Pâques n’inspire pas que les catholiques. Pour notre communiste Jérôme Leroy, la Résurrection du Christ est le plus beau des poèmes, le plus révolutionnaire. 


Il n’y a rien de plus poétique, donc de plus révolutionnaire et de plus subversif que Pâques.

C’est un changement d’état a priori impossible, une traversée inimaginable, un renversement insensé comme un poème qui serait parfaitement réussi.

Jesus was a poet

Il faut donc se rappeler que le Christ n’est pas seulement le révolutionnaire beatnik si doux de l’Evangile, qui aime les enfants, les malades, les putains, les voleurs, les migrants, les assassins et même les flics puisqu’il pardonne à la police du Sanhedrin qui vient l’arrêter dans le Jardin des Oliviers, aux légionnaires romains qui le couronnent d’épines et même, il retourne comme on retourne un agent d’une puissance ennemie, le centurion qui lui perce le flanc sur la croix et se convertit parce que soudain, il comprend, cette brute galonnée, ce qui se passe sous ses yeux bientôt aveuglés par le sang de sa victime : ce crucifié qui n’est plus qu’une plaie, qui a douté, « Seigneur, seigneur, pourquoi m’as-tu abandonné ? », il va revenir, c’est impossible, et pourtant il va revenir.

Oui, le Christ est aussi, surtout, celui qui traverse la mort pour nous dire qu’il ne faut pas avoir peur, aussi atroce soit l’expérience du passage.

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Ne jamais oublier cette phrase merveilleusement paradoxale de la Veillée pascale du samedi soir : « O Felix Culpa, quae talem ac tantum meruit habere redemptorem ! »

« Heureuse faute, qui nous valut un tel Sauveur ! » « Felix culpa » : l’oxymore nous dit assez que l’histoire était écrite d’avance, encore fallait-il l’assumer jusqu’au bout ce que le Christ a fait, ce qu’il fait pour l’éternité.

Le Christ est le Poète et le Voyageur absolu. C’est Orphée et Ulysse réunis, mais un Orphée qui aurait ramené Eurydice, un Ulysse qui n’aurait pas besoin de massacrer les prétendants après l’expérience des Enfers et de l’Oubli.

Le Christ revient, comme eux, légèrement ébloui par la clarté du matin. « Il est vivant ! » L’évidence est aveuglante pour tous les chrétiens, pour tous les hommes.

Du passé faisons table rase…

Tout peut commencer, tout peut recommencer. C’est la même chose, la durée est une illusion. Tout peut enfin advenir : l’amour, la révolution et surtout la victoire sur la peur et le temps, sur la peur du temps.

La Résurrection est une expérience communiste qui réussit, l’homme nouveau ne nie pas l’homme ancien, l’homme nouveau sait juste que maintenant, il est à la plage, pour toujours et que celle qui sort de l’eau et vient vers lui en pressant ses cheveux, l’enveloppera bientôt de cette fraîcheur salée qui s’appelle la Vie.

Le Christ ressuscité est un corps réel à la rencontre d’autres corps réels : « La paix soit avec vous, dit-il. Voyez mes mains et mes pieds, c’est bien moi ; touchez-moi et voyez : un esprit n’a ni chair ni os, comme vous voyez que j’ai » ( Luc 24:36, 39). Scandale incompréhensible, surtout pour des contemporains de plus en plus englués dans la fausse éternité numérique, virtuelle, qui n’a « ni chair, ni os ».

Et ces corps réels ne mourront plus. Jamais. Et maintenant, depuis Pâques, ça dure depuis toujours et pour toujours…

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