La présidentielle de 2027 tournera la page de dix ans de macronisme. Mais les dernières élections municipales ont prouvé qu’aucun parti ne se distingue clairement pour unir des Français profondément divisés.
Les élections municipales étaient les dernières élections avant la présidentielle de 2027. Une dernière station avant le terminus d’une décennie macroniste à l’Élysée. Retiré de la vie politique depuis ma démission du conseil municipal de Pau – François Bayrou avait alors prononcé un hommage à ma « combativité » et mon camarade socialiste était intervenu comme on prononce une nécrologie –, afin de me consacrer pleinement à mon activité médiatique, j’ai suivi la soirée électorale du second tour depuis Ajaccio, un verre de sciaccarellu dans une main, un cigare cubain dans l’autre, avec la certitude que ce scrutin offrirait quelques surprises.
Édouard Philippe est le premier à intervenir (merci au vote électronique) après sa nette victoire au Havre. Emmanuel Grégoire à Paris et Benoît Payan à Marseille triomphent. À Lyon, Doucet passe ric-rac. À Pau, la liste de gauche qui n’a pas fusionné avec les Insoumis locaux arrache la victoire de 344 voix d’écart. J’ai bien évidement une pensée pour le président du Modem, ce grand fauve de la politique nationale. Nous avons eu des affrontements municipaux de très haute intensité. Du brut ! Et, au cours des années, un respect réciproque s’est installé. Cette façon d’exercer la politique va-t-elle disparaître ?
Ailleurs, comme à Toulouse, Tulle et Brest, l’alliance gauche-LFI se solde par la défaite avec le déshonneur.
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Les copains de Pau m’appellent. Ils auront la charge de toute la politique sociale et de la mise en œuvre progressive de la gratuité des transports en commun. Émotion. « Et toi Olivier, ça va en Corse ? Tu ne regrettes pas ? » Pas une seconde. Depuis les Sanguinaires, la vie politique et médiatique est tenue à bonne distance. D’ici, il est possible d’y voir plus clair et plus loin. Que retenir ? Quels enseignements ?
Rien n’est réglé pour 2027. Après les succès aux municipales de 2020, la gauche a été éliminée du second tour de la présidentielle en 2022. Le RN progresse, mais ne s’impose pas. La droite est là, mais sans panache. La gauche est face à un Everest stratégique. Dans une époque de polarisation et de radicalisation, Jean-Luc Mélenchon sera-t-il la meilleure candidature à gauche pour le premier tour, et la pire pour un second tour face à un candidat du RN ?
L’essentiel est ailleurs. Si la question identitaire est aujourd’hui aussi présente, « de quoi être français est-il le nom ? », c’est que l’imaginaire politique est en cale sèche. Voilà très certainement le bilan le plus préoccupant de la décennie macroniste. Quelle espérance ? Quel goût de l’avenir ? Quelle saveur pour tout ce qui peut réunir et ne pas diviser ? Quelles solutions apporter aux grandes fractures françaises (inégalités, insécurité) ? Sans réponse à la hauteur dans les prochains mois, nous aurons une présidentielle crépusculaire. Après avoir été privé d’un réel débat politique lors du scrutin de 2022, d’un débat pluraliste et contradictoire portant sur l’essentiel, il y aurait un grand danger démocratique à connaître en 2027 un scénario similaire.




