Si les hommes sont sexistes, les villes qu’ils construisent le sont aussi. Tous ces gratte-ciel à la forme phallique qui éjaculent vers le ciel sont autant de symboles du patriarcat toxique. C’est la thèse de l’architecte Leslie Kern, auteur de Feminist City : « Demandez à n’importe quelle femme qui a essayé de rentrer dans un bus avec une poussette, d’allaiter dans un parc ou de faire un jogging la nuit. Elle comprendra intuitivement le message que lui envoie la ville : cet endroit n’est pas pour toi. »

Érudite et idéologue, Kern nous explique comment, à l’ère industrielle, tout avait été imaginé pour circonscrire les femmes dans des espaces spécifiques, des grands magasins où baguenaudaient les coquettes aux ruelles sombres dont les prostituées ne pouvaient s’échapper. Preuve que marxisme et féminisme ne font pas forcément bon ménage, elle cite Engels qui craignait la corruption de la société au cas où les femmes sortaient de leurs foyers.

Heureusement, le sexe faible a su se fabriquer des « safespaces » : déjà au xixe siècle, Jane Addams a fondé à Chicago la Hull House, phalanstère réservé aux femmes. De même, Kern rêve de gynécées à grande échelle. En attendant, elle voudrait s’inspirer des expériences séparatistes menées à Tokyo où les femmes peuvent jouir de wagons séparés aux heures de pointe dans le métro, ou Kigali, où des marchés exclusivement féminins permettent d’allaiter à l’abri des regards. En somme, la militante féministe radicale appelle de ses vœux un retour aux sociétés traditionnelles, où les femmes sont quasi invisibilisées. La burqa serait-elle l’avenir de la femme émancipée ?

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