De 1988 à 2010, la Tunisie commémorait chaque 7 novembre l’anniversaire du « Changement » – dénomination officielle du coup d’Etat médical de Zine al-Abidine Ben Ali, alors Premier Ministre, contre le sénescent Bourguiba, moyennant un certificat d’inaptitude paraphé par cinq blouses blanches convoquées dès potron-minet le 7 novembre 1987.

Depuis, chaque année, le chiffre 7 était porté au zénith (sur les timbres, les portraits officiels, le logo de la chaîne de télévision nationale…), remplaçant les monumentales statues du Combattant suprême Bourguiba, prié de se faire aliter dans son exil forcé de Monastir, jusqu’à sa mort en 2000. Ben Ali instaura un culte de la personnalité numérologique avant de céder au péché statuaire (portrait géant hissé sur le fort de La Goulette, mosquée « El-Abidine » – Les Adorateurs – au nom équivoque érigée à Carthage, etc.) des vieux crocodiles affalés sur le divan du pouvoir depuis trop longtemps.
Du 7 novembre, il était partout question. Comme des innombrables « Boulevard de l’environnement » baptisant les voies les plus polluées de la si touristique Tunisie, ou du 26-26, cet autre faux nez du régime Ben Ali fournissant aide sociale aux plus démunis en contrepartie d’une servitude politique on ne peut plus volontaire.

Puis l’impensable arriva. Le 14 janvier 2011, après des semaines d’émeutes, Ben Ali et son épouse furent poussés dans un avion vers l’Arabie Saoudite par le chef de la garde présidentielle, qui ourdissait très certainement un coup d’Etat. Après quelques échauffourées dans le palais présidentiel, le chef d’Etat major de l’armée Rachid Ammar désamorça la tentative de golpe et prit les rênes de la transition politique en confiant le pouvoir civil à l’inoffensif dernier Premier ministre de Ben Ali.

Immédiatement, les médias occidentaux dirent pis que pendre du tyran déchu. De despote éclairé, il passa au statut peu enviable de Ceausescu, sans qu’on eût besoin de lui fabriquer un Timisoara cousu main. L’obséquiosité générale à l’égard du « miracle tunisien », loué par Antoine Sfeir et tant d’autres, fit place au droit de l’hommisme le plus intransigeant.

Le temps de préparer les premières élections pluripartites du pays, l’octogénaire bourguibiste Beji Caïd Essebsi mit en place un gouvernement provisoire. La suite, on la connaît. Victoire éclatante du parti islamiste Ennahda aux législatives, appelé aux affaires avec deux petits mouvements de centre-gauche, dont l’un hérita de la présidence de la Chambre, l’autre de la République.

Cette semaine, Beji Caïd Essebsi est en visite officielle à Paris. En qualité de président du parti d’opposition Nida-Tounes (L’Appel de la Tunisie), il rencontrera François Hollande et lui fera sans doute part de ses profonds doutes quant à la compatibilité des islamistes tunisiens avec la démocratie et les droits de la femme. Ces derniers bénéficient des subsides qataris au même titre que la frange islamiste de l’insurrection syrienne, le Hamas, le fonds spécial dédié aux banlieues françaises et… le PSG.

La dernière célébration nationale du 7 novembre, c’était il y a encore deux ans en Tunisie. À l’ère de l’Iphone 5.0, autant dire il y a un siècle…

*Photo : stewartmorris.

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