Une nouvelle opération d’expulsions a lieu à Notre-Dame-des-Landes. Il semble qu’expulser des zadistes soit la priorité du gouvernement…


Il y a donc une deuxième intervention en cours sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. Ce qui semble le plus important au gouvernement français, c’est donc d’aller rétablir « l’Etat de droit » en mobilisant à nouveau la gendarmerie, ses hélicoptères, ses grenades (11 000 lors de la première intervention !) comme la GLIF4 assourdissante ou les grenades de désencerclement DMP, nos gendarmes mobiles étant la seule force de maintien de l’ordre à les utiliser en Europe, à cause des trop grands dangers qu’elles entraînent.

Le gouvernement sépare le bon paysan des vilains punks

On peut s’attendre donc à de nouveaux affrontements. On remarquera tout de même que toutes les légendes urbaines, si je puis dire pour parler du bocage, qui ont couru sur des zadistes surentraînés équipés de boules de pétanques avec des lames de rasoirs ou ayant parsemé le terrain de chausse-trappes cruelles dignes du Viêt-Cong ont fait long feu. Mais enfin, en ces temps médiatiques, un mensonge répété dix fois devient une vérité : tous les zadistes sont crasseux, pouilleux, hargneux et d’ailleurs les vrais paysans sur place ne les aiment pas.

A lire aussi: Notre-Dame-des-Landes: les derniers zadistes voulaient casser du gendarme

C’est toute la stratégie du pouvoir, dans cette deuxième intervention : séparer le bon grain de l’ivraie, le bon grain des paysans historiques de l’ivraie des glandeurs patentés, de séparer ceux qui ont déposé des demandes individuelles de régularisation (mais signées collectivement…) auprès de la préfecture de ceux qui ne proposent que des lieux de vie parmi lesquels, par exemple, une bibliothèque de 2000 volumes où nombre d’écrivains sont venus rencontrer des lecteurs. Des paysans et des punks à chiens qui savent lire ? Non, vous êtes sûr ?

Qui est-ce que ça gêne ?

Ce qui me surprend dans cette histoire, c’est cet acharnement du pouvoir sur la ZAD. On pourrait penser qu’il y a plus urgent que de mobiliser autant de monde alors que d’autres menaces, bien concrètes, pèsent sur notre société et que l’on n’est pas à l’abri d’un regain du terrorisme quand on voit comment en quelques jours la situation internationale est devenue explosive, bien plus explosive qu’un éventuel cocktail Molotov lancé depuis une barricade en flammes, quelque part dans l’Ouest… Parce que n’oublions pas que les zadistes ne font que se défendre. Ils ne demandent rien sinon expérimenter d’autres manières de vivre et de produire, répétons-le. Encore une fois, qui est-ce que ça gêne ?

A lire aussi: Notre-Dame-des-Landes: qui a le plus menti, finalement?

Le simple fait qu’ils existent, il est vrai, représente une contestation radicale de toutes les valeurs du macronisme actuellement au pouvoir même si par une ruse de la raison, les zadistes prennent au mot leur vulgate néo-libérale et utilisent de fait, leur « droit à l’expérimentation ». Apparemment, on peut expérimenter dans le démantèlement de la SNCF mais pas dans une tentative conseilliste, antiautoritaire et horizontale de prendre des décisions sur quelques hectares de zone humide.

Les zadistes du CAC 40

Ce gouvernement préfèrerait-il se retrouver face à une contestation globale de ce qu’il est comme en Italie ou en Allemagne dans les années de plomb ? Il trouverait peut-être cela plus confortable, finalement, des terroristes armés bien identifiables. Mais manque de chance, comme le groupe de Tarnac, entièrement relaxé, ou les Zadistes, ou les squats autogérés qui prospèrent dans les grandes villes, une nouvelle génération a compris qu’il était inutile d’entrer dans la spirale de la violence armée contre un Etat qui implose très bien tout seul, qu’il valait mieux s’installer dans les interstices de la Matrice pour vivre comme ils l’entendaient. Et qu’on ne vienne pas me dire que c’est trop facile de faire ça en touchant les minima sociaux de ce même Etat. Parce qu’en matière d’assistanat, ils n’atteindront jamais ces groupes du CAC 40 : après avoir touché des dizaines de milliards du « Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi » (CICE), ils n’ont pas créé un seul emploi mais comme on vient de l’apprendre ils offrent la meilleure rémunération en Europe aux actionnaires, soit 67% des bénéfices…

Pompidou demandait qu’on cesse d’emmerder les Français. Je demande à Macron de cesser d’emmerder les zadistes.

Lire la suite