Omer Bartov, spécialiste de la Shoah, publie Israël, Une course vers l’abîme (Le Seuil) et accuse Israël de génocide
Une interview de Omer Bartov à France Culture m’a amené à rechercher pourquoi cet historien respecté accuse Israël de génocide, une affirmation qui pour être devenue banale dans le public, est grotesque et n’est pas confirmée par la Cour internationale de Justice. Pour beaucoup son nom ne dit rien, mais pour les antisionistes les plus cortiqués, Bartov est le garant intellectuel de leurs accusations. Non seulement c’est un expert de la Shoah, mais il est Israélien, même s’il enseigne aux Etats-Unis depuis près de 40 ans. Mieux encore, il a été un officier de Tsahal… Omer Bartov a poursuivi sa carrière militaire après la guerre du Kippour mais n’a pas dépassé le grade de capitaine car il a été gravement blessé avec plusieurs de ses soldats lors d’un tir à l’entraînement. L’affaire a été étouffée et Bartov a gardé une rancœur envers l’institution militaire.
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Devenu historien, c’est lui qui a détruit le mythe d’une Wehrmacht aux mains propres en montrant que sur le front soviétique, notamment sous l’effet d’un endoctrinement massif, les soldats allemands étaient devenus des barbares. Plus tard, dans Anatomie d’un génocide, il a décrit l’extermination des Juifs dans la petite ville de Buczacz (Ukraine). Omer Bartov était à Paris pour son dernier livre What went wrong? traduit par Le Seuil sous un titre terrible, Israël, la course à l’abîme. Il y décrit l’effondrement de l’idéal sioniste universaliste qui était celui de ses parents sous la montée d’une idéologie messianique et nationaliste.
Procès d’intention
Les arguments mis en avant par Bartov devant Guillaume Erner, manifestement interloqué, sont d’une impressionnante faiblesse. Il faut évidemment, dit-il, ne pas confondre génocide et Shoah, car à Gaza, il n’y a pas d’extermination, de chambres à gaz, ni même de camps de travail, mais ces éléments ne sont pas nécessaires pour la qualification de génocide. Ce qui compte est la définition des Nations Unies dans la Convention du 9 décembre 1948 pour la prévention du crime de génocide, lequel est la «soumission intentionnelle d’un groupe national, ethnique, racial ou religieux à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle».
Cela d’après Bartov était le cas à Gaza où les destructions, les déplacements de population, les restrictions alimentaires rendaient la vie impossible. Qu’importe si ces destructions sont motivées par le combat contre des troupes du Hamas mélangées aux civils ou s’en servant comme d’un bouclier. Qu’importe si des couloirs humanitaires sont prévus pour évacuer la population et non pour la bombarder. Qu’importe si les habitants sont alertés d’avance dans les immeubles qui vont être frappés et qu’importe enfin que les accusations de famine se soient dégonflées de façon impressionnante.
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Faudrait-il donc comprendre que les bombardements comme ceux de Dresde en 1944 sont des actes de génocide puisqu’ils ont frappé des populations civiles? Pas du tout, répond M. Bartov à Guillaume Erner. Car les Alliés n’avaient pas l’intention de détruire le peuple allemand, mais de le pousser à la révolte contre le régime et ultérieurement de faire… le plan Marshall! Je croyais que ce plan datait de 1947 et pas de 1944, mais Omer Bartov est un grand historien… Au contraire, ajoute-il, les dirigeants israéliens, au lieu de parler de la reconstruction de Gaza, avaient déclaré qu’ils allaient rendre la vie impossible dans l’enclave. Pire encore, dit-il, ces dirigeants avaient manifesté leur intention génocidaire, or «la soumission intentionnelle etc…» est la pierre d’achoppement de la qualification de génocide.
Comme un air de mauvaise foi
Rappelons ici les trois déclarations présentées comme preuves d’une intention génocidaire. Le surlendemain du 7-Octobre, Yoav Gallant, ministre de la Défense, parle d’animaux humains, une traduction de l’expression hébraïque «hayot adam» tout à fait banale pour dire «sauvages». Le 13 octobre, le président Herzog déclare: « C’est une nation entière qui est responsable», des propos qu’il a d’ailleurs clarifiés quelques jours plus tard. Enfin, le 20 octobre, Netanyahu: «Nous devons nous souvenir de ce que Amalek nous a fait». L’Afrique du Sud en a conclu que cela signifiait d’exterminer tous les habitants de Gaza alors que la référence à Amalek est une métaphore traditionnelle pour nommer un mal extrême.
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Mais s’il y a une intention génocidaire, ne se trouve-t-elle pas dans l’article 7 de la charte du Hamas qui appelle à tuer tous les Juifs? Non répond Bartov, car le Hamas, avec ses kalachnikovs, n’avait pas les moyens techniques de mettre cette menace à exécution. Cet argument est ahurissant, et j’ai pensé qu’un homme qui avait savamment écrit sur l’endoctrinement des soldats allemands pouvait lui-même s’endoctriner par rancœur et hostilité politique. Cet homme, qui a aussi écrit sur l’instrumentalisation des dynamiques mémorielles antagonistes, ne veut pas tirer de conclusion du fait que les ennemis d’Israël n’ont que faire de savoir si son action correspond ou pas à la définition du génocide que donne l’article II de la Convention de 1948. Ni du fait qu’ils continueront, quels que soient les avis des puristes, d’accuser Israël de génocide simplement parce que le génocide est le crime des crimes, que ce mot renvoie à la Shoah et qu’un Etat génocidaire doit absolument être détruit. Omer Bartov vitupère à raison les habitants de Buczacz qui ont aidé à massacrer leurs voisins juifs. Par sa volonté d’être aveugle sur les intentions des ennemis d’Israël, il contribue, certainement malgré lui, à les conforter dans leurs projets d’extermination.
288 pages
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