Delphine Ergote, la présidente de France Télévisions. Photo : SIPA.00728466_000007

Peu après sa prise de fonctions l’été dernier, la toute nouvelle présidente de France Télévisions, Delphine Ernotte, a cru bon de déclarer sur Europe 1, face à Jean-Pierre Elkabbach : « On a une télévision d’hommes blancs de plus de 50 ans, et ça, il va falloir que cela change ».

Cette déclaration aurait dû choquer pas mal de monde, a priori surtout les hommes blancs en question, mais il n’y eut finalement que très peu de réactions à ces propos. Ils pourraient pourtant entrer dans le cadre de la « discrimination en fonction du sexe, de l’âge et de l’origine ethnique » tombant sous le coup de la loi. Mais non… Comme quoi, la loi peut s’interpréter à volonté !

Pour l’âge : on oublie que de tous temps et sous toutes les latitudes le cheveu blanc masculin a été symbole de sagesse, sagesse consistant d’ailleurs souvent à envoyer les jeunes à la guerre pour canaliser leur trop plein d’énergie et leur changer les idées… au cas où un goût malsain pour le pouvoir les aurait titillés. Pour la couleur : le phénomène est récent mais de plus en plus présent. Nous avions déjà eu les mêmes propos au sujet de l’Assemblée nationale et des hommes politiques, non représentatifs (sic) de la diversité du peuple français.

C’est devenu comme une évidence pour certain(e)s, l’homme blanc de plus de 50 ans doit laisser la place… Cela procède un peu de la même idée simpliste qui voudrait résoudre le problème de la pauvreté en appauvrissant les riches, plutôt qu’en donnant aux pauvres la possibilité de s’enrichir.

Récemment, le site « Osez le féminisme » publie un article sur les 70 ans du droit de vote pour les femmes : « Il est grand temps que le paysage politique français cesse d’être l’apanage de l’homme blanc de plus de 50 ans, et que nous n’attendions pas 70 autres années pour voir le changement ! »

Quant à Clémentine Autain elle fait preuve de plus de nuance s’en prenant seulement au blanc sexagénaire sorti de l’ENA ou Sciences Po. (cf entretien avec Clémentine Autain. L’Harmattan).

Il y a beaucoup d’autres exemples.

La diversité plutôt que le mérite ?

On aurait vite oublié les propos de cette interview de la présidente de France Télévisions sur Europe 1, comme tout le reste puisque la course médiatique nous y oblige, si Julien Lepers ne venait, selon lui, de faire les frais de cette nouvelle idéologie qui a décidé de s’en prendre à ce qu’il représente : « L’omniprésence de l’homme blanc de plus de 50 ans » dans tous les domaines. Cela pour promouvoir la « diversité ».

Diversité dont on ne sait pas trop ce qu’elle signifie, sinon souvent de mettre des figurants et figurantes ici et là pour tenter de faire croire qu’on est en phase avec la nouvelle réalité socio-ethnique de la France, plutôt que de redonner par l’Education nationale de réelles bases permettant une véritable réussite au mérite pour tous.

Système qui a pourtant fait l’histoire de la France au moins depuis la IIIème République, et qui a permis entre autres, au fils d’une femme de ménage espagnole, sourde-muette et illettrée, et d’un ouvrier agricole mort à la guerre, de devenir Albert Camus Prix Nobel de Littérature.

Système qui a vu de nombreux hommes ou femmes reconnus pour leur seul talent, malgré les obstacles de leur sexe, de leur couleur de peau, de leurs origines sociales ou ethniques. Mais pas de naïveté, l’aptitude à séduire, à utiliser ses relations, à savoir se placer au bon moment au bon endroit peut, après tout, être elle aussi considérée comme un talent personnel faisant partie intégrante d’une réussite au mérite. C’est une règle du jeu vieille comme le monde.

En revanche, cette dangereuse idéologie de la diversité, du moins celle qui voudrait des promotions sur des critères très éloignés du mérite, masque mal un mépris de l’Autre, à qui l’on voudrait dire qu’on le considère comme un sous-homme incapable de réussir par lui même, que l’on ne s’y prendrait pas autrement. Les plus grands perdants en seraient celles et ceux, dont les carrières ne doivent rien à une condescendance de quotas, qui ont en bavé pour être là où ils sont, et qui se verraient ainsi dévalorisés.

Madame la présidente nous aurait-elle donc révélé de manière assez maladroite qu’elle pense n’avoir été choisie que parce que femme ? Elle qui vient d’un tout autre univers que l’audiovisuel, sait-elle qui sont Jacqueline Baudrier ou Michelle Cotta ? La seconde remplaçant la première en 1981 à la présidence de Radio France. Et surtout sait-elle qui est René Han ?

René Han, un exemple de mérite à la française

René Han (prononcer « an », comme « nouvel an ») fut directeur de FR3 de 1986 à 1989. Cet homme de bien a écrit deux livres autobiographiques en 1992. Livres que j’ai récemment trouvés sur eBay et dont je vous recommande la lecture car il sont passionnants, fort bien écrits, dans un style extrêmement plaisant.

Le premier, Un Chinois en Bourgogne est consacré à son enfance, sa famille, sa vie en France. Le second, Un Bourguignon en Chine, est consacré à la difficile recherche de ses parents chinois, et aux retrouvailles avec ses différentes familles chinoises recomposées, à Taïwan pour son père et en Chine continentale pour sa mère.

Les parents de René Han, Chinois issus de milieux aisés, sont venus en Bourgogne pour y faire des études, afin de contribuer aux grands changements qui s’annonçaient dans la société chinoise des débuts du XXème siècle.

Le petit René naît à Dijon en 1930 et il est presque aussitôt confié à un couple de gens simples vivant dans un village des environs.

Les changements politiques se précipitant dans leur lointain pays, les jeunes chinois trouvent plus urgent d’aller faire la révolution, l’un avec Tchang Kaï-chek et l’autre avec Mao, que d’élever leur fils unique.

René grandit donc en Bourgogne avec ceux qu’il appellera toujours ses « parents », ses géniteurs étant désignés comme ses « parents chinois ».

Son général de père garde le contact pendant plusieurs années afin que René continue a se sentir chinois, puis, en raison de la Deuxième guerre mondiale, plus rien. Il ne le retrouvera, à Taïwan, que des dizaines d’années plus tard, après avoir définitivement choisi de ne pas être chinois mais d’être ce qu’il est vraiment, c’est-à-dire français.

René, est choyé par ses parents d’accueil. Ceux-ci, ne recevant plus aucun argent de Chine, décident de le garder quand même, et l’élèvent et l’aiment comme leur propre fils. Il devient donc un Français comme les autres avec, sans doute, les difficultés liées à son aspect physique dont il ne prend conscience qu’assez tard dans l’enfance.

Dans un monde où, qui que l’on soit, on se retrouve toujours à un moment ou un autre confronté à la bêtise, parce que trop gros, trop petit, trop moche, trop jaune, trop noir (ou désormais… trop blanc), René, lui, n’en tient pas compte et préfère positiver, n’ayant à l’époque aucune association pour tenter de récupérer son désappointement afin de le transformer en subventions.

Lui, qui par amour pour la terre bourguignonne rêvait de devenir paysan va, par amour pour ses parents, faire des études. Il va être embauché à la télévision, puis gravir peu à peu les échelons de l’encadrement pour finalement devenir directeur de la chaîne FR3 en 86.

René Han, d’origine ethnique différente, élevé dans un milieu social rural et simple, est donc l’exemple même de ce qu’a pu être le mérite à la française. A aucun moment dans ses mémoires, il ne fait preuve de rancœur vis-à-vis de la société où il a grandi. Ce n’était pas la mode…

De ses lignes ne se dégagent que courtoisie et élégance. Ce livre est à lire, il mériterait une réédition.

Ironie du sort, c’est sous la présidence de René Han que l’émission « Question pour un champion » vit le jour, animée déjà par un certain Julien Lepers.

Les temps changent, la télévision aussi…

Vous venez de lire un article en accès libre.
Causeur ne vit que par ses lecteurs, c’est la seule garantie de son indépendance.
Pour nous soutenir, achetez Causeur en kiosque ou abonnez-vous !
est monteuse sur une chaîne de télévision.
Lire la suite