Zoe Saldana, actrice américaine d’origine portoricaine et dominicaine, ayant incarné Nina Simone dans le biopic Nina, s’est excusé… de ne pas être assez noire de peau pour le rôle. Décryptage du racialisme de notre temps.


 

J’ai toujours tendance à sous-estimer la vitesse à laquelle une certaine partie de la société s’enfonce dans les délires idéologiques à la mode. Dernière surprise en date : en ce début d’août, Zoe Saldana, actrice américaine d’origine portoricaine et dominicaine – ce détail prend tout son sens plus tard – ayant joué Nina Simone dans le biopic Nina, s’est excusé pour avoir tenu le rôle de la grande musicienne, plus noire qu’elle : « Je n’aurais jamais dû jouer Nina. (…) J’aurais dû faire tout ce qui était en mon pouvoir pour confier le rôle à une femme noire pour qu’elle puisse incarner le rôle d’une femme noire exceptionnelle ». Concernant le fond de teint noir qu’il a fallu lui mettre pour lui donner un épiderme semblable à l’artiste qu’elle interprétait – vous connaissez la rengaine du « black face » – l’actrice a même déclaré : « Je pensais à l’époque que j’avais la permission parce que j’étais une femme noire, et je le suis, mais c’était Nina Simone (…) Nina avait un parcours qui devrait être honoré jusqu’au moindre détail ».

Peu consciente de l’incohérence de son propos (si l’on veut coller aux détails, le maquillage peut sembler légitime), l’actrice se répand en larmes de crocodiles pour témoigner de sa sincérité auprès du tribunal des belles âmes.

Je suis dur, me direz-vous.  Et puis il faut dire que dans un biopic, le protagoniste principal a intérêt à ressembler un peu au grand personnage qu’il incarne – à ce titre il était donc bien judicieux de faire jouer la grande Nina par une femme noire plutôt que par un homme blanc. Sauf qu’à l’époque où le film est sorti en 2016, la toute ambitieuse Zoe Saldana ne s’était pas défaite lorsque Kelly Simone, la fille de Nina, s’était déclarée peu convaincue par ce choix pour incarner sa mère, ainsi que par un scénario selon elle mensonger.

Cinquante nuances de noir

Prétendant s’identifier à une femme noire, – éternelle contradiction d’un progressisme qui autorise n’importe qui à s’identifier à n’importe quoi et qui attache simultanément à chacun les chaines de son appartenance natale – l’actrice à l’époque prête à tout défendait l’idée qu’il « n’y avait pas qu’une seule façon d’être noir », raison pour laquelle elle pouvait interpréter une « autre femme noire ». Quatre ans plus tard, l’emprise de mouvements haineux s’autoproclamant porte-voix des minorités est passée par-là, et l’actrice s’adonne à un exercice nord-coréen de repentance publique auprès d’une certaine gauche aux instincts totalitaires qui se constitue systématiquement en jury d’assise médiatique pour trancher du bien et du mal, du raciste et du non-raciste (il suffit de voir les journaux observant avec délectation les excuses de l’actrice – Huffington Post et autres Inrocks).

Il y a d’abord dans ce nouveau procès quelque chose qui relève de l’étrange recherche d’une « pureté de la race » noire, visiblement déniée à une actrice dont chacun peut tout de même constater qu’elle n’est pas blanche. Cet étrange concours de couleur, sous prétexte de lutter pour la visibilité de minorités qui n’en finissent plus de s’éclater en sous-groupes, fixe à chacun un spectre bien précis d’engagements qu’il peut incarner en fonction de son appartenance ethnique. Certes, Zoe Saldana avait grimé son nez pour ressembler à Nina Simone. Mais Eric Elmosnino dans Gainsbourg, vie héroïque, n’a-t-il par également revêtu un nez massif et tranchant pour bien coller au génie juif qu’il a magnifiquement interprété ? A-t-on entendu la communauté juive s’inquiéter de que ce maquillage ne fasse référence aux caricatures juives millénaires qui ont fait florès entre 39 et 45 ? Seulement voilà : certaines franges minoritaires n’ont que leur susceptibilité pour se mettre en valeur et justifier leur violence.

Le manque de diversité est idéologique

Cette concurrence épidermique masque enfin le fait que si le star system, en Amérique comme en France, est peu représentatif de la population, ce n’est pas parce qu’il manque de telle ou telle couleur, mais parce qu’il manque de diversité d’idées (et de plastiques également d’ailleurs – dans le cinoche, mieux vaut être une belle noire qu’un blanc moche !). Sur les centaines de star que nous connaissons, combien se revendiquent pro-Trump, antilibérales ou sceptiques vis-à-vis de MeToo et de Black lives matter ? Croyant d’un côté célébrer la diversité en hiérarchisant les races, le politiquement correct crée en même temps une surveillance de tous par chacun, dans laquelle les déviants mis au ban d’un monde du spectacle qui ne regorge ni d’intellectuels, ni de convictions très solides, et qui ne cherche en réalité que l’homogénéisation du monde.

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