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On imaginait Trump mauvais perdant, mais pas à ce point!

On imaginait Trump mauvais perdant, mais pas à ce point!
Donald Trump © Dennis Van Tine/STAR MAX/IPx/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22528233_000006

Il nous a volé un peu de notre rêve américain


Le seul mérite que Trump a eu est de n’avoir jamais dissimulé qu’il ne respecterait pas les résultats de l’élection s’il était déclaré perdant: parce que pour lui, ils seraient alors nécessairement truqués.

Il l’a dit, il l’a répété, il l’a martelé. Et il n’a cessé, au fur et à mesure que la judiciarisation forcenée qu’il avait mise en œuvre pour contester l’incontestable ruinait ses espérances, de demeurer pourtant dans le même registre. On était prévenu mais on n’osait pas penser qu’il irait aussi loin, au point de délibérément fragiliser le socle démocratique américain, le Capitole, symbole et lumière. Certains de ses partisans républicains, fanatiques et irrespectueux, chauffés à blanc par lui, ont pris à la lettre ce que Donald Trump continuait à proférer, malgré l’élection de Joe Biden : menaces et volonté sadique de battre en brèche une tradition et une civilité démocratiques trop honorables et honorées. Quatre morts et plusieurs blessés dans les marges de cette incroyable irruption collective contre laquelle la police du Capitole, pas assez nombreuse malgré les alertes, n’a pu faire preuve de suffisamment de résistance.

Joe Biden semble rajeunir à proportion des déroutes successives de Trump!

Je n’ai pas eu tort de défendre certains aspects de la politique de Donald Trump sur le plan national – l’économique et le social au meilleur jusqu’à la calamiteuse gestion de la Covid-19 – et dans le domaine international où son caractère atypique, imprévisible, a su faire bouger des lignes qu’on croyait intangibles. Il a retiré son pays de théâtres guerriers même si évidemment il a porté atteinte à un multilatéralisme qui s’était accordé sur certains points fondamentaux comme le climat.

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Je me doutais qu’il serait mauvais perdant mais pas à ce point. Son refus obstiné d’admettre sa défaite ne relevait plus du combat légitime qui autorise le vaincu à user de toutes les ressources de la loi pour voir reconnaître ses droits, mais de l’expression caractérielle d’un tempérament incapable de supporter l’humiliation suprême de cette déconfiture. Il est clair qu’en ayant incité ses partisans à investir le Capitole, Trump a commis une faute gravissime, offensante pour la démocratie américaine et qui va cliver encore davantage le parti républicain entre pro et anti Trump. Ensuite il a calmé le jeu: c’était bien le moins. À cause sans doute de la réprobation des anciens présidents américains et de la semonce européenne sur sa déplorable attitude. Même si tout au long de son mandat Trump a été victime de l’opposition systématique des médias et d’un opprobre politique qui méconnaissait même ce qu’il avait accompli de bien, il serait faux de prétendre que cette hostilité générale a engendré le Trump caricatural, souvent aux limites du déséquilibre, inquiétant même si parfois lucide dans ses intuitions et ses analyses. C’est sa personnalité qui a créé la détestation dont il a été l’objet.

Washington, le 6 janvier 2020 © Julio Cortez/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22527680_000006
Washington, le 6 janvier 2020 © Julio Cortez/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22527680_000006

Mais il faut raison garder: ce n’est pas la fin du monde et encore moins celle de la démocratie américaine même si je partage le sentiment de beaucoup qu’avec ce Capitole envahi, c’est un peu de notre rêve américain qu’on nous a volé. Un trésor intouchable a été violé. Il n’empêche que rien ne m’est apparu plus inutilement mélodramatique que l’intervention de notre président en pleine nuit avec le drapeau américain derrière lui. Je sais que les Français adorent se mêler des affaires des autres et en particulier, pour les Etats-Unis, choisir leur président à leur place et généralement se tromper. Mais l’exhibition de ce drapeau était choquante et provocatrice comme si nous étions devenus coresponsables de la vie politique américaine, de ses grandeurs et de ses failles.

Je ne crois pas une seconde que le futur démocratique sera obéré par cette catastrophique fin de mandat. En effet, de même que sa singularité imprévisible a eu parfois des effets positifs pour le monde et son pays, il est permis de considérer qu’elle ne pourra jamais être imitée pour le pire, puisqu’il n’y aura jamais qu’un Trump pour présider ainsi et terminer de la sorte.

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Demain, sans que je sois enthousiasmé par Joe Biden – qui semble rajeunir à proportion des déroutes successives de Trump -, on est tout de même persuadé qu’avec lui une forme de normalité reprendra ses droits. Elle ne sera sans doute pas géniale mais reposante. Il nous rendra à sa manière un peu du rêve américain.

Juste une conclusion sur la France. J’ai souvent douté de la qualité et de la force de notre démocratie. Mais suis-je naïf d’estimer que, si Marine Le Pen l’emportait en 2022, mille manifestations se dérouleraient dans la rue mais son adversaire battu ne contesterait pas le résultat de l’élection et n’inciterait pas ses soutiens à investir l’Elysée? Nous aurions d’autres drames et affrontements mais nous aurions au moins cette consolation.


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Magistrat honoraire, président de l'Institut de la parole, chroniqueur à CNews et à Sud Radio.

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