Propos recueillis par Élisabeth Lévy

Causeur. Que sait-on des électeurs de la primaire ? La France périphérique s’est-elle déplacée ?

Christophe Guilluy. Non. Ce qui n’est pas illogique car, contrairement à ce qu’on pense, la France périphérique n’est pas le cœur de l’électorat de droite. Le socle électoral de droite, ce sont des retraités, des « bourgeois » on va dire, et aussi un petit électorat catho. Cela explique en partie l’échec de Sarko qui a fait campagne en direction des catégories populaires.

Justement, Nicolas Sarkozy parvenait (plus ou moins bien) à incarner une droite populaire, celle du RPR – que William Abitbol, alors conseiller de Pasqua, appelait la droite des garagistes.

Il y avait une droite populaire au RPR jusqu’à l’époque de Séguin, mais depuis, elle a été lâchée par la droite et récupérée par le FN. Dans le fond, Juppé a fait une campagne de gauche, Sarko une campagne en direction des électeurs du FN, et le seul qui ait cherché à parler aux gens de droite, c’est Fillon ! Les deux autres ont parlé à un électorat qui n’était pas là.

D’accord, on peut gagner la primaire de la droite en parlant à l’électorat de droite. Mais peut-on construire une majorité en France sans les catégories populaires ?

Absolument pas ! Raison pour laquelle faire de la primaire une répétition de l’élection présidentielle, c’est se planter dans l’analyse. Il s’agit d’un moment spécifique et d’un électorat spécifique qui constitue une frange minoritaire de ce que pourrait être une majorité « de droite » en 2017.

Et vous croyez Fillon capable d’élargir cette assise ?

Le problème de Fillon, comme celui de Juppé d’ailleurs, c’est que ce n’est pas son discours libéral très classique, et calé à l’électorat plutôt bourgeois ou retraité, qui va ramener l’électorat populaire !