Le chef des urgences de l’hôpital européen Georges Pompidou Philippe Juvin aurait dû faire partie de la promotion de la Légion d’honneur, mais Matignon se serait rétracté à son sujet. En cause, l’engagement politique à droite du maire de La Garenne-Colombes… Et surtout ses propos critiques envers la politique sanitaire de l’exécutif dans un livre qu’il publie jeudi…


Si c’est vrai, c’est une vilenie.

Je devine bien quels sont les ressorts, tous médiocres, de cette offense personnelle. Je n’imagine pas que le Premier ministre, qui a d’autres chats à fouetter et qui estime, je présume, Philippe Juvin, soit derrière cette mauvaise manière. Ils étaient peu ou prou de la même famille politique. J’ose espérer que le président de la République, même s’il avait glissé il y a quelques mois une acidité contre Philippe Juvin en laissant entendre qu’il était plus dans les médias que dans son service à l’Hôpital Pompidou – accusation injuste et mensongère – n’est pour rien dans cet épisode navrant. Ne reste que le ministre de la Santé qui critiqué de toutes parts n’a pas pu tout le temps bénéficier de la comparaison confortable avec Agnès Buzyn, qui l’avait précédé.

Paul Morand a écrit que la pire des jalousies est celle qui se développe dans le même milieu professionnel.

On imagine très bien que les analyses, les recommandations et les critiques de plus en plus vives de Philippe Juvin, représentant éminent du corps médical et disposant d’une liberté de parole à cause de sa carrière politique, aient sans doute à la longue irrité Olivier Véran et que ce dernier ne soit pas étranger à ce coup fourré.

La compétence, le talent, une liberté d’esprit, une réussite reconnue et incontestable à la tête des urgences de l’hôpital Pompidou, autant d’insupportables dispositions pour quelqu’un qui, comme Olivier Véran se bat contre l’épidémie en étant contraint de nous dire que les manques et les carences était délibérés et qu’on faisait mieux que les autres.

Bassesse politique aussi. Philippe Juvin est maire de La Garenne-Colombes, il a été député européen, il est un proche de Nicolas Sarkozy et si celui-ci avait été réélu en 2012 ou avait réussi son retour en 2017, Philippe Juvin aurait été son probable ministre de la Santé. Le professeur Juvin a même laissé entendre qu’il aurait pu être candidat à la primaire de la droite et du centre…

Par ailleurs, ce qui rend cette existence encore plus éclatante, Philippe Juvin a accompli des missions humanitaires dangereuses en tant que médecin militaire en Afghanistan. C’est sans doute trop dans un univers qui supporte l’éclat mais grisailleux, la dénonciation mais feutrée, le courage mais virtuel. Trop brillant à l’évidence, trop entier, Philippe Juvin n’avait pas droit à cette distinction puisque plus que tout autre il y avait droit. Il y a des qualités qui sont des handicaps et des insuffisances qui sont des garanties.

La Légion d’honneur a été souvent donnée à des personnalités qui ne la méritaient pas, à cause d’un clientélisme forcené. Si on la retire dorénavant, par décret d’autorité et de jalousie, à des lumières pour qu’elles ne fassent pas d’ombre à ceux qu’elles indisposent, où ira-t-on ? On pourrait qualifier ces péripéties de dérisoires. Mais rien de ce qui concerne l’honneur ne l’est.

Vous venez de lire un article en accès libre.
Causeur ne vit que par ses lecteurs, c’est la seule garantie de son indépendance.
Pour nous soutenir, achetez Causeur en kiosque ou abonnez-vous !
Philippe Bilger
Magistrat honoraire, président de l'Institut de la parole, chroniqueur à CNews et à Sud Radio.
Lire la suite