Fini de rire. Finies les plaisanteries, la grossièreté, les manipulations. François Hollande s’est fâché tout rouge, mercredi soir en marge de son premier vrai meeting de campagne. Le motif ? Des journalistes du Parisien ont raconté que le candidat socialiste aurait traité le chef de l’Etat de « sale mec », lors d’un déjeuner off.

Ah, ces déjeuners qu’aime tellement la presse : on s’assied à table avec le candidat, il vous demande votre avis, vous le lui donnez et il fait si bien semblant d’être intéressé. Et au dessert, il glisse quelques confidences qui seront distillées pendant des semaines. En vrai, il n’y a en général pas grand-chose à tirer de ces « déj », si ce n’est la satisfaction d’en être et d’avoir le moyen de faire des périphrases dans des papiers et des papiers. Aussi, ami lecteur, quand tu liras « dans l’entourage du candidat, on pense que », sais-tu que c’est peut-être vraiment le candidat qui parle ? Ô miracle du journalisme politique !

Sauf que voilà, des margoulins qui ne respectent rien mais qui travaillent au Parisien, ont balancé sur twitter le « sale mec », et en ont rajouté une couche dans un article le lendemain. Et là, misère, emballement, petite polémique, l’UMP exige des excuses. Ca monte, on s’invective, ça remonte, on s’insulte et finalement, ça déborde. François Hollande est obligé de se fâcher tout rouge en expliquant que primo il n’a jamais dit ça. Secundo, que lui n’est jamais grossier. Et que les journalistes feraient bien de faire leur travail. Silence dans les rangs.

On comprend bien que François Hollande se soit trouvé chafouin à cause de cette petite trahison journalistique. La veille, il avait eu droit à la une de Libé pour son adresse aux Français, suivie de six pages quasi hagiographiques. On en attend pas moins du candidat chouchcou de la presse morale et progressiste donc forcément anti-sarkozyste.

Mais si j’étais François Hollande ou son premier cercle de communicants, je commencerais à m’inquiéter un peu. Mercredi, Libé, sans doute inquiet de s’être ainsi symboliquement trop mis dans la main du PS, en dépit des annonces de la publication en une d’autres adresses de candidats, publiait un papier assez méchant sur les variations programmatiques de son candidat chéri. D’ailleurs, il suffisait de voir sur twitter les réactions indignées des hollandistes dénonçant la trahison de Libé pour comprendre qu’ils n’avaient pas le cul sorti des ronces.

Car, mes amis, je peux me tromper, mais le chemin de croix ne fait que commencer. Jusqu’ici, Hollande pouvait gérer en bon père de famille ses 60% d’intentions de vote au second tour de la présidentielle face à Sarkozy et surfer sur la détestation et le (mauvais) bilan du Président de la République. Sauf que, ça ne suffit pas. Entre tes amis à gauche qui n’en ratent pas une et te plombent dès qu’ils ouvrent la bouche (y compris dans ton propre parti) et l’extrême droite qui de plus en plus souvent intervient dans des domaines qui devraient être les tiens (l’industrie, l’économie, la protection sociale, l’Europe), tout favori que tu sois, ça se tend.

Hollande ne peut plus se contenter de multiplier les comices agricoles et les visites d’usines en expliquant que lui est normal (et pas l’autre), qu’il veut rétablir la paix, la confiance et l’harmonie en France. Même ses propres supporters vont finir par en demander un poil plus.

Ne faisons pas de fixation sur le programme – les promesses n’engagent que ceux qui les croient- mais il y a une vraie question de souffle. Ou pire, d’envie. Y compris pour redonner confiance à des électeurs qui ne voteront plus ou pas Sarkozy. Etrangement, engoncé dans ses costumes mal coupés, son régime et ses imitations du Président sortant, François Hollande fait moins envie que tiens, au hasard Bayrou. François Bayrou, qui a le mérite d’une certaine folie et d’une certaine constance dans sa folie.

Que va faire François Hollande ? Se draper dans la dignité bafouée, de celui qui ne blague pas et n’injurie pas, comme après l’histoire du « sale mec », pour éviter le syndrome Jospin balançant dans un avion à des journalistes que Chirac était « vieilli, usé, fatigué ». Ce qui, on le sait, ne lui a pas tellement porté chance.

Il va sans doute tenir à distance la presse, pourtant si friande de ses blagues et de ses imitations. Aller à la rencontre des « vrais » gens . Et croiser les doigts pour que la prochaine de ses blagues (c’est plus fort que lui) ne se retrouve pas sur twitter. Enfin, sans doute, il va prier en douce pour que Marine le Pen et Bayrou bouffent suffisamment de voix à l’UMP afin qu’il puisse aller au second tour en charentaises. A ce moment de la campagne, voilà probablement l’erreur principale de Hollande : croire qu’il se bat déjà pour le second tour. Quel que soit le candidat ou la candidate face à lui. Sans vouloir ratiociner, Jospin en 2002, avait joué la même chanson. Avec le succès qu’on sait auprès de ces sales mecs d’électeurs…

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