Comme l’a déclaré Marc Liévremont, « Le rugby français et les joueurs se sont gaussés des footballeurs l’an passé. Mais d’une certaine manière, on n’est pas descendu du bus ».

On ne voyait pourtant pas une équipe de rugby sombrer comme ont sombré les milliardaires-grévistes du football français. Parce que le rugby, « c’est pas pour les gonzesses », on ne s’écoute pas, on ne pleurniche pas sur un tampon. Et puis, le rugby, c’est l’authentique, c’est le sport « viril mais correct », c’est une explication d’hommes. Ce sont des valeurs, des têtes bien faites, des types qui ne se prennent pas au sérieux. Des gars capables de faire des phrases de plusieurs mots. C’est la célébration des régions, des terroirs, du Sud-ouest, d’une autre France, d’une France dont on aime bien savoir qu’elle existe encore.

Voilà qu’on apprend de l’entraîneur du XV de France que les joueurs ne tiennent pas le collectif. Qu’après le match, « ils se sont éparpillés ». Qu’avant et après, ils étaient avec leurs agents « la veille du match et après le match au lieu de se rassembler », parce qu’ « on est dans une société où l’image est importante ». On dira que le sélectionneur a beau jeu de tancer ses joueurs – même si c’est un peu son rôle – et que ce n’est pas en les faisant tourner systématiquement qu’il a pu créer un collectif. Mais à écouter Thierry Dusautoir, c’est individuellement (aussi) qu’ils ont été mauvais : « quand on manque des plaquages, des un contre un, quand on passe au sol, ce n’est pas une question de manque de repères ». Certes, gloire soit rendue aux Tonguiens. Mais, tout de même, ce n’est pas contre les Anglais ou les Springboks que l’équipe de France s’est écroulée.

Le Tonga, une équipe qui a fait du porte-à-porte pour trouver les moyens de se présenter à la Coupe du Monde… En face, des joueurs qui alignent les contrats de pub. Qui font les minets à poil dans les calendriers. Si l’image est importante, il faudra leur dire qu’on en attend une autre des rugbymen.
Toute la question est de savoir si la tendance est réversible. Pour le quart de finale contre l’Angleterre samedi ? Déjà. Mais à plus long terme ? La professionnalisation a-t-elle tué le rugby français ? La crainte était que le rugby vire au foot : n’est-elle pas en train de se réaliser ? D’ailleurs, la génération actuelle n’est-elle pas la dernière génération née avant la professionnalisation, qui a baigné dans l’esprit d’avant ? Et cette évolution, ne touche-t-elle que le rugby ou la société toute entière ?

Après tout, ce n’est pas un maigre signal que les premiers touchés par l’individualisme, l’argent et l’image soient des sports dans lesquels l’esprit du collectif est si primordial. Il est logique que les premiers dégâts apparaissent là où rien n’existe sans le collectif.
Et, nous, sommes-nous aussi dans le bus ? Incapables d’esprit collectif, d’abnégation ? On met en avant la responsabilité individuelle. C’est un bon début. C’est même un pré-requis. Mais il ne faudrait pas oublier que nous sommes membres d’un collectif (ou de collectifs) et que la responsabilité individuelle ne mène pas loin sans la conscience d’un destin commun.

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