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Lang version facho

C’est une belle histoire à raconter dans les écoles, les prêches et les veillées chez les personnes de bonne volonté.


Figurez-vous qu’aux États-Unis ils ont aussi leur Jake Lang. Mais avec un « e » de plus à la fin du prénom et, autre différence notable, le leur se veut militant d’extrême-droite. Il se montre en particulier très actif dans le soutien à la police de l’immigration, ICE, celle dont on a tant parlé dans nos médias français de référence et de bien-pensance après deux bavures, de fait extrêmement regrettables, puisque deux personnes y ont perdu la vie.

Cet ancien émeutier du Capitole gracié par Donald Trump avait cru judicieux d’organiser, voilà quelques semaines, le 17 janvier dernier pour être précis, une manifestation en faveur de la police sus-mentionnée à Minneapolis, dans le Minnesota.

Il s’attendait à ce qu’il y ait foule. Ce ne fut pas vraiment le cas. Il paraît que l’événement aurait surtout réussi à mobiliser le camp d’en face, les anti-police de l’immigration. De ce côté-là, on est venu en nombre, et notre aventureux Jake Lang a bien failli passer là un très sale quart d’heure. Pris à parti, malmené, insulté, il aurait même pu y laisser non seulement des plumes, mais la vie. Carrément.

Or, là où l’histoire devient non seulement plaisante mais édifiante et jolie est que ce gars qui fait profession de détester les Noirs, qui conchie autant qu’il le peut les transsexuels, les homos, se vit protégé des coups par un Black de trente ans, Ishciah Blackwell, genre costaud de chez costaud, et sauvé de la meute par un(e) transgenre, noire elle aussi, qui passait par là en voiture en compagnie de son amie. Daye Gottche – c’est son nom –  a arrêté l’auto pour permettre au gringalet bien mal parti de s’enfuir. Notre vaillant et calamiteux activiste Lang doit donc une fière chandelle à deux personnes appartenant aux catégories sociales qu’il combat aussi violemment qu’il le peut, qu’il méprise matin, midi et soir, et qu’il voudrait voir réduites au silence et à l’inexistence.

A lire aussi: Au nom de l’antifascisme…

Les déclarations de ses sauveurs sont intéressantes, elles aussi édifiantes. Autant au moins que leur action. Blackwell, le costaud, a simplement dit : « Je suis un homme et je crois que tous les humains doivent être traités de la même manière. » Précisons que, faisant un rempart de son corps, il a ménagé assez d’espace à Lang pour que celui-ci puisse s’éloigner de la zone sensible et grimper dans la voiture.

Daye Cottsche, quant à elle – ou lui, ou iel, au choix – a reconnu ne pas avoir reconnu le boutefeu extrémiste au moment où elle l’a fait monter dans la voiture. Cependant elle a tenu à préciser que si elle l’avait reconnu elle aurait agi exactement de la même manière. Joli, non ? « Si nous ne nous étions pas arrêtés, a-t-elle ajouté, sans doute aurait-il été mort. »

Belle histoire, en effet. Le maire de Minneapolis y est allé de son commentaire : « Lang considérait cet homme noir comme inférieur à lui, cet homme noir, lui, le considérait comme un être humain. Est-ce suffisant pour le faire réfléchir ? »

Rien n’est moins certain. À un certain degré, la haine abolit toute faculté de réflexion, hélas…

En revanche, nous pouvons être certain d’une chose : s’il s’était agi de notre Jack Lang à nous, le fait que la jeune trans à l’auto ne l’ait pas reconnu l’aurait sans aucun doute tué net. Son ego n’y aurait pas survécu.

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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Timothée Chalamet: bon acteur, ego XXL

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Le Franco-Américain Timothée Chalamet n’a finalement pas décroché l’Oscar du meilleur acteur hier soir à Los Angeles. On apprécie l’acteur, souvent époustouflant dans ses rôles ; moins le jeune homme prétentieux.


La cérémonie des Oscars était très attendue. Cette traditionnelle fête américaine de remise des trophées tant convoités est une compétition redoutable entre les films phares nommés. Elle devient surtout fiévreuse et virale lorsqu’il s’agit de l’obtention de la mythique statuette dorée du meilleur acteur, disputée cette année entre Leonardo DiCaprio, au sommet de son art, nommé pour son rôle dans Une bataille après l’autre de Paul Thomas Anderson, et Timothée Chalamet, nommé pour son interprétation frénétique et brillante dans Marty Supreme de Josh Safdie.

Perdu : c’est finalement l’acteur afro-américain Michael B. Jordan qui a obtenu la statuette prestigieuse pour son rôle dans le film horrifique Sinners.

Et il faut reconnaitre que l’acteur coqueluche de la jeunesse et un peu féminin commençait à nous gonfler à force de se prendre pour le personnage du film Marty Supreme.

L’ascension d’un enfant d’Hollywood

Timothée Chalamet, jeune et talentueux acteur franco-américain, est le fils du journaliste français Marc Chalamet et de la danseuse américaine Nicole Flender. Le jeune garçon s’inscrit dans la pure tradition des enfants acteurs tant adorés à Hollywood.

Il est révélé au grand public grâce à son rôle d’Elio Perlman, jeune garçon à la beauté d’éphèbe qui tombe sous le charme d’un homme mûr lors d’un bel été brûlant en Italie, dans le film romantique Call Me by Your Name (2017) de Luca Guadagnino.

Il va vite imposer sa présence de beau gosse séducteur dans une série de très bons films assez différents, tels que : Un jour de pluie à New York (2019) de Woody Allen, Les Filles du docteur March (2019) de Greta Gerwig, Dune (2021) et Dune : Deuxième partie (2024) de Denis Villeneuve.

A lire aussi: Timothée Chalamet est leur nouveau gen(d)re idéal

Avec Un parfait inconnu (2025) de James Mangold, excellent film musical relatant les jeunes années de Bob Dylan, la petite star, coqueluche des médias et des jeunes filles en émoi, confirme son grand talent. Force est de constater que le petit minet Timothée Chalamet est particulièrement impressionnant en jeune Bob Dylan. Il réussit avec conviction à interpréter lui-même les chansons du maître et à faire revivre l’aura mythique du chanteur de protest songs.

Marty Supreme, un film excessif mais un rôle sur mesure

Le film pour lequel le jeune trentenaire était nommé, Marty Supreme (2025) de Josh Safdie, est une fiction survitaminée dont la mise en scène, assez brillante et comportant quelques fulgurances, est toutefois bien trop hystérique, noyée dans un flot musical continu. Le chaos, véritable moteur du film, en fait finalement une œuvre assez vaine.

L’histoire racontée par Joshua Safdie s’inspire de Marty Reisman, figure du tennis de table américain, qui participa bel et bien aux championnats du monde de tennis de table en 1952, année où se déroule le récit de cette fiction.

Timothée Chalamet, acteur mimétique et surdoué, s’avère cependant formidable dans le rôle de Marty, un rôle qui lui va comme un gant. Il interprète Marty Mauser, un jeune garçon juif, orgueilleux, insolent et parfois inconséquent. Pongiste surdoué, Marty est vendeur de chaussures dans une petite boutique new-yorkaise afin de survivre. Il va tout faire pour essayer de devenir un champion reconnu et célèbre.

Entre personnage et personnalité

En tournée promotionnelle dans de nombreux médias — presse écrite, radio ou télévision — pour ce rôle qui pouvait lui valoir son premier Oscar, l’acteur de 30 ans affiche un mélange de séduction, de charisme naturel, d’arrogance et d’orgueil très similaire à celui du personnage de Marty qu’il incarne à l’écran.

A lire aussi: Un nouveau souffle

On ne sait plus très bien s’il s’agit de Timothée Supreme ou de Marty Chalamet. On peut penser que le personnage a déteint sur lui, ou qu’il s’agit d’une redoutable stratégie publicitaire pour l’emporter.

Lors de la cérémonie, l’acteur a été gentiment moqué par le maître de cérémonie Conan O’Brien : « La sécurité est renforcée ce soir… On a entendu dire qu’il pourrait y avoir des attaques venant des milieux de l’opéra et du ballet. »

M. Chalamet avait déclaré lors d’un long échange avec Matthew McConaughey il y a quelques jours : « Je ne me vois pas travailler dans la danse classique ou l’opéra, ou dans des trucs qu’on essaie de garder en vie alors que tout le monde s’en fiche. »

En fait, le jeune acteur est très représentatif du monde actuel du cinéma : un univers de gagnants talentueux et présomptueux, majestueux et arrogants, excellents à l’écran et suffisants à la ville, bien trop sûrs d’eux-mêmes et ne croyant qu’en leur propre conscience.

Six Nations: un tournoi qui a donné le tournis

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Les Bleus ont conservé leur titre in extremis samedi soir grâce aux sauveurs Ramos et Bielle-Barrey


En sport, et, semble-t-il, plus particulièrement en rugby, comme d’ailleurs en tout, la logique se révèle souvent facétieuse, pernicieuse, infidèle à elle-même, ainsi que l’a confirmé cette 26ème édition du Tournoi des Six nations.

Miraculeux

Oubliant que « l’imprévisible est une réalité prévisible », selon le pertinent propos de l’auteur de polars américain, Charles Willeford[1], aux Bleus, les devins chroniqueurs de l’Ovalie leur avait prédit le sacre suprême, le Grand Chelem. Ils ont dû se contenter avec quelques regrets du seul titre… pour la seconde année consécutive depuis que cette compétition a été portée à six avec l’inclusion de l’Italie en 2000, ce qui est loin d’être, avouons-le, négligeable. Le XV tricolore l’a décroché à l’issue, samedi, d’un palpitant, dingue de dingue, match, le 120ème contre l’Angleterre, au stade de France. Plus que toutes les autres confrontations entre ces deux nations, reines de l’ovalie, celui-ci a mérité son historique sobriquet de « Crunch », qu’en l’occurrence on peut traduire par « broyage ». Pour l’austère et très conservateur quotidien britannique, The Telegraph, ça été « l’un des matches les plus fous et trépidants » de l’histoire des Six Nations.

Alors qu’en tout, un déluge 13 essais ont été marqués (sept par les Français, six par les Anglais), les Bleus ne sont parvenus finalement à s’imposer que par une étriquée marge de deux petits points (48-46) grâce à une pénalité passée par Thomas Ramos, le buteur au pied droit qui ne tremble pas chaque fois qu’une transformation cruciale entre les poteaux se présente à lui. Et il l’a réalisée, cette pénalité, juste dans les secondes après l’expiration du temps réglementaire[2]. Pour les supporteurs croyants, elle ne peut qu’être la preuve de l’existence d’un Dieu tout puissant…

Coup de grâce

L’entame de la rencontre a été totalement échevelée. A la 7ème minute, c’est Louis Bielle-Biarrey, la flèche au casque rouge, meilleur marqueur du tournoi avec à son palmarès dans cette édition neuf essais, qui a inauguré un festival de chassés-croisés au tableau en marquant son premier de sa série de quatre (une rare prouesse) qui ne sera pas transformé. Trois minutes plus tard, le XV de la Rose prend l’avantage en en transformant un. Trois nouvelles minutes après, les Bleus, grâce au second essai de Bielle-Barrey transformé, les Bleus reprennent la tête. Et ainsi de suite jusqu’à la mi-temps où les Anglais sont devant (27-24). Et à trois minutes de coup de sifflet final, ces derniers semblent avoir réalisé un hold up sur le match en allant aplatir entre les poteaux et à la transformation immanquable leur donnant l’avantage d’un ténu petit point à 46-45.

Donc à moins d’un miracle, le sort fatidique des Bleus semble bien définitivement scellé. Et l’Irlande qui a vaincu par un 43 à 21 quelques heures auparavant l’Ecosse, tortionnaire de ces mêmes Bleus une semaine auparavant, peut rêver du titre. Mais, hélas pour elle, le miracle a eu lieu, ce XV de la Rose qui a réalisé sa pire campagne de toute son histoire dans cet ancestral tournoi, qui tenait la dragée haute à un XV tricolore refusant de capituler chez lui, a reçu le coup de grâce : la pénalité de la 80ème minute.

Cette 26ème édition des Six Nations restera dans l’histoire comme celle qui a donné le tournis tellement l’imprévisible est advenu. Ainsi, une Italie, pour la première fois, a vaincu l’Angleterre par un 23 à 18 et termine 4ème devant cette même Angleterre. L’Ecosse qui s’est incliné face à l’Irlande (43-21) que la France avait battue (36-14) a infligé aux Bleus une humiliante défaite en lui infligeant 50 points contre 40, la frustrant du Grand Chelem. Le Pays de Galles a obtenu son unique victoire contre l’Italie à Cardiff (31-17) qui avait vaincu l’Angleterre, et avait failli vaincre l’Ecosse qui termine 3ème. Les Gallois s’étaient inclinés (23-26) après une incroyable « remontada » des Ecossais en 2ème mi-temps. Comme l’a dit Fabien Galthié, le sélectionneur français, l’homme aux lunettes à grosse monture noire, « ç’a été un tournoi monstrueux, avec des scores fleuves ». En tout 109 essais ont été marqués, toutes les équipes ayant privilégié l’offensive à la défensive.

Avec maintenant ses huit titres dont deux fois deux consécutifs, la France est la championne des Six Nations. Elle devance l’Angleterre qui en détient sept, l’Irlande et Pays de Galle six, Ecosse et Italie aucun.


[1] Auteur notamment de Miami Blues

[2] En rugby, quand le temps réglementaire est écoulé, le match ne se termine qui si le ballon sort du terrain.

L’assiette du nouveau monde

La cuisine mexicaine est l’une des plus anciennes de l’histoire. Au Chicahualco, la cheffe Mercedes Ahumada fait découvrir les saveurs, les couleurs et les épices de cette gastronomie simple mais délicate. Une culture ancestrale où chaque plat possède sa propre signification


La cuisine mexicaine est l’une des plus anciennes du monde puisque nombre de ses plats proviennent de civilisations disparues, souvent antérieures à l’arrivée des conquistadors. Mais elle est toujours méconnue. En France, on l’assimile encore trop souvent à une rapide street food alors qu’elle est, au contraire, une cuisine lente : « Il faut vingt-quatre heures pour préparer une bonne tortilla de maïs ! » nous apprend la cheffe mexicaine du Chicahualco, Mercedes Ahumada.

Alors que les Français consacrent de moins en moins de temps à la préparation de leurs repas quotidiens et consomment de plus en plus de plats préfabriqués trop gras, trop salés, trop sucrés (résultat : 47 % d’entre eux sont en surpoids, 17 % obèses), découvrir les beautés simples de cette gastronomie respectueuse de la terre et de la nature devrait nous redonner envie d’aller acheter de bons produits au marché pour préparer en famille le guacamole et les boulettes de viande aux haricots et au piment.

« Dans mon restaurant, les gens pleurent souvent à table. Beaucoup d’Américains viennent pour retrouver le goût des plats que leur faisait leur cuisinière mexicaine quand ils étaient enfants, et ça les bouleverse. » Lors de mon passage, j’ai pu observer ce phénomène. Un couple venu de Nice avait réservé une table pour fêter ses fiançailles. Un trompettiste et un guitariste mexicains jouaient devant eux à tue-tête pendant que l’homme tenait les mains de sa future en la regardant droit dans les yeux et ses larmes coulaient…

Née au village de Chicahualco, au sud de Mexico, Mercedes cuisine depuis l’âge de 11 ans : « Dans les campagnes, on apprend à cuisiner de mère en fille, pas seulement pour nourrir sa famille, mais aussi pour célébrer les fêtes qui jouent toujours un rôle essentiel dans le lien social : on fête les semailles, les récoltes, les saints patrons des villages, les morts, les mariages, les baptêmes. Nous nous réunissions à cinquante pour préparer ces repas… Chaque plat possède une signification particulière. »

Son barman me sert un délicieux cocktail glacé confectionné avec du mezcal fumé, du tamarin acidulé et du piment : un breuvage ensorcelant qui me met soudain en contact avec les esprits du Yucatan.

Le mezcal, soit dit en passant, peut d’ailleurs très bien accompagner le repas, car le sel faisant saliver, on n’en savoure que mieux le côté fumé de cet alcool typiquement mexicain. Produit à partir de plusieurs variétés d’agave, cuites dans des fours creusés à même le sol avant d’être distillées, il est au Mexique ce que les malts d’Islay sont à l’Écosse : l’expression d’un terroir et d’un savoir-faire uniques !

La cuisine mexicaine est archaïque au sens le plus noble du terme : elle perpétue le commencement des choses et de la vie. Elle est aussi le reflet de paysages contrastés. Imaginez ainsi, au nord, depuis la frontière avec les Yankees, ces immenses déserts peuplés de cactus géants. Plus on descend vers le sud (en direction du Guatemala) plus les paysages deviennent verts et luxuriants. C’est là que se trouve son foyer archéologique. Bien avant l’arrivée des Espagnols, les Méso-Américains (descendants directs des Mayas, des Olmèques et des Aztèques) y cultivaient déjà, depuis des milliers d’années, le maïs multicolore, les piments, les haricots, les tomates, les avocats, les citrouilles, le cacao et même la vanille… Les Mayas avaient inventé un mode de culture très intelligent (la milpa) qui leur permettait de faire pousser le maïs, les haricots et la citrouille (« les trois sœurs ») en même temps : le maïs, planté en premier, servait de tuteur au plant de haricots ; celui-ci donnait à la terre l’azote dont elle a besoin ; pendant que la citrouille, elle, gardait le sol humide et empêchait la prolifération des mauvaises herbes. Cette manière très saine de cultiver la terre est toujours pratiquée aujourd’hui par les paysans qui n’ont aucune envie de s’empoisonner avec le Round-Up de Monsanto.

Mole Chicahualco : mole aux quatre piments, magret de canard, banane plantain, tortillas de nixtamal et graines de sésame.

Pour ce qui est des protéines animales, les Méso-Américains mangeaient de la biche, du chien, de la dinde, de l’iguane (« ça a un goût de poulet », nous dit Mercedes), du tatou, du lapin et des insectes au goût de miel sauvage.

De leur côté, les Espagnols apportèrent au Mexique le blé, le bœuf, le porc, l’agneau, la chèvre, le poulet, le lait, le fromage, le riz, les agrumes, l’ail, le poivre, le safran, le romarin, l’anis. Avant d’être bu avec du sucre, le cacao sacré des Aztèques fut d’abord utilisé par eux pour enrichir les sauces des ragoûts. On était donc déjà dans la « cuisine fusion » ! 

« Les femmes mexicaines ont perpétué une pratique ancestrale : la nixtamalisation, qui consiste à faire bouillir le maïs dans une eau rendue alcaline grâce à l’ajout de cendres de bois ou de chaux. Les grains de maïs perdent ainsi leur enveloppe, libèrent tout leur goût et deviennent plus faciles à moudre. » Transformés en farine, ils vont donner naissance à la pâte souple des tortillas, des galettes fines et rondes, sans matière grasse, qui, fraîchement cuites, sont merveilleusement digestes. Précisons que le vrai maïs mexicain possède de surcroît une saveur bien à lui, moins sucré que son cousin européen.

Pour séduire le palais de ces snobs de Français, Mercedes mitonne des plats de fête régionaux. Ainsi en est-il de sa queue de langouste des Caraïbes marinée dans une sauce aux piments fumés. Le Mexique est la terre natale des piments. Frais, séchés ou fumés, ils entrent dans la composition des sauces traditionnelles, les mole (prononcer « molé ») qui accompagnent les plats de viande et de poisson. Le plus célèbre est le mole poblano produit dans l’État de Puebla, au centre du pays : un mélange de piments séchés, d’épices, de fruits à coque et de fruits séchés, de graines, de tomate et de chocolat, dont la préparation demande plusieurs jours ! 

Quant au guacamole, tellement frais et facile à préparer chez soi, pas question d’y ajouter de la poudre de perlimpinpin : « avocats, tomate en dés, oignon haché, coriandre fraîche, piment, citron, et c’est tout ! »

Piedra del Sol : chocolat noir, mousse de maïs, pâte de fruits et gâteau d’épices.

Chicahualco

77, rue la Condamine, 75017 Paris, tél. 06 49 47 96 49, www.chicahualco.fr.

Compter 17 euros l’entrée, 29 euros le plat. Pour le dessert, essayez la tête de mort au chocolat…

Grande Galerie

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Dominique Fernandez nous prévient d’emblée : « Ce ne sont pas des biographies d’écrivaines et d’écrivains que je propose ici, ni même des portraits-souvenirs, mais ce que j’ai pu comprendre de leur personne et de leur œuvre à travers un commerce suivi » …


Le romancier et essayiste, élu à l’Académie française en 2007, prix Goncourt 1982 pour Dans la main de l’Ange, ajoute qu’il n’y a aucun vivant dans ce livre intitulé À vous, troupe légère, vers tiré des « Regrets » de Joachim Du Bellay, histoire sûrement de ne pas froisser ses collègues encore en activité. C’est que Dominique Fernandez est un spécialiste de la phrase tranchante comme un couteau de boucher. J’en avais fait les frais lorsque j’avais publié mon premier ouvrage, Robert Brasillach, l’illusion fasciste, chez Perrin (1989). Comme je n’avais pas, ou peu, parlé de la vie privée de l’écrivain collaborateur et antisémite, entendez que je n’avais pas évoqué ouvertement son homosexualité supposée, le verdict était tombé, sans appel : ma biographie ne valait pas tripette.

20 grandes figures

Les vingt chapitres consacrés à de grandes figures intellectuelles européennes raviront celles et ceux qui ont connu la période bénie où la littérature et la musique rythmaient l’existence d’une élite cosmopolite et cultivée. Le tout-Paris pouvait s’enflammer pour l’élection de Cocteau à l’Académie française, comme le rappelle Dominique Fernandez. Allait-on laisser entrer sous la coupole un homosexuel ? François Mauriac avait prophétisé : « Il ne sera jamais élu… » Le jeune Fernandez, venu rendre visite à l’auteur de Genitrix, rapporte ses propos et ajoute que Mauriac avait, de sa voix éraillée, précisé : « À cause de ses mœurs ! » Cocteau fut élu sans la voix de Mauriac. Charles Trenet et André Téchiné n’eurent pas cette chance. Ils furent refusés « à cause de leurs mœurs ».

L’un des plus émouvants portraits de cette Grande Galerie est peut-être celui d’Hélène Carrère d’Encausse. C’est elle qui incita Dominique Fernandez à rejoindre les rangs de l’Académie française. L’écrivain finit par accepter en disant qu’il afficherait ouvertement son homosexualité. Un lien indéfectible le lie à Hélène Carrère d’Encausse, décédée d’un cancer, le 5 août 2023. Ce n’est pas seulement leur russophilie littéraire qui les rapproche, c’est d’abord et avant tout d’avoir eu des « pères coupables ». Celui de Carrère d’Encausse fut interprète de russe auprès des nazis, à Bordeaux. Il fut arrêté par des résistants, probablement fusillé, puis jeté dans une fosse anonyme. Pas de trace, pas de sépulture, l’effacement. Ramon Fernandez, le père de Dominique, fut un critique littéraire de grand talent. D’abord communiste, il rompit avec la gauche et devint partisan de Franco pendant la guerre d’Espagne, adhéra au Parti populaire français de Doriot, en 1937, fréquenta le gratin de la collaboration, se fâchant toutefois avec Céline qui l’accusa de défendre « les youpins ». À la mort de Bergson, en 1941, Ramon Fernandez avait rendu au philosophe un vibrant hommage dans La Nouvelle Revue française, « malgré l’interdiction des Allemands de prononcer l’éloge d’un juif », rappelle son fils, auteur de la biographie Ramon. Disparu le 2 août 1944, ses obsèques furent célébrées en l’église Saint-Germain-des-Prés remplie d’officiers allemands et de personnalités collaborationnistes. François Mauriac sortit de sa cachette pour rendre un dernier hommage à l’ami et au critique littéraire, « dissimulé derrière un pilier » indique Dominique Fernandez. À méditer en une période où il faut absolument se conduire de façon binaire. Pour revenir à Hélène Carrère d’Encausse, Dominique Fernandez résume : « Nous portions chacun la même tare et le même déshonneur, le même chagrin et le même fardeau à partager, la même faute à expier (…). Marqués du même stigmate, nous étions frappés du même péché originel. »

A lire aussi: Daniel Rondeau, ou l’art majeur du roman

Comprendre les écrivains, les saisir de l’intérieur, après des années de connivence, tel est l’enjeu de ce livre intimiste. Marguerite Duras ouvre le bal, si j’ose dire. Elle publia son deuxième roman, La Vie tranquille, chez Gallimard grâce à la recommandation de Ramon Fernandez. Elle était donc collabo. On le savait car elle l’avait consigné dans L’Amant, son chef d’œuvre. Puis elle devint communiste, sous l’influence de Dionys Mascolo. Dominique Fernandez raconte une scène durassienne, en 1978, dans un bar d’hôtel, dans le vieux quartier de Barcelone. Duras boit beaucoup de vodka et parle de Ramon à son fils. Elle tente de minimiser leur engagement idéologique. Elle dit : « Notre destin n’est pas notre œuvre. » Dominique Fernandez ne tombe pas dans le piège. À propos de son père, il affirme, non sans courage : « Vieux routier de la vie politique, on ne peut donc pas dire qu’il ne savait pas dans quoi il s’engageait. » Les autres portraits sont parfois amicaux, sans jamais être complaisants. Parfois l’Académicien est aussi féroce que son camarade Angelo Rinaldi, disparu en 2025. Il conclut le chapitre qu’il lui consacre par cette phrase : « Écrivain de la nuit, comme ceux dont la blessure se ravive aux rayons du soleil. » Fidèle, il rend hommage au talent littéraire de Frédéric Mitterrand. Il ne cache cependant pas son tourisme sexuel, révélé par le ministre de la Culture de Nicolas Sarkozy, dans La Mauvaise Vie. Il condamne sans ambiguïté les rapports, souvent tarifés, avec des mineurs. Mais au-delà de cette condamnation, il affirme que ce livre-confession est « un livre de moraliste, un examen de conscience, presque un traité de morale, sur un sujet épineux ; une étude de caractère, dans la grande tradition française, analytique et pessimiste. » Notre époque hautement puritaine ne tolère plus ce genre de littérature. Peu avant d’être terrassé par le cancer, Frédéric Mitterrand demanda à Dominique Fernandez : « Comment as-tu résolu, toi, le problème de ta vie amoureuse ? As-tu découvert le secret qui me manque, qui continue à m’échapper ? »

A lire ensuite: Patrice Jean contre le prêt-à-penser

Certains romans, certaines autobiographies sont là pour permettre de nous éclairer sur nous-mêmes, sans pour autant apporter de réponse convaincante. Certains écrivains nous bousculent dans nos certitudes confites. Ils deviennent alors nos compagnons avec lesquels nous conversons en silence. Je ne suis pas d’accord avec Dominique Fernandez quand il écrit : « D’un écrivain qui disparaît, on se console vite. Il y en a tant qui le valent ou lui sont supérieurs ! » Ma table de chevet lui prouverait le contraire. C’est probablement pour cela que le portrait qui m’a le plus touché est celui de Milan Kundera, mort en 2023. La dernière visite de Dominique Fernandez à l’auteur de La Plaisanterie, impasse Récamier, à Paris, est poignante. Il révèle « un homme dépossédé de lui-même, égaré dans une voie sans retour, perdu, englouti par l’abîme, mais gardant dans sa chute une incomparable majesté. »

Dominique Fernandez, À vous, troupe légère, Grasset. 320 pages

A vous, troupe légère

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Le flipper des souvenirs

Chaque semaine, Philippe Lacoche nous donne des nouvelles de Picardie…


La Sauvageonne et moi avions besoin de changement. Par une fin d’après-midi noire comme l’humeur bluesy de Jimmy Reed, nous décidâmes de franchir la porte de L’English Pub, situé au 18, port d’Amont, en bordure du quartier Saint-Leu, à Amiens. C’est étrange que, jamais, je ne fusse entré dans ce bar ; j’ai pourtant résidé à quelques centaines de mètres de celui-ci lorsque je suis arrivé dans la capitale picarde, en 2003. Considérais-je alors que ce lieu se situait trop près de mon appartement ? Peut-être. A l’époque, j’aimais baguenauder, me rafraîchir l’esprit en marchant, après avoir ingurgité, tel un Mac Orlan amiénois, des bières en compagnie de compagnons d’infortune. Mais ce soir-là, j’avais envie d’une Guinness. La tentation était trop forte. « Viens ! Entrons ! », fis-je, péremptoire à l’endroit de ma Sauvageonne. Devant le ton autoritaire que j’employai (la soif m’a toujours rendu mauvais), elle ne broncha pas. A peine arrivés devant le zinc, l’atmosphère se détendit. Nous fûmes accueillis par deux jeunes hommes fort sympathiques, souriants, pas de ces mufles renfrognés que la modernité imbécile prend un malin plaisir à produire (ces jeunes crétins qui font reposer sur votre tête de septuagénaire et de boomer tous les malheurs du monde actuel : réchauffement climatique, guerres diverses, pollutions, société patriarcale, etc.). Bref : ces jeunes gens tolérants savaient vivre et ne reprochaient rien au vieux yak que je suis. Au contraire, l’un des deux s’appliqua à servir ma Guinness dans la règle de l’art, lentement, avec la grâce nécessaire qui rend joyeux le dipsomane que je suis aussi. La Sauvageonne, bien plus jeune que moi, ne craignait rien ; tout de suite elle attira sur elle les regards bienveillants de la clientèle juvénile, et certainement étudiante. Alors que je dégustais la Guinness, je me revoyais, cinquante ans plus tôt, dans un pub du Connemara, près de Galway, en Irlande, en compagnie de mon bon copain Jean-Luc Péchinot, étudiant, comme moi, de l’Ecole de journalisme de Tours. Tous deux fils de cheminots, donc bénéficiant de tarifs de transports ferroviaires très abordables, nous nous étions accordé un voyage touristique au pays (natal) de Rory Gallagher et (d’adoption) de Michel Déon. Je me mis à rêver de cette Irlande qui me manque. Mordu par la nostalgie, j’étais sur le point de verser une larme quand j’aperçus le flipper. Un flipper dans un café. Cela faisait des années que je n’en avais pas vu. Incroyable ! « Oui, décidément, ces jeunes gens savent vivre ! », songeai-je, abasourdi par la joie. Après avoir fait de la monnaie, je fonçai vers le jeu et m’adonnai à plusieurs parties. La Sauvageonne m’observait, amusée. Elle m’avoua, qu’elle aussi, avait joué au flipper alors qu’elle était lycéenne. (« Ce qui n’est pas si vieux », songeai-je, un brin concupiscent.) Une fois encore, des souvenirs me tarabustèrent le ciboulot. Je me revoyais, collégien, à Tergnier, après les cours, au café des Quatre-Chemins. Avec moi, des copains d’adolescence : Gilles Gaudefroy, dit Fabert (RIP), Michel Laurent (RIP ; je le surnomme Rico dans mon roman Des petits bals sans importance), Jean-Paul Déchappe, Yves Locqueneux. Nous disputions des parties acharnées de flipper en buvant nos premières bières pression. (Il y en aurait d’autres, beaucoup d’autres par la suite…) On fumait aussi des Gauloises et des Baltos. Entre mecs, nous roulions des mécaniques en regrettant que Béatrice, Marie-Christine, Régine, nos copines collégiennes ne pussent nous admirer. Il me fallut ingurgiter une autre Guinness pour revenir dans la réalité de ce jour du 25 février 2026, à 20h12. Puis, l’ébouriffée et moi quittâmes les lieux pour cheminer dans une nuit plus noire que la bière de Dublin.

Des petits bals sans importance

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Un nouveau souffle

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Pendant 105 minutes, Monsieur Nostalgie s’est cru en 1959 et il s’est senti dans son biotope. Pourquoi faut-il absolument voir Nouvelle Vague de Richard Linklater (disponible désormais en streaming ou en VOD) couronné de quatre César qui raconte le tournage d’A bout de souffle de Jean-Luc Godard ?


En préambule, Nouvelle Vague est un film de cinéma sur le cinéma qu’il faut voir au cinéma. Après l’obtention de quatre César fin février, notamment celui de la meilleure réalisation et de la meilleure photographie, certaines salles l’ont reprogrammé pour une expérience réellement immersive. La fiction vient alors percuter la réalité historique, l’onde nostalgique nimbe chaque centimètre de cette pellicule.

Jean Seberg et Jean-Paul Belmondo reprennent vie, rue Campagne-Première, dans leur insouciante marche vers la gloire. Faute de grand écran, à la maison, chez vous, Nouvelle Vague se laisse regarder non pas comme un film documentaire, patrimonial, cinéphilique et verbeux mais comme un horizon nouveau pour les générations nées après 1959. Celles qui n’ont connu que les lamentations et les regrets. Une société, des Hommes et des attitudes, des réflexes et des pensées, s’ouvre à nous et nous sommes éblouis par leur miroitement. C’était donc ça, la fin des années 1950, dans une France en guerre qui ne disait pas son nom, dans un Paris primesautier pavé de noir et blanc, et dans la rédaction des Cahiers du cinéma où de jeunes théoriciens poseurs, repus de salles obscures, ratiocineurs et géniaux ; ils s’appelaient Truffaut, Chabrol, Rivette, Rohmer ; réinventaient un art assurément majeur sous l’œil bienveillant de Rossellini et de Bresson.

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Nouvelle Vague de Linklater capture l’instantané d’une époque fugueuse et lointaine, le mouvement d’une émancipation, la ronde des contraires, une tarentelle désordonnée qui aboutira à un « chef d’œuvre ». Au fond, les problèmes techniques, rhétoriques, scénaristiques, les relations entre le réalisateur et ses acteurs, entre le réalisateur et son producteur, toute cette révolution en marche que fut la construction d’un premier film en 20 jours de tournage, va bien au-delà d’une leçon de cinéma. Nouvelle Vague est libre et frondeur, ambitieux et évident, intellectuel et compréhensible par tous, il redonne foi en son pays. Quand le doute vous empêche d’avancer, quand le spectacle désolant de l’actualité colore votre moral, Nouvelle Vague est un antidote de premier secours. Il dit, il raconte, il expose ce que notre exception culturelle, largement boursouflée de nos jours, avait d’insolente et d’entraînante. Le monde entier nous regardait avec une forme d’admiration et avait l’air de dire : Chapeau les artistes !

Nouvelle Vague n’est pas un film sur la mécanique d’un système, sur la concrétisation d’un rêve de critique qui passe d’une idée non écrite aux travaux pratiques ; au contraire, Nouvelle Vague est une idée de la France d’avant, une idée pérenne, une idée que l’art est un puissant dérégulateur commun, qu’il est une manière de s’affranchir et aussi de se révéler. Dans une époque boueuse et mouvante, Nouvelle Vague nous remet les idées en place, nous entrons dans un état virginal où tout était possible et où finalement, un Suisse énigmatique et joueur, sur un va-tout, par son obstination et son inflexibilité, trouvera une voie étrange et fascinante de filmer, d’approcher l’insaisissable ondulation du quotidien. Pourquoi ce film d’époque, en costume, tout en allégresse et en virtuosité, nous séduit-il autant sur un cas d’école susceptible d’intéresser uniquement des étudiants en cinéma ? Parce que Nouvelle Vague nous montre une autre France, une France décomplexée, cette irrévérence joyeuse a disparu ; on y respire enfin le souffle d’une nation portée par l’éclat et la rupture, sous le potache se niche la complexité de l’Homme. Nous avons perdu cet appétit de vivre. Nouvelle Vague, c’est un bain de jouvence. Dans les rues de Paris, les Dauphine et les 403 prennent la pose, elles sont éclipsées parfois par l’apparition d’une longue et discordante américaine.

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Godard (Guillaume Marbeck) n’interagit que par citation allusive et provocations salutaires. Belmondo (Aubry Dullin) est d’une décontraction souveraine, son naturel éclabousse et, en outre, il se révèle un bon camarade comme avec ses copains du Conservatoire. Raoul Coutard (excellent Matthieu Penchinat) a l’aplomb amusé du sergent de la Coloniale. Et puis, il y a Jean (Zoey Deutch), avec ou sans le Herald Tribune, avec ou sans marinière, elle est de ces beautés qui troublent et enchantent, qui nous dépossèdent et qui nous accompagnent longtemps après.


Disponible sur Canal VOD.

Les tendresses de Zanzibar

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Des règles réglementées

Quand la théorie du genre vide les bancs de la fac de Limoges


Quand, en octobre 2025, l’université de Limoges a décidé d’expérimenter le congé menstruel, elle ne s’attendait probablement pas à des péripéties dignes du film Les Sous-Doués.

Le dispositif, initialement réservé aux étudiantes souffrant de règles douloureuses, permet de poser jusqu’à dix jours d’absence par an d’un simple clic, sans justificatif ni certificat médical. Jusque-là, rien que de très louable. Mais le ver de l’abus est dans le fruit de l’inclusivité. « Pour éviter une discrimination », la mesure a été ouverte « à tous les étudiants, sans distinction de genre », explique le vice-président de l’université, Raphaël Jamier. 50 aspirants-ingénieurs mâles de l’ENSIL-ENSCI y ont vu l’occasion rêvée de sécher les cours en toute impunité : en quelques semaines, une centaine de jours d’absence ont été recensés. Face à l’ire d’enseignants confrontés à des amphis clairsemés, mi-décembre, la vice-présidence de la faculté siffle la fin de la récré dans un courrier adressé à l’ensemble des étudiants. « Nous en profitons pour rappeler qu’il s’agit bien d’un congé menstruel et pas mensuel, l’orthographe ayant un sens en français. »

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Dans un verbiage où les truismes le disputent aux lapalissades, elle rappelle que la mesure est « destinée aux personnes menstruées », avant de conclure ingénument que « toute personne ne pouvant biologiquement souffrir d’un syndrome menstruel ne peut en bénéficier ». Il aura donc suffi d’une poignée de tire-au-flanc pour que les autorités académiques soient forcées d’admettre, in fine, la prévalence de la biologie la plus élémentaire sur les beaux discours d’indifférence au genre. Mais l’appétit égalitaire, enivré d’abstraction, est insatiable. Il plie, mais ne rompt pas. Et n’entend surtout pas s’embarrasser de l’inégalité réelle des corps. Le 12 février, le Parlement européen a adopté une résolution appelant à la « pleine reconnaissance des femmes trans comme femmes ».

Fâcheuse perspective, qui donne envie de faire l’école buissonnière.

Un père pape

Les Chaillées de l’enfer, de Léo Boudet. Sortie le 18 mars


En reprenant le nom d’un condrieu exceptionnel pour titrer son documentaire, Les Chaillées de l’enfer, Léo Boudet joue malicieusement sur les mots. Si cette cuvée mythique des côtes du Rhône septentrionales est « infernale », c’est parce que, bouleversements climatiques aidant, la production devient un véritable défi.

Sur les pentes terriblement escarpées de la côte-rôtie et du condrieu, Christine Vernay, fille de Georges, surnommé « le pape du Condrieu » et aujourd’hui décédé, a repris ce splendide domaine pour pérenniser l’œuvre paternelle. Images magnifiques, musique d’Alexandre Desplat, moments de tension et de suspense, gestes ancestraux et dégustations merveilleuses, tout concourt à faire de ce film de cinéma une ode idéale à un terroir et à ceux qui le travaillent jour après jour pour lui faire donner le meilleur.

Et au milieu, la superbe histoire d’une transmission quasi muette entre un père et sa fille, puis désormais, entre cette dernière et sa propre fille.

1h42

Retour à Mohammedia

Dans Tendre Maroc, Emmanuelle de Boysson revient sur les lieux de son enfance et signe un roman d’apprentissage aussi mélancolique que joyeux.


« On vient de son enfance comme on vient d’un pays » écrivait Saint-Exupéry. Le dernier roman d’Emmanuelle de Boysson en donne une belle illustration. Tout commence pour elle à Mohammedia, petite ville de l’ouest marocain à quelques encablures de Casa, où elle va vivre de six à 13 ans. Des années essentielles pour comprendre la femme et l’écrivaine qu’elle est devenue. Là, près de l’océan, son héroïne qui lui ressemble comme une sœur va découvrir l’amour, la sensualité mais aussi le manque, la douleur. Longtemps Emmanuelle de Boysson s’est interdit d’écrire sur son enfance. Et puis, en 2022, une expérience l’a terrassée qui a changé la donne. Elle la raconte dans Un coup au cœur – livre poétique et lumineux. Pendant trente minutes de battre son cœur s’est arrêté. Une expérience de mort imminente dont on ne ressort pas indemne. L’idée s’est alors imposée de revenir à l’enfance. Emma a six ans quand elle quitte la France pour le Maroc. Elle est l’aînée d’une fratrie de cinq enfants. « Celle qui ne se plaint jamais ». Son père, « un doux rêveur converti en entrepreneur », est ingénieur et dirige une industrie cotonnière. Sa mère, Blanche, est femme au foyer. Terme exact mais néanmoins réducteur pour désigner une femme qui n’a de cesse d’aider les plus démunis, partant chaque jour à l’assaut des bidonvilles pour distribuer nourriture et soins de première nécessité.

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Des parents qui ont en commun un idéal chrétien et entendent bien se démarquer des colons qui les ont précédés. Autant de pieuses intentions qui chagrinent parfois la petite fille. Comment comprendre que sa mère donne à une petite mendiante sa poupée préférée ? Comment comprendre qu’elle passe plus de temps avec ceux qui n’ont rien, qu’avec elle « qui a tout » ? D’autant que Blanche ne se distingue guère par son instinct maternel. Jamais un geste affectueux. Jamais un encouragement. Emma en souffre mais serre les dents. Devenue adulte, elle cherchera à élucider le manque d’amour qui semble se transmettre dans sa famille de mère en fille. Pour l’heure elle fait tout pour plaire à sa mère. Dans l’espoir d’attirer son attention. En pure perte la plupart du temps. Alors elle se réfugie dans les livres. Elle lit tout et tombe par hasard sur le Journal d’Anne Frank. C’est la révélation. Elle veut écrire comme elle et désormais n’a qu’un rêve : devenir écrivain. A la faveur d’une rédaction elle comprend que : « écrire signifie composer, sculpter, tailler, modeler et jouer de ses émotions comme des couleurs d’une palette ». Elle s’y emploiera un jour. Plus tard. Quand il n’y aura plus ce garçon qui lui fait battre le cœur. Un certain Medhi, un petit Marocain, dont on lui explique qu’il n’est pas de son monde. Mais le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas. Alors Emma s’enhardit. Brave les interdits. Jusqu’à une rencontre fatale dans la palmeraie de la Merzouga. Portrait touchant d’une enfant en manque d’affection, Tendre Maroc décrypte avec beaucoup de justesse la complexité des rapports mère-fille et brille à chaque page de la lumière incomparable de ce pays.

Tendre Maroc d’Emmanuelle de Boysson Calmann Lévy, 200 pages

Tendre Maroc

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Lang version facho

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Le militant anti-islam Jake Lang manifeste devant le domicile de Zohran Mamdani, maire de New York, le 9 mars 2026. La police et le FBI enquêtent sur le jet d'un engin explosif lors de cette manifestation. La commissaire de police Jessica S. Tisch a confirmé qu'il s'agirait d'un acte de « terrorisme lié à l'État islamique (EI) » © (EFE/Sarah Yanez-Richards) Sarah Yáñez-Richards/EFE/SIPA

C’est une belle histoire à raconter dans les écoles, les prêches et les veillées chez les personnes de bonne volonté.


Figurez-vous qu’aux États-Unis ils ont aussi leur Jake Lang. Mais avec un « e » de plus à la fin du prénom et, autre différence notable, le leur se veut militant d’extrême-droite. Il se montre en particulier très actif dans le soutien à la police de l’immigration, ICE, celle dont on a tant parlé dans nos médias français de référence et de bien-pensance après deux bavures, de fait extrêmement regrettables, puisque deux personnes y ont perdu la vie.

Cet ancien émeutier du Capitole gracié par Donald Trump avait cru judicieux d’organiser, voilà quelques semaines, le 17 janvier dernier pour être précis, une manifestation en faveur de la police sus-mentionnée à Minneapolis, dans le Minnesota.

Il s’attendait à ce qu’il y ait foule. Ce ne fut pas vraiment le cas. Il paraît que l’événement aurait surtout réussi à mobiliser le camp d’en face, les anti-police de l’immigration. De ce côté-là, on est venu en nombre, et notre aventureux Jake Lang a bien failli passer là un très sale quart d’heure. Pris à parti, malmené, insulté, il aurait même pu y laisser non seulement des plumes, mais la vie. Carrément.

Or, là où l’histoire devient non seulement plaisante mais édifiante et jolie est que ce gars qui fait profession de détester les Noirs, qui conchie autant qu’il le peut les transsexuels, les homos, se vit protégé des coups par un Black de trente ans, Ishciah Blackwell, genre costaud de chez costaud, et sauvé de la meute par un(e) transgenre, noire elle aussi, qui passait par là en voiture en compagnie de son amie. Daye Gottche – c’est son nom –  a arrêté l’auto pour permettre au gringalet bien mal parti de s’enfuir. Notre vaillant et calamiteux activiste Lang doit donc une fière chandelle à deux personnes appartenant aux catégories sociales qu’il combat aussi violemment qu’il le peut, qu’il méprise matin, midi et soir, et qu’il voudrait voir réduites au silence et à l’inexistence.

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Les déclarations de ses sauveurs sont intéressantes, elles aussi édifiantes. Autant au moins que leur action. Blackwell, le costaud, a simplement dit : « Je suis un homme et je crois que tous les humains doivent être traités de la même manière. » Précisons que, faisant un rempart de son corps, il a ménagé assez d’espace à Lang pour que celui-ci puisse s’éloigner de la zone sensible et grimper dans la voiture.

Daye Cottsche, quant à elle – ou lui, ou iel, au choix – a reconnu ne pas avoir reconnu le boutefeu extrémiste au moment où elle l’a fait monter dans la voiture. Cependant elle a tenu à préciser que si elle l’avait reconnu elle aurait agi exactement de la même manière. Joli, non ? « Si nous ne nous étions pas arrêtés, a-t-elle ajouté, sans doute aurait-il été mort. »

Belle histoire, en effet. Le maire de Minneapolis y est allé de son commentaire : « Lang considérait cet homme noir comme inférieur à lui, cet homme noir, lui, le considérait comme un être humain. Est-ce suffisant pour le faire réfléchir ? »

Rien n’est moins certain. À un certain degré, la haine abolit toute faculté de réflexion, hélas…

En revanche, nous pouvons être certain d’une chose : s’il s’était agi de notre Jack Lang à nous, le fait que la jeune trans à l’auto ne l’ait pas reconnu l’aurait sans aucun doute tué net. Son ego n’y aurait pas survécu.

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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Timothée Chalamet: bon acteur, ego XXL

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Timothée Chalamet, Los Angeles, 15 mars 2026 © David Fisher/Shutterstock/SIPA

Le Franco-Américain Timothée Chalamet n’a finalement pas décroché l’Oscar du meilleur acteur hier soir à Los Angeles. On apprécie l’acteur, souvent époustouflant dans ses rôles ; moins le jeune homme prétentieux.


La cérémonie des Oscars était très attendue. Cette traditionnelle fête américaine de remise des trophées tant convoités est une compétition redoutable entre les films phares nommés. Elle devient surtout fiévreuse et virale lorsqu’il s’agit de l’obtention de la mythique statuette dorée du meilleur acteur, disputée cette année entre Leonardo DiCaprio, au sommet de son art, nommé pour son rôle dans Une bataille après l’autre de Paul Thomas Anderson, et Timothée Chalamet, nommé pour son interprétation frénétique et brillante dans Marty Supreme de Josh Safdie.

Perdu : c’est finalement l’acteur afro-américain Michael B. Jordan qui a obtenu la statuette prestigieuse pour son rôle dans le film horrifique Sinners.

Et il faut reconnaitre que l’acteur coqueluche de la jeunesse et un peu féminin commençait à nous gonfler à force de se prendre pour le personnage du film Marty Supreme.

L’ascension d’un enfant d’Hollywood

Timothée Chalamet, jeune et talentueux acteur franco-américain, est le fils du journaliste français Marc Chalamet et de la danseuse américaine Nicole Flender. Le jeune garçon s’inscrit dans la pure tradition des enfants acteurs tant adorés à Hollywood.

Il est révélé au grand public grâce à son rôle d’Elio Perlman, jeune garçon à la beauté d’éphèbe qui tombe sous le charme d’un homme mûr lors d’un bel été brûlant en Italie, dans le film romantique Call Me by Your Name (2017) de Luca Guadagnino.

Il va vite imposer sa présence de beau gosse séducteur dans une série de très bons films assez différents, tels que : Un jour de pluie à New York (2019) de Woody Allen, Les Filles du docteur March (2019) de Greta Gerwig, Dune (2021) et Dune : Deuxième partie (2024) de Denis Villeneuve.

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Avec Un parfait inconnu (2025) de James Mangold, excellent film musical relatant les jeunes années de Bob Dylan, la petite star, coqueluche des médias et des jeunes filles en émoi, confirme son grand talent. Force est de constater que le petit minet Timothée Chalamet est particulièrement impressionnant en jeune Bob Dylan. Il réussit avec conviction à interpréter lui-même les chansons du maître et à faire revivre l’aura mythique du chanteur de protest songs.

Marty Supreme, un film excessif mais un rôle sur mesure

Le film pour lequel le jeune trentenaire était nommé, Marty Supreme (2025) de Josh Safdie, est une fiction survitaminée dont la mise en scène, assez brillante et comportant quelques fulgurances, est toutefois bien trop hystérique, noyée dans un flot musical continu. Le chaos, véritable moteur du film, en fait finalement une œuvre assez vaine.

L’histoire racontée par Joshua Safdie s’inspire de Marty Reisman, figure du tennis de table américain, qui participa bel et bien aux championnats du monde de tennis de table en 1952, année où se déroule le récit de cette fiction.

Timothée Chalamet, acteur mimétique et surdoué, s’avère cependant formidable dans le rôle de Marty, un rôle qui lui va comme un gant. Il interprète Marty Mauser, un jeune garçon juif, orgueilleux, insolent et parfois inconséquent. Pongiste surdoué, Marty est vendeur de chaussures dans une petite boutique new-yorkaise afin de survivre. Il va tout faire pour essayer de devenir un champion reconnu et célèbre.

Entre personnage et personnalité

En tournée promotionnelle dans de nombreux médias — presse écrite, radio ou télévision — pour ce rôle qui pouvait lui valoir son premier Oscar, l’acteur de 30 ans affiche un mélange de séduction, de charisme naturel, d’arrogance et d’orgueil très similaire à celui du personnage de Marty qu’il incarne à l’écran.

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On ne sait plus très bien s’il s’agit de Timothée Supreme ou de Marty Chalamet. On peut penser que le personnage a déteint sur lui, ou qu’il s’agit d’une redoutable stratégie publicitaire pour l’emporter.

Lors de la cérémonie, l’acteur a été gentiment moqué par le maître de cérémonie Conan O’Brien : « La sécurité est renforcée ce soir… On a entendu dire qu’il pourrait y avoir des attaques venant des milieux de l’opéra et du ballet. »

M. Chalamet avait déclaré lors d’un long échange avec Matthew McConaughey il y a quelques jours : « Je ne me vois pas travailler dans la danse classique ou l’opéra, ou dans des trucs qu’on essaie de garder en vie alors que tout le monde s’en fiche. »

En fait, le jeune acteur est très représentatif du monde actuel du cinéma : un univers de gagnants talentueux et présomptueux, majestueux et arrogants, excellents à l’écran et suffisants à la ville, bien trop sûrs d’eux-mêmes et ne croyant qu’en leur propre conscience.

Six Nations: un tournoi qui a donné le tournis

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Louis Bielle-Biarrey et Antoine Dupont au Stade de France, samedi 14 mars 2026 © LIONEL URMAN/SIPA

Les Bleus ont conservé leur titre in extremis samedi soir grâce aux sauveurs Ramos et Bielle-Barrey


En sport, et, semble-t-il, plus particulièrement en rugby, comme d’ailleurs en tout, la logique se révèle souvent facétieuse, pernicieuse, infidèle à elle-même, ainsi que l’a confirmé cette 26ème édition du Tournoi des Six nations.

Miraculeux

Oubliant que « l’imprévisible est une réalité prévisible », selon le pertinent propos de l’auteur de polars américain, Charles Willeford[1], aux Bleus, les devins chroniqueurs de l’Ovalie leur avait prédit le sacre suprême, le Grand Chelem. Ils ont dû se contenter avec quelques regrets du seul titre… pour la seconde année consécutive depuis que cette compétition a été portée à six avec l’inclusion de l’Italie en 2000, ce qui est loin d’être, avouons-le, négligeable. Le XV tricolore l’a décroché à l’issue, samedi, d’un palpitant, dingue de dingue, match, le 120ème contre l’Angleterre, au stade de France. Plus que toutes les autres confrontations entre ces deux nations, reines de l’ovalie, celui-ci a mérité son historique sobriquet de « Crunch », qu’en l’occurrence on peut traduire par « broyage ». Pour l’austère et très conservateur quotidien britannique, The Telegraph, ça été « l’un des matches les plus fous et trépidants » de l’histoire des Six Nations.

Alors qu’en tout, un déluge 13 essais ont été marqués (sept par les Français, six par les Anglais), les Bleus ne sont parvenus finalement à s’imposer que par une étriquée marge de deux petits points (48-46) grâce à une pénalité passée par Thomas Ramos, le buteur au pied droit qui ne tremble pas chaque fois qu’une transformation cruciale entre les poteaux se présente à lui. Et il l’a réalisée, cette pénalité, juste dans les secondes après l’expiration du temps réglementaire[2]. Pour les supporteurs croyants, elle ne peut qu’être la preuve de l’existence d’un Dieu tout puissant…

Coup de grâce

L’entame de la rencontre a été totalement échevelée. A la 7ème minute, c’est Louis Bielle-Biarrey, la flèche au casque rouge, meilleur marqueur du tournoi avec à son palmarès dans cette édition neuf essais, qui a inauguré un festival de chassés-croisés au tableau en marquant son premier de sa série de quatre (une rare prouesse) qui ne sera pas transformé. Trois minutes plus tard, le XV de la Rose prend l’avantage en en transformant un. Trois nouvelles minutes après, les Bleus, grâce au second essai de Bielle-Barrey transformé, les Bleus reprennent la tête. Et ainsi de suite jusqu’à la mi-temps où les Anglais sont devant (27-24). Et à trois minutes de coup de sifflet final, ces derniers semblent avoir réalisé un hold up sur le match en allant aplatir entre les poteaux et à la transformation immanquable leur donnant l’avantage d’un ténu petit point à 46-45.

Donc à moins d’un miracle, le sort fatidique des Bleus semble bien définitivement scellé. Et l’Irlande qui a vaincu par un 43 à 21 quelques heures auparavant l’Ecosse, tortionnaire de ces mêmes Bleus une semaine auparavant, peut rêver du titre. Mais, hélas pour elle, le miracle a eu lieu, ce XV de la Rose qui a réalisé sa pire campagne de toute son histoire dans cet ancestral tournoi, qui tenait la dragée haute à un XV tricolore refusant de capituler chez lui, a reçu le coup de grâce : la pénalité de la 80ème minute.

Cette 26ème édition des Six Nations restera dans l’histoire comme celle qui a donné le tournis tellement l’imprévisible est advenu. Ainsi, une Italie, pour la première fois, a vaincu l’Angleterre par un 23 à 18 et termine 4ème devant cette même Angleterre. L’Ecosse qui s’est incliné face à l’Irlande (43-21) que la France avait battue (36-14) a infligé aux Bleus une humiliante défaite en lui infligeant 50 points contre 40, la frustrant du Grand Chelem. Le Pays de Galles a obtenu son unique victoire contre l’Italie à Cardiff (31-17) qui avait vaincu l’Angleterre, et avait failli vaincre l’Ecosse qui termine 3ème. Les Gallois s’étaient inclinés (23-26) après une incroyable « remontada » des Ecossais en 2ème mi-temps. Comme l’a dit Fabien Galthié, le sélectionneur français, l’homme aux lunettes à grosse monture noire, « ç’a été un tournoi monstrueux, avec des scores fleuves ». En tout 109 essais ont été marqués, toutes les équipes ayant privilégié l’offensive à la défensive.

Avec maintenant ses huit titres dont deux fois deux consécutifs, la France est la championne des Six Nations. Elle devance l’Angleterre qui en détient sept, l’Irlande et Pays de Galle six, Ecosse et Italie aucun.


[1] Auteur notamment de Miami Blues

[2] En rugby, quand le temps réglementaire est écoulé, le match ne se termine qui si le ballon sort du terrain.

L’assiette du nouveau monde

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Mercedes Ahumada, cheffe du restaurant Chicahualco à Paris © Hannah Assouline

La cuisine mexicaine est l’une des plus anciennes de l’histoire. Au Chicahualco, la cheffe Mercedes Ahumada fait découvrir les saveurs, les couleurs et les épices de cette gastronomie simple mais délicate. Une culture ancestrale où chaque plat possède sa propre signification


La cuisine mexicaine est l’une des plus anciennes du monde puisque nombre de ses plats proviennent de civilisations disparues, souvent antérieures à l’arrivée des conquistadors. Mais elle est toujours méconnue. En France, on l’assimile encore trop souvent à une rapide street food alors qu’elle est, au contraire, une cuisine lente : « Il faut vingt-quatre heures pour préparer une bonne tortilla de maïs ! » nous apprend la cheffe mexicaine du Chicahualco, Mercedes Ahumada.

Alors que les Français consacrent de moins en moins de temps à la préparation de leurs repas quotidiens et consomment de plus en plus de plats préfabriqués trop gras, trop salés, trop sucrés (résultat : 47 % d’entre eux sont en surpoids, 17 % obèses), découvrir les beautés simples de cette gastronomie respectueuse de la terre et de la nature devrait nous redonner envie d’aller acheter de bons produits au marché pour préparer en famille le guacamole et les boulettes de viande aux haricots et au piment.

« Dans mon restaurant, les gens pleurent souvent à table. Beaucoup d’Américains viennent pour retrouver le goût des plats que leur faisait leur cuisinière mexicaine quand ils étaient enfants, et ça les bouleverse. » Lors de mon passage, j’ai pu observer ce phénomène. Un couple venu de Nice avait réservé une table pour fêter ses fiançailles. Un trompettiste et un guitariste mexicains jouaient devant eux à tue-tête pendant que l’homme tenait les mains de sa future en la regardant droit dans les yeux et ses larmes coulaient…

Née au village de Chicahualco, au sud de Mexico, Mercedes cuisine depuis l’âge de 11 ans : « Dans les campagnes, on apprend à cuisiner de mère en fille, pas seulement pour nourrir sa famille, mais aussi pour célébrer les fêtes qui jouent toujours un rôle essentiel dans le lien social : on fête les semailles, les récoltes, les saints patrons des villages, les morts, les mariages, les baptêmes. Nous nous réunissions à cinquante pour préparer ces repas… Chaque plat possède une signification particulière. »

Son barman me sert un délicieux cocktail glacé confectionné avec du mezcal fumé, du tamarin acidulé et du piment : un breuvage ensorcelant qui me met soudain en contact avec les esprits du Yucatan.

Le mezcal, soit dit en passant, peut d’ailleurs très bien accompagner le repas, car le sel faisant saliver, on n’en savoure que mieux le côté fumé de cet alcool typiquement mexicain. Produit à partir de plusieurs variétés d’agave, cuites dans des fours creusés à même le sol avant d’être distillées, il est au Mexique ce que les malts d’Islay sont à l’Écosse : l’expression d’un terroir et d’un savoir-faire uniques !

La cuisine mexicaine est archaïque au sens le plus noble du terme : elle perpétue le commencement des choses et de la vie. Elle est aussi le reflet de paysages contrastés. Imaginez ainsi, au nord, depuis la frontière avec les Yankees, ces immenses déserts peuplés de cactus géants. Plus on descend vers le sud (en direction du Guatemala) plus les paysages deviennent verts et luxuriants. C’est là que se trouve son foyer archéologique. Bien avant l’arrivée des Espagnols, les Méso-Américains (descendants directs des Mayas, des Olmèques et des Aztèques) y cultivaient déjà, depuis des milliers d’années, le maïs multicolore, les piments, les haricots, les tomates, les avocats, les citrouilles, le cacao et même la vanille… Les Mayas avaient inventé un mode de culture très intelligent (la milpa) qui leur permettait de faire pousser le maïs, les haricots et la citrouille (« les trois sœurs ») en même temps : le maïs, planté en premier, servait de tuteur au plant de haricots ; celui-ci donnait à la terre l’azote dont elle a besoin ; pendant que la citrouille, elle, gardait le sol humide et empêchait la prolifération des mauvaises herbes. Cette manière très saine de cultiver la terre est toujours pratiquée aujourd’hui par les paysans qui n’ont aucune envie de s’empoisonner avec le Round-Up de Monsanto.

Mole Chicahualco : mole aux quatre piments, magret de canard, banane plantain, tortillas de nixtamal et graines de sésame.

Pour ce qui est des protéines animales, les Méso-Américains mangeaient de la biche, du chien, de la dinde, de l’iguane (« ça a un goût de poulet », nous dit Mercedes), du tatou, du lapin et des insectes au goût de miel sauvage.

De leur côté, les Espagnols apportèrent au Mexique le blé, le bœuf, le porc, l’agneau, la chèvre, le poulet, le lait, le fromage, le riz, les agrumes, l’ail, le poivre, le safran, le romarin, l’anis. Avant d’être bu avec du sucre, le cacao sacré des Aztèques fut d’abord utilisé par eux pour enrichir les sauces des ragoûts. On était donc déjà dans la « cuisine fusion » ! 

« Les femmes mexicaines ont perpétué une pratique ancestrale : la nixtamalisation, qui consiste à faire bouillir le maïs dans une eau rendue alcaline grâce à l’ajout de cendres de bois ou de chaux. Les grains de maïs perdent ainsi leur enveloppe, libèrent tout leur goût et deviennent plus faciles à moudre. » Transformés en farine, ils vont donner naissance à la pâte souple des tortillas, des galettes fines et rondes, sans matière grasse, qui, fraîchement cuites, sont merveilleusement digestes. Précisons que le vrai maïs mexicain possède de surcroît une saveur bien à lui, moins sucré que son cousin européen.

Pour séduire le palais de ces snobs de Français, Mercedes mitonne des plats de fête régionaux. Ainsi en est-il de sa queue de langouste des Caraïbes marinée dans une sauce aux piments fumés. Le Mexique est la terre natale des piments. Frais, séchés ou fumés, ils entrent dans la composition des sauces traditionnelles, les mole (prononcer « molé ») qui accompagnent les plats de viande et de poisson. Le plus célèbre est le mole poblano produit dans l’État de Puebla, au centre du pays : un mélange de piments séchés, d’épices, de fruits à coque et de fruits séchés, de graines, de tomate et de chocolat, dont la préparation demande plusieurs jours ! 

Quant au guacamole, tellement frais et facile à préparer chez soi, pas question d’y ajouter de la poudre de perlimpinpin : « avocats, tomate en dés, oignon haché, coriandre fraîche, piment, citron, et c’est tout ! »

Piedra del Sol : chocolat noir, mousse de maïs, pâte de fruits et gâteau d’épices.

Chicahualco

77, rue la Condamine, 75017 Paris, tél. 06 49 47 96 49, www.chicahualco.fr.

Compter 17 euros l’entrée, 29 euros le plat. Pour le dessert, essayez la tête de mort au chocolat…

Grande Galerie

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L'écrivain français Dominique Fernandez © JF PAGA / Grasset

Dominique Fernandez nous prévient d’emblée : « Ce ne sont pas des biographies d’écrivaines et d’écrivains que je propose ici, ni même des portraits-souvenirs, mais ce que j’ai pu comprendre de leur personne et de leur œuvre à travers un commerce suivi » …


Le romancier et essayiste, élu à l’Académie française en 2007, prix Goncourt 1982 pour Dans la main de l’Ange, ajoute qu’il n’y a aucun vivant dans ce livre intitulé À vous, troupe légère, vers tiré des « Regrets » de Joachim Du Bellay, histoire sûrement de ne pas froisser ses collègues encore en activité. C’est que Dominique Fernandez est un spécialiste de la phrase tranchante comme un couteau de boucher. J’en avais fait les frais lorsque j’avais publié mon premier ouvrage, Robert Brasillach, l’illusion fasciste, chez Perrin (1989). Comme je n’avais pas, ou peu, parlé de la vie privée de l’écrivain collaborateur et antisémite, entendez que je n’avais pas évoqué ouvertement son homosexualité supposée, le verdict était tombé, sans appel : ma biographie ne valait pas tripette.

20 grandes figures

Les vingt chapitres consacrés à de grandes figures intellectuelles européennes raviront celles et ceux qui ont connu la période bénie où la littérature et la musique rythmaient l’existence d’une élite cosmopolite et cultivée. Le tout-Paris pouvait s’enflammer pour l’élection de Cocteau à l’Académie française, comme le rappelle Dominique Fernandez. Allait-on laisser entrer sous la coupole un homosexuel ? François Mauriac avait prophétisé : « Il ne sera jamais élu… » Le jeune Fernandez, venu rendre visite à l’auteur de Genitrix, rapporte ses propos et ajoute que Mauriac avait, de sa voix éraillée, précisé : « À cause de ses mœurs ! » Cocteau fut élu sans la voix de Mauriac. Charles Trenet et André Téchiné n’eurent pas cette chance. Ils furent refusés « à cause de leurs mœurs ».

L’un des plus émouvants portraits de cette Grande Galerie est peut-être celui d’Hélène Carrère d’Encausse. C’est elle qui incita Dominique Fernandez à rejoindre les rangs de l’Académie française. L’écrivain finit par accepter en disant qu’il afficherait ouvertement son homosexualité. Un lien indéfectible le lie à Hélène Carrère d’Encausse, décédée d’un cancer, le 5 août 2023. Ce n’est pas seulement leur russophilie littéraire qui les rapproche, c’est d’abord et avant tout d’avoir eu des « pères coupables ». Celui de Carrère d’Encausse fut interprète de russe auprès des nazis, à Bordeaux. Il fut arrêté par des résistants, probablement fusillé, puis jeté dans une fosse anonyme. Pas de trace, pas de sépulture, l’effacement. Ramon Fernandez, le père de Dominique, fut un critique littéraire de grand talent. D’abord communiste, il rompit avec la gauche et devint partisan de Franco pendant la guerre d’Espagne, adhéra au Parti populaire français de Doriot, en 1937, fréquenta le gratin de la collaboration, se fâchant toutefois avec Céline qui l’accusa de défendre « les youpins ». À la mort de Bergson, en 1941, Ramon Fernandez avait rendu au philosophe un vibrant hommage dans La Nouvelle Revue française, « malgré l’interdiction des Allemands de prononcer l’éloge d’un juif », rappelle son fils, auteur de la biographie Ramon. Disparu le 2 août 1944, ses obsèques furent célébrées en l’église Saint-Germain-des-Prés remplie d’officiers allemands et de personnalités collaborationnistes. François Mauriac sortit de sa cachette pour rendre un dernier hommage à l’ami et au critique littéraire, « dissimulé derrière un pilier » indique Dominique Fernandez. À méditer en une période où il faut absolument se conduire de façon binaire. Pour revenir à Hélène Carrère d’Encausse, Dominique Fernandez résume : « Nous portions chacun la même tare et le même déshonneur, le même chagrin et le même fardeau à partager, la même faute à expier (…). Marqués du même stigmate, nous étions frappés du même péché originel. »

A lire aussi: Daniel Rondeau, ou l’art majeur du roman

Comprendre les écrivains, les saisir de l’intérieur, après des années de connivence, tel est l’enjeu de ce livre intimiste. Marguerite Duras ouvre le bal, si j’ose dire. Elle publia son deuxième roman, La Vie tranquille, chez Gallimard grâce à la recommandation de Ramon Fernandez. Elle était donc collabo. On le savait car elle l’avait consigné dans L’Amant, son chef d’œuvre. Puis elle devint communiste, sous l’influence de Dionys Mascolo. Dominique Fernandez raconte une scène durassienne, en 1978, dans un bar d’hôtel, dans le vieux quartier de Barcelone. Duras boit beaucoup de vodka et parle de Ramon à son fils. Elle tente de minimiser leur engagement idéologique. Elle dit : « Notre destin n’est pas notre œuvre. » Dominique Fernandez ne tombe pas dans le piège. À propos de son père, il affirme, non sans courage : « Vieux routier de la vie politique, on ne peut donc pas dire qu’il ne savait pas dans quoi il s’engageait. » Les autres portraits sont parfois amicaux, sans jamais être complaisants. Parfois l’Académicien est aussi féroce que son camarade Angelo Rinaldi, disparu en 2025. Il conclut le chapitre qu’il lui consacre par cette phrase : « Écrivain de la nuit, comme ceux dont la blessure se ravive aux rayons du soleil. » Fidèle, il rend hommage au talent littéraire de Frédéric Mitterrand. Il ne cache cependant pas son tourisme sexuel, révélé par le ministre de la Culture de Nicolas Sarkozy, dans La Mauvaise Vie. Il condamne sans ambiguïté les rapports, souvent tarifés, avec des mineurs. Mais au-delà de cette condamnation, il affirme que ce livre-confession est « un livre de moraliste, un examen de conscience, presque un traité de morale, sur un sujet épineux ; une étude de caractère, dans la grande tradition française, analytique et pessimiste. » Notre époque hautement puritaine ne tolère plus ce genre de littérature. Peu avant d’être terrassé par le cancer, Frédéric Mitterrand demanda à Dominique Fernandez : « Comment as-tu résolu, toi, le problème de ta vie amoureuse ? As-tu découvert le secret qui me manque, qui continue à m’échapper ? »

A lire ensuite: Patrice Jean contre le prêt-à-penser

Certains romans, certaines autobiographies sont là pour permettre de nous éclairer sur nous-mêmes, sans pour autant apporter de réponse convaincante. Certains écrivains nous bousculent dans nos certitudes confites. Ils deviennent alors nos compagnons avec lesquels nous conversons en silence. Je ne suis pas d’accord avec Dominique Fernandez quand il écrit : « D’un écrivain qui disparaît, on se console vite. Il y en a tant qui le valent ou lui sont supérieurs ! » Ma table de chevet lui prouverait le contraire. C’est probablement pour cela que le portrait qui m’a le plus touché est celui de Milan Kundera, mort en 2023. La dernière visite de Dominique Fernandez à l’auteur de La Plaisanterie, impasse Récamier, à Paris, est poignante. Il révèle « un homme dépossédé de lui-même, égaré dans une voie sans retour, perdu, englouti par l’abîme, mais gardant dans sa chute une incomparable majesté. »

Dominique Fernandez, À vous, troupe légère, Grasset. 320 pages

A vous, troupe légère

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Le flipper des souvenirs

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© Pascale Pigny

Chaque semaine, Philippe Lacoche nous donne des nouvelles de Picardie…


La Sauvageonne et moi avions besoin de changement. Par une fin d’après-midi noire comme l’humeur bluesy de Jimmy Reed, nous décidâmes de franchir la porte de L’English Pub, situé au 18, port d’Amont, en bordure du quartier Saint-Leu, à Amiens. C’est étrange que, jamais, je ne fusse entré dans ce bar ; j’ai pourtant résidé à quelques centaines de mètres de celui-ci lorsque je suis arrivé dans la capitale picarde, en 2003. Considérais-je alors que ce lieu se situait trop près de mon appartement ? Peut-être. A l’époque, j’aimais baguenauder, me rafraîchir l’esprit en marchant, après avoir ingurgité, tel un Mac Orlan amiénois, des bières en compagnie de compagnons d’infortune. Mais ce soir-là, j’avais envie d’une Guinness. La tentation était trop forte. « Viens ! Entrons ! », fis-je, péremptoire à l’endroit de ma Sauvageonne. Devant le ton autoritaire que j’employai (la soif m’a toujours rendu mauvais), elle ne broncha pas. A peine arrivés devant le zinc, l’atmosphère se détendit. Nous fûmes accueillis par deux jeunes hommes fort sympathiques, souriants, pas de ces mufles renfrognés que la modernité imbécile prend un malin plaisir à produire (ces jeunes crétins qui font reposer sur votre tête de septuagénaire et de boomer tous les malheurs du monde actuel : réchauffement climatique, guerres diverses, pollutions, société patriarcale, etc.). Bref : ces jeunes gens tolérants savaient vivre et ne reprochaient rien au vieux yak que je suis. Au contraire, l’un des deux s’appliqua à servir ma Guinness dans la règle de l’art, lentement, avec la grâce nécessaire qui rend joyeux le dipsomane que je suis aussi. La Sauvageonne, bien plus jeune que moi, ne craignait rien ; tout de suite elle attira sur elle les regards bienveillants de la clientèle juvénile, et certainement étudiante. Alors que je dégustais la Guinness, je me revoyais, cinquante ans plus tôt, dans un pub du Connemara, près de Galway, en Irlande, en compagnie de mon bon copain Jean-Luc Péchinot, étudiant, comme moi, de l’Ecole de journalisme de Tours. Tous deux fils de cheminots, donc bénéficiant de tarifs de transports ferroviaires très abordables, nous nous étions accordé un voyage touristique au pays (natal) de Rory Gallagher et (d’adoption) de Michel Déon. Je me mis à rêver de cette Irlande qui me manque. Mordu par la nostalgie, j’étais sur le point de verser une larme quand j’aperçus le flipper. Un flipper dans un café. Cela faisait des années que je n’en avais pas vu. Incroyable ! « Oui, décidément, ces jeunes gens savent vivre ! », songeai-je, abasourdi par la joie. Après avoir fait de la monnaie, je fonçai vers le jeu et m’adonnai à plusieurs parties. La Sauvageonne m’observait, amusée. Elle m’avoua, qu’elle aussi, avait joué au flipper alors qu’elle était lycéenne. (« Ce qui n’est pas si vieux », songeai-je, un brin concupiscent.) Une fois encore, des souvenirs me tarabustèrent le ciboulot. Je me revoyais, collégien, à Tergnier, après les cours, au café des Quatre-Chemins. Avec moi, des copains d’adolescence : Gilles Gaudefroy, dit Fabert (RIP), Michel Laurent (RIP ; je le surnomme Rico dans mon roman Des petits bals sans importance), Jean-Paul Déchappe, Yves Locqueneux. Nous disputions des parties acharnées de flipper en buvant nos premières bières pression. (Il y en aurait d’autres, beaucoup d’autres par la suite…) On fumait aussi des Gauloises et des Baltos. Entre mecs, nous roulions des mécaniques en regrettant que Béatrice, Marie-Christine, Régine, nos copines collégiennes ne pussent nous admirer. Il me fallut ingurgiter une autre Guinness pour revenir dans la réalité de ce jour du 25 février 2026, à 20h12. Puis, l’ébouriffée et moi quittâmes les lieux pour cheminer dans une nuit plus noire que la bière de Dublin.

Des petits bals sans importance

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Un nouveau souffle

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"Nouvelle Vague" de Richard Linklater, 2025 © ARP Sélection / Canal Plus

Pendant 105 minutes, Monsieur Nostalgie s’est cru en 1959 et il s’est senti dans son biotope. Pourquoi faut-il absolument voir Nouvelle Vague de Richard Linklater (disponible désormais en streaming ou en VOD) couronné de quatre César qui raconte le tournage d’A bout de souffle de Jean-Luc Godard ?


En préambule, Nouvelle Vague est un film de cinéma sur le cinéma qu’il faut voir au cinéma. Après l’obtention de quatre César fin février, notamment celui de la meilleure réalisation et de la meilleure photographie, certaines salles l’ont reprogrammé pour une expérience réellement immersive. La fiction vient alors percuter la réalité historique, l’onde nostalgique nimbe chaque centimètre de cette pellicule.

Jean Seberg et Jean-Paul Belmondo reprennent vie, rue Campagne-Première, dans leur insouciante marche vers la gloire. Faute de grand écran, à la maison, chez vous, Nouvelle Vague se laisse regarder non pas comme un film documentaire, patrimonial, cinéphilique et verbeux mais comme un horizon nouveau pour les générations nées après 1959. Celles qui n’ont connu que les lamentations et les regrets. Une société, des Hommes et des attitudes, des réflexes et des pensées, s’ouvre à nous et nous sommes éblouis par leur miroitement. C’était donc ça, la fin des années 1950, dans une France en guerre qui ne disait pas son nom, dans un Paris primesautier pavé de noir et blanc, et dans la rédaction des Cahiers du cinéma où de jeunes théoriciens poseurs, repus de salles obscures, ratiocineurs et géniaux ; ils s’appelaient Truffaut, Chabrol, Rivette, Rohmer ; réinventaient un art assurément majeur sous l’œil bienveillant de Rossellini et de Bresson.

A lire aussi: L’art d’être père

Nouvelle Vague de Linklater capture l’instantané d’une époque fugueuse et lointaine, le mouvement d’une émancipation, la ronde des contraires, une tarentelle désordonnée qui aboutira à un « chef d’œuvre ». Au fond, les problèmes techniques, rhétoriques, scénaristiques, les relations entre le réalisateur et ses acteurs, entre le réalisateur et son producteur, toute cette révolution en marche que fut la construction d’un premier film en 20 jours de tournage, va bien au-delà d’une leçon de cinéma. Nouvelle Vague est libre et frondeur, ambitieux et évident, intellectuel et compréhensible par tous, il redonne foi en son pays. Quand le doute vous empêche d’avancer, quand le spectacle désolant de l’actualité colore votre moral, Nouvelle Vague est un antidote de premier secours. Il dit, il raconte, il expose ce que notre exception culturelle, largement boursouflée de nos jours, avait d’insolente et d’entraînante. Le monde entier nous regardait avec une forme d’admiration et avait l’air de dire : Chapeau les artistes !

Nouvelle Vague n’est pas un film sur la mécanique d’un système, sur la concrétisation d’un rêve de critique qui passe d’une idée non écrite aux travaux pratiques ; au contraire, Nouvelle Vague est une idée de la France d’avant, une idée pérenne, une idée que l’art est un puissant dérégulateur commun, qu’il est une manière de s’affranchir et aussi de se révéler. Dans une époque boueuse et mouvante, Nouvelle Vague nous remet les idées en place, nous entrons dans un état virginal où tout était possible et où finalement, un Suisse énigmatique et joueur, sur un va-tout, par son obstination et son inflexibilité, trouvera une voie étrange et fascinante de filmer, d’approcher l’insaisissable ondulation du quotidien. Pourquoi ce film d’époque, en costume, tout en allégresse et en virtuosité, nous séduit-il autant sur un cas d’école susceptible d’intéresser uniquement des étudiants en cinéma ? Parce que Nouvelle Vague nous montre une autre France, une France décomplexée, cette irrévérence joyeuse a disparu ; on y respire enfin le souffle d’une nation portée par l’éclat et la rupture, sous le potache se niche la complexité de l’Homme. Nous avons perdu cet appétit de vivre. Nouvelle Vague, c’est un bain de jouvence. Dans les rues de Paris, les Dauphine et les 403 prennent la pose, elles sont éclipsées parfois par l’apparition d’une longue et discordante américaine.

A lire aussi: Daniel Rondeau, ou l’art majeur du roman

Godard (Guillaume Marbeck) n’interagit que par citation allusive et provocations salutaires. Belmondo (Aubry Dullin) est d’une décontraction souveraine, son naturel éclabousse et, en outre, il se révèle un bon camarade comme avec ses copains du Conservatoire. Raoul Coutard (excellent Matthieu Penchinat) a l’aplomb amusé du sergent de la Coloniale. Et puis, il y a Jean (Zoey Deutch), avec ou sans le Herald Tribune, avec ou sans marinière, elle est de ces beautés qui troublent et enchantent, qui nous dépossèdent et qui nous accompagnent longtemps après.


Disponible sur Canal VOD.

Les tendresses de Zanzibar

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Des règles réglementées

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DR.

Quand la théorie du genre vide les bancs de la fac de Limoges


Quand, en octobre 2025, l’université de Limoges a décidé d’expérimenter le congé menstruel, elle ne s’attendait probablement pas à des péripéties dignes du film Les Sous-Doués.

Le dispositif, initialement réservé aux étudiantes souffrant de règles douloureuses, permet de poser jusqu’à dix jours d’absence par an d’un simple clic, sans justificatif ni certificat médical. Jusque-là, rien que de très louable. Mais le ver de l’abus est dans le fruit de l’inclusivité. « Pour éviter une discrimination », la mesure a été ouverte « à tous les étudiants, sans distinction de genre », explique le vice-président de l’université, Raphaël Jamier. 50 aspirants-ingénieurs mâles de l’ENSIL-ENSCI y ont vu l’occasion rêvée de sécher les cours en toute impunité : en quelques semaines, une centaine de jours d’absence ont été recensés. Face à l’ire d’enseignants confrontés à des amphis clairsemés, mi-décembre, la vice-présidence de la faculté siffle la fin de la récré dans un courrier adressé à l’ensemble des étudiants. « Nous en profitons pour rappeler qu’il s’agit bien d’un congé menstruel et pas mensuel, l’orthographe ayant un sens en français. »

A lire aussi: Son cul sur la commode

Dans un verbiage où les truismes le disputent aux lapalissades, elle rappelle que la mesure est « destinée aux personnes menstruées », avant de conclure ingénument que « toute personne ne pouvant biologiquement souffrir d’un syndrome menstruel ne peut en bénéficier ». Il aura donc suffi d’une poignée de tire-au-flanc pour que les autorités académiques soient forcées d’admettre, in fine, la prévalence de la biologie la plus élémentaire sur les beaux discours d’indifférence au genre. Mais l’appétit égalitaire, enivré d’abstraction, est insatiable. Il plie, mais ne rompt pas. Et n’entend surtout pas s’embarrasser de l’inégalité réelle des corps. Le 12 février, le Parlement européen a adopté une résolution appelant à la « pleine reconnaissance des femmes trans comme femmes ».

Fâcheuse perspective, qui donne envie de faire l’école buissonnière.

Un père pape

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© Andana Films.

Les Chaillées de l’enfer, de Léo Boudet. Sortie le 18 mars


En reprenant le nom d’un condrieu exceptionnel pour titrer son documentaire, Les Chaillées de l’enfer, Léo Boudet joue malicieusement sur les mots. Si cette cuvée mythique des côtes du Rhône septentrionales est « infernale », c’est parce que, bouleversements climatiques aidant, la production devient un véritable défi.

Sur les pentes terriblement escarpées de la côte-rôtie et du condrieu, Christine Vernay, fille de Georges, surnommé « le pape du Condrieu » et aujourd’hui décédé, a repris ce splendide domaine pour pérenniser l’œuvre paternelle. Images magnifiques, musique d’Alexandre Desplat, moments de tension et de suspense, gestes ancestraux et dégustations merveilleuses, tout concourt à faire de ce film de cinéma une ode idéale à un terroir et à ceux qui le travaillent jour après jour pour lui faire donner le meilleur.

Et au milieu, la superbe histoire d’une transmission quasi muette entre un père et sa fille, puis désormais, entre cette dernière et sa propre fille.

1h42

Retour à Mohammedia

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Emmanuelle de Boysson © BALTEL/SIPA Numéro de reportage: 00953672_000008

Dans Tendre Maroc, Emmanuelle de Boysson revient sur les lieux de son enfance et signe un roman d’apprentissage aussi mélancolique que joyeux.


« On vient de son enfance comme on vient d’un pays » écrivait Saint-Exupéry. Le dernier roman d’Emmanuelle de Boysson en donne une belle illustration. Tout commence pour elle à Mohammedia, petite ville de l’ouest marocain à quelques encablures de Casa, où elle va vivre de six à 13 ans. Des années essentielles pour comprendre la femme et l’écrivaine qu’elle est devenue. Là, près de l’océan, son héroïne qui lui ressemble comme une sœur va découvrir l’amour, la sensualité mais aussi le manque, la douleur. Longtemps Emmanuelle de Boysson s’est interdit d’écrire sur son enfance. Et puis, en 2022, une expérience l’a terrassée qui a changé la donne. Elle la raconte dans Un coup au cœur – livre poétique et lumineux. Pendant trente minutes de battre son cœur s’est arrêté. Une expérience de mort imminente dont on ne ressort pas indemne. L’idée s’est alors imposée de revenir à l’enfance. Emma a six ans quand elle quitte la France pour le Maroc. Elle est l’aînée d’une fratrie de cinq enfants. « Celle qui ne se plaint jamais ». Son père, « un doux rêveur converti en entrepreneur », est ingénieur et dirige une industrie cotonnière. Sa mère, Blanche, est femme au foyer. Terme exact mais néanmoins réducteur pour désigner une femme qui n’a de cesse d’aider les plus démunis, partant chaque jour à l’assaut des bidonvilles pour distribuer nourriture et soins de première nécessité.

A lire aussi: Mozart père et fils

Des parents qui ont en commun un idéal chrétien et entendent bien se démarquer des colons qui les ont précédés. Autant de pieuses intentions qui chagrinent parfois la petite fille. Comment comprendre que sa mère donne à une petite mendiante sa poupée préférée ? Comment comprendre qu’elle passe plus de temps avec ceux qui n’ont rien, qu’avec elle « qui a tout » ? D’autant que Blanche ne se distingue guère par son instinct maternel. Jamais un geste affectueux. Jamais un encouragement. Emma en souffre mais serre les dents. Devenue adulte, elle cherchera à élucider le manque d’amour qui semble se transmettre dans sa famille de mère en fille. Pour l’heure elle fait tout pour plaire à sa mère. Dans l’espoir d’attirer son attention. En pure perte la plupart du temps. Alors elle se réfugie dans les livres. Elle lit tout et tombe par hasard sur le Journal d’Anne Frank. C’est la révélation. Elle veut écrire comme elle et désormais n’a qu’un rêve : devenir écrivain. A la faveur d’une rédaction elle comprend que : « écrire signifie composer, sculpter, tailler, modeler et jouer de ses émotions comme des couleurs d’une palette ». Elle s’y emploiera un jour. Plus tard. Quand il n’y aura plus ce garçon qui lui fait battre le cœur. Un certain Medhi, un petit Marocain, dont on lui explique qu’il n’est pas de son monde. Mais le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas. Alors Emma s’enhardit. Brave les interdits. Jusqu’à une rencontre fatale dans la palmeraie de la Merzouga. Portrait touchant d’une enfant en manque d’affection, Tendre Maroc décrypte avec beaucoup de justesse la complexité des rapports mère-fille et brille à chaque page de la lumière incomparable de ce pays.

Tendre Maroc d’Emmanuelle de Boysson Calmann Lévy, 200 pages

Tendre Maroc

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