En 1946, le Parti communiste tchécoslovaque obtenait 38% des suffrages à l’occasion des premières élections libres organisées après la fin de l’occupation nazie. Pendant deux ans, il dirigea un gouvernement de coalition avec les partis « bourgeois », ce qui lui permit de noyauter systématiquement les administrations, la police et l’armée.

En février 1948, profitant de l’affaiblissement cérébral du président Edvard Bénès, les communistes se débarrassent de leurs alliés pour s’emparer de la totalité d’un pouvoir qu’ils conserveront jusqu’à la « révolution de velours » de 1989. Le 10 mars 1948, Jan Masaryk, ministre des affaires étrangères et fils du fondateur de la première république tchécoslovaque fut retrouvé mort, en pyjama, dans la cour de son ministère, victime d’une défenestration qui ne fut établie qu’après la chute du communisme.

Ce précédent historique devrait inciter à la réflexion les partis tunisiens laïcs qui s’apprêtent à faire alliance avec les islamistes d’Ennahda. Le discours apaisant des barbus tunisiens ressemble fort à celui tenu jadis à Prague par les chefs communistes Klement Gottwald et Rudolf Slansky avant qu’ils ne passent aux choses sérieuses. Et leur aptitude au noyautage des instruments du pouvoir semble au moins aussi efficace que celle des artisans du « coup de Prague ».

Bien entendu, la mise en garde qui précède relève de la plus évidente paranoïa, puisque Bernard Guetta nous serine tous les matins que les gens d’Ennahda sont des islamistes mo-dé-rés. Rendez-vous dans deux ans, ou peut-être moins…

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