Il en a fallu du temps !

Pourquoi, d’ailleurs, avoir dû attendre le 16 août, soit quinze mois après la défaite de Nicolas Sarkozy, pour que Jean-François Copé juge nécessaire, avant la mi-octobre, « un débat sérieux et objectif » sur le quinquennat écoulé ?

Le paradoxe était en effet que cet échec grave, malgré une fin de campagne plus que racoleuse, n’ait pas entraîné tout de suite une analyse, un bilan, un droit d’inventaire ? Quand on perd et qu’on reçoit un héritage grevé, on constate, on examine, on exclut.

Pourtant, au fil des mois, des voix se sont élevées dont il faut considérer qu’à cause de l’ambiance caporaliste diffusée par Sarkozy et validée par Copé, elles étaient courageuses et lucides. Elles méritent d’être toutes citées parce qu’un jour, elles seront l’avant garde, l’honneur d’une droite rénovée.

Jean-Pierre Raffarin, Luc Chatel, Xavier Bertrand, Hervé Mariton, François Fillon, Eric Ciotti, Laurent Wauquiez, Valérie Pécresse, Gérald Darmanin, Patrick Devedjian, à un degré moindre Pierre Lellouche et Philippe Marini, sur un mode plus discutable mais la première, Roselyne Bachelot. Dans le désordre.

Si Jean-François Copé a tant tardé à admettre l’inéluctable tient au fait que sa complicité intéressée avec Sarkozy fondée sur une répartition des rôles dans le futur l’a conduit à bloquer, à verrouiller un dispositif en espérant qu’il tiendrait tant bien que mal jusqu’à la primaire de l’UMP en 2016. Aucune autre tête virtuellement menaçante ne devait émerger.

Pour ce faire, contre tout bon sens, Copé, pour complaire à son maître – à force d’être qualifié de clone de Sarko, il a fini par y croire !- a d’abord prétendu que le vaincu avait un droit naturel à se représenter et qu’il ne devait être soumis à aucune joute interne. Puis, sous des pressions diverses dont celle essentielle de François Fillon, Copé a consenti à l’instauration du système de la primaire. Et le 16 août, il a formulé la proposition d’un débat « sérieux et objectif » (Le Monde, Le Figaro).

L’accouchement a été lent.

Pourtant, s’il n’y avait pas eu l’emprise délétère de Nicolas Sarkozy encore sur l’UMP grâce à lui, ce n’est pas la qualité des opposants au droit d’inventaire qui pouvait le retenir d’adopter cette démarche naturelle.

En effet, parmi les adversaires, il y a les inconditionnels de Sarkozy qui ont eu cette facilité, ce confort de ne rien apprendre et de tout oublier. Les duettistes Geoffroy Didier et Guillaume Peltier créateurs de la Droite forte (plutôt bête !), Brice Hortefeux jamais en retard d’un poncif, Nadine Morano tellement appréciée pour sa mesure! et le sénateur Karoutchi écoutant Copé pour savoir ce qu’il peut dire : le débat sérieux et objectif mais pas de droit d’inventaire ! C’est tout et ce n’est pas brillant (20 minutes).

Il est évident que derrière le refus si longtemps affiché de ce bilan critique, il y bien davantage que la volonté de ne pas se regarder « le nombril » ou de ne pas tomber dans « l’auto flagellation » ou de fuir « les procès personnels ». Il y a la certitude qu’il sera très difficile, une fois la machine lancée, de l’arrêter. Une parole collective qu’on libère sur un passé proche, des intelligences longtemps murées qu’on invite à analyser, à dénoncer et à proposer, nul ne peut prévoir si l’une et les autres ne dépasseront pas les limites permises – celles du débat sérieux et objectif – pour s’engager dans les territoires sombres et dangereux du droit d’inventaire. Certes, on aura toute licence pour vanter les acquis et les réussites du quinquennat et il y a eu des lumières évidemment. Mais attention à ne pas surestimer les ombres et les déceptions. Il faudra raison garder et inconditionnalité conserver (JDD).

« Le débat sérieux et objectif » enfin accepté par Copé – il est exclu qu’il l’ait évoqué sans en référer – va constituer une tentative désespérée pour éviter que la bonde lâche et que le quinquennat soit disséqué au scalpel.

Car le risque est là. Comment s’arrêter à une politique, à ses méthodes, à ses avancées mais aussi à ses défaillances et ne pas mettre en cause aussi la pratique présidentielle de Sarkozy et, plus profondément, sa personne elle-même ? Car il n’est personne qui ignore – mêmes les plus obtus à l’UMP – que la défaite de Sarkozy, si elle a eu des causes classiques – les impuissances, les reniements et les compromis – relatives à la gestion de notre pays et à son rôle international, a surtout été causée par une désaffection radicale à l’égard de ce président et de son comportement public et privé.

Les Français ont bien plus quitté un homme qu’une politique. Ils ont bien plus choisi un autre président qu’adopté le socialisme.

Si, pour jouer les belles âmes ou par sauvegarde, on se prive des « procès personnels », on se prive de tout. En tout cas d’un débat digne de ce nom. Le sérieux et l’objectif du débat ne seront pour Sarkozy et ses séides qu’une fermeture dissimulée derrière une concession. Pourtant, il ne s’agira pas non plus de se plonger dans les 20 ans d’affaires de l’ère Sarkozy, de 1993 à 2013 (Mediapart). Mais de brasser ensemble les actions, les abstentions, les provocations, les aberrations et les transgressions, le politique et le président, l’officiel et l’intime qui y a été souvent trop lié.

Jean-François Copé contraint et forcé a cru tout de même bien jouer en impliquant François Fillon dans la cause puisqu’il a affirmé « son intention de veiller à ce que le débat ne vire pas au procès contre Nicolas Sarkozy et François Fillon ». Avec cette subtilité trop adroite, il s’imagine pouvoir ligoter ce dernier et ses partisans en leur faisant craindre un naufrage collectif plus qu’un désastre exclusivement sarkozyste.

C’est oublier que François Fillon va se présenter à la primaire de 2016 et qu’on ne saurait imputer à l’ancien Premier ministre une quelconque responsabilité dans les choix fondamentaux du quinquennat, ses foucades et ses aveuglements. L’omniprésence agitée et souvent erratique de Nicolas Sarkozy sur tout et pour tout rendrait injuste un droit d’inventaire s’exerçant à l’encontre des deux alors que l’un a eu le pouvoir et l’autre l’exécution et l’obéissance.

Celui qui a le mieux défini ce que devra être ce débat élargi ou ce droit d’inventaire est – ce n’est pas surprenant – Patrick Devedjian qui a prôné, plus que le sérieux et l’objectivité, la vérité. Il est quasiment le seul à avoir eu le courage, dans le camp de la majorité d’alors, à faire valoir ses réserves et ses oppositions. Donc il devrait être plus écouté que les autres.

J’aime qu’il propose, pour cette entreprise à la fois de satisfaction ici et de dénonciation là, un débat extérieur à l’UMP, même avec des personnalités de gauche (RTL, France 2).

Je ne vois pas en effet au nom de quoi, à droite, seuls ceux qui ont validé et légitimé les errements du quinquennat seraient fondés à s’exprimer. En tout cas, on ne pourra faire l’impasse sur les enthousiastes du candidat de 2007 et qui n’ont cessé d’alerter durant cinq ans. J’en suis. S’ils ont dû voter François Hollande, ce n’est pas grâce à lui mais à cause d’une droite qui avait été défigurée par son prédécesseur avec notamment un état de droit en miettes et une justice aux ordres. Si, à ce forum d’avant la mi-octobre, tous sont conviés qui auront à critiquer pour hier et à espérer pour demain, ce droit d’inventaire tiendra ses promesses. Sinon, sérieux et objectif pour ne pas dire indolore, incolore et sans saveur, il ressemblera trop à un droit de se taire.

Du côté de l’UMP, on s’est précisément tu trop longtemps. Avec elle, les conseillers, même les plus républicains, le Premier ministre et les ministres.

Et, conséquence, le socialisme, avec François Hollande, sera là au moins jusqu’en 2017.

*Photo : ©HTO3.

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