Balzac distinguait les femmes « comme il faut » − autrement dit de la bonne société − de celles « comme il en faut » − à savoir les courtisanes. Savourez le piquant de la taxonomie balzacienne, car elle perdra bientôt toute signification. Tout porte en effet à croire qu’une fois lancée, la machine politique à supprimer les femmes « comme il en faut » ne s’arrêtera plus. Une extinction de l’espèce programmée au nom du progrès, en l’occurrence de la lutte contre  la traite des êtres humains, la marchandisation du corps, l’atteinte à la dignité de la personne, la violence, l’esclavage et tout et tout. L’abrogation du délit de racolage passif voté par le Sénat en mars laissait pourtant espérer, en lieu et place de cette marche forcée vers l’avenir radieux, un premier pas vers la reconnaissance et la réglementation du travail sexuel. C’était sous-estimer la détermination de Najat Vallaud-Belkacem : la ministre des Droits des femmes entend bien voir la prostitution « disparaître ». Le Parlement devrait discuter à l’automne une proposition de loi de la députée socialiste Maud Olivier élaborée en concertation avec le gouvernement, qui pénalisera les clients des prostituées et donc, marquera peut-être le basculement de la France dans le camp des pays abolitionnistes. Cette grande cause qui peut réaliser l’union sacrée des progressistes et des conservateurs a toutes les chances de rassembler, le temps d’un vote, l’ensemble de la classe politique. De même, qu’elles soient de droite ou de gauche, les femmes « comme il en faut » dénoncent cette démarche répressive qui, sous couvert de les protéger, risque de conduire à leur précarisation.

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