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Venezuela: beaux principes et plaisir coupable

Le regard libre d’Elisabeth Lévy


Venezuela: beaux principes et plaisir coupable
Le président Donald Trump, entouré du directeur de la CIA John Ratcliffe (à gauche) et du secrétaire d’État Marco Rubio (à droite), observe l’arrestation du président vénézuélien Nicolas Maduro lors de l’opération Absolute Resolve, le samedi 3 janvier 2026, à Mar-a-Lago, à Palm Beach, en Floride © UPI/Newscom/SIPA

Le président français a estimé dans un premier temps, samedi, que « le peuple vénézuélien est débarrassé de la dictature de Nicolas Maduro et ne peut que s’en réjouir ». Du miel aux oreilles de Trump ! Il a ensuite corrigé le tir en conseil des ministres, hier: « La France défend le droit international, la méthode employée n’est ni soutenue, ni approuvée. »  Quand Trump parle du Mexique ou du Groenland, on a le droit de s’inquiéter, affirme Elisabeth Lévy dans sa chronique. Nous vous proposons de l’écouter.


L’intervention américaine au Venezuela suscite beaucoup de critiques. Mais ne boudons pas notre plaisir. On rêve d’un western planétaire avec un gentil sheriff genre Tom Cruise qui met hors-jeu les méchants de Maduro à Khamenei. À part Mélenchon et sa clique, personne ne regrette Nicolas Maduro qui, en 23 ans, a achevé la destruction d’un pays prospère. Aucun Vénézuélien ne vivra plus mal après l’opération Absolute resolve. Aucun Latino-américain non plus car il déstabilisait toute la région (immigration et criminalité expliquent pour bonne part la victoire d’un pinochetiste au Chili). Enfin, Caracas était le lieu de rendez-vous de tous nos ennemis, Hezbollah et autres. Donc merci Donald Trump et bon débarras.

Le « State building », cela ne marche jamais vraiment

Cependant, ne soyons pas naïfs. Le but des Américains n’est pas d’instaurer la démocratie (et tant mieux, car généralement ça tourne au désastre). Le régime maduriste est sous tutelle mais toujours en place. Bien qu’on ne sache pas tout, il semble que Washington ait encouragé et accompagné une révolution de Palais. Rien de nouveau sauf que ce ne sont plus des opérations secrètes plus ou moins tordues de la CIA mais désormais une politique parfaitement assumée.

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Au-delà du Venezuela, où la politique américaine est très défendable, on ne pleurera pas pour le régime castriste s’il lui arrive une mésaventure comparable. Mais quand Trump parle du Mexique ou plus encore pour nous Européens du Groenland, on a le droit de s’inquiéter.

Emmanuel Macron a-t-il donc raison de condamner la méthode des Américains ? Sa réaction en deux temps suggère qu’il a cédé à la pression, ce qui n’est jamais bon. Ensuite, il ne s’agit pas de prodiguer des leçons de maintien au président américain mais de comprendre le monde où nous sommes et de nous y adapter.

Quel est ce pays, où frappe la nuit la loi du plus fort ?

Depuis 1989, les Européens se racontent une belle histoire. Après la fin du communisme, nous étions censés assister à l’avènement d’un monde pacifié régi par le droit et le commerce. Evidemment les rapports de force n’ont pas disparu. Aussi injuste que cela soit, nous avons dû accepter que nos entreprises soient soumises partout au droit US. Le droit ne dissuadera pas plus la Chine d’envahir Taiwan si elle le décide qu’il a empêché Poutine d’envahir l’Ukraine. Face au président russe on aimerait bien que l’Europe soit un peu plus trumpienne et qu’elle soit capable de lui dire : l’Ukraine appartient désormais à notre zone d’influence alors pas touche. Mais pour ça, il faudrait qu’on soit plus soucieux de nos armées que de nos retraites.

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Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale de Sud Radio

Retrouvez sa chronique après le journal de 8 heures.



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Fondatrice et directrice de la rédaction de Causeur. Journaliste, elle est chroniqueuse sur CNews, Sud Radio... Auparavant, Elisabeth Lévy a notamment collaboré à Marianne, au Figaro Magazine, à France Culture et aux émissions de télévision de Franz-Olivier Giesbert (France 2). Elle est l’auteur de plusieurs essais, dont le dernier "Les rien-pensants" (Cerf), est sorti en 2017.

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