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Raison, sentiment et terrorisme intellectuel

Raison ou sentiment, il faut choisir

Raison, sentiment et terrorisme intellectuel
Image d'illustration Unsplash

Eric Zemmour soutient que le régime de Vichy a essayé de protéger tous les Français, y compris les Juifs. Plutôt que de discuter ou contester cette thèse historique, on l’accuse de négationnisme.


Un des problèmes du débat contemporain dans la presse et les médias comme sur les réseaux sociaux, des affrontements verbaux dont, nous Français, sommes si friands, c’est la confusion entre raison et sentiment.

Exemple: Eric Zemmour donne un point de vue sur une période historique, en l’occurrence l’occupation allemande de 40-45 et le rôle du gouvernement de Vichy dans la déportation des juifs. C’est un point de vue qui se base sur des analyses d’historiens, sur des chiffres, des statistiques, bref un certain nombre de considérations qui sont, pour lui, probantes.

Un petit jeu pas innocent

D’autres historiens, se basant sur d’autres faits, chiffres et analyses, émettent une opinion différente.

L’histoire ne doit pas porter de jugement moral, mais essayer d’établir des faits, de les contextualiser, voire de définir des responsabilités, ce qui n’est pas toujours facile. Mais dans tous les cas il ne peut jamais être question de rendre l’historien moralement complice des faits qu’il énonce. Dire que Louis IX a stigmatisé les juifs avec l’imposition du port de la rouelle (petite pièce de tissu sur le vêtement), ce n’est pas faire acte de sacrilège envers un saint de l’Église. Évoquer les noyades des vendéens à Nantes, ou les exécutions de masse au canon à Lyon par les envoyés de la Convention de 1792, ne fait pas non plus de l’historien un anti-républicain.

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Pourtant, en réaction aux hypothèses historiques d’Eric Zemmour, on constate souvent des propos indignés, des réactions émotionnelles, des condamnations violentes (parfois surjouées, cf Anne Hidalgo) et des jugements moraux sur sa personne. Comme si son point de vue historique le rendait ipso-facto complice des nazis. Il est certes possible que certains vrais pétainistes (sont-ils encore nombreux ?) puissent se croire confortés par ces positions. Voire que de tels propos plaisent à des négationnistes.

Mais la plupart des adversaires d’Eric Zemmour jouent en réalité un jeu bien différent. Refuser le débat rationnel sur une opinion, et préférer le combat émotionnel contre la personne qui la porte, c’est évidemment une façon d’éviter toute discussion sur tout ce que propose la personne en question.

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Aujourd’hui, bien trop souvent, le débat d’idées bascule dans la querelle de personnes, et le sentiment remplace la raison. Si j’émets une opinion négative, même argumentée, sur le mouvement des « gilets jaunes », on me reprochera de mépriser la France périphérique. Si j’argumente contre la position des militants anti-vaccins, je manque de respect envers les opinions qui ne sont pas les miennes, si je pense qu’il faut stopper l’immigration, je n’ai pas de cœur.

Ne comptez pas sur les adversaires de Zemmour pour élever le débat !

Ne pas accepter la mise en cause argumentée, mais ouvrir tout de suite le parapluie de la posture victimaire, c’est une tactique qui a fait ses preuves et qui aujourd’hui fait florès plus que jamais.

La méthode n’est pas nouvelle. Les communistes ont été maîtres en la matière, réussissant à garder pendant toute la seconde partie du XXe siècle une emprise totale sur la grande majorité des intellectuels et des artistes, en jouant systématiquement sur ce type de réaction. A tout argument, à tout écrit, à toute œuvre un peu critique sur l’URSS, sur le Parti Communiste, sur la CGT, sur la révolution soviétique, sur le marxisme, on opposait le couperet moral : tu fais le jeu des réactionnaires… tu es donc contre les ouvriers… tu es pour les exploiteurs… tu es contre la paix… tu es pour les fascistes.

On ne discute pas, on n’argumente pas, on dit « si tu penses ça tu es un salaud ». Malheureusement cette culpabilisation de l’adversaire fonctionne toujours à plein, au nom d’un humanisme de pacotille. Les gauchistes, les féministes, les anti-racistes, les décolonialistes, les woke de toutes espèces ont parfaitement assimilé la méthode. Cela s’appelle le terrorisme intellectuel.

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Réalisateur de films d'entreprises et institutionnels. Organisateur de spectacles.

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