Téhéran, 4 août 2009. En pleine cérémonie d’intronisation, le président réélu, Mahmoud Ahmadinejad, se penche vers le Guide Ali Khamenei pour lui baiser la main gauche. La mine renfrognée, celui-ci esquisse un pas en arrière. Volontiers taquin, il laisse son obligé lui embrasser l’épaule devant les caméras de télévision incrédules. Tandis que l’opposition réformatrice menée par le candidat malheureux Mir Hossein Moussavi manifeste par millions contre le bourrage des urnes, le Guide suprême de la République islamique adoube son fils prodigue avec distance.
Quatre ans plus tard, le divorce entre les deux têtes de l’Iran est consommé et la scène d’amour contrarié prend rétrospectivement tout son sens. Depuis son élection surprise en 2005, on croyait Ahmadinejad sur la même longueur d’onde que le chef de l’État iranien, l’élève ayant même dépassé le maître par la violence de ses diatribes anti-israéliennes, son islamisme chevillé au corps et ses lunes de miel successives avec les infréquentables du monde entier, du bolivarien Chavez au néo-stalinien Loukachenko.
On pourrait énumérer sans plus finir les motifs de discorde entre ces deux hommes que tout oppose. Islamo-nationaliste convaincu, Ahmadinejad fait figure de parvenu. Cet enfant du peuple mal fagoté apprécie les blousons en simili-cuir, cultive sa mèche huileuse et – crime de lèse-mollah ! – voudrait amoindrir le rôle des clercs au profit des élus du peuple, au point que son flirt avec le Guide a viré à cohabitation à la française.

*Photo: Soleil.

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