La formule de Montesquieu feignait la naïveté pour mieux révéler l’étrangeté française. On croyait observer l’Orient, mais c’était la France qui se retrouvait mise à nu par notre philosophe. Trois siècles plus tard, le procédé mérite d’être retourné.
Imaginons des Persans d’aujourd’hui regardant la France. De vrais Persans, c’est-à-dire des femmes retirant leur voile obligatoire, des étudiants surveillés et pourchassés, des jeunes urbains et, désormais, commerçants du Bazar qui conspuent la République islamique au prix de leur liberté, parfois de leur vie.
Que verraient-ils ? Un pays qui se proclame libre mais qui s’emploie à réduire ses propres marges de respiration. Une société où l’on n’interdit plus rien mais où l’on moralise sans relâche, où l’on ne censure pas mais où l’on disqualifie, où la peur se recycle en pseudo vertu civique, où le mot « boycott » tient lieu de pensée.
Ils observeraient nos universités, jadis lieux du doute, devenir des ateliers de conformité. On n’y apprend plus à penser contre, mais correctement. La nuance y est suspecte, l’ironie dangereuse, le désaccord une faute valant la proscription publique.
Mais ce qui frapperait le plus les Persans est le rôle d’une partie de la gauche française. Des élus LFI se disant défenseurs des opprimés mais qui trouvent toujours une bonne raison de détourner le regard quand l’oppression est islamiste, théocratique et enturbannée.
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Pour les camarades de Jean-Luc Mélenchon, qui vient de perdre son ami vénézuélien Maduro, la République islamique n’est jamais vraiment le problème. Elle est “complexe”, “contextuelle”, toujours secondaire face à la dénonciation obsessionnelle de l’Occident et du petit Satan israélien. Les femmes iraniennes emprisonnées pour une mèche de cheveux ? Un détail. Les étudiants tabassés ? Un angle mort. L’essentiel est ailleurs, dans la posture morale hypocrite, rentable et sans risque.
Les Persans d’aujourd’hui ne se demandent plus si cette indulgence des militants est idéologique ou intéressée. Il faut une singulière mauvaise foi pour condamner les démocraties libérales tout en blanchissant, par le silence ou la relativisation, l’un des régimes les plus liberticides du monde – parce qu’il se proclame “anti-impérialiste” et champion d’une “cause palestinienne” si mal servie par les arboreurs de keffieh.
Pendant ce temps, en Iran, le pouvoir se raidit parce qu’il vacille. Les femmes désobéissent, les étudiants affrontent, le pays profond gronde. Là-bas, la liberté coûte cher. Ici, elle se brade doucement, au nom du Bien…
La question retournée n’est plus ironique. Comment peut-on être français, se dire progressiste, et servir avec tant de zèle le conformisme le plus régressif au point d’en devenir la caution utile des mollahs ?
L’histoire est cruelle. Ceux qui connaissent la contrainte la reconnaissent vite. Ceux qui l’habillent de bonnes intentions la découvrent toujours trop tard.
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