco. Mais, au-delà d’elle, une chance sombre pour changer la vie publique.

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  1.  Marc Bloch, L’Étrange Défaite, 1940 ↩︎


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Magistrat honoraire, président de l'Institut de la parole, chroniqueur à CNews et à Sud Radio.

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