L’élevage industriel de saumon est un massacre écologique, alimentaire et sanitaire. Horreur, malheur !


S’agissait-il d’un pur concours de circonstances ? Toujours est-il que je n’avais jamais tant entendu parler du saumon d’élevage qu’en ce jour, déjà lointain, de fin d’été.

L’élevage détruit des régions entières

Tout a commencé dès potron-minet, avec la lecture d’un article du Monde Diplomatique de septembre, intitulé « Saumon, du mets de luxe au fléau écologique ». Cela s’est poursuivi en début de soirée avec un autre, celui que j’ai croisé en épluchant le Libé de ce même lundi : « Au Chili, 700 saumons se font la malle, leur proprio sur le grill. » Dans le premier, j’ai découvert que, juste derrière la Norvège, le Chili était actuellement le plus gros producteur au monde de salmonidés, alors même que, il y a moins d’un siècle, il fallait se lever d’aussi bonne heure que moi pour croiser un poisson de ce type aux abords des côtes chiliennes. Dans le second, j’ai appris que 690 000 saumons d’élevage s’étaient échappés de ce qui ressemble à un camp de concentration aquatique, ce qui n’était pas sans augurer de méchantes retombées environnementales.

Est-ce moi qui aie un problème ? En tout cas, j’ai du mal à comprendre : 1/ pourquoi le Chili s’est lancé à corps perdu dans ce type de « production », avec l’appui de politiciens et d’institutions en cheville avec les industriels du secteur ; 2/ pourquoi des hommes a priori doués de raison ont ainsi pris le risque de saccager un peu plus une partie de notre planète, déjà mal en point, malgré les dénégations du Donald et l’inertie générale des gouvernements actuellement en place.

Des chairs cocktails de molécules toxiques

Certes, « ça » – l’élevage industriel – rapporte de l’argent. Mais à bien y regarder, ça n’en rapporte qu’à peu de gens en fait : les propriétaires des moyens de production ; ceux qui en ont déjà sous le matelas souvent : les riches. Certes, cela crée, paraît-il, des dizaines de milliers d’emplois, directs et indirects. Mais ce sont surtout de mauvais emplois, peu rémunérateurs, qui ne permettent pas à ceux qui les exercent de vivre décemment. Surtout, cela vaut-il le coup de détruire des régions entières, jusque-là préservées de fléaux écologiques, réputées pour leur beauté et la qualité de leurs eaux ? A la limite, les saumons « produits » seraient bons, tant au niveau gustatif que sanitaire, on pourrait peut-être trouver au moins une raison de continuer. Sauf que… ils ne le sont pas. En effet, ils sont saturés d’antibiotiques, administrés massivement pour lutter contre les maladies que favorise la promiscuité dans laquelle se trouvent autant de poissons concentrés en un même lieu. Leur chair, gorgée de pesticides déversés pour lutter contre le « pou du saumon », est un cocktail de molécules toxiques, voire létales pour tout organisme humain qui en absorberait régulièrement.

En résumé, exceptés quelques-uns, toujours les mêmes ou peu s’en faut, cet élevage industriel ne profite à personne, et certainement pas à des saumons au mieux appréhendés comme des biens à disposition de cet homme encouragé par la tradition cartésienne à se rendre « maître et possesseur de la nature ». En réalité, cette façon de « faire du poisson » est un bel exemple de désastre à exécution successive, comme il existe des contrats du même nom. Sauf qu’ici, on chercherait en vain une quelconque forme d’accord préalable entre plusieurs parties. Il n’y a eu qu’une volonté unilatérale, celle manifestée par des rapaces ayant flairé la bonne affaire, qui s’est imposée sans débat, presque subrepticement.

Arrêtons les frais !

A présent que ses conséquences se font cruellement sentir, des voix pourraient s’élever afin d’arrêter là les frais. Ce n’est pourtant pas ce qu’il advient. Au lieu de cela, le saccage continue. Et ce n’est certainement pas demain la veille que les destinataires de cette « nourriture » songeront à s’insurger contre le scandale consistant à exiger de l’argent, donc du temps de travail pour la plupart d’entre nous, afin de l’obtenir.

Sommes-nous donc à ce point idiots ? N’avons-nous donc rien dans la caboche ? Est-il possible que pas un ne se rende compte qu’il y a quelque chose de fondamentalement pourri dans toute cette histoire ?

Certes, des groupes de pêcheurs chiliens, depuis le début, se montrent hostiles et râlent. On ne prendra même pas trop de risques à supputer que les cliques de « consomm’acteurs » hantant les « Croc Nature », « Biocoop » et autres échoppes huilessentialisées à mort, dans la mesure où l’ingestion de tels poiscailles menace de leur fiche la diarrhée ou de nuire à leur « capital santé », boycottent déjà scrupuleusement ces produits, aussi « haram » pour eux que peut l’être un bout de jambon pour un musulman. Mais à part eux, qui tout cela interpelle-t-il vraiment ? Un, deux, peut-être trois couillons comme moi ?

Si tel est le cas, on n’a pas fini d’en bouffer, de la merde. Et nos jours sur cette planète sont d’ores et déjà comptés. Car quand on chie là où l’on mange…

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