Je sais ce qu’on va dire. Que les trains m’obsèdent. Que je suis fasciné par la mélancolie propre aux gares provinciales hors saison. Que j’ai trop joué avec des trains miniatures quand j’étais enfant. Que mes rêves – à l’instar de ceux de bien des vaches alanguies – sont peuplés de trains à grande vitesse qui fendent les paysages dans un souffle. Ce n’est pas tout à fait faux.  À l’instar du peintre Belge Pierre Delvaux, mes rêveries sont parfois peuplées de femmes nues déambulant devant des locomotives à vapeur, et je ne rate rien des fascinantes initiatives de la SNCF pour faire parler d’elle – et se soustraire à sa mission première qui est de faire rouler des trains.

Dans une toute récente chronique j’évoquais plusieurs initiatives ferroviaires colossales, dont la mise à disposition de pianos dans certaines gares afin d’adoucir les mœurs… La Société Nationale des chemins de fer a franchi un pas supplémentaire. Elle entend à présent lutter contre notre stress. Et pour ce faire, elle a mobilisé une escouade de 340 « agents antistress » avec pour ambition redoutable « d’humaniser les trains de banlieue ». C’est Le Parisien qui rapportait cette initiative vendredi dernier : « Ils sont 340 et depuis le mois dernier, ils opèrent sur toutes les lignes du réseau Transilien. Leur rôle : lutter contre le stress des usagers SNCF » Vendre des tickets. Les contrôler. Alimenter la locomotive en bois, ou encore jouer avec les aiguillages, tout cela n’était donc pas suffisant. « On a fait beaucoup d’efforts pour développer l’information aux voyageurs, via les smartphones ou les réseaux sociaux. Mais en situation de crise, rien ne remplace l’humain », explique Bénédicte Tilloy, directrice générale de Transilien. Ainsi, la société de chemin de fer donne dans le sociétal, dans le psychologique, dans la thérapie.

« Par groupes de deux ou trois, ils se déplacent, en train ou en voiture, tout au long de la ligne à laquelle ils sont rattachés et qu’ils doivent connaître sur le bout des doigts. Quand tout est calme, ils assistent et renseignent les voyageur,. Et en cas de problème, qu’il s’agisse d’un incident bénin, résolu en moins de dix minutes, ou d’une perturbation grave, qui paralyse la ligne, ils viennent en renfort sur les points sensibles pour informer les usagers et les orienter. » Ces nouveaux agents sont « les couteaux suisses de l’information et de la prise en charge des voyageurs en situation perturbée » explique Bénédicte Tilloy. On imagine la joie de ces jeunes, ainsi comparés par leur patronne à des couteaux multifonctions helvétiques. A ceux qui s’interrogeraient sur l’origine de cette initiative colossale, Le Parisien apporte des réponses… « D’après la SNCF, qui s’appuie sur des études auprès de ses clients, les usagers apprécient en effet cette présence humaine« . L’humain, on a rien trouvé de mieux, depuis les trains qui arrivent à l’heure…

Cette escouade rejoindra évidemment dans quelques années les brigades d’intervention poétique de sinistre mémoire et les Pierrot-de-la-nuit au cimetière des illusions modernes ; à côté de la patinette à moteur, de l’œuf en tube, des déplacements doux, de l’éco-conscience et des stages de citoyenneté. Amen.

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