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L’Art déco, musée imaginaire de l’égyptomanie

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Les éditions Norma publient un « beau livre » : Art déco & égyptomanie. Tout à la fois instructif et délectable au regard.


De bienfaisants alizés soufflent cet hiver sur les vastes territoires où le mouvement Art déco a posé sa marque. La Cité de l’architecture et du patrimoine déploie, à travers la passionnante exposition Art déco, France/Amérique du Nord, les fastes d’un style qui, alimenté par nos plus talentueux créateurs (de l’architecte Jacques Carlu à l’ensemblier Jacques-Emile Ruhlmann, en passant par d’innombrables peintres, sculpteurs, joailliers, décorateurs de cinéma), s’exporta généreusement outre-Atlantique au tournant des années 1920 pour nous revenir en boomerang jusqu’aux prémices de la Seconde Guerre mondiale…

Dans la mouvance de ce revival égypto-maniaque, les éditions Norma, à qui l’on doit déjà le très beau catalogue qui accompagne la manifestation parisienne, publient à présent, sous la direction de l’émérite et fort érudit collectionneur Jean-Michel Humbert, un autre « beau livre » : Art déco & égyptomanie. Tout à la fois instructif et délectable au regard.

DR Collection Maurice Culot

Comment résister au rapprochement de quelques dates ? En 1822, Champollion déchiffre les hiéroglyphes ; en 1912 est mis au jour le buste de Néfertiti ; en 1922 se voit profané le tombeau de Toutankhamon. La découverte de ce trésor réactive l’engouement pour l’Egypte ancienne : elle propage à neuf ses figures revisitées dans l’architecture et la décoration, et jusque dans le théâtre, le cinéma, la publicité… Dans une forme de symbiose remarquable, l’Art déco se réempare de ses icônes, de ses lignes et de ses motifs : disque ailé, sphinx, chorégraphies géométriques – pareillement sur le Vieux continent et en Amérique, tout un réservoir de formes et d’iconographies s’y déverse.

Et ce, aussi bien dans l’art de construire que dans les arts plastiques et industriels : la signature de l’Egypte ancienne paraphe indifféremment, de son chromatisme franc et de sa stylisation épurée, l’ascenseur du Chrysler Building, à New-York ; le temple Rose-Croix de Belém, au Brésil ; la fabrique de cigarettes Carreras, à Londres ; la pharmacie Léon Gros, à Clermont-Ferrand, ou le cinéma Louxor, à Paris ; sans compter les monuments aux morts, les temples maçonniques, les salons de première classe des paquebots, les édifices commémoratifs, le mobilier (Jules Leleu, Pierre Legrain, Marc du Plantier…) et même les parures féminines, de la robe au poudrier…

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Les partitions de musique s’y mettent également, illustrées de harpistes profilés ou de Cléopâtre déhanchée, de félins se glissant sur les rives du Nil dans un saupoudrage de hiéroglyphes. De Saint-Pétersbourg à la Ville Lumière, l’Egyptomanie contamine bien sûr les arts de la scène: dès 1908, les Nuits d’Egypte s’exportent du théâtre Mariinsky vers le Châtelet sous les auspices des fameux Ballets russes ; la musique du compositeur Florent Schmitt, en 1920, accompagne le ballet Antoine et Cléopâtre à l’Opéra de Paris, tandis qu’une Légende du Nil frappée au coin d’un kitch érotisé s’impose aux Folies Bergères, tableau final du programme 1924-1925.

Et que dire du septième art ! Dans le texte savant qu’il lui consacre, Jean-Luc Bovot le reconnaît : « Entre 1920 et 1940 le cinéma mondial a produit 127 films sur l’Egypte ancienne, mais une trentaine seulement possèdent des éléments Art déco ». Et pourtant, les décors de Paul Iribe marquent de leur emprunte quelques films mythiques, tels Les Dix commandements, de Cecil B. DeMille, lequel, en 1934, immortalisera l’actrice Claudette Colbert dans une Cléopatra d’anthologie…  

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Jean–Michel Humbert l’observe judicieusement : « L’Egypte, tout comme la Rome antique, empires protecteurs, nous apparaissent plus proches de notre civilisation occidentale hédonique que le Moyen-âge, revêtu de sa cape sombre, cerné d’enceintes, brodé de mâchicoulis, vêtu d’étoffes trop frustes et trop pesantes ». De cette proximité sensible, l’ouvrage qu’il a dirigé de main de maître – y associant les plumes averties d’un Maurice Culot, d’un Emmanuel Bréon, d’un Mathias Auclair ou d’un Daniel Lançon pour ne citer qu’eux – rend compte à merveille. Pointu mais toujours allègre, son propos se recharge au contact d’une iconographie véritablement… pharaonique ! Si le lecteur en parcourt les pages avec ravissement, c’est qu’en archéologues scrupuleux –  allant de la vaisselle à la bande dessinée, du péplum aux bacchanales estudiantines et autres bals costumés – les auteurs ont investi, à l’enseigne de l’Art déco, le fertile, stimulant, récréatif musée imaginaire de l’égyptomanie.

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Art déco & Egyptomanie. Sous la direction de Jean-Michel Humbert. Textes de Jean-Marcel Humbert, Mathias Auclair, Jean-Luc Bovot, Emmanuel Bréon, Hubert Cavaniol, Isabelle Conte, Maurice Culot, Daniel Lançon, Claire Maingon, Laurence Mouillefarine, WilliamPesson, EugèneWarmenbol. Editions  Norma, Paris, 2022, 304 pages, 320 illustrations, 49 €.

Exposition Égyptomania. La collection Jean-Marcel Humbert.Musée Dauphinois, Grenoble. Jussqu’au 27 novembre 2023.

A lire également : 1925, quand l’Art déco séduit le monde ; Art déco France-Amérique du Nord ; Alfred Janniot monumental. Egalement aux éditions Norma.

Et aussi (en italien), le très beau livre d’Alessandra Anselmi, L’Avana déco : arte, cultura, societa, Gangemi Editore, Italie, 2022.

Art déco: Egyptomanie

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France – Maroc : demi-finales ou djihad ?

Israël et Palestine ne participent pas à la Coupe du monde. Mais à travers les victoires de l’équipe du Maroc et l’enthousiasme sur-volté des supporters marocains et, de manière plus générale, des populations arabes, ces deux nations occupent en partie le devant de la scène.


Jusqu’à aujourd’hui, une seule chose unifiait le monde arabo-musulman : la lutte contre l’« entité sioniste ». Chiites et Sunnites pouvaient bien s’étriper, islamistes et laïcs arabes pouvaient bien s’égorger, Irakiens et Kurdes, Alaouites et Frères Musulmans sunnites pouvaient bien se combattre… Tous s’entendaient sur une chose : mettre un point final à l’épopée sioniste en terre sainte, détruire cette épine plantée dans une terre que les musulmans refusent de partager avec quiconque n’est pas musulman.

Il est désormais un autre vecteur d’unification du monde musulman : le football. Juste après qu’Achraf Hakimi eut marqué sur penalty contre l’Espagne au stade Education City de Doha, au Qatar, mardi 6 décembre au soir, une vague d’enthousiasme a soulevé le monde arabe. Un rugissement s’est élevé à Casablanca, au Caire, à Gaza, à Alger, à Riyad, à Sanaa, à Paris, à Turin et même à Madrid. Ce n’est pas le Maroc qui a battu successivement l’Espagne, puis le Portugal et qui va affronter la France. C’est la communauté des supporters arabes. Et sans doute aussi, la communauté des croyants. Ce ne sont pas les Marocains qui soutiennent l’équipe de football du Maroc, c’est la oumma toute entière.

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Cet enthousiasme arabe (et sans doute aussi musulman) donne à l’épopée de l’équipe de football marocaine une dimension géopolitique. Lorsque le Maroc a joué contre l’Espagne, au moins un commentateur de Twitter l’a qualifié de « derby Al-Andalus », faisant référence au fait que les musulmans ont gouverné l’Espagne du VIIIe au XVe siècle. Les joueurs marocains ont aussi arboré un drapeau palestinien au milieu de la célébration mardi 6 décembre. Au moment où le roi du Maroc resserre plus fort que jamais les liens économiques et militaires avec Israel, il y a là le signe d’un désaveu que le roi lui-même ne pourra même pas sanctionner tant la rue arabe souffle et vit avec l’équipe de football du Maroc.

Comme le faisait remarquer le journal Haaretz, « entre les drapeaux palestiniens et les reportages axés sur Israël, deux nations qui ne participent pas réellement au tournoi au Qatar ont néanmoins occupé la Une des journaux mondiaux depuis le début ».

Des violences dans toute l’Europe

Au-delà de la géopolitique, l’épopée footballistique marocaine rappelle à toute l’Europe qu’elle a un problème avec l’immigration musulmane. La victoire du Maroc sur la Belgique a déclenché un cycle de violences dans la capitale Belge. Des voitures ont été incendiées et des Marocains en liesse ont grimpé sur la façade des bâtiments officiels pour décrocher les drapeaux de la Belgique et les remplacer par des drapeaux marocains. Aux Pays Bas, des commissariats ont été attaqués. En Espagne, des violences ont eu lieu et à Lisbonne aussi.

Ce ne sont pas forcément des Marocains qui ont cassé des vitrines sur les Champs Elysées et attaqué les brigades de CRS. Mais les footballeurs marocains ont servi de prétexte à ces guérilléros de banlieue qui, à Paris, à Nice, à Bordeaux, à Lille…. profitent de la moindre occasion pour monter dans la capitale en vêtements de sports et en capuche afin de casser du flic.

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On ne peut pas penser que la demi-finale France-Maroc célèbrera le « vivre ensemble ». Il y a tout lieu de s’inquiéter des violences qui risque d’avoir lieu dans les heures qui suivront le coup de sifflet final de la demi-finale France-Maroc. Et cela quel que soit le résultat.

Nous vivons une époque où le sport ne sert plus de substitut aux humeurs belliqueuses des peuples. Aujourd’hui, le football alimente ces humeurs guerrières. Il n’est pas exclu qu’après la lutte contre l’entité sioniste, le football ne serve de ciment à ce qu’il faut bien appeler un djihad. Un djihad anti-sioniste, mais aussi anti-occidental.

La foi ou la loi ?

Au États-Unis, une créatrice de sites pour mariage porte plainte contre une loi du Colorado à titre préventif afin de garantir sa liberté d’expression. Au nom de sa foi, elle ne veut pas proposer ses services aux couples homosexuels. Son cas est aujourd’hui devant la Cour suprême.


Lorie Smith est créatrice de sites internet pour mariage. Son objectif est de « créer des sites uniques pour célébrer la beauté du mariage entre un homme et une femme ». N’ayant commis, ni subi de préjudice selon le droit, elle souhaite néanmoins se prémunir d’une éventuelle plainte de la part de personnes à qui elle aurait refusé ses services. Or une loi de 2008 du Colorado où elle habite, « Unfair housing practices prohibited », interdit à tous commerçants le refus d’un service ou d’un produit à un client en raison de son appartenance religieuse, de son origine ou de son orientation sexuelle. Ce que souhaite Mme Smith, c’est de se garder le droit de refuser de travailler pour des couples homosexuels et aussi de l’afficher par une bannière sur son site. Cela sonne comme un rappel des pancartes à l’entrée des cafés à l’époque de la ségrégation noire : No dogs, no Blacks, no Gays… D’appel en appel, l’affaire est montée jusqu’à la Cour suprême. Cette dernière est la plus haute instance juridique des États-Unis et tranche en dernier recours une décision prise par l’un des cinquante États. Elle est composée de neuf juges, tous nommés par le président dès lors qu’il y a une place à pourvoir. Son rôle est essentiel dans l’établissement de la jurisprudence. Ce qui rend les juges très puissants politiquement, d’autant qu’ils sont nommés à vie sans obligation de se retirer.

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Quels sont les arguments des deux parties ? Kristen Waggoner, avocate de Lorie Smith et présidente du groupe juridique chrétien Alliance Defending Freedom, plaide devant les juges de la Cour suprême qu’il ne s’agit pas d’une vulgaire discrimination homophobe mais d’une défense de la liberté d’expression de sa cliente « artiste » (puisque « créatrice »), qui n’a pas à être contrainte de faire passer un message contre sa religion. Si Lorie Smith est considérée comme « artiste » par les juges, elle pourra invoquer le Premier amendement qui garantit la liberté d’expression. Ainsi, en raison de ce droit, elle pourrait refuser la production de sites internet aux couples gays.

Ce à quoi, Eric Olsen, avocat du Colorado, rétorque que la loi de 2008 n’est pas une loi qui porte sur le contenu des produits, mais qui oblige les commerçants à les proposer à tous clients. De cette manière, Mme Smith pourrait décorer ses sites de symboles religieux mais ne pourrait pas en interdire leur vente.

En ce qui concerne les magistrats de la Cour suprême, leurs avis semblent pencher majoritairement pour Lorie Smith. En effet, six magistrats ont une position très conservatrice (trois ont été nommés par Trump lors de son mandat : Neil Gorsuch, Brett Kavanaugh et Amy Coney Barrett). Les trois autres juges, Elena Kagan et Sonia Sotomayor nommées par Obama, et Ketanji Brown Jackson récemment nommée par le Président Biden, sont progressistes.

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La solution que préconise le juge Brett Kavanaugh serait que la Cour suprême ne réponde uniquement à la question : « les concepteurs de sites sont-ils comme des restaurateurs ou des éditeurs ? » Il rejoint ainsi la plaidoirie de Me Waggoner et met en évidence la différence de traitement entre le simple commerçant (comme un jardinier ou un plombier) qui ne peut invoquer le Premier amendement et l’artiste. Cela serait l’issue la plus consensuelle vis-à-vis de la Cour suprême en désaccord sur le sujet des droits des homosexuels.

Pour la juge conservatrice, Amy Coney Barrett, Lorie Smith pourrait refuser également les mariages de premier divorce ou issu d’adultère, ainsi « c’est le message qui compte. Pas l’orientation sexuelle ». Le juge Samuel Alito, lui, soutient que la décision de la Cour en 2015 qui a établi le droit au mariage pour des personnes du même sexe n’interdit pas l’expression d’une opposition à de telles unions par « les gens honorables qui s’opposent au mariage de même sexe ». Pour lui, cela crée une différence par rapport à ceux qui s’opposaient dans le passé au mariage entre Américains noirs et blancs. A cet argument, la juge Ketanji Brown Jackson (afro-américaine) objecte que « historiquement, l’opposition aux mariages interraciaux et à l’intégration a souvent été justifiée par des principes religieux ». La première autorisation de discrimination dans un arrêt de la Cour suprême ouvrirait la voie à d’autres ségrégations accordées aux commerçants, comme le met en garde, la juge Sonia Sotomayor : « pour la première fois [la Cour pourrait autoriser une entreprise] à refuser de servir un client sur des critères raciaux, de sexe ou de religion ». Et demande à juste titre, « où est la limite » ?

Suite à l’audience, les juges donneront leur arrêt en été 2023. L’attente de ce jugement nous rappelle le pouvoir extraordinaire de cette Cour suprême qui est revenue il y a quelques mois sur un de ses arrêts pour laisser aux états le choix d’interdire ou non l’IVG.

Maroc contre Europe: la Coupe du Monde du Choc des civilisations?

Selon George Orwell, le sport « c’est la guerre, les fusils en moins ». Beaucoup des attitudes et émotions provoquées par les victoires éclatantes de l’équipe marocaine au Qatar impliquent un désir de revanche du monde arabo-musulman sur les pays de l’Europe occidentale qui dépasse le domaine sportif. Tribune libre de Damien Rieu.


La Coupe du monde est-elle l’occasion pour une certaine rivalité amicale entre les nations ou pour l’expression d’attitudes revanchardes voire vengeresses contre l’Occident ? Le président de la FIFA, Gianni Infantino, semble y voir surtout une opportunité pour une grande auto-culpabilisation historique, lui qui a fait la déclaration suivante : « Pour ce que nous, les Européens, avons fait au cours des 3000 dernières années, nous devrions nous excuser pendant les 3000 prochaines années avant de donner des leçons au Qatar ». L’attitude de supporteurs et de joueurs de pays maghrébins, notamment du Maroc, suggère, de différentes manières, qu’à leurs yeux il y a bien une revanche à prendre sur les anciennes nations colonisatrices, comme si eux croyaient moins au « vivre ensemble » prêché par les idéologues immigrationnistes qu’à un véritable choc des civilisations.

Quand la fête se transforme en émeute

Les victoires des « Lions de l’Atlas » face à la Belgique (27 novembre), à l’Espagne (6 décembre) et au Portugal (10 décembre) ont donné lieu à des scènes d’affrontements avec les policiers : aux Pays-Bas, en France et en Belgique, surtout dans l’enclave marocaine de Molenbeek, en banlieue de Bruxelles.

Preuve de l’importance des enjeux géopolitiques, les joueurs et supporters marocains ont fêté leurs victoires en brandissant le drapeau palestinien. Le 6 décembre, aux Champs-Elysées, les supporteurs du Maroc ont fêté leur triomphe aux cris de « Free Palestine ! », et des images ont montré des supporteurs mettant le feu à un drapeau d’Israël. Le même soir, d’autres supporteurs ont installé leur drapeau sur la façade de la Mairie d’Amiens Nord.  En plus de ces épisodes d’importance symbolique, de nombreux autres incidents violents ailleurs en France, comme le pillage de commerces et d’un camion à Avignon, contrastent avec les célébrations sans incident de la communauté portugaise de France, pourtant beaucoup plus nombreuse que la marocaine.

Revanche sur la Reconquista et références islamiques

Sur les réseaux sociaux les supporters du Maroc ont publié de nombreux visuels s’inscrivant dans une perspective historique de revanche notamment contre l’Espagne, considérée coupable d’avoir osé se libérer de sept siècles d’occupation arabe en menant sa Reconquista. Sur internet, tel montage revisite la composition de l’équipe avec les conquérants arabes de l’Espagne, tel autre diffuse une carte d’Al Andalus avec le commentaire, « It’s back ».

« Cette victoire appartient à tout le peuple marocain, tous les peuples arabes, et tous les peuples musulmans du monde », a commenté de son côté le joueur Sofiane Boufal. Difficile d’imaginer l’ampleur du scandale si un joueur de l’équipe nationale d’Italie, de France ou d’Espagne avait revendiqué son succès au nom « de tous les peuples européens, de tous les peuples chrétiens ».

La dimension islamique de l’enjeu s’exprime d’ailleurs sous de multiples aspects. Par exemple, les joueurs marocains pratiquent la prière islamique pour célébrer leur victoire ou avant une séance de tir au but et n’hésitent pas à appeler directement à rejoindre l’islam au cri « d’Allah akbar ». Le Hamas a félicité l’équipe marocaine pour sa victoire sur le Portugal.[1]

Sur le site du mensuel marocain francophone Le Courrier de l’Atlas, le journaliste Abdellatif El Azizi analyse la victoire du Maroc dans un article intitulé de manière significative, « Football. La reconquête » : « Bien sûr, nous n’avons pas libéré la Palestine, nous n’avons pas repris nos territoires occupés de Sebta et Mellilia, c’est certain que l’Occident continue de piller nos richesses, mais il y avait du bonheur à regarder ces jeunes joueurs redonner de la joie à des populations dépitées par l’hégémonie sportive des anciens colons ». Il poursuit : « Chez nos ennemis d’hier, ce n’était pas encore la panique mais il semble que déjà̀ une peur sourde gagne le monde occidental. Alors, si le foot est devenu la continuation de la guerre par d’autres moyens, tant mieux […] ». Il conclut : « La blessure de l’Andalousie […] n’a jamais été totalement pansée entre ces deux pays qui se regardent en chiens de faïence malgré cette réconciliation de façade. Il n’y a qu’à observer la profusion de vidéos évoquant l’Andalousie ou le chef de guerre Tarek Ibn Ziyad pour s’en convaincre ». Ce dernier étant un des conquérants arabes historiques de la péninsule ibérique, on ne peut pas être plus clair : derrière ce match entre l’Espagne et le Maroc se cachaient ses rancœurs historiques multiséculaires contre l’Occident. Car le monde arabo-islamique ne s’est toujours pas remis de ce qu’il considère comme une humiliation et il entend bien laver l’affront chaque fois qu’il en aura l’opportunité. Une vision que confirme à So Foot l’écrivain marocain Abdellah Taïa : « il se joue dans le parcours des Lions quelque chose de l’ordre du post-colonial. Je suis à El Jadida, une ville fondée par les Portugais. Dans la rue, dans les conversations, j’entendais : « On s’est débarrassés des Portugais, des Espagnols et bientôt des Français ». Le parallèle historique est évident. C’est encore plus fort dans le cas de la France qui conserve une grande influence au Maroc. Il existe donc un sentiment de revanche »

Les risques de limmigration

Dès lors, se pose la question : ne manquerait-t-on pas au principe de précaution en continuant de laisser venir s’installer chez nous par millions des personnes dont au moins un certain nombre pensent qu’ils ont une revanche à prendre sur l’Occident? Faisons le bilan de l’immigration marocaine. En France, la communauté marocaine représentait 1,5 millions en 2015, mais aujourd’hui elle représente probablement 2 millions d’individus sur 3 générations (selon l’Observatoire de l’immigration et de la démographie, article à paraître dans Causeur). Le Maroc est la première terre d’origine des mineurs non-accompagnés (MNA) dont la généreuse contribution statistique à la délinquance des grandes villes est reconnue. Dans les prisons, les Marocains sont aussi la deuxième nationalité la plus représentée derrière les Algériens et même la première au niveau européen avec près de 12.000 détenus. Avec un taux de fécondité des immigrées marocaines largement supérieur à celui des Françaises natives (3,4 enfants par femme contre 1,9 enfants par femme française native) et 34% des Marocains qui souhaitent émigrer, la pression démographique marocaine est intense. D’autant que chaque année, environ 30 000 primo-visas sont offerts au Maroc, avec un record de 35192 en 2021, et 19% des naturalisations françaises sont accordées à des Marocains. Pourtant, 42,7% des Marocains de plus de 15 ans qui vivent en France étaient chômeurs ou inactifs en 2017.

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Au Pays-Bas, la « Mocro Mafia » marocaine qui gère le trafic de drogue fait régner la terreur dans le pays. Une centaine de morts dans des règlements de compte, des attaques au lance-roquette et à la voiture-bélier contre des médias trop curieux (Panorama et De Telegraaf), l’assassinat d’un journaliste et la mise sous protection rapprochée de la princesse et du Premier ministre suite à des tentatives d’enlèvement ont bouleversé la tranquillité du pays des tulipes.

Enfin, en Belgique, le pays est au seuil du basculement démographique : 20% de la population est d’origine étrangère, principalement marocaine.  A Molenbeek-Saint-Jean, l’épicentre des célébrations des victoires du Maroc dans le pays, une scène a d’ailleurs provoqué le malaise sur les réseaux sociaux : le procureur du Roi des Belges Yassine Sellika, a été surpris apparemment en train de célébrer la victoire du Maroc face à la Belgique. Cette ville de 80.000 habitants est devenue la base arrière du djihadisme en Europe. C’est là qu’avait trouvé refuge Salah Abdeslam. La contribution de l’immigration marocaine au terrorisme islamique fait d’ailleurs frémir. Le meurtrier de Thomas Monjoie, policier belge égorgé il y a 15 jours à Schaerbeek dans la banlieue de Bruxelles ? Yassine Mahi : belgo-marocain. Le terroriste du Thalys, condamné cette semaine à la perpétuité ? Ayoub El Khazzani : français d’origine marocaine. Les terroristes du 13 novembre 2015 ? Les frères Abdeslam et Bilal Hadfi : français d’origine marocaine, et Abdelhamid Abbaoud : belgo-marocain. Et ceux des attentats de Bruxelles et Zaventeen de mars 2016 qui sont jugés ce mois-ci ? Mohammed Abrinni, Khalid et Ibrahim El Bakraoui : belges d’origine marocaine, et Najim Laachraoui : belgo-marocain. L’assassin des policiers égorgés à Magnanville ? Larossi Abbala : français d’origine marocaine. Et le terroriste qui a tué le gendarme Arnaud Beltrame à Trèbes ? Radouane Lakdim : Français d’origine marocaine.

Le match de ce mercredi sera-t-il donc un épisode du choc sportif des civilisations, celui d’une revanche historique contre l’ancien colonisateur teintée de prosélytisme islamique ? Pour cette mission, les joueurs du Maroc peuvent compter sur le soutien de tous les pays arabo-musulmans qui rêvent autant de voir l’un des leurs en finale du Coupe du Monde que d’humilier les Français. Victoire ou défaite, faut-il craindre le pire pour cette soirée ?

[1] Les victoires du Maroc seraient même fêtées par les brigades armées du Hamas.

Antoine Lilti au Collège de France : le strabisme intellectuel

Ce jeudi 8 décembre, sur France Inter, Léa Salamé et Nicolas Demorand recevaient l’historien Antoine Lilti qui vient d’être nommé professeur au Collège de France. Les auditeurs ont été surpris d’apprendre que ce spécialiste des Lumières n’est pas entièrement acquis à l’idée de liberté d’expression.


Antoine Lilti est reconnu pour être une pointure dans son domaine ; il ne me viendrait pas à l’idée d’aller le titiller sur ses connaissances historiques qui sont largement supérieures aux miennes. Toutefois, à l’écoute de cet entretien, plusieurs choses intriguent l’historien amateur comme le citoyen lambda.

En premier lieu, le résumé que Léa Salamé fait du travail d’Antoine Lilti et que ce dernier confirme : « Les Lumières ne se réduisent pas à un héritage européen, faut pas croire que c’est juste l’Europe, les Lumières. Vous dites qu’il a existé des Lumières multiples, japonaises, chinoises, latino-américaines, égyptiennes, perses, constituées de courants hybrides qui ont eu leurs spécificités. Ce serait caricatural de réduire les Lumières aux philosophes blancs (sic) du XVIIIe siècle français ». La « blanchité » étonnamment évoquée ici permet à Dame Salamé de confirmer son assentiment à l’idéologie wokiste ; il est dommage que le professeur au Collège de France n’ait pas relevé l’absurdité de cette allusion à la couleur de peau des philosophes (pas seulement français d’ailleurs, mais aussi anglais, écossais et allemands) qui furent les principaux initiateurs des mouvements politiques et philosophiques issus des Lumières. De même, mettre sur le même plan les Lumières européennes et les « Lumières » chinoises, égyptiennes ou perses, laisse perplexe. Il a été beaucoup question, au cours de cette matinale, d’une « hybridation » des idées issues des Lumières européennes avec celles de « différentes cultures », du charlatanisme et du complotisme. Finalement, j’avoue ne pas avoir saisi la substantifique moelle du projet historiographique d’Antoine Lilti. Mais je ne demande qu’à apprendre et, par conséquent, suivrai de près les prochains travaux de l’historien.

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Jusqu’ici nous baignions abstraitement dans les arabesques réflexives et les subtilités spéculatives d’une nouvelle approche historiographique des Lumières. C’était un début, l’historien se faisait la voix. Nous allions soudainement taper dans le dur de l’actualité, si vous me permettez l’expression, et atteindre en même temps au sublime de la réflexion oblique. Nicolas Demorand lit la question d’une auditrice : « Les Lumières aujourd’hui seraient-elles woke ou dénonceraient-elles la culture wokiste ? » Léa Salamé en profite pour rappeler les différentes censures qui ont frappé des personnalités comme Sylviane Agacinski ou Caroline Eliacheff. Après avoir jésuitement godillé entre le bon et le mauvais wokisme (mais on sent quand même que la balance penche en faveur des « éveillés » et des « minorités » qui seraient des « héritiers des Lumières »), Antoine Lilti répond en substance que, pour les Lumières, le principe c’est le débat, l’échange d’arguments, mais que quand il y a « des discours de haine, des provocations, qui attisent trop les passions, qui sortent du cadre de la raison, ils peuvent et doivent être interdits ». Comme nous, Léa Salamé n’est pas certaine d’avoir compris et revient à la charge : que dire précisément à propos de ce colloque d’une pédopsychiatre annulé par la mairie de Paris. « On est du côté des excès de certains activistes et bien sûr je le condamne, répond d’abord l’historien. Mais, ajoute-il dans la foulée, on a trop tendance à se focaliser sur ces formes-là de censure, faut pas oublier qu’aujourd’hui les menaces les plus graves qui pèsent sur la liberté d’expression viennent plutôt de la droite radicale ». Plouf ! Stupéfié par la hardiesse de cette affirmation, je laisse tomber ma tartine dans mon café. « Par exemple, continue Antoine Lilti, aux États-Unis, qui nous a envoyé cette notion de « cancel culture », les menaces les plus graves viennent de la droite américaine ». Replouf ! Quel est le rapport entre les censures opérées dans les universités par l’extrême gauche française et la droite américaine ? Il n’y en a pas, bien sûr – le syntagme « droite radicale » (américaine, suédoise ou martienne, peu importe) ne sert ici qu’à escamoter le débat sur les exactions des gauchistes français. Lilti ne se contente pas de noyer le poisson, il strangule la baleine : « Il ne faut pas mettre sur le même plan des excès de groupes militants qui empêchent une conférence de se tenir et le fait qu’un peu partout dans le monde des minorités LGBT sont persécutées et censurées ». Plus c’est gros, plus ça passe. Les journalistes gobent la grossière démonstration et passent au sujet suivant, à savoir l’histoire de cette enseignante de Valenciennes qui voulait emmener ses étudiants visiter un camp de migrants, l’annulation de cette sortie scolaire par le rectorat, et les menaces de militants d’extrême droite qu’aurait reçues ce professeur. L’historien s’enflamme : « Ça, c’est absolument terrible, car s’il y a vraiment une chose qu’on peut dire, qui est un héritage des Lumières, c’est qu’il faut défendre et protéger les enseignants. […] On a quand même eu le cas de Samuel Paty, on sait ce que c’est qu’un enseignant qui est menacé par des groupes extérieurs, alors une fois c’est les islamistes, une fois c’est l’extrême droite, une autre fois ce sera un autre groupe ». Démonstration surréaliste qui nous informe que le djihadiste tchétchène qui a décapité Samuel Paty était un « groupe extérieur »; que l’extrême droite a menacé d’assassiner un professeur ; qu’un « autre groupe » (les Bouddhistes? Les Chauves? Les Basques? Les Roux?) s’apprêterait à faire de même. Antoine Lilti souffre de ce que les spécialistes appellent un strabisme intellectuel : il ne dit pas ce qu’il voit parce qu’il ne voit pas ce qu’il voit ; en d’autres termes, ses démonstrations amphigouriques et équivoques résultent d’une vision de la réalité déformée par l’idéologie gauchisante et wokiste qui gangrène actuellement les plus hauts lieux du savoir, de Sciences Po au Collège de France.

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À la fin de cet ébouriffant entretien, alors que Léa Salamé évoque Elon Musk, Antoine Lilti alerte sur le nouveau propriétaire de Twitter qui dit être un « défenseur absolutiste de la liberté d’expression ». En effet, argumente l’historien, rappelant au passage qu’il est un spécialiste du XVIIIe siècle, « le fait de mettre la liberté d’expression et l’absolutisme dans la même phrase, ça dit bien qu’on a un problème ». Antoine Lilti ne peut pas ignorer qu’Elon Musk n’a pas utilisé le mot « absolutiste » dans le sens péjoratif qu’il lui prête en faisant référence au pouvoir monarchique, mais, en bon américain libertarien qu’il est, dans le sens ironique et hyperbolique d’une possibilité offerte à tous les individus de pouvoir s’exprimer totalement et librement sur un réseau social dont on sait par ailleurs que les anciens administrateurs ne rechignaient pas à fermer les comptes de ceux qui ne pensent pas comme eux. Oui, mais voilà, si Antoine Lilti est pour la liberté d’expression, il est pour une liberté d’expression « régulée » et regrette que cette liberté d’expression à la Elon Musk permette « de faire un cadeau extraordinaire à ceux qui crient les plus forts, par exemple à Donald Trump ». Léa Salamé acquiesce avec énergie. Nous en sommes donc là : de bons esprits universitaires et médiatiques se font les apôtres d’une liberté d’expression étriquée et de plus en plus contrainte. Ils veulent des lois, plus de lois. Comme si nous en manquions. L’arsenal juridique français est une arme de destruction massive de la liberté d’expression. Comparé à l’immuable premier amendement de la Constitution américaine interdisant au Congrès d’adopter des lois limitant la liberté d’expression, notre article 11 de la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen[1] paraît au contraire avoir préparé le lit dans lequel les censeurs médiatiques et les mauvais coucheurs législatifs occupent toute la place. Ce n’était sans doute pas le but recherché mais l’histoire est taquine et l’enfer pavé de bonnes intentions. Antoine Lilti le sait mieux que quiconque.

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Mais Antoine Lilti a été coopté par ses pairs pour devenir professeur au Collège de France et le Collège de France est devenu un Club, le haut-lieu de la gauche universitaire, progressiste, arrogante et supportant mal la contradiction. Sur France Inter, Patrick Boucheron, qui dirigea une Histoire mondiale de la France censée « neutraliser la question des origines » d’une France d’avant la France se dissolvant « dans les prémices d’une humanité métisse et migrante », regrettait, avec une moue méprisante, la « surexposition permanente de cette pensée », en l’occurence celle, « mélancolique », d’Alain Finkielkraut. L’historien Alain de Libera fut parmi les premiers et les plus virulents détracteurs de Sylvain Gougenheim [2] qui avait eu l’audace de relativiser l’apport d’un hypothétique « Islam des Lumières » supposé avoir transmis à l’Europe l’essentiel du savoir grec. Au micro de Guillaume Erner, Pierre Rosanvallon dit, et avec quelle morgue, pour quelle raison il ne débattrait jamais avec Alain Finkielkraut : « C’est un essayiste, mais pas vraiment un intellectuel ». Après l’assassinat de Samuel Paty, le démographe François Héran dénonça, dans une condescendante Lettre aux professeurs sur la liberté d’expression, « l’islamophobie », le « racisme structurel » et les « discriminations systémiques » en France, puis demanda aux professeurs, aux caricaturistes et aux Français en général d’en rabattre un peu avec cette fichue liberté d’expression et d’éviter d’être « offensants » envers l’islam et les musulmans. Résultat : de plus en plus de professeurs s’autocensurent, caricaturer Mahomet relève du suicide et les journalistes pèsent chacun de leurs mots quand il s’agit d’écrire un article sur des événements touchant de près ou de loin à l’islam. Les susnommés furent ou sont professeurs au Collège de France, tous adorateurs de la liberté d’expression, tous ardents défenseurs du combat d’idées, du débat public, du duel intellectuel – mais sous certaines conditions. Bienvenue au Club, Monsieur Lilti.


[1] « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi ».

[2] Aristote au Mont Saint-Michel, Seuil, 2008.

La cause des hommes : quelle cause ?

Que deviennent les hommes à l’heure où la révolution des moeurs – la révolution morale – souffle en tempête sur l’Occident ?


Le discrédit dont pâtissent les hommes sous les coups de boutoir de la révolution morale poursuit son inexorable chemin. Où cela conduit, personne ne le sait. Mais la violence gagne partout du terrain. Il y a urgence à réagir. Pas pour défendre la cause des hommes au sens d’un idéal à promouvoir, mais pour éclairer la situation furieusement dégradée qu’ils subissent en Occident. Car quel idéal masculin à défendre ? Si les femmes, contrairement à l’implicite postulat de MeToo, ne sont pas des anges, les hommes ne sont vraiment pas des petits saints. À eux la majorité des violences, justement, et en progression constante. Sans nous attarder sur le cas du malheureux Adrien Quatennens, écrasé sous le poids de la « vérité » assénée par son épouse en instance de divorce (elle le dit violent, donc, pour les louves de sa propre meute, il l’est sans l’ombre d’un doute, accusation fondée ou pas nous n’en savons rien), considérons par exemple les liens établis entre immigration et délinquance. Sauf pour les commentateurs affligés d’une cécité incurable, ces liens ne souffrent aucune contestation. Darmanin, spécialiste des constats prudents, l’a reconnu lui-même devant l’Assemblée nationale, le 2 novembre : « Une partie des étrangers dans les grandes métropoles commettent l’essentiel des actes de délinquance ». Cette réalité occulte cette autre réalité, tout aussi évidente, que la délinquance d’origine immigrée est, pour l’essentiel, le fait non des femmes, mais des hommes. Et secondairement non des hommes, mais des jeunes hommes, des « jeunes », ceux des quartiers « sensibles », c’est-à-dire explosifs, sans doute par opposition aux quartiers insensibles, c’est-à-dire calmes et pacifiques. Les euphémismes ont souvent le paradoxe risible. À ces jeunes hommes farouches s’ajoutent, nul ne l’ignore, les coups de folie des migrants illégaux et le vagabondage des mineurs isolés, cette bombe à retardement dont, en France, l’affaire de l’Ocean Viking a raccourci la mèche.

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Partons de là : les trublions des cités ont des circonstances atténuantes. Preuve en est non pas la mansuétude de la justice à leur égard, si fréquente soit-elle, mais le fait qu’il ne s’agit jamais de jeunes issus de la communauté asiatique, certes beaucoup moins nombreuse et nettement moins regroupée en territoires perdus. Il n’est pas absurde de penser que ces derniers sont mieux intégrés à la société française. Défendre la cause des hommes signifie, en ce cas, se pencher sur les raisons qui expliquent pourquoi les uns sèment à tout bout de champ le bruit et la fureur, et pourquoi pas les autres. On pourra alléguer mille raisons, l’éclatement des familles, l’effacement des pères, les carences de l’éducation, la valorisation traditionnelle des garçons, une moindre appétence aux études que les filles, l’amertume née du colonialisme, l’influence des prédicateurs islamistes, les facilités offertes par le trafic de drogue. Il y a pléthore de raisons, dont l’ensemble se traduit par une inadaptation massive aux compétences nécessaires au fonctionnement huilé de l’économie libérale, d’où les emplois bas de gamme réservés à ceux qui veulent s’en sortir. Étant admis, naturellement, que certains s’en sortent par le haut, rendant utile de connaître les ressorts de ce quasi-miracle, et d’autre part que les carrières flamboyantes ouvertes aux sportifs d’élite ne concernent par définition qu’une poignée des jeunes mâles désœuvrés.

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Aucune politique de la ville ne parvient à réduire cette tumeur devant laquelle l’État, colosse adipeux et en même temps anémié, cherche des remèdes toujours plus coûteux et toujours plus stériles. Le discours de répression en vigueur n’obtient que la morne répétition des impasses. Comment traiter la sauvagerie quand on procède à coups de menton et de discours lénifiants où le vivre-ensemble sert de totem dérisoire, tandis que les élus des municipalités soumises achètent l’électorat qui leur sert de marchepied ? Réponse : certainement pas en minant systématiquement la fierté que les jeunes mâles issus de l’immigration conservent de la prééminence légitimement attachée, selon eux, à leur virilité. Cette fierté, ils la conservent, mais sous la pire des formes, celle des violences qu’ils répandent et du pouvoir archaïque qu’ils imposent aux filles. Leur arrogance signe leur errance. Après les tueries de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher en janvier 2015, Virginie Despentes, on s’en souvient, a loué l’héroïsme des tueurs, la fierté de « ceux qui venaient de s’acheter une kalachnikov au marché noir et avaient décidé, à leur façon, la seule qui leur soit accessible, de mourir debout plutôt que vivre à genoux. J’ai aimé aussi ceux-là qui ont fait lever leurs victimes en leur demandant de décliner leur identité avant de viser au visage. J’ai aimé aussi leur désespoir ». Cet éloge abject, qui aurait dû conduire la pseudo-rebelle à observer un silence définitif et ses thuriféraires à se détourner d’elle à jamais, renfermait malgré tout une vérité sans laquelle aucun remède efficace ne sera apporté au marasme des cités. Question : la seule façon qui leur soit accessible, vraiment ? Mais si tel est le cas, le destin de ces jeunes hommes justifie leur désespoir. Sauf que ce n’est pas le cas, à moins que Despentes ne les juge trop dépourvus d’avenir et de cervelle pour être autre chose que des tueurs. Et donc, si ce n’est effectivement pas le cas, en quoi la France échoue-t-elle à éliminer la barbarie de ces meurtriers sans âme ni conscience, caricature sanglante de la violence des « quartiers » ? La cause des hommes, en la circonstance, consiste en l’indispensable examen d’une faille mortelle pour la République et en la recherche de solutions qui se gardent de les réduire à la part maudite de l’humanité.

Les hommes et les femmes: Notes sur l'esprit du temps

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Le Proc aux Vraies Voix de Sud Radio

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Chroniqueur de la rubrique « Le Réquisitoire du procureur » sur Sud Radio, Philippe Bilger, ancien magistrat, est tenu de porter un jugement sur une affaire d’actualité. Mais les autres chroniqueurs sont là pour lui apporter la contradiction et tant mieux! Car ce qui caractérise Sud Radio – comme d’ailleurs CNews – c’est justement cet esprit de contradiction.


Créée à l’initiative de Cécile de Ménibus et de Philippe David, animateurs des Vraies Voix (Sud Radio, de 17 h à 19 h tous les jours de la semaine), je tiens depuis la mi-septembre la rubrique « Le réquisitoire du procureur ». Je l’apprécie tout particulièrement parce qu’elle me permet, en totale liberté, de choisir une multitude de sujets, qu’ils soient personnels, judiciaires, politiques ou culturels, et de développer en très peu de temps un point de vue doucement ou intensément à charge.

Ce droit à la diversité m’offre notamment l’opportunité de donner une place considérable à ma subjectivité, à ses humeurs, ses hostilités ou ses répugnances et de quitter le champ habituel des thèmes médiatiques pour, parfois, aborder la richesse de l’intime.

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, il n’est pas si simple de choisir chaque jour un fait, une idée, un propos, une réaction, un déplaisir susceptibles de faire l’affaire pour le « proc » qu’on m’a demandé de redevenir !

Il arrive aussi que l’actualité soit si riche, si passionnante à divers titres que l’arbitrage à effectuer suscite mon embarras.

A lire aussi: Tout était-il mieux avant?

Par exemple, pour la soirée du 8 décembre, j’ai hésité entre une première exécution en Iran, l’affaire en appel concernant notamment Nicolas Sarkozy et ses dénégations, la posture choquante de LFI préférant, au détriment de l’urgence du fond sur la réintégration des soignants non vaccinés, privilégier son opposition surjouée au RN, ce qui a contraint sa députée Caroline Fiat à retirer son texte…

Après réflexion, j’ai décidé de me consacrer à une quatrième actualité : le départ de Sciences Po d’une professeur de danse de salon, dénoncée et honnie parce qu’elle avait refusé de supprimer dans son cours la distinction entre les hommes et les femmes (Le Figaro).

Qu’on ne croie pas que le « réquisitoire du procureur » soit un exercice où aucune contradiction ne m’est apportée. On devine bien que face par exemple à Françoise Degois, Élisabeth Lévy ou Olivier Dartigolles, elle ne manque pas et a cette particularité d’être stimulante, d’imposer, en quelques occasions, un retour sur soi bénéfique, comme un doute sur la validité de ce qu’on venait à peine de déclarer.

Car ce n’est jamais la contradiction qui est dure à supporter – elle est indissociable de toute vie intellectuelle – mais, assez souvent, son caractère vain, dérisoire et pavlovien. Profonde, lucide, elle enrichit.

Je suis d’autant plus sensible à cette séquence rapide et solitaire qu’elle représente souvent un complément à ma présence sur CNews, deux fois avec Pascal Praud le lundi matin et le mardi soir et régulièrement à la Belle Equipe le vendredi avec Clélie Mathias.

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Je ne me lasse pas des joutes « judiciaires » avec le premier où, sans m’offenser, il me reproche une « haine » à l’encontre de Nicolas Sarkozy quand je lui impute une trop grande bienveillance fondée sur une méconnaissance, voire une ignorance de la réalité judiciaire ; la Justice étant, avec la Covid et l’équipe de France de foot, le domaine où chaque Français, après avoir été docteur et sélectionneur, se félicite, sans rien savoir, d’être juge contre les juges.

Je ne sais pas, à dire vrai, si mes échanges délicieusement aigres-doux avec ce talentueux et atypique animateur-chroniqueur sont sérieux ou relèvent d’une sorte de jeu où tous les deux nous nous enfermons dans une caricature qui nous amuse, en tout cas en matière de Justice.

On comprendra ainsi pourquoi, une à deux minutes « procureur » sur Sud Radio, je bénis cet instant où je peux libérer une parole laissée ensuite à la grâce des autres chroniqueurs, éventuellement contradicteurs.

Ce lien entre Sud Radio et CNews n’est pas artificiel : ils ne sont réunis que par cette petite chose qui s’appelle la liberté et le pluralisme (si on veut bien venir en profiter).

France – Maroc : la France a déjà gagné

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Avant même le coup de sifflet, ouvrant le début des hostilités sur le terrain mercredi prochain, la France a gagné.


Dans la vie, il y a deux manières de voir les choses : le verre à moitié plein ou bien à moitié vide. De même pour le match à venir entre la France et le Maroc, soit on en reste aux émeutes, soit on lève les yeux vers la véritable réussite française qu’est Walid Regragui, le sélectionneur marocain et l’architecte de l’exploit historique des « Lions de l’Atlas ».

Au sujet des émeutes, tout a été dit et rien en même temps. Une minorité de voyous va casser Paris pour démontrer aux Français qu’ils sont un peuple dominé et que la France est un pays colonisé par les Vandales. Selon l’affiche du jour, ces Vandales peuvent arborer le drapeau marocain, algérien, tunisien ou turc. Cette fois-ci, la tristesse de voir Paris razziée sera mitigée par le véritable score du match et qui consiste dans la victoire de la France, la victoire la plus belle et durable qui soit : l’entraîneur est Français, un pur fruit de l’école française du football et surtout une belle réussite de l’assimilation véritable, celle qui fabrique des hommes valables, des grands messieurs, des références dignes d’admiration. Wali Regragui est né dans l’Essonne, il est citoyen français, il a fait sa carrière de joueur en France avant de s’expatrier au Maroc en tant qu’entraîneur. L’avez-vous entendu parler ? Il s’exprime dans une logique parfaite et dans un style efficace et direct. Walid Regragui est probablement la seule personne préoccupée par l’efficacité (c’est-à-dire par le résultat) dans la salle de presse lors de l’après-match : les journalistes marocains lui parlent de style de jeu (donc de futilité) et lui répond résultat. Il est cartésien, et cela c’est l’empreinte de la France, pas du Maroc ni du Moyen-Orient.

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Qu’il s’appelle Walid ou Jean-Pierre ne veut rien dire ! Il est Français par ses neurones et son état esprit. Qu’il se dise passionné par le Maroc n’enlève rien à son identité « cérébrale » : il applique son esprit logique Made in France à la cause du football marocain. Il est la méritocratie incarnée, la méritocratie appliquée au football d’un pays arabe et musulman, rongé par le népotisme et par le manque de sérieux.

D’ailleurs, Walid Regragui aurait été « impossible » au Maroc, car chez moi la méritocratie passe au second plan derrière la «recommandation». Au Maroc, trop souvent, prévaut le « qui t’a recommandé ? » et non le « qu’as-tu obtenu comme résultat dans tes précédents postes ? »

Ainsi, si j’étais Français, je serais fier en cette veille de match. La France joue contre la France. Le match est gagné.

Il faut espérer que les leaders politiques des deux rives voient clair dans ce qui se joue sur la pelouse mercredi soir. Au-delà de la compétition, deux versions de la France disputeront la demi-finale de la Coupe du Monde. Victoire de la mission civilisatrice de la France qui a su former un être humain aussi admirable que l’entraîneur de l’équipe marocaine.

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Une fois la Coupe du Monde terminée, tout leader, réellement préoccupé par les intérêts supérieurs du Maroc, aura l’obligation de dénicher les centaines de Walid Regragui que la France a formées, et qui sont prêts à réconcilier l’hôpital marocain avec la santé, l’école marocaine avec l’enseignement, l’entreprise marocaine avec l’innovation, l’agriculture marocaine avec la productivité, le tourisme marocain avec le sérieux, et la liste est longue.

Merci la France ! Au Maroc de jouer maintenant !

Je suis sûr que Lyautey aurait pleuré des larmes de joie devant une aussi belle symbiose entre les peuples, une si belle fécondation du Maroc par la France. Et j’espère que demain le Maroc, avec ses qualités propres, fécondera à son tour la France pour soigner sa dépression morale et psychique.

L’homopoutinus

Le Parlement russe souhaite interdire tout ce qu’il considère comme de la propagande en faveur l’homosexualité et la transidentité pour les mineurs. Cela va jusqu’aux dessins animés.


La « loi sur la propagande gay » a été votée par la Russie en juin 2013. Ratifiée par le président Vladimir Poutine, elle vise à « protéger les enfants contre les informations qui favorisent le déni des valeurs traditionnelles de la famille ». En octobre, à l’unanimité, le Parlement a décidé de renforcer son arsenal judiciaire contre toute promotion de l’homosexualité. Si le dirigeant russe signe ce second amendement, il sera désormais interdit de faire la promotion de la transidentité aux enfants mineurs. Le gouvernement pourra bloquer sur internet tout contenu traitant de sujets LGBT et interdire les films montrant des représentations positives de l’homosexualité, y compris des dessins animés tels que Peppa Pig (dans un épisode, l’ours polaire Penny apparaît aux côtés de ses deux mères) ou South Park. Les étrangers suspectés de militantisme LGBT pourront être arrêtés, condamnés à une forte amende et expulsés de Russie. Récemment, lors du discours où il se félicitait du rattachement des quatre provinces ukrainiennes à la mère patrie, le président Vladimir Poutine a dénoncé « ces familles avec un parent numéro un et un parent numéro deux », considérées comme le symbole de la décadence européenne par une majorité de Russes. Une rhétorique également reprise par le patriarche orthodoxe Kirill qui a souvent dépeint la guerre russo-ukrainienne comme « une bataille entre ceux qui soutiennent ces Occidentaux autorisant des gay prides et ceux qui les rejettent catégoriquement ». Les associations LGBT ont dénoncé une volonté évidente de la Douma de criminaliser les relations sexuelles entre adultes de même sexe. 

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Joe Biden réalise le pire échange de prisonniers américano-russes de l’histoire

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Des Américains détenus par les Russes, fallait-il libérer Paul Whelan, ancien Marine accusé d’espionnage, ou Brittney Griner, une basketteuse et militante anti-raciste arrêtée à cause de l’huile de cannabis qu’elle transportait ? Tribune de Paul Reen, membre du Parti républicain.


Le jeudi 8 décembre, Joe Biden a fièrement annoncé dans le Bureau ovale que la basketteuse professionnelle Brittney Griner avait été libérée après neuf mois de captivité en Russie. Accompagné d’une Kamala Harris aux anges, Joe Biden a serré la femme de Brittney dans ses bras devant les caméras. Curieuse coïncidence, le même jour, la Chambre des représentants démocrate célébrait l’adoption d’un projet de loi visant à protéger le mariage homosexuel, alors que celui-ci est déjà légal dans les 50 États. Le théâtre politique de l’administration Biden est sans fin.

Laissons de côté le théâtre politique, l’Amérique était vraiment heureuse pour Brittney, qui a bêtement essayé d’entrer en Russie avec de l’huile de cannabis mais a été retenue dans les prisons russes pendant trop longtemps. Elle aurait dû être libérée bien plus tôt. C’est ce que tout le monde pensait jusqu’à ce que l’Amérique apprenne les détails de la libération. La plupart des gens savent maintenant que Brittney faisait partie d’un échange de prisonniers. Un échange qui a libéré le prisonnier russe le plus notoire, le plus dangereux et le plus important pour Poutine, le « marchand de mort », Victor Bout. Il a ensuite été révélé que Biden avait cherché à libérer un deuxième Américain en échange de Bout, un vétéran décoré des Marines, Paul Whelan, qui est emprisonné à tort en Russie depuis près de quatre ans. Mais Poutine a refusé, alors Biden a cédé et a quand même libéré Bout, laissant le Marine derrière les lignes ennemies. Le plus célèbre marchand d’armes russe, coupable d’avoir vendu des armes à des terroristes pour tuer des Américains, est échangé contre une athlète féminine transportant de l’huile de cannabis pour son usage personnel. Incroyables négociations, monsieur Biden !

Qui est Viktor Bout ? Selon le New York Times, Viktor Bout est accusé d’avoir vendu des armes russes à Al-Qaïda, aux Talibans et à des militants au Rwanda, et d’avoir bafoué les embargos sur les armes en Sierra Leone, en République démocratique du Congo et en Algérie, où il a vendu des armes aux forces gouvernementales et aux rebelles qui les combattaient. Ses actions diaboliques ont servi d’inspiration au film Lord of War (2005), avec Nicolas Cage. Il a été capturé en 2011 et condamné à 25 ans de prison pour conspiration de meurtre d’Américains, entre autres charges. Des experts russes ont déclaré qu’il appartenait au service de renseignement militaire russe G.R.U., ou du moins qu’il travaillait en étroite collaboration avec lui. Les experts affirment également qu’il s’agissait du Russe le plus en vue détenu par les États-Unis et du prisonnier sur lequel la Russie avait exercé le plus de pressions pour qu’il soit rapatrié. Il a maintenant été libéré après avoir purgé moins de la moitié de sa peine.

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Paul Whelan a servi dans la réserve du corps des Marines de 1994 à 2008. Au cours de son service dans les Marines, il a effectué deux déploiements en Irak et a atteint le grade de sergent-chef. Whelan a été arrêté par la Russie dans un hôtel de Moscou en 2018. La Russie a affirmé qu’il menait « une opération d’espionnage », ce qui a conduit à son arrestation. Le frère de Whelan, David, a déclaré que Whelan était à Moscou pour le mariage d’un copain Marine. Il a été condamné à 16 ans de prison. C’est la deuxième fois que Whelan est laissé pour compte cette année. En avril, il y a eu un échange de prisonniers entre les Etats-Unis et la Russie, mais un autre Marine américain, Trevor Reed, qui n’a été emprisonné qu’en 2019, a été libéré à la place. Le frère de Paul, David, affirme également que Paul reste malgré tout confiant en sa libération et qu’il continue de chanter l’hymne national américain tous les matins. 

Brittney Griner est une militante sociale très active depuis 2020 dans les manifestations de Black Lives Matter contre la prétendue brutalité policière et l’injustice raciale. Elle a refusé de se lever pendant l’hymne national avant les matchs, restant plutôt dans le vestiaire. « Honnêtement, je ne pense pas que nous devrions jouer l’hymne national au cours de la saison », a déclaré Griner. « Je ne vais pas être sur le terrain pendant l’hymne national. Si la ligue veut continuer à le jouer, c’est bien. Je ne serai pas sur le terrain pendant toute la saison ».

Les réactions de Biden et d’autres responsables se sont révélées très décevantes pour tous ceux qui cherchaient une justification logique à cet échange de prisonniers :

Joe Biden : Biden a été interrogé jeudi, après un discours sans rapport avec l’affaire, sur ce qu’il dirait à la famille de Whelan. Sa réponse a été évasive, et son équipe l’a rapidement éloigné des caméras et des journalistes qui l’interrogeaient.

John Kirby, Coordinateur des communications stratégiques du Conseil de sécurité nationale : lorsqu’il a été pressé sur la situation jeudi, il a insisté sur le fait que les négociations pour Whelan étaient toujours en cours, ce qui ressemblait à une réponse pré-approuvée de la Maison Blanche.

A lire aussi : L’administration Biden nous emmène vers un conflit dévastateur avec la Russie

Karine Jean-Pierre, secrétaire de presse de la Maison Blanche : Bien que le média ABC ait rapporté que Griner et Whelan avaient tous les deux été proposés comme options pour Viktor Bout, Karine Jean-Pierre a tergiversé : « Il ne s’agissait pas pour nous de choisir quel Américain ramener à la maison. C’était un choix entre ramener un Américain ou aucun ». Et d’ajouter : « Brittney Griner est une inspiration pour les Américains LGBTQI+ et les femmes de couleur ».

Randi Weingarten, chef de la Fédération américaine des enseignants : Elle s’est exclamée sur Twitter : « Quel grand soulagement !!! Une nouvelle extraordinaire, une star du basket, mais aussi une femme noire et gay est libérée ». Elle a ajouté : « Et oui, bien sûr, nous voulons que d’autres prisonniers comme Paul Whelan soient libérés ».

Pendant ce temps, la télévision d’État russe se moque de la faiblesse de Biden pour avoir choisi une athlète plutôt qu’un Marine et à rire de ce que cela dit des priorités des Américains. Poutine et les autres adversaires des États-Unis y verront encore un signe de la faiblesse de Biden après le retrait d’Afghanistan. Se mettront-ils à kidnapper d’autres Américains comme monnaie d’échange ? Cela rappelle également les souvenirs d’un autre terrible échange de prisonniers sous Obama qui a libéré les fameux « Taliban Five », cinq des pires terroristes détenus à Guantanamo Bay, contre le sergent de l’armée américaine déserteur, Bowe Bergdahl, en 2014. Un modèle de faiblesse démocrate.

Pour Griner, espérons qu’elle apprécie un peu plus les États-Unis après avoir vu ce qu’est un vrai régime totalitaire. Pour Paul Whelan, prions pour qu’il conserve sa force et son patriotisme jusqu’à sa libération. La triste vérité est que la faiblesse de Biden menace la sécurité de l’Amérique et de tous les Américains vivant à l’étranger.

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L’Art déco, musée imaginaire de l’égyptomanie

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DR Collection Maurice Culot

Les éditions Norma publient un « beau livre » : Art déco & égyptomanie. Tout à la fois instructif et délectable au regard.


De bienfaisants alizés soufflent cet hiver sur les vastes territoires où le mouvement Art déco a posé sa marque. La Cité de l’architecture et du patrimoine déploie, à travers la passionnante exposition Art déco, France/Amérique du Nord, les fastes d’un style qui, alimenté par nos plus talentueux créateurs (de l’architecte Jacques Carlu à l’ensemblier Jacques-Emile Ruhlmann, en passant par d’innombrables peintres, sculpteurs, joailliers, décorateurs de cinéma), s’exporta généreusement outre-Atlantique au tournant des années 1920 pour nous revenir en boomerang jusqu’aux prémices de la Seconde Guerre mondiale…

Dans la mouvance de ce revival égypto-maniaque, les éditions Norma, à qui l’on doit déjà le très beau catalogue qui accompagne la manifestation parisienne, publient à présent, sous la direction de l’émérite et fort érudit collectionneur Jean-Michel Humbert, un autre « beau livre » : Art déco & égyptomanie. Tout à la fois instructif et délectable au regard.

DR Collection Maurice Culot

Comment résister au rapprochement de quelques dates ? En 1822, Champollion déchiffre les hiéroglyphes ; en 1912 est mis au jour le buste de Néfertiti ; en 1922 se voit profané le tombeau de Toutankhamon. La découverte de ce trésor réactive l’engouement pour l’Egypte ancienne : elle propage à neuf ses figures revisitées dans l’architecture et la décoration, et jusque dans le théâtre, le cinéma, la publicité… Dans une forme de symbiose remarquable, l’Art déco se réempare de ses icônes, de ses lignes et de ses motifs : disque ailé, sphinx, chorégraphies géométriques – pareillement sur le Vieux continent et en Amérique, tout un réservoir de formes et d’iconographies s’y déverse.

Et ce, aussi bien dans l’art de construire que dans les arts plastiques et industriels : la signature de l’Egypte ancienne paraphe indifféremment, de son chromatisme franc et de sa stylisation épurée, l’ascenseur du Chrysler Building, à New-York ; le temple Rose-Croix de Belém, au Brésil ; la fabrique de cigarettes Carreras, à Londres ; la pharmacie Léon Gros, à Clermont-Ferrand, ou le cinéma Louxor, à Paris ; sans compter les monuments aux morts, les temples maçonniques, les salons de première classe des paquebots, les édifices commémoratifs, le mobilier (Jules Leleu, Pierre Legrain, Marc du Plantier…) et même les parures féminines, de la robe au poudrier…

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Les partitions de musique s’y mettent également, illustrées de harpistes profilés ou de Cléopâtre déhanchée, de félins se glissant sur les rives du Nil dans un saupoudrage de hiéroglyphes. De Saint-Pétersbourg à la Ville Lumière, l’Egyptomanie contamine bien sûr les arts de la scène: dès 1908, les Nuits d’Egypte s’exportent du théâtre Mariinsky vers le Châtelet sous les auspices des fameux Ballets russes ; la musique du compositeur Florent Schmitt, en 1920, accompagne le ballet Antoine et Cléopâtre à l’Opéra de Paris, tandis qu’une Légende du Nil frappée au coin d’un kitch érotisé s’impose aux Folies Bergères, tableau final du programme 1924-1925.

Et que dire du septième art ! Dans le texte savant qu’il lui consacre, Jean-Luc Bovot le reconnaît : « Entre 1920 et 1940 le cinéma mondial a produit 127 films sur l’Egypte ancienne, mais une trentaine seulement possèdent des éléments Art déco ». Et pourtant, les décors de Paul Iribe marquent de leur emprunte quelques films mythiques, tels Les Dix commandements, de Cecil B. DeMille, lequel, en 1934, immortalisera l’actrice Claudette Colbert dans une Cléopatra d’anthologie…  

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Jean–Michel Humbert l’observe judicieusement : « L’Egypte, tout comme la Rome antique, empires protecteurs, nous apparaissent plus proches de notre civilisation occidentale hédonique que le Moyen-âge, revêtu de sa cape sombre, cerné d’enceintes, brodé de mâchicoulis, vêtu d’étoffes trop frustes et trop pesantes ». De cette proximité sensible, l’ouvrage qu’il a dirigé de main de maître – y associant les plumes averties d’un Maurice Culot, d’un Emmanuel Bréon, d’un Mathias Auclair ou d’un Daniel Lançon pour ne citer qu’eux – rend compte à merveille. Pointu mais toujours allègre, son propos se recharge au contact d’une iconographie véritablement… pharaonique ! Si le lecteur en parcourt les pages avec ravissement, c’est qu’en archéologues scrupuleux –  allant de la vaisselle à la bande dessinée, du péplum aux bacchanales estudiantines et autres bals costumés – les auteurs ont investi, à l’enseigne de l’Art déco, le fertile, stimulant, récréatif musée imaginaire de l’égyptomanie.

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Art déco & Egyptomanie. Sous la direction de Jean-Michel Humbert. Textes de Jean-Marcel Humbert, Mathias Auclair, Jean-Luc Bovot, Emmanuel Bréon, Hubert Cavaniol, Isabelle Conte, Maurice Culot, Daniel Lançon, Claire Maingon, Laurence Mouillefarine, WilliamPesson, EugèneWarmenbol. Editions  Norma, Paris, 2022, 304 pages, 320 illustrations, 49 €.

Exposition Égyptomania. La collection Jean-Marcel Humbert.Musée Dauphinois, Grenoble. Jussqu’au 27 novembre 2023.

A lire également : 1925, quand l’Art déco séduit le monde ; Art déco France-Amérique du Nord ; Alfred Janniot monumental. Egalement aux éditions Norma.

Et aussi (en italien), le très beau livre d’Alessandra Anselmi, L’Avana déco : arte, cultura, societa, Gangemi Editore, Italie, 2022.

Art déco: Egyptomanie

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France – Maroc : demi-finales ou djihad ?

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Des supporters célèbrent la victoire du Maroc, place de la Victoire, Bordeaux, le 10 décembre 2022. Stephane DUPRAT/SIPA // 01096743_000015

Israël et Palestine ne participent pas à la Coupe du monde. Mais à travers les victoires de l’équipe du Maroc et l’enthousiasme sur-volté des supporters marocains et, de manière plus générale, des populations arabes, ces deux nations occupent en partie le devant de la scène.


Jusqu’à aujourd’hui, une seule chose unifiait le monde arabo-musulman : la lutte contre l’« entité sioniste ». Chiites et Sunnites pouvaient bien s’étriper, islamistes et laïcs arabes pouvaient bien s’égorger, Irakiens et Kurdes, Alaouites et Frères Musulmans sunnites pouvaient bien se combattre… Tous s’entendaient sur une chose : mettre un point final à l’épopée sioniste en terre sainte, détruire cette épine plantée dans une terre que les musulmans refusent de partager avec quiconque n’est pas musulman.

Il est désormais un autre vecteur d’unification du monde musulman : le football. Juste après qu’Achraf Hakimi eut marqué sur penalty contre l’Espagne au stade Education City de Doha, au Qatar, mardi 6 décembre au soir, une vague d’enthousiasme a soulevé le monde arabe. Un rugissement s’est élevé à Casablanca, au Caire, à Gaza, à Alger, à Riyad, à Sanaa, à Paris, à Turin et même à Madrid. Ce n’est pas le Maroc qui a battu successivement l’Espagne, puis le Portugal et qui va affronter la France. C’est la communauté des supporters arabes. Et sans doute aussi, la communauté des croyants. Ce ne sont pas les Marocains qui soutiennent l’équipe de football du Maroc, c’est la oumma toute entière.

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Cet enthousiasme arabe (et sans doute aussi musulman) donne à l’épopée de l’équipe de football marocaine une dimension géopolitique. Lorsque le Maroc a joué contre l’Espagne, au moins un commentateur de Twitter l’a qualifié de « derby Al-Andalus », faisant référence au fait que les musulmans ont gouverné l’Espagne du VIIIe au XVe siècle. Les joueurs marocains ont aussi arboré un drapeau palestinien au milieu de la célébration mardi 6 décembre. Au moment où le roi du Maroc resserre plus fort que jamais les liens économiques et militaires avec Israel, il y a là le signe d’un désaveu que le roi lui-même ne pourra même pas sanctionner tant la rue arabe souffle et vit avec l’équipe de football du Maroc.

Comme le faisait remarquer le journal Haaretz, « entre les drapeaux palestiniens et les reportages axés sur Israël, deux nations qui ne participent pas réellement au tournoi au Qatar ont néanmoins occupé la Une des journaux mondiaux depuis le début ».

Des violences dans toute l’Europe

Au-delà de la géopolitique, l’épopée footballistique marocaine rappelle à toute l’Europe qu’elle a un problème avec l’immigration musulmane. La victoire du Maroc sur la Belgique a déclenché un cycle de violences dans la capitale Belge. Des voitures ont été incendiées et des Marocains en liesse ont grimpé sur la façade des bâtiments officiels pour décrocher les drapeaux de la Belgique et les remplacer par des drapeaux marocains. Aux Pays Bas, des commissariats ont été attaqués. En Espagne, des violences ont eu lieu et à Lisbonne aussi.

Ce ne sont pas forcément des Marocains qui ont cassé des vitrines sur les Champs Elysées et attaqué les brigades de CRS. Mais les footballeurs marocains ont servi de prétexte à ces guérilléros de banlieue qui, à Paris, à Nice, à Bordeaux, à Lille…. profitent de la moindre occasion pour monter dans la capitale en vêtements de sports et en capuche afin de casser du flic.

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On ne peut pas penser que la demi-finale France-Maroc célèbrera le « vivre ensemble ». Il y a tout lieu de s’inquiéter des violences qui risque d’avoir lieu dans les heures qui suivront le coup de sifflet final de la demi-finale France-Maroc. Et cela quel que soit le résultat.

Nous vivons une époque où le sport ne sert plus de substitut aux humeurs belliqueuses des peuples. Aujourd’hui, le football alimente ces humeurs guerrières. Il n’est pas exclu qu’après la lutte contre l’entité sioniste, le football ne serve de ciment à ce qu’il faut bien appeler un djihad. Un djihad anti-sioniste, mais aussi anti-occidental.

La foi ou la loi ?

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Lorie Smith, le 07/11/22 / ©David Zalubowski/AP/SIPA / AP22746987_000001

Au États-Unis, une créatrice de sites pour mariage porte plainte contre une loi du Colorado à titre préventif afin de garantir sa liberté d’expression. Au nom de sa foi, elle ne veut pas proposer ses services aux couples homosexuels. Son cas est aujourd’hui devant la Cour suprême.


Lorie Smith est créatrice de sites internet pour mariage. Son objectif est de « créer des sites uniques pour célébrer la beauté du mariage entre un homme et une femme ». N’ayant commis, ni subi de préjudice selon le droit, elle souhaite néanmoins se prémunir d’une éventuelle plainte de la part de personnes à qui elle aurait refusé ses services. Or une loi de 2008 du Colorado où elle habite, « Unfair housing practices prohibited », interdit à tous commerçants le refus d’un service ou d’un produit à un client en raison de son appartenance religieuse, de son origine ou de son orientation sexuelle. Ce que souhaite Mme Smith, c’est de se garder le droit de refuser de travailler pour des couples homosexuels et aussi de l’afficher par une bannière sur son site. Cela sonne comme un rappel des pancartes à l’entrée des cafés à l’époque de la ségrégation noire : No dogs, no Blacks, no Gays… D’appel en appel, l’affaire est montée jusqu’à la Cour suprême. Cette dernière est la plus haute instance juridique des États-Unis et tranche en dernier recours une décision prise par l’un des cinquante États. Elle est composée de neuf juges, tous nommés par le président dès lors qu’il y a une place à pourvoir. Son rôle est essentiel dans l’établissement de la jurisprudence. Ce qui rend les juges très puissants politiquement, d’autant qu’ils sont nommés à vie sans obligation de se retirer.

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Quels sont les arguments des deux parties ? Kristen Waggoner, avocate de Lorie Smith et présidente du groupe juridique chrétien Alliance Defending Freedom, plaide devant les juges de la Cour suprême qu’il ne s’agit pas d’une vulgaire discrimination homophobe mais d’une défense de la liberté d’expression de sa cliente « artiste » (puisque « créatrice »), qui n’a pas à être contrainte de faire passer un message contre sa religion. Si Lorie Smith est considérée comme « artiste » par les juges, elle pourra invoquer le Premier amendement qui garantit la liberté d’expression. Ainsi, en raison de ce droit, elle pourrait refuser la production de sites internet aux couples gays.

Ce à quoi, Eric Olsen, avocat du Colorado, rétorque que la loi de 2008 n’est pas une loi qui porte sur le contenu des produits, mais qui oblige les commerçants à les proposer à tous clients. De cette manière, Mme Smith pourrait décorer ses sites de symboles religieux mais ne pourrait pas en interdire leur vente.

En ce qui concerne les magistrats de la Cour suprême, leurs avis semblent pencher majoritairement pour Lorie Smith. En effet, six magistrats ont une position très conservatrice (trois ont été nommés par Trump lors de son mandat : Neil Gorsuch, Brett Kavanaugh et Amy Coney Barrett). Les trois autres juges, Elena Kagan et Sonia Sotomayor nommées par Obama, et Ketanji Brown Jackson récemment nommée par le Président Biden, sont progressistes.

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La solution que préconise le juge Brett Kavanaugh serait que la Cour suprême ne réponde uniquement à la question : « les concepteurs de sites sont-ils comme des restaurateurs ou des éditeurs ? » Il rejoint ainsi la plaidoirie de Me Waggoner et met en évidence la différence de traitement entre le simple commerçant (comme un jardinier ou un plombier) qui ne peut invoquer le Premier amendement et l’artiste. Cela serait l’issue la plus consensuelle vis-à-vis de la Cour suprême en désaccord sur le sujet des droits des homosexuels.

Pour la juge conservatrice, Amy Coney Barrett, Lorie Smith pourrait refuser également les mariages de premier divorce ou issu d’adultère, ainsi « c’est le message qui compte. Pas l’orientation sexuelle ». Le juge Samuel Alito, lui, soutient que la décision de la Cour en 2015 qui a établi le droit au mariage pour des personnes du même sexe n’interdit pas l’expression d’une opposition à de telles unions par « les gens honorables qui s’opposent au mariage de même sexe ». Pour lui, cela crée une différence par rapport à ceux qui s’opposaient dans le passé au mariage entre Américains noirs et blancs. A cet argument, la juge Ketanji Brown Jackson (afro-américaine) objecte que « historiquement, l’opposition aux mariages interraciaux et à l’intégration a souvent été justifiée par des principes religieux ». La première autorisation de discrimination dans un arrêt de la Cour suprême ouvrirait la voie à d’autres ségrégations accordées aux commerçants, comme le met en garde, la juge Sonia Sotomayor : « pour la première fois [la Cour pourrait autoriser une entreprise] à refuser de servir un client sur des critères raciaux, de sexe ou de religion ». Et demande à juste titre, « où est la limite » ?

Suite à l’audience, les juges donneront leur arrêt en été 2023. L’attente de ce jugement nous rappelle le pouvoir extraordinaire de cette Cour suprême qui est revenue il y a quelques mois sur un de ses arrêts pour laisser aux états le choix d’interdire ou non l’IVG.

Maroc contre Europe: la Coupe du Monde du Choc des civilisations?

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Bruxelles, centre-ville, après des affrontements entre la police et des supporteurs de l'équipe marocaine, le 27 novembre 2022 Shutterstock/SIPA Shutterstock41023578_000023

Selon George Orwell, le sport « c’est la guerre, les fusils en moins ». Beaucoup des attitudes et émotions provoquées par les victoires éclatantes de l’équipe marocaine au Qatar impliquent un désir de revanche du monde arabo-musulman sur les pays de l’Europe occidentale qui dépasse le domaine sportif. Tribune libre de Damien Rieu.


La Coupe du monde est-elle l’occasion pour une certaine rivalité amicale entre les nations ou pour l’expression d’attitudes revanchardes voire vengeresses contre l’Occident ? Le président de la FIFA, Gianni Infantino, semble y voir surtout une opportunité pour une grande auto-culpabilisation historique, lui qui a fait la déclaration suivante : « Pour ce que nous, les Européens, avons fait au cours des 3000 dernières années, nous devrions nous excuser pendant les 3000 prochaines années avant de donner des leçons au Qatar ». L’attitude de supporteurs et de joueurs de pays maghrébins, notamment du Maroc, suggère, de différentes manières, qu’à leurs yeux il y a bien une revanche à prendre sur les anciennes nations colonisatrices, comme si eux croyaient moins au « vivre ensemble » prêché par les idéologues immigrationnistes qu’à un véritable choc des civilisations.

Quand la fête se transforme en émeute

Les victoires des « Lions de l’Atlas » face à la Belgique (27 novembre), à l’Espagne (6 décembre) et au Portugal (10 décembre) ont donné lieu à des scènes d’affrontements avec les policiers : aux Pays-Bas, en France et en Belgique, surtout dans l’enclave marocaine de Molenbeek, en banlieue de Bruxelles.

Preuve de l’importance des enjeux géopolitiques, les joueurs et supporters marocains ont fêté leurs victoires en brandissant le drapeau palestinien. Le 6 décembre, aux Champs-Elysées, les supporteurs du Maroc ont fêté leur triomphe aux cris de « Free Palestine ! », et des images ont montré des supporteurs mettant le feu à un drapeau d’Israël. Le même soir, d’autres supporteurs ont installé leur drapeau sur la façade de la Mairie d’Amiens Nord.  En plus de ces épisodes d’importance symbolique, de nombreux autres incidents violents ailleurs en France, comme le pillage de commerces et d’un camion à Avignon, contrastent avec les célébrations sans incident de la communauté portugaise de France, pourtant beaucoup plus nombreuse que la marocaine.

Revanche sur la Reconquista et références islamiques

Sur les réseaux sociaux les supporters du Maroc ont publié de nombreux visuels s’inscrivant dans une perspective historique de revanche notamment contre l’Espagne, considérée coupable d’avoir osé se libérer de sept siècles d’occupation arabe en menant sa Reconquista. Sur internet, tel montage revisite la composition de l’équipe avec les conquérants arabes de l’Espagne, tel autre diffuse une carte d’Al Andalus avec le commentaire, « It’s back ».

« Cette victoire appartient à tout le peuple marocain, tous les peuples arabes, et tous les peuples musulmans du monde », a commenté de son côté le joueur Sofiane Boufal. Difficile d’imaginer l’ampleur du scandale si un joueur de l’équipe nationale d’Italie, de France ou d’Espagne avait revendiqué son succès au nom « de tous les peuples européens, de tous les peuples chrétiens ».

La dimension islamique de l’enjeu s’exprime d’ailleurs sous de multiples aspects. Par exemple, les joueurs marocains pratiquent la prière islamique pour célébrer leur victoire ou avant une séance de tir au but et n’hésitent pas à appeler directement à rejoindre l’islam au cri « d’Allah akbar ». Le Hamas a félicité l’équipe marocaine pour sa victoire sur le Portugal.[1]

Sur le site du mensuel marocain francophone Le Courrier de l’Atlas, le journaliste Abdellatif El Azizi analyse la victoire du Maroc dans un article intitulé de manière significative, « Football. La reconquête » : « Bien sûr, nous n’avons pas libéré la Palestine, nous n’avons pas repris nos territoires occupés de Sebta et Mellilia, c’est certain que l’Occident continue de piller nos richesses, mais il y avait du bonheur à regarder ces jeunes joueurs redonner de la joie à des populations dépitées par l’hégémonie sportive des anciens colons ». Il poursuit : « Chez nos ennemis d’hier, ce n’était pas encore la panique mais il semble que déjà̀ une peur sourde gagne le monde occidental. Alors, si le foot est devenu la continuation de la guerre par d’autres moyens, tant mieux […] ». Il conclut : « La blessure de l’Andalousie […] n’a jamais été totalement pansée entre ces deux pays qui se regardent en chiens de faïence malgré cette réconciliation de façade. Il n’y a qu’à observer la profusion de vidéos évoquant l’Andalousie ou le chef de guerre Tarek Ibn Ziyad pour s’en convaincre ». Ce dernier étant un des conquérants arabes historiques de la péninsule ibérique, on ne peut pas être plus clair : derrière ce match entre l’Espagne et le Maroc se cachaient ses rancœurs historiques multiséculaires contre l’Occident. Car le monde arabo-islamique ne s’est toujours pas remis de ce qu’il considère comme une humiliation et il entend bien laver l’affront chaque fois qu’il en aura l’opportunité. Une vision que confirme à So Foot l’écrivain marocain Abdellah Taïa : « il se joue dans le parcours des Lions quelque chose de l’ordre du post-colonial. Je suis à El Jadida, une ville fondée par les Portugais. Dans la rue, dans les conversations, j’entendais : « On s’est débarrassés des Portugais, des Espagnols et bientôt des Français ». Le parallèle historique est évident. C’est encore plus fort dans le cas de la France qui conserve une grande influence au Maroc. Il existe donc un sentiment de revanche »

Les risques de limmigration

Dès lors, se pose la question : ne manquerait-t-on pas au principe de précaution en continuant de laisser venir s’installer chez nous par millions des personnes dont au moins un certain nombre pensent qu’ils ont une revanche à prendre sur l’Occident? Faisons le bilan de l’immigration marocaine. En France, la communauté marocaine représentait 1,5 millions en 2015, mais aujourd’hui elle représente probablement 2 millions d’individus sur 3 générations (selon l’Observatoire de l’immigration et de la démographie, article à paraître dans Causeur). Le Maroc est la première terre d’origine des mineurs non-accompagnés (MNA) dont la généreuse contribution statistique à la délinquance des grandes villes est reconnue. Dans les prisons, les Marocains sont aussi la deuxième nationalité la plus représentée derrière les Algériens et même la première au niveau européen avec près de 12.000 détenus. Avec un taux de fécondité des immigrées marocaines largement supérieur à celui des Françaises natives (3,4 enfants par femme contre 1,9 enfants par femme française native) et 34% des Marocains qui souhaitent émigrer, la pression démographique marocaine est intense. D’autant que chaque année, environ 30 000 primo-visas sont offerts au Maroc, avec un record de 35192 en 2021, et 19% des naturalisations françaises sont accordées à des Marocains. Pourtant, 42,7% des Marocains de plus de 15 ans qui vivent en France étaient chômeurs ou inactifs en 2017.

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Au Pays-Bas, la « Mocro Mafia » marocaine qui gère le trafic de drogue fait régner la terreur dans le pays. Une centaine de morts dans des règlements de compte, des attaques au lance-roquette et à la voiture-bélier contre des médias trop curieux (Panorama et De Telegraaf), l’assassinat d’un journaliste et la mise sous protection rapprochée de la princesse et du Premier ministre suite à des tentatives d’enlèvement ont bouleversé la tranquillité du pays des tulipes.

Enfin, en Belgique, le pays est au seuil du basculement démographique : 20% de la population est d’origine étrangère, principalement marocaine.  A Molenbeek-Saint-Jean, l’épicentre des célébrations des victoires du Maroc dans le pays, une scène a d’ailleurs provoqué le malaise sur les réseaux sociaux : le procureur du Roi des Belges Yassine Sellika, a été surpris apparemment en train de célébrer la victoire du Maroc face à la Belgique. Cette ville de 80.000 habitants est devenue la base arrière du djihadisme en Europe. C’est là qu’avait trouvé refuge Salah Abdeslam. La contribution de l’immigration marocaine au terrorisme islamique fait d’ailleurs frémir. Le meurtrier de Thomas Monjoie, policier belge égorgé il y a 15 jours à Schaerbeek dans la banlieue de Bruxelles ? Yassine Mahi : belgo-marocain. Le terroriste du Thalys, condamné cette semaine à la perpétuité ? Ayoub El Khazzani : français d’origine marocaine. Les terroristes du 13 novembre 2015 ? Les frères Abdeslam et Bilal Hadfi : français d’origine marocaine, et Abdelhamid Abbaoud : belgo-marocain. Et ceux des attentats de Bruxelles et Zaventeen de mars 2016 qui sont jugés ce mois-ci ? Mohammed Abrinni, Khalid et Ibrahim El Bakraoui : belges d’origine marocaine, et Najim Laachraoui : belgo-marocain. L’assassin des policiers égorgés à Magnanville ? Larossi Abbala : français d’origine marocaine. Et le terroriste qui a tué le gendarme Arnaud Beltrame à Trèbes ? Radouane Lakdim : Français d’origine marocaine.

Le match de ce mercredi sera-t-il donc un épisode du choc sportif des civilisations, celui d’une revanche historique contre l’ancien colonisateur teintée de prosélytisme islamique ? Pour cette mission, les joueurs du Maroc peuvent compter sur le soutien de tous les pays arabo-musulmans qui rêvent autant de voir l’un des leurs en finale du Coupe du Monde que d’humilier les Français. Victoire ou défaite, faut-il craindre le pire pour cette soirée ?

[1] Les victoires du Maroc seraient même fêtées par les brigades armées du Hamas.

Antoine Lilti au Collège de France : le strabisme intellectuel

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Antoine Lilti / Capture d'écran YouTube d'une vidéo du 08/12/22, de la chaine France Inter

Ce jeudi 8 décembre, sur France Inter, Léa Salamé et Nicolas Demorand recevaient l’historien Antoine Lilti qui vient d’être nommé professeur au Collège de France. Les auditeurs ont été surpris d’apprendre que ce spécialiste des Lumières n’est pas entièrement acquis à l’idée de liberté d’expression.


Antoine Lilti est reconnu pour être une pointure dans son domaine ; il ne me viendrait pas à l’idée d’aller le titiller sur ses connaissances historiques qui sont largement supérieures aux miennes. Toutefois, à l’écoute de cet entretien, plusieurs choses intriguent l’historien amateur comme le citoyen lambda.

En premier lieu, le résumé que Léa Salamé fait du travail d’Antoine Lilti et que ce dernier confirme : « Les Lumières ne se réduisent pas à un héritage européen, faut pas croire que c’est juste l’Europe, les Lumières. Vous dites qu’il a existé des Lumières multiples, japonaises, chinoises, latino-américaines, égyptiennes, perses, constituées de courants hybrides qui ont eu leurs spécificités. Ce serait caricatural de réduire les Lumières aux philosophes blancs (sic) du XVIIIe siècle français ». La « blanchité » étonnamment évoquée ici permet à Dame Salamé de confirmer son assentiment à l’idéologie wokiste ; il est dommage que le professeur au Collège de France n’ait pas relevé l’absurdité de cette allusion à la couleur de peau des philosophes (pas seulement français d’ailleurs, mais aussi anglais, écossais et allemands) qui furent les principaux initiateurs des mouvements politiques et philosophiques issus des Lumières. De même, mettre sur le même plan les Lumières européennes et les « Lumières » chinoises, égyptiennes ou perses, laisse perplexe. Il a été beaucoup question, au cours de cette matinale, d’une « hybridation » des idées issues des Lumières européennes avec celles de « différentes cultures », du charlatanisme et du complotisme. Finalement, j’avoue ne pas avoir saisi la substantifique moelle du projet historiographique d’Antoine Lilti. Mais je ne demande qu’à apprendre et, par conséquent, suivrai de près les prochains travaux de l’historien.

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Jusqu’ici nous baignions abstraitement dans les arabesques réflexives et les subtilités spéculatives d’une nouvelle approche historiographique des Lumières. C’était un début, l’historien se faisait la voix. Nous allions soudainement taper dans le dur de l’actualité, si vous me permettez l’expression, et atteindre en même temps au sublime de la réflexion oblique. Nicolas Demorand lit la question d’une auditrice : « Les Lumières aujourd’hui seraient-elles woke ou dénonceraient-elles la culture wokiste ? » Léa Salamé en profite pour rappeler les différentes censures qui ont frappé des personnalités comme Sylviane Agacinski ou Caroline Eliacheff. Après avoir jésuitement godillé entre le bon et le mauvais wokisme (mais on sent quand même que la balance penche en faveur des « éveillés » et des « minorités » qui seraient des « héritiers des Lumières »), Antoine Lilti répond en substance que, pour les Lumières, le principe c’est le débat, l’échange d’arguments, mais que quand il y a « des discours de haine, des provocations, qui attisent trop les passions, qui sortent du cadre de la raison, ils peuvent et doivent être interdits ». Comme nous, Léa Salamé n’est pas certaine d’avoir compris et revient à la charge : que dire précisément à propos de ce colloque d’une pédopsychiatre annulé par la mairie de Paris. « On est du côté des excès de certains activistes et bien sûr je le condamne, répond d’abord l’historien. Mais, ajoute-il dans la foulée, on a trop tendance à se focaliser sur ces formes-là de censure, faut pas oublier qu’aujourd’hui les menaces les plus graves qui pèsent sur la liberté d’expression viennent plutôt de la droite radicale ». Plouf ! Stupéfié par la hardiesse de cette affirmation, je laisse tomber ma tartine dans mon café. « Par exemple, continue Antoine Lilti, aux États-Unis, qui nous a envoyé cette notion de « cancel culture », les menaces les plus graves viennent de la droite américaine ». Replouf ! Quel est le rapport entre les censures opérées dans les universités par l’extrême gauche française et la droite américaine ? Il n’y en a pas, bien sûr – le syntagme « droite radicale » (américaine, suédoise ou martienne, peu importe) ne sert ici qu’à escamoter le débat sur les exactions des gauchistes français. Lilti ne se contente pas de noyer le poisson, il strangule la baleine : « Il ne faut pas mettre sur le même plan des excès de groupes militants qui empêchent une conférence de se tenir et le fait qu’un peu partout dans le monde des minorités LGBT sont persécutées et censurées ». Plus c’est gros, plus ça passe. Les journalistes gobent la grossière démonstration et passent au sujet suivant, à savoir l’histoire de cette enseignante de Valenciennes qui voulait emmener ses étudiants visiter un camp de migrants, l’annulation de cette sortie scolaire par le rectorat, et les menaces de militants d’extrême droite qu’aurait reçues ce professeur. L’historien s’enflamme : « Ça, c’est absolument terrible, car s’il y a vraiment une chose qu’on peut dire, qui est un héritage des Lumières, c’est qu’il faut défendre et protéger les enseignants. […] On a quand même eu le cas de Samuel Paty, on sait ce que c’est qu’un enseignant qui est menacé par des groupes extérieurs, alors une fois c’est les islamistes, une fois c’est l’extrême droite, une autre fois ce sera un autre groupe ». Démonstration surréaliste qui nous informe que le djihadiste tchétchène qui a décapité Samuel Paty était un « groupe extérieur »; que l’extrême droite a menacé d’assassiner un professeur ; qu’un « autre groupe » (les Bouddhistes? Les Chauves? Les Basques? Les Roux?) s’apprêterait à faire de même. Antoine Lilti souffre de ce que les spécialistes appellent un strabisme intellectuel : il ne dit pas ce qu’il voit parce qu’il ne voit pas ce qu’il voit ; en d’autres termes, ses démonstrations amphigouriques et équivoques résultent d’une vision de la réalité déformée par l’idéologie gauchisante et wokiste qui gangrène actuellement les plus hauts lieux du savoir, de Sciences Po au Collège de France.

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À la fin de cet ébouriffant entretien, alors que Léa Salamé évoque Elon Musk, Antoine Lilti alerte sur le nouveau propriétaire de Twitter qui dit être un « défenseur absolutiste de la liberté d’expression ». En effet, argumente l’historien, rappelant au passage qu’il est un spécialiste du XVIIIe siècle, « le fait de mettre la liberté d’expression et l’absolutisme dans la même phrase, ça dit bien qu’on a un problème ». Antoine Lilti ne peut pas ignorer qu’Elon Musk n’a pas utilisé le mot « absolutiste » dans le sens péjoratif qu’il lui prête en faisant référence au pouvoir monarchique, mais, en bon américain libertarien qu’il est, dans le sens ironique et hyperbolique d’une possibilité offerte à tous les individus de pouvoir s’exprimer totalement et librement sur un réseau social dont on sait par ailleurs que les anciens administrateurs ne rechignaient pas à fermer les comptes de ceux qui ne pensent pas comme eux. Oui, mais voilà, si Antoine Lilti est pour la liberté d’expression, il est pour une liberté d’expression « régulée » et regrette que cette liberté d’expression à la Elon Musk permette « de faire un cadeau extraordinaire à ceux qui crient les plus forts, par exemple à Donald Trump ». Léa Salamé acquiesce avec énergie. Nous en sommes donc là : de bons esprits universitaires et médiatiques se font les apôtres d’une liberté d’expression étriquée et de plus en plus contrainte. Ils veulent des lois, plus de lois. Comme si nous en manquions. L’arsenal juridique français est une arme de destruction massive de la liberté d’expression. Comparé à l’immuable premier amendement de la Constitution américaine interdisant au Congrès d’adopter des lois limitant la liberté d’expression, notre article 11 de la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen[1] paraît au contraire avoir préparé le lit dans lequel les censeurs médiatiques et les mauvais coucheurs législatifs occupent toute la place. Ce n’était sans doute pas le but recherché mais l’histoire est taquine et l’enfer pavé de bonnes intentions. Antoine Lilti le sait mieux que quiconque.

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Mais Antoine Lilti a été coopté par ses pairs pour devenir professeur au Collège de France et le Collège de France est devenu un Club, le haut-lieu de la gauche universitaire, progressiste, arrogante et supportant mal la contradiction. Sur France Inter, Patrick Boucheron, qui dirigea une Histoire mondiale de la France censée « neutraliser la question des origines » d’une France d’avant la France se dissolvant « dans les prémices d’une humanité métisse et migrante », regrettait, avec une moue méprisante, la « surexposition permanente de cette pensée », en l’occurence celle, « mélancolique », d’Alain Finkielkraut. L’historien Alain de Libera fut parmi les premiers et les plus virulents détracteurs de Sylvain Gougenheim [2] qui avait eu l’audace de relativiser l’apport d’un hypothétique « Islam des Lumières » supposé avoir transmis à l’Europe l’essentiel du savoir grec. Au micro de Guillaume Erner, Pierre Rosanvallon dit, et avec quelle morgue, pour quelle raison il ne débattrait jamais avec Alain Finkielkraut : « C’est un essayiste, mais pas vraiment un intellectuel ». Après l’assassinat de Samuel Paty, le démographe François Héran dénonça, dans une condescendante Lettre aux professeurs sur la liberté d’expression, « l’islamophobie », le « racisme structurel » et les « discriminations systémiques » en France, puis demanda aux professeurs, aux caricaturistes et aux Français en général d’en rabattre un peu avec cette fichue liberté d’expression et d’éviter d’être « offensants » envers l’islam et les musulmans. Résultat : de plus en plus de professeurs s’autocensurent, caricaturer Mahomet relève du suicide et les journalistes pèsent chacun de leurs mots quand il s’agit d’écrire un article sur des événements touchant de près ou de loin à l’islam. Les susnommés furent ou sont professeurs au Collège de France, tous adorateurs de la liberté d’expression, tous ardents défenseurs du combat d’idées, du débat public, du duel intellectuel – mais sous certaines conditions. Bienvenue au Club, Monsieur Lilti.


[1] « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi ».

[2] Aristote au Mont Saint-Michel, Seuil, 2008.

La cause des hommes : quelle cause ?

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Adlan Mansri / Sipa

Que deviennent les hommes à l’heure où la révolution des moeurs – la révolution morale – souffle en tempête sur l’Occident ?


Le discrédit dont pâtissent les hommes sous les coups de boutoir de la révolution morale poursuit son inexorable chemin. Où cela conduit, personne ne le sait. Mais la violence gagne partout du terrain. Il y a urgence à réagir. Pas pour défendre la cause des hommes au sens d’un idéal à promouvoir, mais pour éclairer la situation furieusement dégradée qu’ils subissent en Occident. Car quel idéal masculin à défendre ? Si les femmes, contrairement à l’implicite postulat de MeToo, ne sont pas des anges, les hommes ne sont vraiment pas des petits saints. À eux la majorité des violences, justement, et en progression constante. Sans nous attarder sur le cas du malheureux Adrien Quatennens, écrasé sous le poids de la « vérité » assénée par son épouse en instance de divorce (elle le dit violent, donc, pour les louves de sa propre meute, il l’est sans l’ombre d’un doute, accusation fondée ou pas nous n’en savons rien), considérons par exemple les liens établis entre immigration et délinquance. Sauf pour les commentateurs affligés d’une cécité incurable, ces liens ne souffrent aucune contestation. Darmanin, spécialiste des constats prudents, l’a reconnu lui-même devant l’Assemblée nationale, le 2 novembre : « Une partie des étrangers dans les grandes métropoles commettent l’essentiel des actes de délinquance ». Cette réalité occulte cette autre réalité, tout aussi évidente, que la délinquance d’origine immigrée est, pour l’essentiel, le fait non des femmes, mais des hommes. Et secondairement non des hommes, mais des jeunes hommes, des « jeunes », ceux des quartiers « sensibles », c’est-à-dire explosifs, sans doute par opposition aux quartiers insensibles, c’est-à-dire calmes et pacifiques. Les euphémismes ont souvent le paradoxe risible. À ces jeunes hommes farouches s’ajoutent, nul ne l’ignore, les coups de folie des migrants illégaux et le vagabondage des mineurs isolés, cette bombe à retardement dont, en France, l’affaire de l’Ocean Viking a raccourci la mèche.

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Partons de là : les trublions des cités ont des circonstances atténuantes. Preuve en est non pas la mansuétude de la justice à leur égard, si fréquente soit-elle, mais le fait qu’il ne s’agit jamais de jeunes issus de la communauté asiatique, certes beaucoup moins nombreuse et nettement moins regroupée en territoires perdus. Il n’est pas absurde de penser que ces derniers sont mieux intégrés à la société française. Défendre la cause des hommes signifie, en ce cas, se pencher sur les raisons qui expliquent pourquoi les uns sèment à tout bout de champ le bruit et la fureur, et pourquoi pas les autres. On pourra alléguer mille raisons, l’éclatement des familles, l’effacement des pères, les carences de l’éducation, la valorisation traditionnelle des garçons, une moindre appétence aux études que les filles, l’amertume née du colonialisme, l’influence des prédicateurs islamistes, les facilités offertes par le trafic de drogue. Il y a pléthore de raisons, dont l’ensemble se traduit par une inadaptation massive aux compétences nécessaires au fonctionnement huilé de l’économie libérale, d’où les emplois bas de gamme réservés à ceux qui veulent s’en sortir. Étant admis, naturellement, que certains s’en sortent par le haut, rendant utile de connaître les ressorts de ce quasi-miracle, et d’autre part que les carrières flamboyantes ouvertes aux sportifs d’élite ne concernent par définition qu’une poignée des jeunes mâles désœuvrés.

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Aucune politique de la ville ne parvient à réduire cette tumeur devant laquelle l’État, colosse adipeux et en même temps anémié, cherche des remèdes toujours plus coûteux et toujours plus stériles. Le discours de répression en vigueur n’obtient que la morne répétition des impasses. Comment traiter la sauvagerie quand on procède à coups de menton et de discours lénifiants où le vivre-ensemble sert de totem dérisoire, tandis que les élus des municipalités soumises achètent l’électorat qui leur sert de marchepied ? Réponse : certainement pas en minant systématiquement la fierté que les jeunes mâles issus de l’immigration conservent de la prééminence légitimement attachée, selon eux, à leur virilité. Cette fierté, ils la conservent, mais sous la pire des formes, celle des violences qu’ils répandent et du pouvoir archaïque qu’ils imposent aux filles. Leur arrogance signe leur errance. Après les tueries de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher en janvier 2015, Virginie Despentes, on s’en souvient, a loué l’héroïsme des tueurs, la fierté de « ceux qui venaient de s’acheter une kalachnikov au marché noir et avaient décidé, à leur façon, la seule qui leur soit accessible, de mourir debout plutôt que vivre à genoux. J’ai aimé aussi ceux-là qui ont fait lever leurs victimes en leur demandant de décliner leur identité avant de viser au visage. J’ai aimé aussi leur désespoir ». Cet éloge abject, qui aurait dû conduire la pseudo-rebelle à observer un silence définitif et ses thuriféraires à se détourner d’elle à jamais, renfermait malgré tout une vérité sans laquelle aucun remède efficace ne sera apporté au marasme des cités. Question : la seule façon qui leur soit accessible, vraiment ? Mais si tel est le cas, le destin de ces jeunes hommes justifie leur désespoir. Sauf que ce n’est pas le cas, à moins que Despentes ne les juge trop dépourvus d’avenir et de cervelle pour être autre chose que des tueurs. Et donc, si ce n’est effectivement pas le cas, en quoi la France échoue-t-elle à éliminer la barbarie de ces meurtriers sans âme ni conscience, caricature sanglante de la violence des « quartiers » ? La cause des hommes, en la circonstance, consiste en l’indispensable examen d’une faille mortelle pour la République et en la recherche de solutions qui se gardent de les réduire à la part maudite de l’humanité.

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Le Proc aux Vraies Voix de Sud Radio

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Philippe Bilger, le 16/11/15 / PHOTO: IBO/SIPA / 00730943_000004

Chroniqueur de la rubrique « Le Réquisitoire du procureur » sur Sud Radio, Philippe Bilger, ancien magistrat, est tenu de porter un jugement sur une affaire d’actualité. Mais les autres chroniqueurs sont là pour lui apporter la contradiction et tant mieux! Car ce qui caractérise Sud Radio – comme d’ailleurs CNews – c’est justement cet esprit de contradiction.


Créée à l’initiative de Cécile de Ménibus et de Philippe David, animateurs des Vraies Voix (Sud Radio, de 17 h à 19 h tous les jours de la semaine), je tiens depuis la mi-septembre la rubrique « Le réquisitoire du procureur ». Je l’apprécie tout particulièrement parce qu’elle me permet, en totale liberté, de choisir une multitude de sujets, qu’ils soient personnels, judiciaires, politiques ou culturels, et de développer en très peu de temps un point de vue doucement ou intensément à charge.

Ce droit à la diversité m’offre notamment l’opportunité de donner une place considérable à ma subjectivité, à ses humeurs, ses hostilités ou ses répugnances et de quitter le champ habituel des thèmes médiatiques pour, parfois, aborder la richesse de l’intime.

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, il n’est pas si simple de choisir chaque jour un fait, une idée, un propos, une réaction, un déplaisir susceptibles de faire l’affaire pour le « proc » qu’on m’a demandé de redevenir !

Il arrive aussi que l’actualité soit si riche, si passionnante à divers titres que l’arbitrage à effectuer suscite mon embarras.

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Par exemple, pour la soirée du 8 décembre, j’ai hésité entre une première exécution en Iran, l’affaire en appel concernant notamment Nicolas Sarkozy et ses dénégations, la posture choquante de LFI préférant, au détriment de l’urgence du fond sur la réintégration des soignants non vaccinés, privilégier son opposition surjouée au RN, ce qui a contraint sa députée Caroline Fiat à retirer son texte…

Après réflexion, j’ai décidé de me consacrer à une quatrième actualité : le départ de Sciences Po d’une professeur de danse de salon, dénoncée et honnie parce qu’elle avait refusé de supprimer dans son cours la distinction entre les hommes et les femmes (Le Figaro).

Qu’on ne croie pas que le « réquisitoire du procureur » soit un exercice où aucune contradiction ne m’est apportée. On devine bien que face par exemple à Françoise Degois, Élisabeth Lévy ou Olivier Dartigolles, elle ne manque pas et a cette particularité d’être stimulante, d’imposer, en quelques occasions, un retour sur soi bénéfique, comme un doute sur la validité de ce qu’on venait à peine de déclarer.

Car ce n’est jamais la contradiction qui est dure à supporter – elle est indissociable de toute vie intellectuelle – mais, assez souvent, son caractère vain, dérisoire et pavlovien. Profonde, lucide, elle enrichit.

Je suis d’autant plus sensible à cette séquence rapide et solitaire qu’elle représente souvent un complément à ma présence sur CNews, deux fois avec Pascal Praud le lundi matin et le mardi soir et régulièrement à la Belle Equipe le vendredi avec Clélie Mathias.

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Je ne me lasse pas des joutes « judiciaires » avec le premier où, sans m’offenser, il me reproche une « haine » à l’encontre de Nicolas Sarkozy quand je lui impute une trop grande bienveillance fondée sur une méconnaissance, voire une ignorance de la réalité judiciaire ; la Justice étant, avec la Covid et l’équipe de France de foot, le domaine où chaque Français, après avoir été docteur et sélectionneur, se félicite, sans rien savoir, d’être juge contre les juges.

Je ne sais pas, à dire vrai, si mes échanges délicieusement aigres-doux avec ce talentueux et atypique animateur-chroniqueur sont sérieux ou relèvent d’une sorte de jeu où tous les deux nous nous enfermons dans une caricature qui nous amuse, en tout cas en matière de Justice.

On comprendra ainsi pourquoi, une à deux minutes « procureur » sur Sud Radio, je bénis cet instant où je peux libérer une parole laissée ensuite à la grâce des autres chroniqueurs, éventuellement contradicteurs.

Ce lien entre Sud Radio et CNews n’est pas artificiel : ils ne sont réunis que par cette petite chose qui s’appelle la liberté et le pluralisme (si on veut bien venir en profiter).

France – Maroc : la France a déjà gagné

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Walid Regragui au Media Center, Doha, le 13 décembre 2022 Rodolfo Buhrer/La Imagem/Fotoare/SIPA SIPAUSA30334543_000012

Avant même le coup de sifflet, ouvrant le début des hostilités sur le terrain mercredi prochain, la France a gagné.


Dans la vie, il y a deux manières de voir les choses : le verre à moitié plein ou bien à moitié vide. De même pour le match à venir entre la France et le Maroc, soit on en reste aux émeutes, soit on lève les yeux vers la véritable réussite française qu’est Walid Regragui, le sélectionneur marocain et l’architecte de l’exploit historique des « Lions de l’Atlas ».

Au sujet des émeutes, tout a été dit et rien en même temps. Une minorité de voyous va casser Paris pour démontrer aux Français qu’ils sont un peuple dominé et que la France est un pays colonisé par les Vandales. Selon l’affiche du jour, ces Vandales peuvent arborer le drapeau marocain, algérien, tunisien ou turc. Cette fois-ci, la tristesse de voir Paris razziée sera mitigée par le véritable score du match et qui consiste dans la victoire de la France, la victoire la plus belle et durable qui soit : l’entraîneur est Français, un pur fruit de l’école française du football et surtout une belle réussite de l’assimilation véritable, celle qui fabrique des hommes valables, des grands messieurs, des références dignes d’admiration. Wali Regragui est né dans l’Essonne, il est citoyen français, il a fait sa carrière de joueur en France avant de s’expatrier au Maroc en tant qu’entraîneur. L’avez-vous entendu parler ? Il s’exprime dans une logique parfaite et dans un style efficace et direct. Walid Regragui est probablement la seule personne préoccupée par l’efficacité (c’est-à-dire par le résultat) dans la salle de presse lors de l’après-match : les journalistes marocains lui parlent de style de jeu (donc de futilité) et lui répond résultat. Il est cartésien, et cela c’est l’empreinte de la France, pas du Maroc ni du Moyen-Orient.

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Qu’il s’appelle Walid ou Jean-Pierre ne veut rien dire ! Il est Français par ses neurones et son état esprit. Qu’il se dise passionné par le Maroc n’enlève rien à son identité « cérébrale » : il applique son esprit logique Made in France à la cause du football marocain. Il est la méritocratie incarnée, la méritocratie appliquée au football d’un pays arabe et musulman, rongé par le népotisme et par le manque de sérieux.

D’ailleurs, Walid Regragui aurait été « impossible » au Maroc, car chez moi la méritocratie passe au second plan derrière la «recommandation». Au Maroc, trop souvent, prévaut le « qui t’a recommandé ? » et non le « qu’as-tu obtenu comme résultat dans tes précédents postes ? »

Ainsi, si j’étais Français, je serais fier en cette veille de match. La France joue contre la France. Le match est gagné.

Il faut espérer que les leaders politiques des deux rives voient clair dans ce qui se joue sur la pelouse mercredi soir. Au-delà de la compétition, deux versions de la France disputeront la demi-finale de la Coupe du Monde. Victoire de la mission civilisatrice de la France qui a su former un être humain aussi admirable que l’entraîneur de l’équipe marocaine.

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Une fois la Coupe du Monde terminée, tout leader, réellement préoccupé par les intérêts supérieurs du Maroc, aura l’obligation de dénicher les centaines de Walid Regragui que la France a formées, et qui sont prêts à réconcilier l’hôpital marocain avec la santé, l’école marocaine avec l’enseignement, l’entreprise marocaine avec l’innovation, l’agriculture marocaine avec la productivité, le tourisme marocain avec le sérieux, et la liste est longue.

Merci la France ! Au Maroc de jouer maintenant !

Je suis sûr que Lyautey aurait pleuré des larmes de joie devant une aussi belle symbiose entre les peuples, une si belle fécondation du Maroc par la France. Et j’espère que demain le Maroc, avec ses qualités propres, fécondera à son tour la France pour soigner sa dépression morale et psychique.

L’homopoutinus

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OLIVIER DOULIERY / AFP

Le Parlement russe souhaite interdire tout ce qu’il considère comme de la propagande en faveur l’homosexualité et la transidentité pour les mineurs. Cela va jusqu’aux dessins animés.


La « loi sur la propagande gay » a été votée par la Russie en juin 2013. Ratifiée par le président Vladimir Poutine, elle vise à « protéger les enfants contre les informations qui favorisent le déni des valeurs traditionnelles de la famille ». En octobre, à l’unanimité, le Parlement a décidé de renforcer son arsenal judiciaire contre toute promotion de l’homosexualité. Si le dirigeant russe signe ce second amendement, il sera désormais interdit de faire la promotion de la transidentité aux enfants mineurs. Le gouvernement pourra bloquer sur internet tout contenu traitant de sujets LGBT et interdire les films montrant des représentations positives de l’homosexualité, y compris des dessins animés tels que Peppa Pig (dans un épisode, l’ours polaire Penny apparaît aux côtés de ses deux mères) ou South Park. Les étrangers suspectés de militantisme LGBT pourront être arrêtés, condamnés à une forte amende et expulsés de Russie. Récemment, lors du discours où il se félicitait du rattachement des quatre provinces ukrainiennes à la mère patrie, le président Vladimir Poutine a dénoncé « ces familles avec un parent numéro un et un parent numéro deux », considérées comme le symbole de la décadence européenne par une majorité de Russes. Une rhétorique également reprise par le patriarche orthodoxe Kirill qui a souvent dépeint la guerre russo-ukrainienne comme « une bataille entre ceux qui soutiennent ces Occidentaux autorisant des gay prides et ceux qui les rejettent catégoriquement ». Les associations LGBT ont dénoncé une volonté évidente de la Douma de criminaliser les relations sexuelles entre adultes de même sexe. 

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Joe Biden réalise le pire échange de prisonniers américano-russes de l’histoire

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Joe Biden sur un vélo pour enfant, lors d'un évènement organisé par le corps de la Marine, le 12 Décembre 2022. UPI/Newscom/SIPA SIPAUSA31609930_000006

Des Américains détenus par les Russes, fallait-il libérer Paul Whelan, ancien Marine accusé d’espionnage, ou Brittney Griner, une basketteuse et militante anti-raciste arrêtée à cause de l’huile de cannabis qu’elle transportait ? Tribune de Paul Reen, membre du Parti républicain.


Le jeudi 8 décembre, Joe Biden a fièrement annoncé dans le Bureau ovale que la basketteuse professionnelle Brittney Griner avait été libérée après neuf mois de captivité en Russie. Accompagné d’une Kamala Harris aux anges, Joe Biden a serré la femme de Brittney dans ses bras devant les caméras. Curieuse coïncidence, le même jour, la Chambre des représentants démocrate célébrait l’adoption d’un projet de loi visant à protéger le mariage homosexuel, alors que celui-ci est déjà légal dans les 50 États. Le théâtre politique de l’administration Biden est sans fin.

Laissons de côté le théâtre politique, l’Amérique était vraiment heureuse pour Brittney, qui a bêtement essayé d’entrer en Russie avec de l’huile de cannabis mais a été retenue dans les prisons russes pendant trop longtemps. Elle aurait dû être libérée bien plus tôt. C’est ce que tout le monde pensait jusqu’à ce que l’Amérique apprenne les détails de la libération. La plupart des gens savent maintenant que Brittney faisait partie d’un échange de prisonniers. Un échange qui a libéré le prisonnier russe le plus notoire, le plus dangereux et le plus important pour Poutine, le « marchand de mort », Victor Bout. Il a ensuite été révélé que Biden avait cherché à libérer un deuxième Américain en échange de Bout, un vétéran décoré des Marines, Paul Whelan, qui est emprisonné à tort en Russie depuis près de quatre ans. Mais Poutine a refusé, alors Biden a cédé et a quand même libéré Bout, laissant le Marine derrière les lignes ennemies. Le plus célèbre marchand d’armes russe, coupable d’avoir vendu des armes à des terroristes pour tuer des Américains, est échangé contre une athlète féminine transportant de l’huile de cannabis pour son usage personnel. Incroyables négociations, monsieur Biden !

Qui est Viktor Bout ? Selon le New York Times, Viktor Bout est accusé d’avoir vendu des armes russes à Al-Qaïda, aux Talibans et à des militants au Rwanda, et d’avoir bafoué les embargos sur les armes en Sierra Leone, en République démocratique du Congo et en Algérie, où il a vendu des armes aux forces gouvernementales et aux rebelles qui les combattaient. Ses actions diaboliques ont servi d’inspiration au film Lord of War (2005), avec Nicolas Cage. Il a été capturé en 2011 et condamné à 25 ans de prison pour conspiration de meurtre d’Américains, entre autres charges. Des experts russes ont déclaré qu’il appartenait au service de renseignement militaire russe G.R.U., ou du moins qu’il travaillait en étroite collaboration avec lui. Les experts affirment également qu’il s’agissait du Russe le plus en vue détenu par les États-Unis et du prisonnier sur lequel la Russie avait exercé le plus de pressions pour qu’il soit rapatrié. Il a maintenant été libéré après avoir purgé moins de la moitié de sa peine.

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Paul Whelan a servi dans la réserve du corps des Marines de 1994 à 2008. Au cours de son service dans les Marines, il a effectué deux déploiements en Irak et a atteint le grade de sergent-chef. Whelan a été arrêté par la Russie dans un hôtel de Moscou en 2018. La Russie a affirmé qu’il menait « une opération d’espionnage », ce qui a conduit à son arrestation. Le frère de Whelan, David, a déclaré que Whelan était à Moscou pour le mariage d’un copain Marine. Il a été condamné à 16 ans de prison. C’est la deuxième fois que Whelan est laissé pour compte cette année. En avril, il y a eu un échange de prisonniers entre les Etats-Unis et la Russie, mais un autre Marine américain, Trevor Reed, qui n’a été emprisonné qu’en 2019, a été libéré à la place. Le frère de Paul, David, affirme également que Paul reste malgré tout confiant en sa libération et qu’il continue de chanter l’hymne national américain tous les matins. 

Brittney Griner est une militante sociale très active depuis 2020 dans les manifestations de Black Lives Matter contre la prétendue brutalité policière et l’injustice raciale. Elle a refusé de se lever pendant l’hymne national avant les matchs, restant plutôt dans le vestiaire. « Honnêtement, je ne pense pas que nous devrions jouer l’hymne national au cours de la saison », a déclaré Griner. « Je ne vais pas être sur le terrain pendant l’hymne national. Si la ligue veut continuer à le jouer, c’est bien. Je ne serai pas sur le terrain pendant toute la saison ».

Les réactions de Biden et d’autres responsables se sont révélées très décevantes pour tous ceux qui cherchaient une justification logique à cet échange de prisonniers :

Joe Biden : Biden a été interrogé jeudi, après un discours sans rapport avec l’affaire, sur ce qu’il dirait à la famille de Whelan. Sa réponse a été évasive, et son équipe l’a rapidement éloigné des caméras et des journalistes qui l’interrogeaient.

John Kirby, Coordinateur des communications stratégiques du Conseil de sécurité nationale : lorsqu’il a été pressé sur la situation jeudi, il a insisté sur le fait que les négociations pour Whelan étaient toujours en cours, ce qui ressemblait à une réponse pré-approuvée de la Maison Blanche.

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Karine Jean-Pierre, secrétaire de presse de la Maison Blanche : Bien que le média ABC ait rapporté que Griner et Whelan avaient tous les deux été proposés comme options pour Viktor Bout, Karine Jean-Pierre a tergiversé : « Il ne s’agissait pas pour nous de choisir quel Américain ramener à la maison. C’était un choix entre ramener un Américain ou aucun ». Et d’ajouter : « Brittney Griner est une inspiration pour les Américains LGBTQI+ et les femmes de couleur ».

Randi Weingarten, chef de la Fédération américaine des enseignants : Elle s’est exclamée sur Twitter : « Quel grand soulagement !!! Une nouvelle extraordinaire, une star du basket, mais aussi une femme noire et gay est libérée ». Elle a ajouté : « Et oui, bien sûr, nous voulons que d’autres prisonniers comme Paul Whelan soient libérés ».

Pendant ce temps, la télévision d’État russe se moque de la faiblesse de Biden pour avoir choisi une athlète plutôt qu’un Marine et à rire de ce que cela dit des priorités des Américains. Poutine et les autres adversaires des États-Unis y verront encore un signe de la faiblesse de Biden après le retrait d’Afghanistan. Se mettront-ils à kidnapper d’autres Américains comme monnaie d’échange ? Cela rappelle également les souvenirs d’un autre terrible échange de prisonniers sous Obama qui a libéré les fameux « Taliban Five », cinq des pires terroristes détenus à Guantanamo Bay, contre le sergent de l’armée américaine déserteur, Bowe Bergdahl, en 2014. Un modèle de faiblesse démocrate.

Pour Griner, espérons qu’elle apprécie un peu plus les États-Unis après avoir vu ce qu’est un vrai régime totalitaire. Pour Paul Whelan, prions pour qu’il conserve sa force et son patriotisme jusqu’à sa libération. La triste vérité est que la faiblesse de Biden menace la sécurité de l’Amérique et de tous les Américains vivant à l’étranger.

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