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L’accusation de racisme systémique, un outil de domination au service d’émanations politiques du Sud global en Occident


L’accusation de racisme systémique, un outil de domination au service d’émanations politiques du Sud global en Occident
La militante Assa Traoré présente à un rassemblement organisé par le maire LFI de Saint-Denis Bally Bagayoko, 4 avril 2026 © Chang Martin/SIPA

Les lectures actuelles du racisme en France imposent une vision réductrice et idéologique, qui remplace l’universalisme républicain et la responsabilité individuelle par une logique de groupes, de culpabilité collective et de confrontations identitaires. En parlant de « racisés », la France insoumise a récupéré un néologisme utilisé en sciences sociales pour fracturer la société et faire monter la tension politique. De loin, les puissances du Sud global hostiles à l’Occident peuvent observer cela avec délice.


Il ne s’agit plus seulement de décrire une réalité sociale, mais d’imposer une grille de lecture. Une grille totale, englobante, qui ne laisse aucune zone neutre, aucun espace de retrait. L’accusation de racisme systémique ne vient pas éclairer le réel: elle le reconfigure, elle le redéfinit, elle l’enferme dans une interprétation unique. Selon cette logique, la société française — ses institutions, ses lois, ses mœurs, sa culture — ne serait pas simplement traversée par des tensions ou des injustices, mais fondamentalement structurée par le racisme. Ce ne serait pas une dérive, mais une essence. Mais une telle affirmation repose, à mes yeux, sur une falsification du réel historique. Car les lois et les institutions françaises ne se sont pas construites pour organiser une concurrence entre groupes ethniques. Elles ont été pensées à une époque où cette grille de lecture n’existait pas, où la société ne se concevait pas comme une juxtaposition de communautés ethnico-religieuses en tension.

Elles s’adressaient à des citoyens, non à des « races ». À des individus, non à des blocs. Quelles que soient leurs origines, leurs croyances ou leurs opinions, ils étaient appelés à entrer dans un cadre commun, fondé sur l’universalité du droit. Relire ces fondations à travers une lecture racialisée contemporaine, c’est projeter sur le passé des catégories qui lui étaient étrangères. C’est transformer un impensé en intention.

La culpabilité exclusive de l’homme occidental

Mais il y a plus fondamental encore. Le racisme n’est pas la propriété d’un peuple. Il traverse toutes les sociétés humaines. Il est une tentation universelle, non un monopole occidental. Et pourtant, ce qui est présenté comme une critique des structures opère un déplacement décisif : ce ne sont plus seulement des mécanismes qui sont visés, ce sont des hommes. Et ces hommes sont désignés — les Blancs — assignés à une culpabilité diffuse, permanente, indiscutable.

On ne juge plus des actes, mais des appartenances.

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Dans ce cadre, l’homme issu de la culture occidentale cesse d’être un individu pour devenir une catégorie morale. Il est reconstruit comme un problème en soi.

Mais ce mouvement ne se déploie pas seul. Il trouve des relais, parfois inattendus, au sein même d’une partie de la gauche française. Une gauche historiquement issue du marxisme, qui a déplacé la lutte des classes vers une lutte des identités. Elle participe désormais à une entreprise de déconstruction qui ne vise plus seulement les rapports de domination, mais les fondements mêmes de la civilisation française. Ce phénomène n’est pas sans rappeler certaines phases de radicalisation de notre histoire. À partir de 1793, la Révolution française a connu une logique d’effacement : changement de calendrier, destruction des symboles, volonté de rupture totale. Il ne s’agissait plus de réformer, mais de faire table rase. Aujourd’hui, sous des formes différentes, une même tentation réapparaît : remise en cause de l’universalisme, suspicion envers la loi de 1905, fragmentation du cadre commun. Ainsi se noue une alliance de fait entre une partie de cette gauche et les mouvements décoloniaux ou indigénistes.

Cette logique apparaît de manière explicite dans certains discours militants contemporains. Chez Houria Bouteldja, notamment, la notion de « blanchité » est mobilisée comme une catégorie centrale, présentée comme un système de domination qu’il conviendrait de combattre. Dans un entretien accordé à la revue Vacarme en 2015, elle affirme : « Les indigènes ont su créer un rapport de force pour endiguer la blanchité et je pense qu’il faut savoir le respecter. » Endiguer, c’est contenir, freiner, empêcher une progression. Nous ne sommes plus dans l’analyse, mais dans le rapport de force.

Cette logique s’étend jusqu’aux choix les plus intimes. Le mariage devient un acte politique. Le métissage est suspect. La fidélité au groupe devient une norme implicite.

Le mot « racisé » repris par les politiques de gauche

Un autre terme, désormais largement diffusé dans le débat public, mérite d’être interrogé : celui de « racisé ». Le mot, en apparence descriptif, opère en réalité une assignation. Il enferme l’individu dans une identité construite à partir du regard racial. Être « racisé », ce n’est plus seulement subir une discrimination : c’est être défini en permanence par son appartenance supposée à un groupe. Au fond, ce basculement introduit une transformation majeure : le passage de la responsabilité individuelle à la responsabilité collective. L’individu n’est plus jugé pour ses actes, mais pour son appartenance. Il devient comptable d’une histoire, redevable d’une loyauté. Cette logique est parfois explicitement revendiquée. Dans Les Blancs, les Juifs et nous, Houria Bouteldja écrit: « J’appartiens à ma famille, à mon clan, à ma race, à l’Algérie, à l’islam ». Tout est dit. L’individu disparaît derrière le groupe.

Ainsi réapparaît une logique de type clanique, en rupture avec l’idéal républicain. Un autre élément vient renforcer ce trouble : la manière dont le débat public s’est peu à peu structuré autour du soupçon. Il suffit aujourd’hui d’exprimer une critique de l’immigration pour être immédiatement disqualifié. Le glissement est devenu automatique : de la critique à l’intention supposée. Mais dès lors, pourquoi ce procédé ne pourrait-il pas être interrogé ? Car enfin, nous savons où peut mener la diabolisation systématique d’un groupe. Et dans le même temps, une autre réalité s’impose. Des propos d’une violence explicite peuvent être tenus — appeler à « tuer du Blanc » — sans être toujours reconnus comme racistes.

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C’est là que se révèle une contradiction profonde. Une telle redéfinition ne se contente pas de troubler le débat : elle en modifie les règles. Elle transforme une exigence morale — lutter contre le racisme — en instrument d’assignation et de domination, au service d’un agenda idéologique poursuivant, sous d’autres formes, une logique de décolonisation sur le sol français.

On objectera que ces grilles de lecture s’inscrivent dans l’héritage de la colonisation. Mais réduire l’histoire à ce seul moment relève d’un raccourci commode. Les relations entre l’Europe et le monde musulman s’inscrivent dans une temporalité longue, faite d’affrontements, de conquêtes et de rapports de force réciproques. Faire commencer cette histoire en 1830, c’est déjà en proposer une lecture orientée.

Ainsi, ce qui se présente aujourd’hui comme un discours critique interne à l’Occident apparaît aussi, en partie, comme l’importation de schémas élaborés dans un rapport historique de confrontation. Et c’est peut-être là l’un des angles morts du débat : le fait que certaines catégories utilisées pour analyser la société française ne sont pas seulement des outils intellectuels, mais aussi les héritières de conflits politiques et civilisationnels plus larges.

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