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Et si les avocats parisiens se renouvelaient un peu ?

Aucune surprise lors des cérémonies solennelles du barreau de Paris.

Et si les avocats parisiens se renouvelaient un peu ?
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Lors des cérémonies solennelles de rentrée du barreau, l’Etat de Droit demeure intouchable, la mise en cause de la magistrature s’avère systématique, mais la méfiance à l’égard des avocats jamais ne s’y manifeste. Quand cela changera-t-il ?


Lors de la cérémonie solennelle de rentrée du barreau de Paris, ce 25 novembre, aucune surprise.

La bâtonnière Julie Couturier a pourfendu «le tribunal médiatique», visant tout particulièrement Cyril Hanouna, en soulignant «l’urgence de défendre le droit». Elle a souhaité le renforcement de l’autorité judiciaire, «la seule qui ait toujours, à travers les siècles, protégé les uns du pouvoir arbitraire d’un exécutif tout-puissant, les autres de l’obscurantisme, les derniers de la vindicte populaire».

Le garde des Sceaux qui était présent, dans le même registre a «rappelé solennellement à ceux qui bradent un peu trop rapidement des règles que nos ancêtres ont mis des millénaires à ciseler et à graver dans nos codes : l’Etat de droit n’est pas un bien dont on peut disposer».

Le vice-bâtonnier Vincent Nioré, dans la continuation de son attaque intempestive de la magistrature lors de la messe d’enterrement de Jean-Louis Pelletier, s’est évertué, au nom des droits de la défense, à venir au secours des avocats, «nos confrères régulièrement mis en cause dans le cadre de leur exercice…» et à dénoncer «l’arsenal disproportionné de l’atteinte à la vie privée et au secret professionnel… cet arsenal de la coercition et de l’intrusion est asphyxiant, paralysant pour la défense, pour l’avocat» (Le Figaro).

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Pour ce qui se rapporte aux interventions de Julie Couturier et du ministre, il n’y a rien eu qui ait tranché avec les discours habituels du barreau en ce type de circonstances, d’autant plus que le garde des Sceaux lui-même, ancien grand avocat pénaliste, était naturellement accordé à cette apologie, un zeste corporatiste, de l’État de droit. Même si, pour convenue qu’elle soit, elle n’était pas sans pertinence, notamment dans sa mise en cause du «tribunal médiatique» si elle ne reflète pas la condescendance, voire le mépris que la perception simplement populaire peut inspirer aux professionnels de la défense.

On a bien conscience que l’État de droit rêvé par les avocats est celui qui les sert exclusivement et doit être absolument soustrait à l’impureté démocratique qui risque de mêler le bon sens d’une société ensauvagée à l’abstraction confortable des principes.

Quand le ministre énonce que l’État de droit est «un bien dont on ne peut disposer», il me semble considérer que sa fixité doit être permanente même face aux évolutions de la société et de la criminalité, terroriste ou non. Ce n’est pas offenser notre République attachée à l’État de droit que d’évaluer l’efficacité de ce dernier dans la lutte contre tous les fléaux qui jour après jour assombrissent, endeuillent notre pays, que les tragédies soient singulières ou collectives.

À partir du constat de plus en plus vérifié que la réalité mouvante non seulement n’est pas affectée par l’État de droit mais voit au contraire sa nuisance décuplée par son impuissance à la réduire, il n’est pas indécent de s’interroger, pour les magistrats comme pour les avocats, sur une conception plus appropriée de l’État de droit, moins naïve, plus vigoureuse, ne constituant plus ses garanties comme de choquantes impunités, sa complexité telle une bureaucratie au service de l’adversaire.

Je ne me fais aucune illusion mais j’espère avoir déjà fait avancer un peu le débat si j’ai rendu plausible un tel questionnement pour demain.

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Autant je suis critique mais compréhensif des points de vue de la bâtonnière et du garde des Sceaux, autant la charge du vice-bâtonnier m’apparaît typique d’une déplorable dérive du barreau qui s’estime offensé dès lors qu’une procédure et des dispositions intègrent la possibilité que l’avocat ne soit pas forcément l’auxiliaire de justice irréprochable qu’il se doit d’être mais aussi parfois le troublant et équivoque partenaire d’entreprises délictuelles ou criminelles. Dès lors que des dérives peuvent survenir et sont soupçonnées, à quel titre faudrait-il vitupérer un arsenal, des surveillances et des contrôles relevant plus précisément de la défense du droit que d’atteintes aux droits de la défense, sauf à sanctifier par principe le barreau en matière pénale ?

Même si je perçois la différence de position et de comportement entre le magistrat et l’avocat, la distinction de leur statut, on pourrait finir cependant par être lassé de la sempiternelle mise en cause de la magistrature lors des cérémonies solennelles de rentrée du barreau alors que dans les grandes messes où la hiérarchie judiciaire officie et s’exprime, jamais l’ombre d’une méfiance à l’égard des avocats ne se profile, en vertu de cette évidence que décideurs et auxiliaires de justice, barreau et magistrature sont embarqués dans le même bateau et, s’il y a naufrage, qu’ils devront l’assumer ensemble.

Pourquoi cet opprobre ici et ce consensus là ?

Ce serait bien si les avocats parisiens – je suis certain qu’il y a là une spécificité touchant moins la province – se renouvelaient un peu. On a envie de leur dire, selon une formule célèbre : étonnez-nous !

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Magistrat honoraire, président de l'Institut de la parole, chroniqueur à CNews et à Sud Radio.

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