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Crise au sein de l’UWW: pourquoi Nenad Lalovic ne répond-il pas aux questions?

La lutte olympique à la croisée des chemins


Crise au sein de l’UWW: pourquoi Nenad Lalovic ne répond-il pas aux questions?
Lutte gréco-romaine, image d'illustration DR.

À l’approche des Championnats du monde de l’UWW et de l’élection de son président qui se tiendront au Kazakhstan, la lutte olympique se trouve à un moment décisif de son histoire. Menacé par une érosion continue de son audience et fragilisé par des controverses récurrentes liées à l’arbitrage, ce sport aborde cette échéance cruciale dans un climat d’incertitude croissante. Selon plusieurs sources, l’actuel président de l’UWW, Nenad Lalović, envisagerait pourtant de briguer un troisième mandat malgré les limitations prévues par les statuts de la fédération. Une telle ambition a surpris de nombreux observateurs au regard d’un bilan de plus en plus contesté. Après treize années à la tête de l’organisation, de nombreuses personnalités du monde de la lutte estiment que ce sport n’a ni retrouvé son dynamisme ni restauré sa crédibilité, et qu’il n’a pas su élaborer une stratégie à même de répondre aux défis qui menacent son avenir.


Quand le silence devient un problème. En octobre prochain, le Kazakhstan accueillera les Championnats du monde de lutte. Comme chaque année, cette compétition constituera le rendez-vous majeur de la discipline. Cette édition revêt toutefois une importance particulière. Elle servira également de cadre à l’élection du prochain président de l’United World Wrestling (UWW), la fédération internationale qui régit la lutte à l’échelle mondiale.

Un troisième mandat contestable

Nenad Lalović. DR.

Selon plusieurs sources proches du dossier, l’actuel président, Nenad Lalović, entend briguer un troisième mandat. Une telle candidature soulève immédiatement des questions d’ordre juridique et institutionnel, les statuts de l’UWW semblant limiter clairement les présidents à deux mandats. Pour de nombreux observateurs, cette élection intervient à un moment particulièrement critique de l’histoire de la lutte moderne.

À quelques mois de l’élection du Président de UWW, la communauté mondiale de la lutte est confrontée à une situation sans précédent.

Des questions détaillées ont été adressées au président en exercice de l’UWW, Nenad Lalovic, concernant la légalité d’un éventuel troisième mandat, certaines opérations financières, des décisions arbitrales prises lors des Jeux olympiques ainsi que plusieurs autres sujets présentant un intérêt public majeur. Aucune réponse n’a été reçue.

Après une seconde demande, aucune réponse n’a été reçue non plus. Aucun démenti officiel.
Aucune publication de documents. Aucune explication. Aucune volonté de dialogue ouvert.
Pour le dirigeant d’une fédération sportive internationale, un tel silence ne relève plus simplement de la communication. Il suscite inévitablement des interrogations et des soupçons.

Si les questions soulevées sont sans fondement, pourquoi ne pas y répondre publiquement ?
Si les documents présentés sont inexacts, pourquoi ne pas les réfuter ?
Si les accusations sont fausses, pourquoi ne pas exiger leur retrait immédiat ?

À la place des réponses, le silence.

Un troisième mandat contraire à la Constitution!

Selon la Constitution de l’UWW, le Président est limité à deux mandats. Pourtant, dans les milieux de la lutte internationale, les discussions sur une nouvelle candidature de Nenad Lalovic se multiplient.

Une question est aujourd’hui posée par de nombreuses fédérations nationales : Comment le dirigeant d’une organisation internationale peut-il exiger le respect des règles par les autres tout en se retrouvant lui-même au centre d’un débat concernant le respect de la loi fondamentale de sa propre fédération ?

Tout au long de l’histoire du Mouvement olympique, la limitation des mandats a été considérée comme une garantie essentielle contre la personnalisation du pouvoir. La situation actuelle ne concerne donc plus seulement la personne du Président. Elle concerne la crédibilité même de l’UWW.

Argent, contrats et questions sans réponse

Une attention particulière est portée aux informations relatives à des transferts financiers mentionnés dans des documents transmis à des responsables du sport international. Selon ces documents, d’importantes sommes d’argent auraient été transférées sur les comptes personnels de hauts responsables de l’UWW après la conclusion d’un contrat commercial entre l’UWW et une société tierce.

Aucune explication publique concernant l’origine ou l’objet de ces paiements n’a été fournie.

Aucune enquête indépendante n’a été rendue publique. Dans toute organisation internationale moderne, une telle situation exigerait automatiquement le plus haut niveau de transparence.

Au sein de l’UWW, la transparence semble une fois de plus remplacée par le silence. Les membres du Bureau étaient-ils informés ? Une autre question fondamentale mérite une attention particulière.

UWW est une organisation internationale à but non lucratif dont le fonctionnement devrait reposer sur les principes de gouvernance collégiale, de transparence et de responsabilité. Une question légitime se pose donc : les membres du Bureau de l’UWW ont-ils été officiellement informés des transactions financières mentionnées dans les documents actuellement à la disposition des parties intéressées ? Si ces transferts ont effectivement eu lieu, ont-ils été examinés conformément aux procédures établies avec les membres du Bureau ?

Les membres du Bureau ont-ils reçu toutes les informations relatives à l’origine, à la finalité et à la légalité de ces paiements ?

Des décisions des organes dirigeants de l’UWW ont-elles été prises concernant ces opérations financières ?

Ces questions sont essentielles non seulement pour évaluer certaines circonstances particulières, mais également pour déterminer si le système de gouvernance actuel de l’UWW est conforme aux normes internationales de bonne gouvernance.

Ainsi, la question suivante est publiquement posée aux membres du Bureau de l’UWW ainsi qu’aux fédérations nationales : Avez-vous connaissance de ces transactions et avez-vous été dûment informés dans le cadre de vos responsabilités de contrôle et de supervision des activités de l’organisation ?

Tant qu’une réponse claire et publique ne sera pas apportée, les doutes concernant le niveau de transparence financière au sein de l’UWW persisteront.

Arbitrage olympique: coïncidence ou problème systémique ?

Cependant, au-delà de la question statutaire, c’est surtout le bilan de Nenad Lalović qui fait l’objet de critiques de plus en plus nombreuses. Parmi les reproches les plus fréquemment formulés figure la multiplication des controverses liées à l’arbitrage, lesquelles ont progressivement entamé la crédibilité de la discipline.

Lors des Championnats d’Europe organisés en Albanie, le combat opposant le lutteur turc Rıza Kayaalp au Biélorusse Pavel Hlinchuk a suscité une vive polémique. Initialement disqualifié, le lutteur biélorusse a ensuite été réintégré par une commission ad hoc. Cette décision a provoqué une profonde incompréhension au sein du monde de la lutte.

L’épisode le plus célèbre — ou le plus tristement célèbre — demeure toutefois celui des Jeux olympiques de Rio. Lors du combat pour la médaille de bronze en lutte libre masculine des moins de 65 kg entre le Mongol Ganzorigiin Mandakhnaran et l’Ouzbek Ikhtiyor Navruzov, une décision arbitrale controversée déclencha une protestation sans précédent de l’encadrement mongol. Alors qu’il menait 7 à 6 à quelques secondes de la fin et semblait avoir assuré sa victoire, Mandakhnaran fut pénalisé pour ne pas avoir suffisamment engagé le combat. Cette décision attribua finalement la médaille de bronze à Navruzov et poussa les entraîneurs mongols, furieux, à se déshabiller jusqu’en sous-vêtements devant les caméras de télévision. Les images firent le tour du monde et devinrent l’une des polémiques les plus marquantes des Jeux de Rio, infligeant un dommage durable à l’image de la lutte.

Les Jeux olympiques de Paris en 2024 n’ont guère contribué à restaurer la confiance. Le combat opposant l’Albanais Chermen Valiev à l’Ouzbek Razambek Jamalov a suscité d’importants débats. Plusieurs spécialistes consultés estiment que la victoire aurait dû revenir à Valiev.

Le lutteur italien Frank Chamizo s’est lui aussi retrouvé au cœur de plusieurs des controverses arbitrales les plus retentissantes de ces dernières années. Quelques mois avant les Jeux de Paris, il fut impliqué dans un combat extrêmement contesté contre l’Azerbaïdjanais Turan Bayramov lors du tournoi qualificatif olympique de Bakou. Les accusations de favoritisme et les critiques visant certaines décisions arbitrales se sont rapidement multipliées, alimentant un profond malaise dans la communauté de la lutte.

Les interrogations concernant l’arbitrage ne se sont pas arrêtées là. Aux Jeux de Paris, le combat de Chamizo contre l’Iranien Mohammad Emami Choghayeh a également suscité de vives critiques. De nombreux observateurs et experts ont contesté plusieurs décisions arbitrales qu’ils considéraient comme ayant influencé de manière injustifiée l’issue de la rencontre.

Or, Frank Chamizo n’est pas un athlète ordinaire. Double champion du monde, quadruple champion d’Europe et médaillé olympique, il est largement considéré comme l’un des plus grands lutteurs de lutte libre de sa génération. C’est précisément en raison de son palmarès, de son expérience et de son statut au plus haut niveau que les controverses entourant ses combats à Bakou et à Paris ont trouvé un écho si important au sein du monde de la lutte.

La question que personne ne souhaite clarifier

Ces derniers mois, un autre sujet a suscité une attention croissante. Il concerne l’authenticité et la vérifiabilité des informations relatives au parcours universitaire du Président de l’UWW. La question est simple. Si le diplôme existe et que son authenticité ne fait aucun doute, pourquoi ne pas mettre fin aux spéculations en publiant l’ensemble des documents justificatifs ? Pourquoi des interrogations subsistent-elles concernant des informations biographiques élémentaires du dirigeant d’une fédération internationale ? Pourquoi l’opacité ?

C’est précisément ce point qui alimente aujourd’hui les critiques visant Nenad Lalović. Selon ses opposants, la lutte conserve des atouts considérables. Ce n’est pas le sport qui a échoué, mais sa gouvernance. Pour des fins connaisseurs de cette discipline dont nous avons pu accueillir l’avis, un troisième mandant de M. Lalovic n’est donc pas seulement contraire aux règles et à l’esprit de l’olympisme, mais risque de mettre en danger la survie de la lutte comme sport olympique. 

Dans la gouvernance sportive moderne, la réputation ne se construit pas sur une fonction.

Elle se construit sur la volonté de répondre aux questions. Le principal problème n’est pas les accusations, mais l’absence de réponses. Aujourd’hui, de nombreuses questions entourent Nenad Lalovic.

Un bilan très décevant

Au-delà de ces problèmes, de nombreux observateurs estiment que la fédération souffre d’une absence de vision stratégique cohérente. Alors que la lutte cherche depuis des années à conquérir de nouveaux publics, plusieurs initiatives privées ont tenté d’explorer d’autres voies. La plus ambitieuse fut probablement la Professional Wrestling League (PWL), lancée en Inde en 2015, suivie dix ans plus tard par Real American Freestyle (RAF).

Inspirée du modèle économique de l’Indian Premier League dans le cricket et de la Pro Kabaddi League, la PWL avait pour ambition de transformer un sport traditionnellement dominé par les fédérations en un produit de divertissement moderne susceptible d’attirer diffuseurs, sponsors et investisseurs. Ses promoteurs misèrent sur des formats courts, une production télévisuelle spectaculaire et la participation des meilleurs lutteurs du monde, hommes et femmes confondus. Dans un pays où la lutte bénéficie d’un profond enracinement historique et où les récents succès olympiques ont ravivé l’intérêt populaire, la ligue a rapidement rencontré son public. Elle a offert à de nombreux athlètes des opportunités financières inédites et démontré qu’un public bien plus large pouvait être séduit lorsque le sport était présenté sous une forme plus moderne et plus accessible.

Aux États-Unis, l’émergence de Real American Freestyle en 2025 répond à une logique différente mais tout aussi révélatrice. Soutenue notamment par l’ancienne vedette du catch et personnalité médiatique Hulk Hogan, disparu depuis, ainsi que par plusieurs acteurs du monde du sport et du divertissement, l’organisation entend rapprocher la lutte du modèle des sports professionnels américains. Le projet repose sur un constat simple : les États-Unis comptent des centaines de milliers de pratiquants dans les lycées et les universités, mais offrent très peu de débouchés professionnels une fois la carrière universitaire achevée. RAF ambitionne de combler ce vide en créant un circuit rémunérateur capable de retenir les meilleurs talents. L’organisation met l’accent sur des dotations financières importantes, une forte exposition médiatique, la mise en scène de rivalités entre athlètes et des stratégies de promotion inspirées du sport-spectacle américain.

Ces deux initiatives montrent que le problème fondamental de la lutte n’est probablement pas l’absence de public potentiel, mais plutôt son incapacité à transformer cet intérêt en audience régulière et en consommation de contenu. Le déclin n’a donc rien d’inéluctable. Dans les deux cas, les promoteurs ont adopté une approche orientée vers le marché, privilégiant l’exposition médiatique, le divertissement et la valorisation des athlètes. Les audiences générées sur les plateformes numériques, l’intérêt des diffuseurs et l’arrivée de capitaux privés suggèrent qu’une véritable demande existe encore lorsque la lutte est présentée dans un format adapté aux attentes contemporaines. Ces initiatives, selon des membres us de fédérations nationales, constituent moins une menace pour la lutte traditionnelle qu’une démonstration de son potentiel inexploité et, par contraste, un rappel des difficultés rencontrées par les instances dirigeantes historiques pour moderniser la discipline.

C’est pourquoi la prochaine élection présidentielle de l’UWW dépasse le simple choix d’un dirigeant. Elle constitue un vote pour la transparence, la responsabilité et l’avenir de la lutte mondiale.

À ce jour, de nombreuses questions demeurent sans réponse.

Les documents continuent d’être examinés et de nouvelles informations continuent d’émerger.

Cette enquête n’est pas terminée.

De nouveaux éléments relatifs à la gouvernance de l’UWW, à la transparence financière, au respect des normes éthiques du sport et à d’autres questions d’intérêt public pour la communauté sportive internationale seront publiés prochainement.

À suivre.




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est historien et directeur de la publication de Causeur.

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