Notre chroniqueur revient sur la stratégie judiciaire de Marine Le Pen
Le procès en appel de Marine Le Pen et de quelques autres s’est ouvert le mardi 13 janvier. Jordan Bardella a réaffirmé son plein soutien à cette dernière « qui convaincra de son innocence ». Sans être nécessairement contre-productif, un tel soutien politique n’aura en tout cas aucune incidence sur le cours de la procédure judiciaire à venir.
Je ne crois pas non plus que, pour la juridiction d’appel, le fait que l’éventuel remplaçant de Marine Le Pen en vue de l’échéance présidentielle soit déjà désigné puisse exercer une quelconque influence sur l’arrêt à intervenir, lequel, quelle qu’en soit l’issue, aura tout intérêt à se fonder sur des éléments strictement juridiques, contrairement au jugement de première instance qui s’est aventuré – au moins pour ce qui relève de l’exécution provisoire – dans une argumentation davantage politique que technique.
Marine Le Pen baisse d’un ton
Ayant suivi attentivement les débats de première instance en pratiquant un pluralisme médiatique – et ma lucidité n’est pas rétrospective ! -, j’avais été surpris par l’option maximaliste retenue par Marine Le Pen, même si elle correspondait à son tempérament et avait conduit son unique avocat à plaider dans le même esprit.
On connaît la condamnation qui a suivi, assortie de l’exécution provisoire et de ses effets potentiellement désastreux sur l’avenir présidentiel de la candidate officielle du RN.
Il me paraissait clair que, d’une manière ou d’une autre, une autre ligne de défense serait envisagée en appel. Le fait que Marine Le Pen dispose désormais de deux avocats – l’un pour le Parlement européen, l’autre pour le parti -, que chacun des appelants ait dorénavant son propre conseil et que la communication sera davantage contrôlée constitue un élément non négligeable, mais ce n’est pas l’essentiel.
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Il va résider dans l’obligation pour Marine Le Pen – sans qu’elle opère un revirement complet et tout en continuant à proclamer son innocence – de développer une argumentation moins impérieuse et plus modeste. Cette évolution devrait la conduire à moins s’opposer frontalement au droit européen qu’à s’en prévaloir, en exploitant ses zones d’ambiguïté afin de justifier le comportement collectif des assistants parlementaires mis en cause. Sans aller jusqu’à la résipiscence, elle fera valoir une attitude de bonne foi qui la fera sortir de ses dénégations intégristes et pourrait lui valoir une écoute plus bienveillante.
Déjà, en affirmant d’emblée « qu’elle n’a aucun sentiment d’avoir commis la moindre infraction », elle a placé la barre moins haut et s’est campée en innocente moins sûre d’elle. Cette formulation est révélatrice d’un climat de moindre affrontement.
En effet, il est fondamental, à quelque niveau juridictionnel que ce soit, de toujours ménager une porte de sortie lorsque l’argumentation principale ne convainc pas, plutôt que de s’enfermer – et les juges avec et contre soi – dans une logique du tout ou rien.
Rien n’est acquis
Mais il faut prendre garde à ce que cette volte-face n’apparaisse pas comme insincère, voire purement utilitaire, d’autant plus que, depuis des mois, on avait presque l’impression que, médiatiquement parlant, la défense du RN s’élaborait à ciel ouvert. Il est évidemment permis de modifier son comportement et ses arguments en appel, à condition toutefois que cette nouvelle posture ne soit pas cousue de fil blanc, au point de donner le sentiment d’un jeu consistant, après avoir d’abord brûlé tous ses vaisseaux, à chercher ensuite trop ostensiblement à en sauver quelques-uns.
J’en viens naturellement, pour conclure, au rôle capital des avocats dans les procès où la politique vient troubler l’apparente objectivité du droit. Dans les causes perdues, lorsqu’on s’en prend à la justice et que l’on met en cause ses juges, il est frappant de voir que, parmi les explications avancées pour justifier l’échec judiciaire, n’est presque jamais évoquée la possible insuffisance des conseils, la maladresse de leurs plaidoiries, leur excès de certitude, proche parfois de l’arrogance, de l’emporter, et plus généralement, leur échec dans cette obligation de convaincre.
Pour Marine Le Pen, rien n’est acquis. C’est déjà beaucoup que de le savoir et d’en tirer, en conséquence, l’attitude appropriée.
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