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France Télévisions ou l’autopsie d’un mammouth sous perfusion

Allez, c’est que de la télé !


France Télévisions ou l’autopsie d’un mammouth sous perfusion
La ministre de la Culture Rachida Dati répond aux questions de la commission sur l'audiovisuel public, Assemblée nationale, Paris, 5 février 2026 © Stephane Lemouton/SIPA

Fallait-il vraiment une enquête parlementaire pour savoir que l’audiovisuel public n’est pas neutre idéologiquement et politiquement? Qu’il nous coûte un pognon de dingue? Poser les questions, c’est y répondre… Où en sont les travaux de la fameuse commission?


France Télévisions saigne. Pas discrètement — en grande pompe. Quatre milliards d’euros par an de sang contribuable, une présidente inamovible depuis 2015, un déficit de 81 millions accumulé avec la sérénité d’un prodige, et une commission d’enquête parlementaire qui depuis octobre 2025 ausculte le cadavre encore chaud. Charles Alloncle, rapporteur ciottiste, poste sur X ses conclusions quotidiennes comme des communiqués d’autopsie. Chaque tweet, un scalpel. Chaque audition, un acte de décès.

Bienvenue dans le service public de l’audiovisuel. Ce sanctuaire républicain où l’on gaspille l’argent des autres avec l’élégance d’un oligarque en goguette, où le militantisme masque l’incompétence, et où la gabegie est rebaptisée « stratégie ».

Le journalisme militant, comment transformer sa nullité en vertu

Les journalistes du service publique semblent souvent avoir résolu l’équation impossible : transformer l’absence de rigueur en engagement citoyen. La neutralité? Une notion fascisante pour esprits timorés. L’objectivité? Le refuge des incompétents qui n’ont pas encore choisi leur camp…

France TV Slash, la plateforme « jeune » — mineurs inclus, accès gratuit, contribuable bienvenu — diffusait en 2021 des liens vers des sites pornographiques payants[1] au nom de l’ « éthique ». Justification officielle, sans ciller : « la majorité des jeunes y ont accès de toute façon. » L’article 227-24 du Code pénal, apparemment, n’est plus qu’une suggestion poétique. Une note de bas de page. Un détail réglementaire pour gens crispés.

Même catalogue de la rédaction éclairée : des bandeaux contre le « bonjour madame » pour éviter le mégenrage, la promotion du cannabis présentée en termes de relance économique, des éditos où le vote Rassemblement national est psychiatrisé en symptôme de sevrage tabagique. Patrick Cohen — le sémillant Patrick Cohen — a sérieusement expliqué que les 11 millions d’électeurs RN souffrent d’un « vide relationnel causé par la fermeture des bars-tabacs ». Onze millions de Français réduits à des poivrots tabagiques en état de manque. Vincent Meslet, directeur éditorial de Radio France, a trouvé l’analyse « intéressante ». Sur France Inter, on relativise Jack Lang — « fraude fiscale seulement ». Puis on qualifie l’ambassadeur iranien de non-terroriste pendant que Téhéran massacre. La liberté d’expression, ici, est à géométrie très variable.

Samuel Étienne : l’art de ne voir aucun problème là où tout le monde en voit

Samuel Étienne jure, la main sur le cœur, que sa chaîne Twitch est « strictement personnelle ». Puis admet, après relance musclée du député de l’Hérault, un partenariat financier avec France TV destiné à « explorer l’univers ». L’univers. Avec nos impôts.

La suite est d’une cohérence parfaite : indemnité de départ en centaines de milliers d’euros de fonds publics, récupération de Questions pour un Champion via une société de production privée, financement à nouveau assuré par le contribuable. Zéro problème déontologique identifié. Zéro. Il accuse par ailleurs la commission d’enquête d’être « RN-friendly » — tout en admettant le financement public de sa Twitch militante. La boucle est bouclée.

Nathalie Darrigrand, elle, sélectionne des contrats de plusieurs millions pour Together Media, claque la porte avec 400 000 euros d’indemnité — « normal », jure-t-elle — et rejoint la boîte de production. Les contrats triplent. Conflit d’intérêts ? Que nenni. Circulez. Il n’y a rien à voir et nous sommes dans un service public[2].

Delphine Ernotte et la « performance » comme alibi

Delphine Ernotte règne depuis 2015. Bilan : 81 millions d’euros de déficit cumulé, trésorerie négative, capitaux propres inférieurs au capital social. Le Code de commerce parle de risque de dissolution. Dans le privé, on appellerait ça une faute lourde. On saisirait les biens. On licencierait. Ici, on prime.

Près de 80 000 euros de prime de « performance » en sus d’un fixe de 322 000 euros. Total annuel avoisinant 400 000 euros — soit davantage que le président de la République. La direction financière qualifie cela de « performance économique cohérente ». Alloncle ricane, à raison : cohérente pour qui ? Pour l’actionnaire invisible qu’est le contribuable ?

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Le festival de Cannes 2023 au Majestic mérite ici son propre paragraphe : 112 123 euros pour quelques dirigeants. Chambres à 1 700 euros la nuit, quand le plafond interne autorise seulement 350. Une enquête pour abus de biens sociaux est ouverte. Ernotte invoque des « impératifs stratégiques ». Le champagne (à ce tarif-là j’espère que c’était du S de Salon), était stratégique. Sans doute. Pressions sur la Cour des comptes pour retarder un rapport accablant avant sa reconduction ? Un mail confirme. Elle nie. Arnaud Ngatcha — adjoint d’Hidalgo, qui double son salaire public au passage — est censé gérer le Téléthon selon Mme Ernotte ? M. Ngatcha dément, aucune trace documentaire. Mystère. Ou pas. Rachida Dati parle de « consanguinité d’un milieu sans contrôle ». M. Alloncle lui répond que « consanguinité » est un euphémisme poli, qu’incestueux serait plus exact.

Quand les auditions tournent au vaudeville…

Le président de la commission, Jérémie Patrier-Leitus, coupe le micro du député Alloncle après qu’il eut suggéré des liens troubles entre France TV et le groupe Mediawan. « Jérémie, qu’est-ce que tu fais là ? » le questionne-t-il. Ce n’est pas de la politique. C’est du vaudeville.

Ernotte défend Slash comme « mission de service public » pendant que la Société des journalistes découvre les réformes éditoriales dans les colonnes du Figaro.

Les syndicats nient toute défiance interne pendant que les pertes s’accumulent et que l’externalisation explose. Chacun joue son rôle dans cette pièce dont le contribuable finance la mise en scène et assume les pertes.

France TV, le Lehman Brothers de l’audiovisuel ?

Lehman Brothers a coulé en 2008. France Télévisions coule au ralenti, sauvée chaque année par la perfusion fiscale, imperméable à la sanction du marché, protégée par une structure de gouvernance où les conflits d’intérêts prospèrent et où la transparence est traitée comme une agression.

Alloncle exige la transparence sur les 4 milliards annuels. La fin de la gabegie. Des comptes. Des réponses. On lui coupe le micro.

Ernotte, depuis sa thébaïde, reste sereine. Elle qualifie CNews de « média d’opinion » — sans apparemment percevoir l’ironie d’une présidente de chaîne militante commentant les partis-pris d’une autre. L’incompétence financière est maquillée en engagement citoyen. La gabegie en stratégie. Les mensonges en « imprécisions ».

Et pendant ces auditions, le cirque continue. L’impératrice Ernotte danse sur les ruines fumantes de cette entreprise en pleine déliquescence, à la fois financière et intellectuelle.  

Au regard des comptes de France Télévisions, dans une entreprise privée nous aurions un liquidateur, dans le service public une présidente. La différence ? Le liquidateur, lui, ne se verse pas une prime élyséenne.


[1] « En juillet 2021, sur Slash, plateforme de France Télévisions destinée aux 15-35 ans, donc accessible à des mineurs, Diane Saint-Réquier a fait la promotion explicite de contenus pornographiques transsexuels, allant jusqu’à inciter à s’abonner à des plateformes payantes. Interrogée, elle n’a exprimé aucun regret, affirmant que « la majorité des jeunes ont accès à la pornographie » et revendiquant la promotion d’une pornographie qu’elle juge « plus éthique » à travers les productions transsexuelles » déplore Charles Alloncle le 17 février 2026.

[2] « Comment se fait-il que ni l’Arcom ni le Comité déontologique ni la direction de France Télévisions ni aucune institution judiciaire ne se soient saisis de ce cas flagrant ? » s’est désolé le député.




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