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Eloge du plaisir

Face à l’antispécisme puritain d’un Aymeric Caron, il est bon de rappeler que la consommation carnée n’est pas encore un péché.


« Le plaisir n’a jamais pu justifier moralement une action », voilà ce que déclarait Aymeric Caron, député de la Nupes et ardent défenseur de la cause des moustiques, au cours d’une récente interview. Cette forte pensée prolongeait l’anathème fétiche de son auteur contre ceux qui sont à ce point arriérés et barbares qu’ils persistent à consommer de la viande, à se pourlécher devant un plat de tête de veau ou une côte de Charolais. « L’argument du plaisir que l’on retire à mâchonner des bouts de chair n’est pas valide. Le plaisir n’a jamais pu justifier moralement une action », voilà le propos dans son entier. Un aveu : je suis du nombre des mâchonneurs de chair animale et, honte à moi, je n’en conçois ni remords, ni culpabilité particulière. Je pourrais ajouter à mes victimes gastronomiques la poularde de Bresse, le brochet de Loire, l’andouillette de Troie, le lièvre à la royale… Ah, le lièvre à la royale ! Il vous faut pas mal de temps et, évidemment, un capucin, un beau ainsi qu’un foie gras cru de canard, pas moins de trois litres de vin rouge plutôt corsé, du lard en dés, d’autres ingrédients encore. Vous prenez le lièvre, vous le désossez… Mais voilà que je m’égare. Revenons à nos moutons. À propos de moutons, le cœur si sensible de M. Caron ne semble pas saigner autant devant les conditions abjectes et d’un autre âge dans lesquelles des ovins sont occis pour certaines célébrations religieuses que devant le sort que nous faisons aux moustiques harceleurs qui pourrissent nos soirées d’été. Selon M. Caron, ces charmantes petites bêtes ne font que nous pomper le sang pour nourrir leurs petits. Touchant. L’entendant parler ainsi, je n’ai pu me retenir d’applaudir à tout-va, tant de tels propos me semblaient être la parfaite métaphore de toute politique de gauche : pomper le sang des uns pour – prétendument – nourrir les autres. Ceux que je désigne ici par « les uns » se reconnaîtront sans grande difficulté. Mais je m’égare de nouveau.

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J’en étais resté à la sentence si profonde : « Le plaisir n’a jamais pu moralement justifier une action. » C’est donc ce que pense M. Caron. M. Caron qui a tout à fait le droit de penser ce qu’il veut, de même qu’il a le droit de mâchonner ce qui lui plaît, des fanes de radis plutôt que du coquelet rôti, par exemple. Un esprit taquin lui ferait observer que ce faisant, il goûte un certain plaisir et que ce plaisir vient conforter la règle morale qu’il s’est fixée de ne pas manger de viande. L’un et l’autre – plaisir et morale – ne sont donc ni ennemis ni même antinomiques. Loin de là. Le plaisir est même, dans une infinité de cas, le ferment moral, justement, de nos comportements, de nos actes. Il est ce qui nous rend plus authentiquement humains. Blaise Pascal, qui n’a pas laissé dans l’histoire le souvenir d’un fêtard invétéré ou d’un épicurien forcené, l’a bien compris. « L’homme est né pour le plaisir, écrit-il. Il le sent, il n’en faut pas d’autre preuve. » Le plaisir nous rend meilleurs en cela qu’il participe du bonheur. Et chacun d’entre nous sait parfaitement que nous ne sommes jamais meilleurs d’esprit, de cœur, d’humeur que lorsque nous sommes heureux. Le bonheur rend bienveillant, généreux, indulgent, compréhensif, clément, ouvert, agréable… Toutes qualités morales, me semble-t-il. Le plaisir, j’entends ici le plaisir sain qui respecte l’intégrité physique, mentale et morale d’autrui, est bien évidemment partie prenante dans cet état de grâce, tout comme le rouge corsé à sa part dans le capucin à la royale. C’est ce que M. Caron et ses camarades ne veulent pas voir. Ils sont les moralistes ténébreux pour qui seules la contrition, la mortification, la repentance, la détestation de soi parviendraient à « justifier moralement » non seulement les actions de leurs semblables, mais aussi leur présence au monde. Ils ont une conception désespérée et désespérante de l’humain. Un humain qu’ils ne peuvent imaginer que comme hanté d’une conscience malheureuse, douloureuse, condamné à un mea culpa permanent. Cela, parce qu’il serait coupable, évidemment. Coupable de tout. De la colonisation et de la tête de veau, de l’esclavage et de la fricassée d’ortolans, du sexisme et de la pêche à la ligne, du racisme et de l’invention de la tapette à moustiques. Une arme que je manie avec une certaine habileté. Et non sans plaisir en cas de succès, n’en déplaise à M. Caron.

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Maires EELV, les compagnons de l’aberration

Les maires EELV de Lyon, Bordeaux ou Grenoble ont été soumis à l’épreuve du réel et de la violence ces dernières nuits, jusque dans leurs centres-villes. Nos petits hommes verts espéraient un «soulèvement de la terre»; ils observent un soulèvement ethnique des banlieues ensauvagées. Et voilà maintenant qu’ils appellent au secours la police nationale, qu’ils ont longtemps fustigée. Récit.


L’heure est au bilan après ces six jours d’émeutes urbaines, de razzias et de chaos insurrectionnel. Et il est lourd ! Notamment pour les villes tenues par les écologistes ; Bordeaux, Grenoble, Strasbourg ou Lyon. Dans la nuit de vendredi à samedi dernier, dans le centre-ville de Lyon, au moins 30 magasins ont été pillés (magasins alimentaires, marques de vêtements, concessionnaires auto et moto…), un bureau de Poste a été entièrement détruit,  20 véhicules ont été incendiés, une école primaire a été saccagée, du mobilier urbain détruit, sans parler des affrontements hyper-violents à coup de tirs de kalachnikov à la Duchère, ou de jets de cocktails Molotov contre les forces de l’ordre dans le quartier de la Guillotière, déjà tristement connu pour être une zone de non-droit. En cette seule nuit de violences urbaines, 58 personnes ont été interpellées, d’après les chiffres de la préfecture du Rhône. A Bordeaux, chez Pierre Hurmic, ce fut la nuit de jeudi à vendredi dernier qui fut très difficile, avec des dégradations importantes commises dans plusieurs communes de l’agglomération et même en zone plus rurale. Bilan : 11 policiers blessés, 10 interpellations, cinq bâtiments publics incendiés, 56 voitures brûlées et presque autant de feu de poubelles… À Strasbourg, chez Jeanne Barseghian, c’est lors de cette même nuit de jeudi à vendredi dernier que la violence s’est déchainée. Bilan : 76 véhicules brûlés, une quarantaine de poubelles brûlées, une régie de quartier du bailleur social Ophéa, un centre culturel, une mairie de quartier également incendiés. A Grenoble, chez l’impayable Eric Piolle, même scénario cauchemardesque avec des violences urbaines d’une rare intensité, avec notamment une voiture bélier qui a été projetée contre le bureau de Poste, des commerces du centre-ville pillés ; une trentaine de prévenus étaient jugés le dimanche 2 juillet en comparution immédiate au tribunal correctionnel de la capitale des Alpes.

La police nationale, ça a du bon finalement

Le réel est donc entré brutalement par effraction avec son lot de peurs et de pleurs dans les métropoles bobos… Un sacré coup de massue pour des maires EELV qui ont été élus sur un programme très léger en matière de sécurité, un programme visant plutôt à désarmer la police plutôt qu’à l’armer, à dialoguer avec les délinquants et les criminels plutôt qu’à les réprimer. Confrontés à la violence gratuite et radicale des émeutiers qui ont saccagé et détruit tout ce qui était sur leur passage dans une jubilation morbide et nihiliste, les maires écolo apparaissent complètement sonnés. « J’ai un sentiment de sidération et de colère » reconnaissait Eric Piolle, maire EELV de Grenoble, samedi, devant l’ampleur des dégâts. « On n’a jamais vu ça à Grenoble ». Il semble loin, le temps où l’édile vantait une « métropole apaisée » dans ses affichages municipaux. Quant au maire EELV de Lyon, Grégory Doucet, lui, il en vient à demander finalement plus « de renfort de police ». Pourtant, c’est bien le même Grégory Doucet qui, en mars 2021 lors la journée de la femme, défilait devant un panneau sur lequel était inscrit police nationale = scandale aux côtés d’une élue EELV qui scandait « la culture du viol est présente chez les forces de police ». C’est le même Grégory Doucet qui avait proposé des cours de théâtre et de méditation pour enrayer l’insécurité… Dimanche soir, pour la sixième nuit consécutive d’émeutes, la tension était à son comble dans la capitale des Gaules. Des véhicules blindés du RAID et de la BRI stationnaient place Bellecour… Au moins, cela changeait du ballet infernal des rodéos urbains et de tous ces délinquants qui ont défié à plusieurs reprises l’autorité en levant leurs bécanes jusque sous les fenêtres de la mairie.

Les convictions anarco-libertaires, ça va bien deux minutes…

Face à l’embrasement de la violence constaté ces derniers jours, les maires écologistes mettent donc au placard leurs convictions anarco-libertaires parfois teintées d’idéologie anti-police ; ils réclament le retour de l’ordre républicain, pour en finir avec la guérilla urbaine. Sacré revirement quand on y pense, car il n’y a pas si longtemps, à l’instar du mouvement de la France Chaotique – dont le gourou pyromane, Jean-Luc Mélenchon, a perdu tout sens commun lors de cette crise des banlieues -, les élus écologistes dénonçaient volontiers une violence qui serait structurelle à la police, remettaient en question le dispositif des forces de l’ordre déployée à Sainte-Soline contre les anti-bassines et considéraient comme légitimes les opérations de désobéissance civile des militants écologistes de Dernière Rénovation qui bloquaient la circulation en se collant les mains au goudron ou qui jetaient des pots de peinture sur des toiles de Van Gogh ou d’autres œuvres d’art… Oubliant leur écharpe tricolore, des élus écologistes ont cautionné l’écologisme radical selon lequel sauver la planète justifie tous les moyens y compris les plus violents contre l’Etat de droit. Pour Gaïa, tout était permis !

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Aujourd’hui, devant la flambée de violence gratuite de la racaille de cité, les élus écologistes réclament donc le retour de l’Etat de droit avec une présence renforcée des forces de l’ordre – ce qui les sépare de facto des prises de positions anti républicaines des lieutenants de la France insoumise qui ont, eux, refusé d’appeler au calme. Depuis leur élection en 2020, les maires EELV ont érigé en priorité tout ce qui pouvait flatter l’électorat progressiste… En plus de manger du tofu, tout était bon à prendre pour s’acheter une bonne conscience écolo. À Lyon, la priorité était ainsi de construire des pistes cyclables inclusives et non genrées (pour éviter des agressions par des cyclistes mâles pas encore déconstruits, qui sait ?), d’instaurer des cours de récréation où le foot trop machiste serait remplacé par des ateliers de jardinage, ou encore de subventionner des mouvements écoféministes ou « écosex » dont la principale activité est de danser nu et de faire l’amour aux plantes pas loin des enfants. Pour cet agenda progressiste déconnecté des préoccupations sociales et sécuritaires de nombre de leurs administrés, les maires EELV ont trouvé du budget ! En revanche, équiper les villes avec plus de caméras de vidéosurveillance pouvait évidemment attendre. Peu importe si les rodéos urbains pourrissaient la vie des Lyonnais, ou si le trafic de drogue et le marché noir s’amplifiaient à Lyon, Grenoble ou Bordeaux, générant son cortège de vols, d’agressions, d’affrontements entre bandes rivales, peu importe si derrière la végétalisation de l’espace public se préparait la guerre de tous contre tous.

Qui sème le vent récole la tempête ! 

À force de sacraliser la nature (perçue comme moralement bonne et bienfaisante) et de diaboliser la société (jugée comme structurellement mauvaise), ces élus n’ont fait que préparer un terrain fertile pour le déchainement de cette violence qui n’est autre que le revers de la médaille d’un état de nature qu’ils appellent de leurs vœux ou oubliant que dans la nature, c’est la loi du plus fort qui règne.

Par ailleurs, déconstruire les fondations de la civilisation française (par exemple en s’attaquant à la langue avec l’écriture inclusive), cela revient aussi à ouvrir la porte à l’ensauvagement des mœurs. Après les violences de l’extrême gauche lors des manifestations contre la réforme des retraites – violences que les maires bobos n’ont pas assez condamnées –  l’ultra violence de ces délinquants en grande majorité mineurs et radicalement décivilisés, capables de prendre du plaisir à semer la terreur, marque un tournant. Pourrait-elle également marquer un tournant politique et sécuritaire dans l’agenda politique de ces municipalités écologistes ? Au point de se fâcher avec les cheffes de file nationales, écoféministes et anti flics ? Au point de se fâcher immanquablement avec l’incontournable binôme Sandrine Rousseau / Marine Tondelier ? Confrontés aux réalités du terrain, les maires écolos deviendront-ils, eux aussi, des « chiens de gardes qui ordonnent à appeler au calme », que fustige Jean-Luc Mélenchon ? Seront-ils prêts à faire leur chemin de Damas, et à troquer leur foi passée pour celle du régalien ? C’est peu probable… mais enfin l’avenir le dira.

Le terreau des terroristes

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L’anticolonialisme et la propagande anti-française ont envahi les quartiers sensibles et l’université, pendant que les médias prônaient l’autoflagellation culturelle.


À l’heure où chacun s’interroge sur les causes du soulèvement qui vient de traverser nos banlieues « sensibles », il n’est pas inutile de rappeler ce qui se disait déjà au moment de la sanglante équipée de Mohammed Merah qui fit sept victimes dont trois enfants. Quand il est mort, une grande partie des médias s’est efforcée de gommer les motivations politico-religieuses de son acte, par lui-même exprimées, pour y substituer une pure causalité sociale. L’accent fut mis sur le sort tragique des jeunes issus de l’immigration, sur leur aliénation, sur leur manque de perspectives dans une société barrée par l’horizon grisâtre du chômage. Elle se doublait d’une politique de culpabilisation en direction des citoyens français.

Toujours la faute de la France

La palme revint au New York Herald Tribune qui écrivit ceci : « Ce n’est pas Al Qaïda qui a créé Mohammed Merah, c’est la France. » Manière de dire : la responsable, c’est la société française et ses injustices. Le journal américain reprenait d’ailleurs la phrase d’un des camarades de classe du terroriste. Bref, nous plongeâmes, tête la première, dans la culture de l’excuse et l’autoflagellation. Alors que les influences islamistes qui s’étaient exercées sur Merah étaient minimisées.

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Pendant la décennie écoulée, il fut difficile de parler des banlieues et de l’immigration autrement. Dans les grands médias et à l’Université, on n’entendait pratiquement que ce son de cloche : les banlieues étaient un problème social, qu’il fallait traiter socialement. En vain, le chroniqueur Ivan Rioufol sonna-t-il un jour le tocsin en ces termes vigoureux : « … le feu de l’islamisme couve dans les cités. Pour certains, Merah est devenu un héros. Des pages Facebook dédiées à sa mémoire ont dû être fermées. Des professeurs n’ont pu faire respecter à leurs élèves la minute de silence en mémoire des victimes. Des enseignants reconnaissent dans leur classe l’ancrage des sentiments anti-juifs. »

On peut dès lors avancer qu’il y a deux analyses possibles de la question des banlieues éruptives. Selon l’une, elle résulterait du manque de perspectives pour leurs habitants qui jetterait les jeunes dans la désespérance. Dès lors, la régulation de l’immigration qui fait grandir inlassablement ces zones, jusqu’à les rendre explosives, est un faux problème. Selon l’autre analyse, tout résulterait de la vague islamiste venue du Proche-Orient jusqu’à nos rivages européens. Bien sûr, chacun comprendra qu’opposer ces deux types de causalité est artificiel. Les deux analyses que nous venons d’évoquer n’ont rien de contradictoire. Entasser des immigrés par millions dans de ternes cités où le travail et l’opportunité de progresser sont clairsemés ne peut rien donner de bon. Que sur ce terreau se diffusent des influences politico-religieuses très dangereuses est une évidence qui crève les yeux. Ces influences se répandent là parce que l’ambiance politico-religieuse importée les favorise. Dans leur majorité, les grands médias français se sont refusés à admettre cette évidence aveuglante.

Des quartiers… sensibles

Point n’est besoin cependant d’être un grand sociologue pour comprendre que la porosité de nos banlieues à l’islamisme vient de ce qu’elles y sont justement « sensibles ». Certes tous les musulmans des banlieues ne sont pas des islamistes. C’est fort heureux et remercions en la Providence. Mais rien ne garantit qu’il en sera toujours ainsi. En fait, les banlieues sont des bombes à retardement. Ce que les événements des jours derniers viennent de nous rappeler de façon tonitruante.

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Chômage, plus assistanat, plus islamisme, voilà en effet une combinaison détonante. Reste à éviter qu’elle n’explose. Pour cela, rien n’est plus important que d’empêcher les médias audiovisuels de provoquer la mise à feu.

Nanterre, 29 juin 2023 © Michel Euler/AP/SIPA

Car j’ignore à quelle stratégie répond le déversement sur les ondes françaises, depuis 20 ans, d’une propagande calquée sur celle du FLN algérien, mais c’est un fait, nous y avons eu droit et massivement. Depuis deux décennies, et avec une intensité redoublée par le soixantième anniversaire de l’Indépendance, les grands médias nous ont servi à propos de l’Algérie et de la Guerre d’Algérie, un flot torrentiel de rhétorique systématiquement anticoloniale. Au point qu’elle pourrait passer telle quelle à Radio-Alger : dénigrement inlassable de la colonisation, dénigrement de l’Armée française durant le conflit, édulcoration des crimes de la rébellion et « oubli » des souffrances de diverses catégories des populations algériennes de l’époque. C’est là une pure folie.

À l’occasion du soixantième anniversaire, ce fut un déferlement de productions biaisées, de débats truqués et de propagande anti-française. Certains journalistes et « historiens » nous servent cette soupe « agrémentée » de quelques ingrédients plus ou moins subtils, mais c’est bien de la soupe FLN qu’il s’agit : éloge déguisé du terrorisme, éloge de certains terroristes, accusations démesurées contre la colonisation et l’œuvre françaises en Algérie, accusations démesurées contre notre armée. Simultanément, l’idéologie dite woke submerge nos universités avec son volet « décolonial ». Ceci ne peut se faire qu’avec l’appui ou la « neutralité » active de hautes autorités. Ceux qui agissent ainsi prennent une lourde responsabilité. En inondant les banlieues d’une propagande anti-française, et l’Université de son pendant anticolonial, on prend le risque de créer des terroristes par centaines.

Le temps des loups solitaires à la Merah a pris fin. Bientôt, ils chasseront en meute. N’est-ce pas ce que les sinistres journées que nous venons de vivre démontrent ? Poursuivrons-nous dans les mêmes ornières ?

Roman Polanski: la persécution sans fin

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Dans un documentaire, Roman Polanski revient dans la ville où il a vécu enfant, en compagnie de son ami photographe Ryszard Horowitz, survivant de la Shoah.


Risquera-t-on le parallèle ? En 1977, Roman Polanski, 44 ans, est poursuivi par la justice américaine pour le viol de l’adolescente Samantha Gailey, 13 ans, dans la maison de Jack Nicholson, à l’occasion d’une séance photo pour Vogue qui, arrosée au champagne, se poursuit dans le jacuzzi pour s’achever par une sodomie sur le divan. Qu’importe que le cinéaste, condamné, ait purgé sa peine aux États-Unis ; que Samantha, en réparation, ait accepté de toucher plusieurs centaines de milliers de dollars ; qu’elle ait ensuite publiquement pardonné à son « agresseur », jusqu’à défendre sa cause contre l’hystérie médiatique et contre la furie vengeresse des féministes de profession encartées chez #MeToo. Peu importe que Samantha, qui frise désormais la soixantaine, doive encore supplier la planète entière de passer l’éponge sur cette affaire judiciaire qui date de près d’un demi-siècle ! Elle colle tellement à la peau du proscrit qu’encore aujourd’hui, menacé d’extradition, l’émérite réalisateur de Rosemary’s Baby, du Pianiste ou de J’accuse, exclu de l’Académie des Oscar, vilipendé par les Tartuffe de la bien-pensance, inlassablement traqué par Interpol, harcelé par quelques harpies supposément violées elles aussi par ce monstre dans leur prime jeunesse, ne peut se déplacer librement que dans trois pays, la France (où il vit), la Pologne (où il a passé toute son enfance) et la Suisse. La traque continue. 

Quel rapport avec Promenade à Cracovie qui sort ce mercredi en France dans une dizaine de salles à peine ? L’opprobre attaché à cet unique et lointain mauvais pas du cinéaste empêche manifestement certains, chose tout de même incroyable, de considérer ce documentaire infiniment émouvant pour ce qu’il est : le retour de deux très vieux amis, juifs l’un et l’autre, Ryszard Horowitz et Roman Polanski, sur les lieux même où la terreur nazie a piégé leur enfance. Non, il faut encore que certaines âmes vertueuses chipotent au presque nonagénaire Polanski le droit de revenir sur ses traces pour la première fois de sa vie, d’arpenter le théâtre d’épouvante dont lui et son ami ont réchappé par miracle. Bref, la tentation qui, selon Michèle Halberstadt, patronne du distributeur l’ARP, se serait fait jour chez quelques exploitants de boycotter la programmation du film en salles, a partie liée avec l’ostracisation qui frappe toujours Roman Polanski. 

Polanski s’est construit, comme artiste et comme homme, sur cette toile de fond terrifiante que son hypermnésie lui restitue et dont ses mémoires, Roman par Polanski, rendaient déjà compte en 1984.  Rendons-lui cette justice de rester, à 89 ans, en dépit de cet infernal acharnement contre lui (sans compter le traumatisme de l’assassinat de son épouse enceinte, Sharon Tate, en 1969, par ces tordus de la secte de Charles Manson !) un vieillard alerte, joyeux, extraordinairement vivace. Tel  apparaît en effet Polanski dans Promenade à Cracovie : déambulant d’un bon pied aux côtés de son vieil ami le fameux photographe  Ryszard Horowitz (qui fut l’assistant puis le disciple du grand Richard Avedon), dans cette ville où s’est brisée leur enfance. Horowitz fait partie de ces rescapés de la Shoah qui, tout comme ses parents et sa sœur, doivent la vie sauve à l’industriel Oskar Schindler. Ryszard n’avait que quatre ans lorsqu’il est arrivé à Auschwitz, en 1944, cinq quand le camp est libéré par l’armée soviétique en janvier 1945. De trois ans son aîné, Roman, lui, fut exfiltré du ghetto par des mains amies, puis recueilli à la campagne chez de très pauvres paysans. Il retrouvera son père au sortir de la guerre.  Ni sa grand-mère, ni sa mère n’auront eu la même chance… 


Ponctué de quelques photos ou films d’archives (dont cette séquence où l’on reconnaît le petit Horowitz derrière les barbelés du camp à peine libéré par les troupes soviétiques, en 1945), le moyen métrage de Mateusz Kudla et Anna Kokoszka-Romer n’est pas le récit circonstancié de ces jeunes destins malmenés par l’Histoire. Mais bien plutôt un passionnant document sur le travail de la mémoire. Car les deux hommes n’étaient jamais retournés ensemble à Cracovie. L’un vit à New-York, l’autre à Paris. Ils ont fait le voyage pour confronter le souvenir qu’ils gardent chacun de cette période. Tout remonte à la surface. Leur complicité amicale n’est pas mise en scène : au début, on voit même Polanski chercher une paire de ciseaux pour… couper les poils du nez qui déparent le visage de son vieux camarade ! Au cimetière juif où ils évoquent ce passé « dont il ne reste que des fantômes », on les voit partir tous les deux d’un énorme fou-rire. À un autre moment, Polanski souffle à son compagnon : « sortons d’ici, je t’en supplie. Je ne supporte pas les églises, les synagogues »… En voix off, c’est Rydzard qui rétrospectivement, de sa voix douce, commente ces retrouvailles. Lui à qui Roman demande soudain de lui montrer le tatouage qui, quatre-vingt ans après, marque toujours son avant-bras : matricule B14438. Voilà Roman qui raconte comment son père, le jour de la liquidation du ghetto, coupe les barbelés et ordonne à son fils de filer. Voilà encore Roman, montant les escaliers de l’immeuble familial qui, seul de la rue, conserve aujourd’hui sa couleur grisâtre, entrant dans l’appartement dont ses parents furent chassés. « J’ai compris qu’on nous emmurait », dit-il à propos de l’ancien ghetto dont il ne reconnaît rien à présent : « c’est DisneyLand », dit-il, avouant ne pas trop comprendre le symbolisme de ces chaises disposées pour le « devoir de mémoire ». 

Non, décidément la mémoire n’est pas un devoir, mais une force agissante : elle surgit au coin du bois, déformée sans doute, mais intacte. Le maudit, ce n’est pas Polanski : c’est ce temps-là. Il nous saute à la figure.       

Roman par Polanski

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Promenade à Cracovie. Documentaire de Mateusz Kudla et Anna Kokoszka-Romer. France, 2023, couleur et noir et blanc. Avec Roman Polanski et Rysard Horowitz. En salles le 5 juillet 2023.

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Anne, Sandrine, Greta… Au milieu du chaos, les grandes causes surnagent

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Il se dit que Sandrine Rousseau n’a pas l’intention de se laisser supplanter par Hidalgo et Thunberg sur la scène internationale. Une rumeur bruisse…


« Des pessimistes crurent savoir que le Soleil n’en avait plus que pour 303 décillions virgule 2 d’années-lumière, l’homme fut plongé dans la tristesse ; heureusement on s’était trompé : c’est virgule 5 qu’il fallait lire ; l’homme reprit cœur. On en est là. »

Alexandre Vialatte, Antiquité du grand chosier

Il y a quelques mois, invitée à Bruxelles lors du forum d’investissement pour la ville de Kiev, Anne Hidalgo prodiguait à Wladimir Klitschko, l’ancien champion du monde de boxe et frère du maire du Kiev, quelques conseils fort utiles pour reconstruire la capitale ukrainienne après la guerre. Impavide, le boxeur écouta poliment Mme Hidalgo lui expliquer dans un anglais consternant pourquoi et comment aménager… des pistes cyclables. Forte de son expérience, elle proposa son aide pour adopter « zis niou modèle ». Wladimir Klitschko, après avoir fichu la trouille à l’auditoire en alléguant les risques d’accidents dans les cinq centrales nucléaires ukrainiennes, asséna un « nous devons d’abord terminer la guerre » qui ne réfréna nullement les ardeurs écologistes de la maire de Paris. Finir la guerre, oui, bonne idée, pourquoi pas, répondit-elle en substance, encore faut-il avoir « une vision de l’avenir » : « Je pense que l’Ukraine, comme tous nos pays, doit abandonner l’énergie fossile parce que vous voyez que toutes les guerres dans notre siècle sont provoquées par les tensions autour de l’énergie fossile. Et dans cette vision de la paix, je pense aussi que pour une meilleure vie, nous devons avoir plus d’énergie verte et peut-être que l’Ukraine peut être un exemple pour nous », conclut Anne de Paris devant un Wladimir Klitschko au bord de l’apoplexie.

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Le 29 juin, dans le cadre de la création d’un groupe de travail européen sur les « dégâts écologiques causés par l’invasion russe », Volodomyr Zelensky a reçu à Kiev… Greta Thunberg. Cette dernière a dénoncé un « écocide » en évoquant la destruction du barrage de Kakhova : « L’écocide et la destruction de l’environnement sont une forme de guerre », a balbutié la Philippulus suédoise. Greta Thunberg est une buse (ou une tourte, les avis sont partagés) mais Zelensky a bien compris que s’il voulait un jour voir son pays rejoindre l’UE, il lui fallait jouer le jeu et perdre son temps à écouter les activistes écolos les plus ineptes mais malheureusement aussi les plus en odeur de sainteté auprès des institutions européennes. Quant à Greta, un peu oubliée ces derniers temps, cette réunion éclair et inutile lui aura au moins permis de se refaire une beauté médiatique.

Il se dit que Sandrine Rousseau n’a pas l’intention de se laisser supplanter par Hidalgo et Thunberg sur la scène internationale. Une rumeur bruisse : la députée EELV préparerait une prochaine rencontre avec… le président Poutine. Outre les habituelles remontrances écologiques, elle envisagerait de mettre le nez du président dans son abominable « virilisme ». Celle qui a dénoncé récemment la « masculinité toxique » de notre buveur de bière de président, se sent d’attaque pour confronter Vladimir Poutine à ses « démons masculinistes ». Des proches de la députée font état d’une préparation savante devant aboutir à une démonstration implacable. Un discours acéré sur « le régime autoritaire, nécro-politique, masculiniste et hétéro-patriarcal poutinien » et des photographies accablantes – Poutine torse nu, un fusil à la main, devant un barbecue, regardant son épouse en train de faire la vaisselle, buvant de la vodka au goulot, debout sur un tank, sur un ours ou sur les épaules de Medvedev, etc. – seront les piliers de cette « mise au point salutaire », selon eux. Il est prévu que Sandrine Rousseau « portera l’estocade » en remettant au président Poutine son ouvrage Au-delà de l’androcène traduit en russe. « Je vais te le déconstruire en moins de deux, le russekof », aurait rugi la députée en glissant les œuvres de Paul B. Preciado et Virginie Despentes dans ses bagages. Naturellement, si elle a lieu – car tout ceci relève pour le moment, répétons-le, de la rumeur – nous ne manquerons pas de rapporter les moments saillants de cette rencontre au sommet.

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L’information qui va suivre n’est cette fois pas une rumeur mais un fait avéré – par les temps qui courent, on est obligé de préciser. Les députés LFI collent décidément au plus près des préoccupations des Français. Les événements en cours obligeant la représentation nationale à se pencher une fois de plus sur notre arsenal juridique, les députés insoumis ont décidé de frapper un grand coup : le 29 juin, au plus fort des émeutes, ils ont déposé un amendement destiné à… « améliorer la prise en charge des personnes transgenres en prison » et à faire en sorte, par conséquent, que la mise à l’écrou soit « effectuée en fonction de l’identité de genre déclarée de la personne condamnée, indépendamment du genre indiqué au moment de la condamnation », que cette personne soit incarcérée dans un établissement pénitentiaire correspondant à son « genre vécu » et que le personnel pénitentiaire soit sensibilisé à « la lutte contre la transphobie ». Enfin une mesure à la hauteur des enjeux ! D’aucuns pensent que les élus LFI n’ont pas jeté d’huile sur le feu qui embrase la France et qu’ils sont des « boucs-émissaires » désignés par le « Parti de l’Ordre » – et nous ne sommes pas loin d’abonder dans ce sens : un mouvement politique qui est capable de faire abstraction des pillages, des incendies, des destructions de bâtiments officiels, des menaces sur les maires, des tirs à balles réelles sur les forces de l’ordre, bref, du chaos qui règne sur notre pays, pour prendre la défense des « personnes transgenres [qui] vivent de nombreuses violences dans le système carcéral français » et pour « réparer cette maltraitance institutionnelle », ne saurait être accusé de tous les maux. Après les émeutes, les députés LFI prévoient-ils de profiter de la destruction du mobilier urbain pour relancer, entre autres, l’épineux dossier sur l’installation de toilettes non genrées dans l’espace public ? La conclusion de la déclaration du député LFI Antoine Léaument face à une douzaine de badauds égarés devant sa permanence parlementaire nous le laisse subodorer : « Si noire soit la nuit, le soleil finit toujours par se lever, et si tristes soient les jours vécus, de meilleurs jours finissent toujours par arriver quand on se bat pour un monde meilleur. » Toilettes genrées ou non, reconnaissons au moins à certains l’art de savoir pisser dans un violon ou contre le vent, c’est selon.

Les Gobeurs ne se reposent jamais

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Vers une République de marquis poudrés?

Comme chez nos voisins européens, la cocaïne est désormais disponible à prix cassé dans nos villes et nos campagnes. Importée en gros, elle a cessé d’être un produit de luxe. Mais son inquiétant pouvoir de corruption et de destruction, lui, n’a pas diminué.


La vie est chère ? Tout augmente ? Pas forcément. De 150 euros au détail il y a quelques années, le gramme de cocaïne se négocie aujourd’hui entre 60 et 80 euros à Paris. Face à la hausse de prix de l’énergie et des matières premières, la cocaïne, jadis produit de luxe, se démocratise.

L’augmentation des saisies en témoigne : dans le port d’Anvers, en 2022, la police a saisi 110 tonnes de cocaïne. En 2015, c’était moins de 16 tonnes. Ces chiffres témoignent moins de l’amélioration des performances policières contre le trafic que de l’explosion du marché : l’Europe est le nouvel eldorado des trafiquants de cocaïne.

Yann Bastière, représentant de SGP Unité Police explique le mécanisme à l’œuvre : « Le marché de la cocaïne aux États-Unis est saturé. Dans le même temps, la production explose. En Colombie, premier pays producteur, les surfaces ensemencées ont augmenté de 43 % en 2021 par rapport à 2020. Trouver de nouveaux débouchés est une nécessité vitale. Pour que ces marchés soient rentables, il faut pouvoir écouler de grandes quantités de drogue. Voilà pourquoi l’Europe et son importante classe moyenne sont la cible privilégiée des trafiquants depuis quelques années. Voilà pourquoi les prix sont en baisse tandis que la qualité augmente : il faut conquérir et fidéliser de nouveaux consommateurs. »

Des arrivées massives et peu contrôlées

La porte d’entrée de la drogue, ce sont les grands ports de conteneurs, comme Anvers, Rotterdam ou Le Havre. Un autre acteur est déterminant dans le cas de la France : la Guyane. Sa frontière avec le Suriname, narco-État et plaque tournante du trafic de la cocaïne colombienne vers la France, en fait un véritable « narco-département ». Selon une source policière, « la frontière avec le Suriname, très peu contrôlée, ressemble aux Champs-Élysées en matière de fréquentation, surtout à l’approche des deux rotations quotidiennes de l’aéroport de Cayenne vers la France. À chaque contrôle, on attrape trois ou quatre mules, mais on sait très bien que ce n’est que la pointe immergée de l’iceberg. Plus il y a de mules, alors que les effectifs de douane sont limités, plus un grand nombre passe entre les mailles du filet. Ils se moquent de perdre trois ou quatre mules si sur chaque voyage ils en font passer des dizaines d’autres. » Et ce fonctionnaire longtemps chargé de la lutte contre le trafic de stupéfiants de raconter : « Un jour, nous avions décidé de faire un contrôle exhaustif et inopiné d’un avion. Même en prenant la décision le plus tard possible, le pouvoir de corruption des trafiquants est tel que l’info a fuité malgré tout. Eh bien, sur un avion de 250 personnes, une quarantaine de personnes ne se sont pas présentées à l’embarquement alors que les billets n’étaient plus remboursables. »

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Le gros du trafic vers l’Europe reste néanmoins transporté par conteneur. Dans le cas emblématique d’Anvers, seul 1,5 % des 12 millions de conteneurs débarqués sont analysés. De source policière, on estime que seulement 10 % de la drogue transitant par ce biais serait interceptée. Pour les trafiquants, cette perte est acceptable au vu des énormes bénéfices : le marché de la cocaïne à Anvers est estimé à plus de 50 milliards par an, soit 10 % du PIB de la Belgique.

Terreur et corruption

« Les trafiquants connaissent parfaitement le fonctionnement des ports. Ils planquent notamment la drogue dans des conteneurs de produits périssables, car ceux-ci doivent être débarqués très vite et ne peuvent être stockés. Mais surtout, ils disposent de tellement d’argent qu’ils n’ont pas de mal à corrompre des dockers, des douaniers, des policiers… Et si la corruption ne marche pas, il reste la terreur », raconte Fabrice Rizzoli, président de Crim’Halt. À Anvers, la violence générée par le trafic de drogue a ainsi débordé du port sur la ville, pour finir par gangrener le pays. La situation est devenue d’autant plus incontrôlable que les autorités ont longtemps refusé d’investir dans des systèmes de caméras performants ou des portiques à scanners. Facile d’accès, le port est devenu le terrain de jeu de la « Mocro Maffia », cette mafia marocaine qui sévit dans le nord de l’Europe, notamment en Belgique, aux Pays-Bas ou dans le nord de la France, régions où beaucoup d’immigrés issus du Rif se sont installés depuis les années 1960. En effet, l’arrivée de la cocaïne s’appuie sur les réseaux déjà existants, et notamment ceux du cannabis. Selon Yann Bastière, « il existe une joint-venture entre mafias italienne, marocaine et corse, et les producteurs sud-américains. Une des preuves de ces liens structurels se trouve au Maroc. On y saisit en effet de plus en plus de cocaïne alors que le Maroc n’est pas producteur. Le produit y arrive, car il emprunte les routes du trafic de cannabis et est distribué par les mêmes acteurs. »

En France, le port du Havre s’est imposé rapidement comme une porte d’entrée importante pour la cocaïne. En 2021, 10 tonnes de cocaïne ont été saisies, une augmentation de 164 % en un an. Comme à Anvers, corruption et violences ont organisé l’emprise mafieuse sur le port et les dockers sont en première ligne. L’organisation particulière des ports et le règne de syndicats tout-puissants qui imposent leurs normes empêchent l’installation de caméras, imposent un accès libre aux conteneurs par les dockers, font de ceux-ci des agents incontournables pour récupérer la marchandise. Une source policière nous a confirmé que, « sans la complicité de dockers, faire sortir la drogue est impossible. D’ailleurs, un certain nombre d’entre eux se retrouvent devant la justice suite à des affaires de corruption. Cela permet de se faire une idée des sommes offertes par les trafiquants. 10 000 euros pour un prêt de badge, 50 000 euros au grutier pour déplacer un conteneur… Difficile de résister à de telles tentations. »

L’appât du gain n’explique cependant pas tout. Selon Yann Bastière, « l’extrême violence des trafiquants et leur détermination mettent une pression énorme sur les employés des docks, les douaniers et les policiers. Au Havre, des dockers ont été enlevés et séquestrés, leurs familles ciblées. Et il y a une disproportion entre les moyens affectés au contrôle et à la police, et ceux des trafiquants. » Depuis que les polices belges, françaises et néerlandaises ont réussi à s’introduire dans la messagerie Sky ECC utilisée par des réseaux mafieux, elles sont tombées sur des vidéos de chambres de torture, de personnes démembrées et passées au hachoir. De quoi décourager l’honnêteté. Le port du Havre a déjà connu des enlèvements et son premier mort. En 2020, le corps d’Allan Affagard, docker et syndicaliste CGT, a été retrouvé derrière une école. Il avait été soupçonné d’avoir facilité la sortie de cocaïne du port et mis en examen pour cela. Des accusations qu’il avait toujours récusées.

Le pouvoir des trafiquants

Aux Pays-Bas, la princesse héritière et le Premier ministre sont directement menacés de mort par les trafiquants. En Belgique, c’est le ministre de la Justice qui est ciblé. Mais si des menaces réelles pèsent sur la classe politique, l’inquiétude réside aussi dans sa corruption potentielle. Avec des enjeux et des moyens colossaux, les réseaux mafieux ont besoin de développer des liens avec les élus à tous les niveaux. Certes, peu d’affaires ont éclaté, mais les spécialistes pensent que l’histoire retentissante qui a éclaboussé la ville de Saint-Denis, où une demi-tonne de cannabis était entreposée dans le centre technique municipal, n’est peut-être pas si exceptionnelle. La relative impunité dont a bénéficié l’employé durant le temps qu’a duré ce trafic interroge sur l’aveuglement des élus et la grande mansuétude de la hiérarchie.

À ne pas manquer, notre grand dossier « Le bad trip français »

On peut citer aussi le cas de Florence Lamblin, élue EELV et adjointe au maire du 13e arrondissement, accusée d’avoir aidé au blanchiment d’argent lié au trafic de drogue, ou encore de Nicolas Jeanneté, directeur du parti Nouveau Centre et conseiller de Paris, accusé de trafic de stupéfiants, de Mélanie Boulanger, maire PS de Canteleu et de son adjoint chargé du commerce, accusés d’avoir été sous l’emprise de trafiquants de drogue et de leur avoir « facilité » la vie. Comme dans le cas des personnels portuaires, le ciblage des élus pourrait s’avérer d’autant plus « rentable » que les menaces de mort des caïds de la drogue sont crédibles, durables et suivies d’effets, là où la protection policière peut apparaître limitée et défaillante.

En attendant une réaction à la hauteur des périls encourus, les spécialistes du marché de la drogue alertent : « Quand la production augmente et que les prix sont quasiment divisés par deux, on constate un rajeunissement et une massification des consommateurs. […] Pour s’en procurer, il suffit de taper “livraison de cocaïne” sur Twitter ou Snapchat par exemple, cela permet d’obtenir un numéro fonctionnant sur WhatsApp, qui vous livre chez vous dans l’heure », raconte Yann Bastière. L’ubérisation du deal fonctionne à merveille. Pour notre malheur collectif.

Avant le 27 juin, c’était comment ?

Le temps de « paix » d’avant le 27 juin nous manque. Mais existait-il vraiment alors que de nombreux maires faisaient l’objet d’agressions? Les émeutes ne constitueraient-elles pas un effet loupe finalement bienvenu?


L’unique avantage des émeutes – que Jean-Luc Mélenchon s’obstine à qualifier de révolte – est qu’elles grossissent une réalité que, dans sa déplorable quotidienneté, on ne sait plus voir. À laquelle on est tellement habitué qu’on la perçoit comme le rythme de croisière d’une France oscillant entre délits et crimes, entre insécurité et faiblesse judiciaire, entre vœux pieux et coups de menton, entre promesses de ne jamais céder et abandons multiples, entre une démocratie molle et un pouvoir au pire miséricordieux à contre-temps, au meilleur dépassé. 

Agressions et destructions folles

En effet, « le bilan très lourd de cinq jours d’émeutes… déjà très supérieur aux trois semaines d’émeutes de 2005 » (Le Monde) a poussé au paroxysme, avec une intensité violente et folle, des agressions multiples, des destructions, des pillages, des attaques d’élus et une haine antipolicière en bande, commis notamment par des mineurs de plus en plus précoces, délaissés ou stimulés par des familles irresponsables. 

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La frénésie d’après le 27 juin fait apparaître les jours d’avant comme une période relativement calme alors qu’y germaient en réduction tout ce qui va venir, avec le prétexte de la mort de Nahel, frapper notre pays de plein fouet, laissant les Français stupéfiés par des débordements à l’égard desquels les transgressions antérieures semblaient relever d’un mode mineur. Et pourtant !

Ce qu’il faut craindre avec le retour à la normale

Les élus, les maires étaient de plus en plus invectivés, frappés, molestés, parfois gravement, et on se demandait comment freiner cette course vers l’intolérable. Mais rien de commun avec l’émotion quasi unanime, l’indignation solidaire qui ont saisi la communauté nationale face à l’odieuse tentative d’assassinat en pleine nuit de l’épouse et des enfants du maire de L’Haÿ-les-Roses dans leur habitation après une attaque à la voiture-bélier. Comme si avant nous étions lassés de relever la multitude de ces atteintes contre lesquelles nous ne pouvions pas grand-chose, avec une justice trop clémente parfois quand elle était saisie. Elles faisaient partie de notre paysage républicain comme une sorte de repoussoir. Mais le crime contre la famille de l’édile nous a contraints à cibler, à concentrer notre indignation sur cet événement. J’espère que l’émoi d’aujourd’hui ne retombera pas et qu’il ne nous conduira pas à nous satisfaire de cette parenthèse de concorde courroucée. On comprendra pourquoi ces cinq jours d’émeutes qui ont mobilisé des forces de l’ordre comme jamais, des réunions interministérielles à répétition et des moyens sans compter, ne serviront pas d’excuse au pouvoir pour continuer à mal gérer la délinquance au quotidien. Le 27 juin et ses suites ne doivent pas avoir pour vocation de nous illusionner, nous faisant croire qu’avant, c’était bien…

Alors que les émeutes n’ont été que la continuation du pire mais par d’autres moyens, sur un mode plus sauvage, avec un registre plus subversif.

Quand “Libération” travestit la réalité des quartiers pour « comprendre » les émeutes

N’en déplaise à Thomas Legrand, la racaille du 93 n’a aucune circonstance atténuante économique


Le problème avec les éditorialistes politiques, c’est que même les meilleurs de la place de Paris sont de redoutables cancres dès qu’il est question de chiffres. Prenez Thomas Legrand. Sans doute l’une des plus honnêtes plumes de Libération, si si. Ne serait-ce que parce qu’il a eu l’élégance de reconnaître ses travers bobos il y a dix ans dans un essai co-signé avec sa compagne Laure Watrin. Un journaliste dont la connaissance, solide, des élections, des programmes, des partis et de leurs leaders ne fait aucun doute, reconnaissons-le, il s’agit d’une qualité si rare au sein de sa rédaction qu’elle mérite d’être signalée. Seulement voilà, face aux émeutes claniques qui ravagent la France depuis une semaine, ses références historiques habituelles ne sont d’aucun secours. Difficile de trouver chez les grandes figures tutélaires de la gauche responsable (comme Mitterrand, Mendès-France ou Jospin) ou même chez les trublions préférés du journal (tels Cohn-Bendit, Baudrillard et Taubira) de quoi justifier l’attaque sauvage de plus de deux-cents écoles en banlieue et l’agression ignoble de la famille d’un maire.

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Alors pour donner quand même un peu de corps à la culture de l’excuse et ne pas décevoir son lectorat radical-chic, Legrand s’est essayé à la démonstration économique. À cet effet, il est allé chercher l’inspiration dans un rapport parlementaire sur la politique de la ville. Qu’il a fort mal lu puisqu’il croit pouvoir titrer sa chronique “La Seine Saint-Denis n’est pas un territoire gâté de la République”. Avant d’étayer ainsi son affirmation : “La moyenne des transferts sociaux en France est de 6 800 euros par habitant. Elle est de 6 100 euros en Seine-Saint-Denis.” Ah le bel argument massue que voilà ! Sauf qu’il ne prouve rien… Car Legrand ignore manifestement que le 93 est un département riche, avec une industrie prospère (Orangina, Findus, Placoplatre…), le plus grand équipement sportif (le Stade de France, à Saint-Denis) mais aussi le plus grand centre d’exposition du pays (Le palais de Villepinte), sans oublier la deuxième zone tertiaire d’Île-de-France (la Plaine Saint-Denis). Résultat, le revenu d’activité moyen y est plus élevé que la moyenne nationale. Dans ces conditions – favorables – rien d’étonnant à ce qu’il y ait moins d’aides versées per capita.

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Ajoutez à cela qu’en Seine Saint-Denis, les habitants bénéficient en réalité de l’une des politiques de redistribution les plus efficaces de France, qui permet de réduire de moitié les écarts de revenus entre le premier et le dernier décile (record français) et d’abaisser le taux de pauvreté d’un quart, et vous conviendrez que les gouvernants n’ont pas attendu les lumières de la docteur en sciences économiques Sandrine Rousseau (minée, vendredi dernier, par une puissante réflexion où elle se demandait si “le pillage avait à voir avec la pauvreté”) pour chouchouter ce territoire si stratégique, quitte à délaisser la province des gilets jaunes. Et encore, les statisticiens français n’intègrent pas dans leurs calculs la gratuité de l’école et de l’hôpital. À ce compte-là, la Seine Saint-Denis se révèle l’un des endroits où l’on trouve le moins de raisons économiques au monde de se révolter. Bref, ne croyez pas ceux qui affirment que Paris aurait à ses portes un infâme ghetto. Contrairement aux favelas de Rio ou au township de Johannesburg, nous avons une République qui déverse des milliards dans ses cités, y envoie les pompiers éteindre les incendies et y protège les citoyens avec la même police que dans les beaux quartiers. Le 93, c’est la Suède sans les fjords.

LA REPUBLIQUE BOBO

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Les « élites », premières responsables du chaos

Les « élites », qui prônent la fable du vivre-ensemble depuis quarante ans, se retrouvent aujourd’hui dos au mur et nient le caractère identitaire des émeutes, analyse notre chroniqueur.


La France déglinguée fait honte. Il y a une semaine, les commentateurs de plateaux glosaient avec condescendance sur l’instabilité de la société russe et sur la guerre intérieure déclenchée par Prigojine. Depuis, la fragilité de la République française s’étale aux yeux du monde. La vulnérabilité de la nation ouverte oblige à envisager une possible guerre civile. La situation force, surtout, à écouter enfin ceux qui alertent depuis des décennies sur l’état du pays. Pour avoir voulu manifester, le 13 mai, contre le « délitement » de la nation, d’anciens généraux et de vieux soldats avaient été sommés de se taire par le gouvernement. Le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, avait voulu voir ans cette initiative l’effet d’un mouvement d’extrême droite. C’est d’ailleurs au prétexte de ne « pas faire le jeu de Marine Le Pen » qu’une chape de plomb a rendu « nauséabond » le fait de nommer des réalités dérangeantes. Comme l’écrit ce lundi Georges Bensoussan dans Le Figaro, un antiracisme dévoyé « a jeté un voile sur des pans entiers d’une réalité sociale qu’on s’interdit de penser (…) Le chantage à l’extrême droite a rendu impossible la peinture vraie de la réalité française ». Le maire (LR) de l’Haÿ-Les-Roses (Val-de-Marne), Vincent Jeanbrun, dont la famille a été la cible dimanche d’une tentative d’assassinat par des émeutiers qui ont cherché à incendier son domicile, avait appelé en 2022 à « faire barrage aux extrêmes » en appelant à voter pour Emmanuel Macron. Or c’est le modèle de société diversitaire, défendue par le chef de l’État et les belles âmes, qui s’effondre à cause des prévisibles cohabitations conflictuelles.

A lire ausi : C’était la France, qu’est-ce qu’il en reste?

Le chaos a ses responsables. Ils ne se résument pas aux incendiaires ni aux réseaux sociaux. Ils sont parmi les « élites » dirigeantes. Depuis quarante ans, elles ont conduit le pays dans l’utopie infernale d’un multiculturalisme qui ne fonctionne nulle part. Il y a une semaine, Emmanuel Macron était à Marseille pour y valoriser durant trois jours cette « France de demain » qui a explosé sous ses pas, en dépit des fables sur le vivre ensemble. Dans la cité phocéenne, près de 300 commerces ont été pillés ces dernières nuits; des policiers ont essuyé des coups de feu. La Seine-Saint-Denis, érigée pareillement en vitrine de la France pour les prochains Jeux Olympiques, est en insurrection permanente. Partout s’observe un même affrontement entre deux peuples, deux civilisations, l’une occidentale et l’autre orientale. Après des décennies d’immigration de peuplement, la France va devoir vivre à l’israélienne, sous la menace d’intifadas et de djihads déclenchés au moindre prétexte, au nom d’une légitime défense autorisée par le Coran. Dans les mises à sac commises par des jeunes barbares issus de la communauté musulmane, la mémoire de Nahel n’a aucune place. Les Français vont-ils accepter de voir leur pays saccagé et de régler encore la note ? À eux de se faire entendre. Pourquoi pas une grande manifestation pacifique, rassemblant tous les amoureux de la France ?

La guerre des cagnottes

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La gauche, éternelle avocate des délinquants, s’émeut du succès de la cagnotte lancée par Jean Messiha pour le policier emprisonné, et prétend y voir la démonstration que la France est indécente et raciste. Le Garde des Sceaux affirmait hier qu’il n’était pas envisagé de l’interdire comme d’autres cagnottes polémiques, mais que la démarche n’allait pas dans le sens de l’apaisement. Analyse.


Leçon numéro 1 : la grande raison d’un succès hors-norme

Depuis des années, les Français n’en peuvent plus de voir la police être mal utilisée et la justice être mal rendue. Moyens policiers trop importants déployés pour harceler l’automobiliste pendant que les points de deal se multiplient, que la « racaille » défie la paix civile et que les agressions voient leur nombre s’accroître ; laxisme judiciaire qui ne cherche plus à rendre justice mais à ménager les susceptibilités des coupables : voilà ce que les Français voient depuis des années, voilà ce qu’ils ne supportent plus.

Ce qu’ils ne supportent plus également, c’est l’impunité morale dont le système a recouvert la délinquance des quartiers comme d’un manteau d’immunité : non seulement police et justice ne sont pas assez sévères avec elle mais en plus le Français moyen est accusé de racisme et de haine s’il se plaint de la situation. Quant aux commentateurs, aux politiques, aux journalistes et aux « experts », ils passent leur temps à expliquer l’attitude des fauteurs de trouble par des causes sociales et la pauvreté, ce qui fait bouillonner à juste titre les millions de Français qui vivent péniblement au SMIC sans jamais rien casser, eux.

Une cagnotte contre la frustration

Et comme les Français sont bien élevés, respectueux de l’espace public, même en colère ils ne vont pas piller, brûler, saccager et détruire le monde. Mais comme ils ne peuvent pas non plus exprimer cette colère par des mots puisque s’ils le font ils sont accusés de racisme, parfois poursuivis, parfois condamnés, ils s’abstiennent aussi de parler. Finalement, cette situation qui s’apparente pour les Français à une sorte de maladie de Charcot politique (prisonniers non dans leurs corps mais dans le corps social, voyant tout, entendant tout mais ne pouvant rien dire, rien faire, réduits à l’impuissance politique), et crée une frustration qui bouillonne et qui cherche des moyens de se soulager. La cagnotte vient permettre de libérer une partie de cette frustration : en donnant anonymement pour ce policier qui a arrêté un délinquant dans sa course folle, c’est-à-dire un policier qui semble, enfin, faire ce que la police doit faire, à savoir traquer les délinquants plutôt que les citoyens, les Français ont le sentiment de contribuer à réparer une injustice. Ne voulant rien casser par éducation, ne pouvant rien dire à cause de l’intimidation exercée sur eux par le complexe médiatico-politique qui impose l’omerta antiraciste sur ce sujet, mais désireux tout de même d’avoir voix au chapitre, contribuer au succès de cette cagnotte est une façon de dire pacifiquement un ras-le-bol qui doit tout de même être exprimé.

La gauche, éternelle avocate des délinquants, s’émeut du succès de cette cagnotte et prétend y voir la démonstration que la France est indécente et raciste ; les Français, qui voient la gauche continuer de déverser un discours qu’ils savent responsable de la situation actuelle, donnent d’autant plus en faveur de cette cagnotte que cela fait enrager des gens qui depuis toujours excusent les délinquants qui pourrissent la vie de tout le monde et accablent les policiers qui pourrissent la vie des délinquants, autrement dit des gens qui par leurs discours consolident un rapport de forces délétère pour la société et la paix civile. Ce qui nous amène à cette interrogation bien légitime : pourquoi la gauche, qui prétend être scandalisée par une cagnotte dont elle réclame prétendument l’annulation, passe son temps à parler d’elle sur les réseaux sociaux ? Car ce faisant, elle contribue très largement à la publicité dont cette cagnotte a besoin pour continuer de grossir ; et ce faisant, elle permet que des segments nouveaux d’internautes découvrent l’existence de cette cagnotte et l’alimentent davantage. Alors, pourquoi ?

Leçon numéro 2 : cette cagnotte est du pain béni pour la gauche

Depuis le début des événements, la gauche s’entête dans une stratégie qui va très probablement « suicider » son avenir politique. Se sachant maintenant condamnée à devoir supporter une grosse part des responsabilités dans l’entretien des émeutes, elle brûle ses vaisseaux et cherche à détourner l’attention non seulement d’elle mais aussi des émeutiers qui sont ses petits protégés. La cagnotte tombe à pic : grâce à elle, les meneurs de gauche, qu’ils soient députés Nupes, chroniqueurs Mediapart, journalistes en ligne ou « influenceurs » politisés, peuvent attirer les attentions et les regards ailleurs. Sur Twitter, ils se répandent en tweets de condamnation, accusent la cagnotte de glorifier un assassin et affirment que ses contributeurs sont les complices du crime. Catéchisme de gauche à tous les étages, moralisation totale de la question, dénonciations la larme à l’œil et la main sur le cœur, la gauche nous joue sa meilleure partition dans un registre qu’elle maîtrise sur le bout des doigts : celui de la diversion.

Elle a bien conscience que ces émeutes sont désastreuses pour l’image du vivre-ensemble qu’elle promeut et qu’après cette séquence il va devenir difficile, sinon impossible, de dire encore aux Français qu’ils doivent accepter la cohabitation avec des jeunes gens qui détruisent tout à la moindre occasion. Tout ce que la gauche défend depuis des années s’écroule sous ses yeux et sous les yeux de tous ; le vivre-ensemble dont elle a fait sa nouvelle religion vient de faire des millions d’apostats. Peu importe que ces émeutes s’arrêtent dans une heure ou dans un mois, car le mal est fait ; l’idéologie vient de percuter le réel de plein fouet et c’est le réel qui remporte la confrontation. Désormais toute promotion du discours vivre-ensembliste sera considérée par des Français encore plus nombreux comme une folie aveugle et une trahison. La gauche le sait, elle sent, elle comprend que ses petits protégés sont allés trop loin, trop vite, et qu’en se comportant ainsi ils ont déchiré de façon spectaculaire le voile que la gauche tirait depuis des années pour dissimuler le réel aux Français.

Bataille du réel

Pourtant, elle ne peut rien admettre, rien avouer, rien abdiquer car si elle a perdu la bataille du réel elle compte sur la confusion et la démagogie pour lui faire remporter encore quelques batailles électorales. Pour survivre donc, il lui reste le vote des banlieues qui deviennent le public qu’elle doit flatter à longueur d’interventions, mais les banlieues ne contribuant que très marginalement à l’effort de guerre électoral, ce n’est pas ici qu’elle pourra faire son plein d’électeurs. Il lui faut donc viser ailleurs : en l’occurrence du côté des Français encore enfermés dans les schémas de pensées périmés des années 80, encore sous le charme du baratin républicain sur la tolérance et la fraternité, encore sensibles aux discours moraux de la gauche. Pour séduire ceux-là et éviter que la rencontre avec le réel ne les détourne de leurs rêveries, il faut absolument leur donner un os à ronger, leur donner à condamner autre chose que les émeutes et les pillages : la cagnotte sert de contre-feu idéal.

Chaque fois que les agitateurs de gauche dénoncent la cagnotte, ils mobilisent l’énergie de la condamnation contre elle, ce qui a pour effet mécanique de faire oublier la gravité des émeutes et des pillages ou en tout cas de les mettre tous à un niveau égal de gravité. Il est dans l’intérêt de ces gens que la cagnotte continue car chaque euro qu’un Français y ajoute est une occasion de plus pour la gauche de faire un tweet dans le but est de serrer les rangs autour de l’idée que la France est raciste (et donc que ces émeutes, finalement, sont une réaction légitime, là où, par échelonnage de gravité, la cagnotte, elle, culmine tout en haut dans l’horreur) ! L’opération est donc double : il faut relativiser les émeutes pour plaire moralement aux banlieues en espérant bénéficier d’une belle rente électorale le jour où elles se déplaceront enfin dans les bureaux de vote, et dénoncer l’horreur de la cagnotte auprès des bobos et des rêveurs endormis qui, eux, votent vraiment et transforment des agitateurs gauchistes en députés Nupes. 

Finalement, cette cagnotte arrange tout le monde bien que chacun prétende en faire une pomme de discorde. 


Elisabeth Lévy: « On devrait pouvoir avoir de la compassion pour les deux familles »

Eloge du plaisir

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© Егор Камелев Unsplash

Face à l’antispécisme puritain d’un Aymeric Caron, il est bon de rappeler que la consommation carnée n’est pas encore un péché.


« Le plaisir n’a jamais pu justifier moralement une action », voilà ce que déclarait Aymeric Caron, député de la Nupes et ardent défenseur de la cause des moustiques, au cours d’une récente interview. Cette forte pensée prolongeait l’anathème fétiche de son auteur contre ceux qui sont à ce point arriérés et barbares qu’ils persistent à consommer de la viande, à se pourlécher devant un plat de tête de veau ou une côte de Charolais. « L’argument du plaisir que l’on retire à mâchonner des bouts de chair n’est pas valide. Le plaisir n’a jamais pu justifier moralement une action », voilà le propos dans son entier. Un aveu : je suis du nombre des mâchonneurs de chair animale et, honte à moi, je n’en conçois ni remords, ni culpabilité particulière. Je pourrais ajouter à mes victimes gastronomiques la poularde de Bresse, le brochet de Loire, l’andouillette de Troie, le lièvre à la royale… Ah, le lièvre à la royale ! Il vous faut pas mal de temps et, évidemment, un capucin, un beau ainsi qu’un foie gras cru de canard, pas moins de trois litres de vin rouge plutôt corsé, du lard en dés, d’autres ingrédients encore. Vous prenez le lièvre, vous le désossez… Mais voilà que je m’égare. Revenons à nos moutons. À propos de moutons, le cœur si sensible de M. Caron ne semble pas saigner autant devant les conditions abjectes et d’un autre âge dans lesquelles des ovins sont occis pour certaines célébrations religieuses que devant le sort que nous faisons aux moustiques harceleurs qui pourrissent nos soirées d’été. Selon M. Caron, ces charmantes petites bêtes ne font que nous pomper le sang pour nourrir leurs petits. Touchant. L’entendant parler ainsi, je n’ai pu me retenir d’applaudir à tout-va, tant de tels propos me semblaient être la parfaite métaphore de toute politique de gauche : pomper le sang des uns pour – prétendument – nourrir les autres. Ceux que je désigne ici par « les uns » se reconnaîtront sans grande difficulté. Mais je m’égare de nouveau.

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J’en étais resté à la sentence si profonde : « Le plaisir n’a jamais pu moralement justifier une action. » C’est donc ce que pense M. Caron. M. Caron qui a tout à fait le droit de penser ce qu’il veut, de même qu’il a le droit de mâchonner ce qui lui plaît, des fanes de radis plutôt que du coquelet rôti, par exemple. Un esprit taquin lui ferait observer que ce faisant, il goûte un certain plaisir et que ce plaisir vient conforter la règle morale qu’il s’est fixée de ne pas manger de viande. L’un et l’autre – plaisir et morale – ne sont donc ni ennemis ni même antinomiques. Loin de là. Le plaisir est même, dans une infinité de cas, le ferment moral, justement, de nos comportements, de nos actes. Il est ce qui nous rend plus authentiquement humains. Blaise Pascal, qui n’a pas laissé dans l’histoire le souvenir d’un fêtard invétéré ou d’un épicurien forcené, l’a bien compris. « L’homme est né pour le plaisir, écrit-il. Il le sent, il n’en faut pas d’autre preuve. » Le plaisir nous rend meilleurs en cela qu’il participe du bonheur. Et chacun d’entre nous sait parfaitement que nous ne sommes jamais meilleurs d’esprit, de cœur, d’humeur que lorsque nous sommes heureux. Le bonheur rend bienveillant, généreux, indulgent, compréhensif, clément, ouvert, agréable… Toutes qualités morales, me semble-t-il. Le plaisir, j’entends ici le plaisir sain qui respecte l’intégrité physique, mentale et morale d’autrui, est bien évidemment partie prenante dans cet état de grâce, tout comme le rouge corsé à sa part dans le capucin à la royale. C’est ce que M. Caron et ses camarades ne veulent pas voir. Ils sont les moralistes ténébreux pour qui seules la contrition, la mortification, la repentance, la détestation de soi parviendraient à « justifier moralement » non seulement les actions de leurs semblables, mais aussi leur présence au monde. Ils ont une conception désespérée et désespérante de l’humain. Un humain qu’ils ne peuvent imaginer que comme hanté d’une conscience malheureuse, douloureuse, condamné à un mea culpa permanent. Cela, parce qu’il serait coupable, évidemment. Coupable de tout. De la colonisation et de la tête de veau, de l’esclavage et de la fricassée d’ortolans, du sexisme et de la pêche à la ligne, du racisme et de l’invention de la tapette à moustiques. Une arme que je manie avec une certaine habileté. Et non sans plaisir en cas de succès, n’en déplaise à M. Caron.

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Maires EELV, les compagnons de l’aberration

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La maire de Bordeaux Pierre Hurmic (EELV), 3 juillet 2023 © UGO AMEZ/SIPA

Les maires EELV de Lyon, Bordeaux ou Grenoble ont été soumis à l’épreuve du réel et de la violence ces dernières nuits, jusque dans leurs centres-villes. Nos petits hommes verts espéraient un «soulèvement de la terre»; ils observent un soulèvement ethnique des banlieues ensauvagées. Et voilà maintenant qu’ils appellent au secours la police nationale, qu’ils ont longtemps fustigée. Récit.


L’heure est au bilan après ces six jours d’émeutes urbaines, de razzias et de chaos insurrectionnel. Et il est lourd ! Notamment pour les villes tenues par les écologistes ; Bordeaux, Grenoble, Strasbourg ou Lyon. Dans la nuit de vendredi à samedi dernier, dans le centre-ville de Lyon, au moins 30 magasins ont été pillés (magasins alimentaires, marques de vêtements, concessionnaires auto et moto…), un bureau de Poste a été entièrement détruit,  20 véhicules ont été incendiés, une école primaire a été saccagée, du mobilier urbain détruit, sans parler des affrontements hyper-violents à coup de tirs de kalachnikov à la Duchère, ou de jets de cocktails Molotov contre les forces de l’ordre dans le quartier de la Guillotière, déjà tristement connu pour être une zone de non-droit. En cette seule nuit de violences urbaines, 58 personnes ont été interpellées, d’après les chiffres de la préfecture du Rhône. A Bordeaux, chez Pierre Hurmic, ce fut la nuit de jeudi à vendredi dernier qui fut très difficile, avec des dégradations importantes commises dans plusieurs communes de l’agglomération et même en zone plus rurale. Bilan : 11 policiers blessés, 10 interpellations, cinq bâtiments publics incendiés, 56 voitures brûlées et presque autant de feu de poubelles… À Strasbourg, chez Jeanne Barseghian, c’est lors de cette même nuit de jeudi à vendredi dernier que la violence s’est déchainée. Bilan : 76 véhicules brûlés, une quarantaine de poubelles brûlées, une régie de quartier du bailleur social Ophéa, un centre culturel, une mairie de quartier également incendiés. A Grenoble, chez l’impayable Eric Piolle, même scénario cauchemardesque avec des violences urbaines d’une rare intensité, avec notamment une voiture bélier qui a été projetée contre le bureau de Poste, des commerces du centre-ville pillés ; une trentaine de prévenus étaient jugés le dimanche 2 juillet en comparution immédiate au tribunal correctionnel de la capitale des Alpes.

La police nationale, ça a du bon finalement

Le réel est donc entré brutalement par effraction avec son lot de peurs et de pleurs dans les métropoles bobos… Un sacré coup de massue pour des maires EELV qui ont été élus sur un programme très léger en matière de sécurité, un programme visant plutôt à désarmer la police plutôt qu’à l’armer, à dialoguer avec les délinquants et les criminels plutôt qu’à les réprimer. Confrontés à la violence gratuite et radicale des émeutiers qui ont saccagé et détruit tout ce qui était sur leur passage dans une jubilation morbide et nihiliste, les maires écolo apparaissent complètement sonnés. « J’ai un sentiment de sidération et de colère » reconnaissait Eric Piolle, maire EELV de Grenoble, samedi, devant l’ampleur des dégâts. « On n’a jamais vu ça à Grenoble ». Il semble loin, le temps où l’édile vantait une « métropole apaisée » dans ses affichages municipaux. Quant au maire EELV de Lyon, Grégory Doucet, lui, il en vient à demander finalement plus « de renfort de police ». Pourtant, c’est bien le même Grégory Doucet qui, en mars 2021 lors la journée de la femme, défilait devant un panneau sur lequel était inscrit police nationale = scandale aux côtés d’une élue EELV qui scandait « la culture du viol est présente chez les forces de police ». C’est le même Grégory Doucet qui avait proposé des cours de théâtre et de méditation pour enrayer l’insécurité… Dimanche soir, pour la sixième nuit consécutive d’émeutes, la tension était à son comble dans la capitale des Gaules. Des véhicules blindés du RAID et de la BRI stationnaient place Bellecour… Au moins, cela changeait du ballet infernal des rodéos urbains et de tous ces délinquants qui ont défié à plusieurs reprises l’autorité en levant leurs bécanes jusque sous les fenêtres de la mairie.

Les convictions anarco-libertaires, ça va bien deux minutes…

Face à l’embrasement de la violence constaté ces derniers jours, les maires écologistes mettent donc au placard leurs convictions anarco-libertaires parfois teintées d’idéologie anti-police ; ils réclament le retour de l’ordre républicain, pour en finir avec la guérilla urbaine. Sacré revirement quand on y pense, car il n’y a pas si longtemps, à l’instar du mouvement de la France Chaotique – dont le gourou pyromane, Jean-Luc Mélenchon, a perdu tout sens commun lors de cette crise des banlieues -, les élus écologistes dénonçaient volontiers une violence qui serait structurelle à la police, remettaient en question le dispositif des forces de l’ordre déployée à Sainte-Soline contre les anti-bassines et considéraient comme légitimes les opérations de désobéissance civile des militants écologistes de Dernière Rénovation qui bloquaient la circulation en se collant les mains au goudron ou qui jetaient des pots de peinture sur des toiles de Van Gogh ou d’autres œuvres d’art… Oubliant leur écharpe tricolore, des élus écologistes ont cautionné l’écologisme radical selon lequel sauver la planète justifie tous les moyens y compris les plus violents contre l’Etat de droit. Pour Gaïa, tout était permis !

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Aujourd’hui, devant la flambée de violence gratuite de la racaille de cité, les élus écologistes réclament donc le retour de l’Etat de droit avec une présence renforcée des forces de l’ordre – ce qui les sépare de facto des prises de positions anti républicaines des lieutenants de la France insoumise qui ont, eux, refusé d’appeler au calme. Depuis leur élection en 2020, les maires EELV ont érigé en priorité tout ce qui pouvait flatter l’électorat progressiste… En plus de manger du tofu, tout était bon à prendre pour s’acheter une bonne conscience écolo. À Lyon, la priorité était ainsi de construire des pistes cyclables inclusives et non genrées (pour éviter des agressions par des cyclistes mâles pas encore déconstruits, qui sait ?), d’instaurer des cours de récréation où le foot trop machiste serait remplacé par des ateliers de jardinage, ou encore de subventionner des mouvements écoféministes ou « écosex » dont la principale activité est de danser nu et de faire l’amour aux plantes pas loin des enfants. Pour cet agenda progressiste déconnecté des préoccupations sociales et sécuritaires de nombre de leurs administrés, les maires EELV ont trouvé du budget ! En revanche, équiper les villes avec plus de caméras de vidéosurveillance pouvait évidemment attendre. Peu importe si les rodéos urbains pourrissaient la vie des Lyonnais, ou si le trafic de drogue et le marché noir s’amplifiaient à Lyon, Grenoble ou Bordeaux, générant son cortège de vols, d’agressions, d’affrontements entre bandes rivales, peu importe si derrière la végétalisation de l’espace public se préparait la guerre de tous contre tous.

Qui sème le vent récole la tempête ! 

À force de sacraliser la nature (perçue comme moralement bonne et bienfaisante) et de diaboliser la société (jugée comme structurellement mauvaise), ces élus n’ont fait que préparer un terrain fertile pour le déchainement de cette violence qui n’est autre que le revers de la médaille d’un état de nature qu’ils appellent de leurs vœux ou oubliant que dans la nature, c’est la loi du plus fort qui règne.

Par ailleurs, déconstruire les fondations de la civilisation française (par exemple en s’attaquant à la langue avec l’écriture inclusive), cela revient aussi à ouvrir la porte à l’ensauvagement des mœurs. Après les violences de l’extrême gauche lors des manifestations contre la réforme des retraites – violences que les maires bobos n’ont pas assez condamnées –  l’ultra violence de ces délinquants en grande majorité mineurs et radicalement décivilisés, capables de prendre du plaisir à semer la terreur, marque un tournant. Pourrait-elle également marquer un tournant politique et sécuritaire dans l’agenda politique de ces municipalités écologistes ? Au point de se fâcher avec les cheffes de file nationales, écoféministes et anti flics ? Au point de se fâcher immanquablement avec l’incontournable binôme Sandrine Rousseau / Marine Tondelier ? Confrontés aux réalités du terrain, les maires écolos deviendront-ils, eux aussi, des « chiens de gardes qui ordonnent à appeler au calme », que fustige Jean-Luc Mélenchon ? Seront-ils prêts à faire leur chemin de Damas, et à troquer leur foi passée pour celle du régalien ? C’est peu probable… mais enfin l’avenir le dira.

Le terreau des terroristes

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Réouverture de la Grande Mosquée de Pantin en 2021 © Vincent GRAMAIN/SIPA

L’anticolonialisme et la propagande anti-française ont envahi les quartiers sensibles et l’université, pendant que les médias prônaient l’autoflagellation culturelle.


À l’heure où chacun s’interroge sur les causes du soulèvement qui vient de traverser nos banlieues « sensibles », il n’est pas inutile de rappeler ce qui se disait déjà au moment de la sanglante équipée de Mohammed Merah qui fit sept victimes dont trois enfants. Quand il est mort, une grande partie des médias s’est efforcée de gommer les motivations politico-religieuses de son acte, par lui-même exprimées, pour y substituer une pure causalité sociale. L’accent fut mis sur le sort tragique des jeunes issus de l’immigration, sur leur aliénation, sur leur manque de perspectives dans une société barrée par l’horizon grisâtre du chômage. Elle se doublait d’une politique de culpabilisation en direction des citoyens français.

Toujours la faute de la France

La palme revint au New York Herald Tribune qui écrivit ceci : « Ce n’est pas Al Qaïda qui a créé Mohammed Merah, c’est la France. » Manière de dire : la responsable, c’est la société française et ses injustices. Le journal américain reprenait d’ailleurs la phrase d’un des camarades de classe du terroriste. Bref, nous plongeâmes, tête la première, dans la culture de l’excuse et l’autoflagellation. Alors que les influences islamistes qui s’étaient exercées sur Merah étaient minimisées.

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Pendant la décennie écoulée, il fut difficile de parler des banlieues et de l’immigration autrement. Dans les grands médias et à l’Université, on n’entendait pratiquement que ce son de cloche : les banlieues étaient un problème social, qu’il fallait traiter socialement. En vain, le chroniqueur Ivan Rioufol sonna-t-il un jour le tocsin en ces termes vigoureux : « … le feu de l’islamisme couve dans les cités. Pour certains, Merah est devenu un héros. Des pages Facebook dédiées à sa mémoire ont dû être fermées. Des professeurs n’ont pu faire respecter à leurs élèves la minute de silence en mémoire des victimes. Des enseignants reconnaissent dans leur classe l’ancrage des sentiments anti-juifs. »

On peut dès lors avancer qu’il y a deux analyses possibles de la question des banlieues éruptives. Selon l’une, elle résulterait du manque de perspectives pour leurs habitants qui jetterait les jeunes dans la désespérance. Dès lors, la régulation de l’immigration qui fait grandir inlassablement ces zones, jusqu’à les rendre explosives, est un faux problème. Selon l’autre analyse, tout résulterait de la vague islamiste venue du Proche-Orient jusqu’à nos rivages européens. Bien sûr, chacun comprendra qu’opposer ces deux types de causalité est artificiel. Les deux analyses que nous venons d’évoquer n’ont rien de contradictoire. Entasser des immigrés par millions dans de ternes cités où le travail et l’opportunité de progresser sont clairsemés ne peut rien donner de bon. Que sur ce terreau se diffusent des influences politico-religieuses très dangereuses est une évidence qui crève les yeux. Ces influences se répandent là parce que l’ambiance politico-religieuse importée les favorise. Dans leur majorité, les grands médias français se sont refusés à admettre cette évidence aveuglante.

Des quartiers… sensibles

Point n’est besoin cependant d’être un grand sociologue pour comprendre que la porosité de nos banlieues à l’islamisme vient de ce qu’elles y sont justement « sensibles ». Certes tous les musulmans des banlieues ne sont pas des islamistes. C’est fort heureux et remercions en la Providence. Mais rien ne garantit qu’il en sera toujours ainsi. En fait, les banlieues sont des bombes à retardement. Ce que les événements des jours derniers viennent de nous rappeler de façon tonitruante.

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Chômage, plus assistanat, plus islamisme, voilà en effet une combinaison détonante. Reste à éviter qu’elle n’explose. Pour cela, rien n’est plus important que d’empêcher les médias audiovisuels de provoquer la mise à feu.

Nanterre, 29 juin 2023 © Michel Euler/AP/SIPA

Car j’ignore à quelle stratégie répond le déversement sur les ondes françaises, depuis 20 ans, d’une propagande calquée sur celle du FLN algérien, mais c’est un fait, nous y avons eu droit et massivement. Depuis deux décennies, et avec une intensité redoublée par le soixantième anniversaire de l’Indépendance, les grands médias nous ont servi à propos de l’Algérie et de la Guerre d’Algérie, un flot torrentiel de rhétorique systématiquement anticoloniale. Au point qu’elle pourrait passer telle quelle à Radio-Alger : dénigrement inlassable de la colonisation, dénigrement de l’Armée française durant le conflit, édulcoration des crimes de la rébellion et « oubli » des souffrances de diverses catégories des populations algériennes de l’époque. C’est là une pure folie.

À l’occasion du soixantième anniversaire, ce fut un déferlement de productions biaisées, de débats truqués et de propagande anti-française. Certains journalistes et « historiens » nous servent cette soupe « agrémentée » de quelques ingrédients plus ou moins subtils, mais c’est bien de la soupe FLN qu’il s’agit : éloge déguisé du terrorisme, éloge de certains terroristes, accusations démesurées contre la colonisation et l’œuvre françaises en Algérie, accusations démesurées contre notre armée. Simultanément, l’idéologie dite woke submerge nos universités avec son volet « décolonial ». Ceci ne peut se faire qu’avec l’appui ou la « neutralité » active de hautes autorités. Ceux qui agissent ainsi prennent une lourde responsabilité. En inondant les banlieues d’une propagande anti-française, et l’Université de son pendant anticolonial, on prend le risque de créer des terroristes par centaines.

Le temps des loups solitaires à la Merah a pris fin. Bientôt, ils chasseront en meute. N’est-ce pas ce que les sinistres journées que nous venons de vivre démontrent ? Poursuivrons-nous dans les mêmes ornières ?

Roman Polanski: la persécution sans fin

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Roman Polanski et Ryszard Horowitz © Robert Sluzniak KRKFILMS / ARP SELECTION

Dans un documentaire, Roman Polanski revient dans la ville où il a vécu enfant, en compagnie de son ami photographe Ryszard Horowitz, survivant de la Shoah.


Risquera-t-on le parallèle ? En 1977, Roman Polanski, 44 ans, est poursuivi par la justice américaine pour le viol de l’adolescente Samantha Gailey, 13 ans, dans la maison de Jack Nicholson, à l’occasion d’une séance photo pour Vogue qui, arrosée au champagne, se poursuit dans le jacuzzi pour s’achever par une sodomie sur le divan. Qu’importe que le cinéaste, condamné, ait purgé sa peine aux États-Unis ; que Samantha, en réparation, ait accepté de toucher plusieurs centaines de milliers de dollars ; qu’elle ait ensuite publiquement pardonné à son « agresseur », jusqu’à défendre sa cause contre l’hystérie médiatique et contre la furie vengeresse des féministes de profession encartées chez #MeToo. Peu importe que Samantha, qui frise désormais la soixantaine, doive encore supplier la planète entière de passer l’éponge sur cette affaire judiciaire qui date de près d’un demi-siècle ! Elle colle tellement à la peau du proscrit qu’encore aujourd’hui, menacé d’extradition, l’émérite réalisateur de Rosemary’s Baby, du Pianiste ou de J’accuse, exclu de l’Académie des Oscar, vilipendé par les Tartuffe de la bien-pensance, inlassablement traqué par Interpol, harcelé par quelques harpies supposément violées elles aussi par ce monstre dans leur prime jeunesse, ne peut se déplacer librement que dans trois pays, la France (où il vit), la Pologne (où il a passé toute son enfance) et la Suisse. La traque continue. 

Quel rapport avec Promenade à Cracovie qui sort ce mercredi en France dans une dizaine de salles à peine ? L’opprobre attaché à cet unique et lointain mauvais pas du cinéaste empêche manifestement certains, chose tout de même incroyable, de considérer ce documentaire infiniment émouvant pour ce qu’il est : le retour de deux très vieux amis, juifs l’un et l’autre, Ryszard Horowitz et Roman Polanski, sur les lieux même où la terreur nazie a piégé leur enfance. Non, il faut encore que certaines âmes vertueuses chipotent au presque nonagénaire Polanski le droit de revenir sur ses traces pour la première fois de sa vie, d’arpenter le théâtre d’épouvante dont lui et son ami ont réchappé par miracle. Bref, la tentation qui, selon Michèle Halberstadt, patronne du distributeur l’ARP, se serait fait jour chez quelques exploitants de boycotter la programmation du film en salles, a partie liée avec l’ostracisation qui frappe toujours Roman Polanski. 

Polanski s’est construit, comme artiste et comme homme, sur cette toile de fond terrifiante que son hypermnésie lui restitue et dont ses mémoires, Roman par Polanski, rendaient déjà compte en 1984.  Rendons-lui cette justice de rester, à 89 ans, en dépit de cet infernal acharnement contre lui (sans compter le traumatisme de l’assassinat de son épouse enceinte, Sharon Tate, en 1969, par ces tordus de la secte de Charles Manson !) un vieillard alerte, joyeux, extraordinairement vivace. Tel  apparaît en effet Polanski dans Promenade à Cracovie : déambulant d’un bon pied aux côtés de son vieil ami le fameux photographe  Ryszard Horowitz (qui fut l’assistant puis le disciple du grand Richard Avedon), dans cette ville où s’est brisée leur enfance. Horowitz fait partie de ces rescapés de la Shoah qui, tout comme ses parents et sa sœur, doivent la vie sauve à l’industriel Oskar Schindler. Ryszard n’avait que quatre ans lorsqu’il est arrivé à Auschwitz, en 1944, cinq quand le camp est libéré par l’armée soviétique en janvier 1945. De trois ans son aîné, Roman, lui, fut exfiltré du ghetto par des mains amies, puis recueilli à la campagne chez de très pauvres paysans. Il retrouvera son père au sortir de la guerre.  Ni sa grand-mère, ni sa mère n’auront eu la même chance… 


Ponctué de quelques photos ou films d’archives (dont cette séquence où l’on reconnaît le petit Horowitz derrière les barbelés du camp à peine libéré par les troupes soviétiques, en 1945), le moyen métrage de Mateusz Kudla et Anna Kokoszka-Romer n’est pas le récit circonstancié de ces jeunes destins malmenés par l’Histoire. Mais bien plutôt un passionnant document sur le travail de la mémoire. Car les deux hommes n’étaient jamais retournés ensemble à Cracovie. L’un vit à New-York, l’autre à Paris. Ils ont fait le voyage pour confronter le souvenir qu’ils gardent chacun de cette période. Tout remonte à la surface. Leur complicité amicale n’est pas mise en scène : au début, on voit même Polanski chercher une paire de ciseaux pour… couper les poils du nez qui déparent le visage de son vieux camarade ! Au cimetière juif où ils évoquent ce passé « dont il ne reste que des fantômes », on les voit partir tous les deux d’un énorme fou-rire. À un autre moment, Polanski souffle à son compagnon : « sortons d’ici, je t’en supplie. Je ne supporte pas les églises, les synagogues »… En voix off, c’est Rydzard qui rétrospectivement, de sa voix douce, commente ces retrouvailles. Lui à qui Roman demande soudain de lui montrer le tatouage qui, quatre-vingt ans après, marque toujours son avant-bras : matricule B14438. Voilà Roman qui raconte comment son père, le jour de la liquidation du ghetto, coupe les barbelés et ordonne à son fils de filer. Voilà encore Roman, montant les escaliers de l’immeuble familial qui, seul de la rue, conserve aujourd’hui sa couleur grisâtre, entrant dans l’appartement dont ses parents furent chassés. « J’ai compris qu’on nous emmurait », dit-il à propos de l’ancien ghetto dont il ne reconnaît rien à présent : « c’est DisneyLand », dit-il, avouant ne pas trop comprendre le symbolisme de ces chaises disposées pour le « devoir de mémoire ». 

Non, décidément la mémoire n’est pas un devoir, mais une force agissante : elle surgit au coin du bois, déformée sans doute, mais intacte. Le maudit, ce n’est pas Polanski : c’est ce temps-là. Il nous saute à la figure.       

Roman par Polanski

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Promenade à Cracovie. Documentaire de Mateusz Kudla et Anna Kokoszka-Romer. France, 2023, couleur et noir et blanc. Avec Roman Polanski et Rysard Horowitz. En salles le 5 juillet 2023.

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Anne, Sandrine, Greta… Au milieu du chaos, les grandes causes surnagent

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Le président Zelensky a accueilli Anne Hidalgo au Sommet international des villes et régions à Kiev, le 20 avril 2023 © Ukrainian Presidency/SIPA

Il se dit que Sandrine Rousseau n’a pas l’intention de se laisser supplanter par Hidalgo et Thunberg sur la scène internationale. Une rumeur bruisse…


« Des pessimistes crurent savoir que le Soleil n’en avait plus que pour 303 décillions virgule 2 d’années-lumière, l’homme fut plongé dans la tristesse ; heureusement on s’était trompé : c’est virgule 5 qu’il fallait lire ; l’homme reprit cœur. On en est là. »

Alexandre Vialatte, Antiquité du grand chosier

Il y a quelques mois, invitée à Bruxelles lors du forum d’investissement pour la ville de Kiev, Anne Hidalgo prodiguait à Wladimir Klitschko, l’ancien champion du monde de boxe et frère du maire du Kiev, quelques conseils fort utiles pour reconstruire la capitale ukrainienne après la guerre. Impavide, le boxeur écouta poliment Mme Hidalgo lui expliquer dans un anglais consternant pourquoi et comment aménager… des pistes cyclables. Forte de son expérience, elle proposa son aide pour adopter « zis niou modèle ». Wladimir Klitschko, après avoir fichu la trouille à l’auditoire en alléguant les risques d’accidents dans les cinq centrales nucléaires ukrainiennes, asséna un « nous devons d’abord terminer la guerre » qui ne réfréna nullement les ardeurs écologistes de la maire de Paris. Finir la guerre, oui, bonne idée, pourquoi pas, répondit-elle en substance, encore faut-il avoir « une vision de l’avenir » : « Je pense que l’Ukraine, comme tous nos pays, doit abandonner l’énergie fossile parce que vous voyez que toutes les guerres dans notre siècle sont provoquées par les tensions autour de l’énergie fossile. Et dans cette vision de la paix, je pense aussi que pour une meilleure vie, nous devons avoir plus d’énergie verte et peut-être que l’Ukraine peut être un exemple pour nous », conclut Anne de Paris devant un Wladimir Klitschko au bord de l’apoplexie.

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Le 29 juin, dans le cadre de la création d’un groupe de travail européen sur les « dégâts écologiques causés par l’invasion russe », Volodomyr Zelensky a reçu à Kiev… Greta Thunberg. Cette dernière a dénoncé un « écocide » en évoquant la destruction du barrage de Kakhova : « L’écocide et la destruction de l’environnement sont une forme de guerre », a balbutié la Philippulus suédoise. Greta Thunberg est une buse (ou une tourte, les avis sont partagés) mais Zelensky a bien compris que s’il voulait un jour voir son pays rejoindre l’UE, il lui fallait jouer le jeu et perdre son temps à écouter les activistes écolos les plus ineptes mais malheureusement aussi les plus en odeur de sainteté auprès des institutions européennes. Quant à Greta, un peu oubliée ces derniers temps, cette réunion éclair et inutile lui aura au moins permis de se refaire une beauté médiatique.

Il se dit que Sandrine Rousseau n’a pas l’intention de se laisser supplanter par Hidalgo et Thunberg sur la scène internationale. Une rumeur bruisse : la députée EELV préparerait une prochaine rencontre avec… le président Poutine. Outre les habituelles remontrances écologiques, elle envisagerait de mettre le nez du président dans son abominable « virilisme ». Celle qui a dénoncé récemment la « masculinité toxique » de notre buveur de bière de président, se sent d’attaque pour confronter Vladimir Poutine à ses « démons masculinistes ». Des proches de la députée font état d’une préparation savante devant aboutir à une démonstration implacable. Un discours acéré sur « le régime autoritaire, nécro-politique, masculiniste et hétéro-patriarcal poutinien » et des photographies accablantes – Poutine torse nu, un fusil à la main, devant un barbecue, regardant son épouse en train de faire la vaisselle, buvant de la vodka au goulot, debout sur un tank, sur un ours ou sur les épaules de Medvedev, etc. – seront les piliers de cette « mise au point salutaire », selon eux. Il est prévu que Sandrine Rousseau « portera l’estocade » en remettant au président Poutine son ouvrage Au-delà de l’androcène traduit en russe. « Je vais te le déconstruire en moins de deux, le russekof », aurait rugi la députée en glissant les œuvres de Paul B. Preciado et Virginie Despentes dans ses bagages. Naturellement, si elle a lieu – car tout ceci relève pour le moment, répétons-le, de la rumeur – nous ne manquerons pas de rapporter les moments saillants de cette rencontre au sommet.

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L’information qui va suivre n’est cette fois pas une rumeur mais un fait avéré – par les temps qui courent, on est obligé de préciser. Les députés LFI collent décidément au plus près des préoccupations des Français. Les événements en cours obligeant la représentation nationale à se pencher une fois de plus sur notre arsenal juridique, les députés insoumis ont décidé de frapper un grand coup : le 29 juin, au plus fort des émeutes, ils ont déposé un amendement destiné à… « améliorer la prise en charge des personnes transgenres en prison » et à faire en sorte, par conséquent, que la mise à l’écrou soit « effectuée en fonction de l’identité de genre déclarée de la personne condamnée, indépendamment du genre indiqué au moment de la condamnation », que cette personne soit incarcérée dans un établissement pénitentiaire correspondant à son « genre vécu » et que le personnel pénitentiaire soit sensibilisé à « la lutte contre la transphobie ». Enfin une mesure à la hauteur des enjeux ! D’aucuns pensent que les élus LFI n’ont pas jeté d’huile sur le feu qui embrase la France et qu’ils sont des « boucs-émissaires » désignés par le « Parti de l’Ordre » – et nous ne sommes pas loin d’abonder dans ce sens : un mouvement politique qui est capable de faire abstraction des pillages, des incendies, des destructions de bâtiments officiels, des menaces sur les maires, des tirs à balles réelles sur les forces de l’ordre, bref, du chaos qui règne sur notre pays, pour prendre la défense des « personnes transgenres [qui] vivent de nombreuses violences dans le système carcéral français » et pour « réparer cette maltraitance institutionnelle », ne saurait être accusé de tous les maux. Après les émeutes, les députés LFI prévoient-ils de profiter de la destruction du mobilier urbain pour relancer, entre autres, l’épineux dossier sur l’installation de toilettes non genrées dans l’espace public ? La conclusion de la déclaration du député LFI Antoine Léaument face à une douzaine de badauds égarés devant sa permanence parlementaire nous le laisse subodorer : « Si noire soit la nuit, le soleil finit toujours par se lever, et si tristes soient les jours vécus, de meilleurs jours finissent toujours par arriver quand on se bat pour un monde meilleur. » Toilettes genrées ou non, reconnaissons au moins à certains l’art de savoir pisser dans un violon ou contre le vent, c’est selon.

Les Gobeurs ne se reposent jamais

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Vers une République de marquis poudrés?

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Plus d'une tonne de cocaïne saisie au bord d'un navire de commerce par les douaniers garde-côtes de Manche-Mer du Nord, Dunkerque, octobre 2021

Comme chez nos voisins européens, la cocaïne est désormais disponible à prix cassé dans nos villes et nos campagnes. Importée en gros, elle a cessé d’être un produit de luxe. Mais son inquiétant pouvoir de corruption et de destruction, lui, n’a pas diminué.


La vie est chère ? Tout augmente ? Pas forcément. De 150 euros au détail il y a quelques années, le gramme de cocaïne se négocie aujourd’hui entre 60 et 80 euros à Paris. Face à la hausse de prix de l’énergie et des matières premières, la cocaïne, jadis produit de luxe, se démocratise.

L’augmentation des saisies en témoigne : dans le port d’Anvers, en 2022, la police a saisi 110 tonnes de cocaïne. En 2015, c’était moins de 16 tonnes. Ces chiffres témoignent moins de l’amélioration des performances policières contre le trafic que de l’explosion du marché : l’Europe est le nouvel eldorado des trafiquants de cocaïne.

Yann Bastière, représentant de SGP Unité Police explique le mécanisme à l’œuvre : « Le marché de la cocaïne aux États-Unis est saturé. Dans le même temps, la production explose. En Colombie, premier pays producteur, les surfaces ensemencées ont augmenté de 43 % en 2021 par rapport à 2020. Trouver de nouveaux débouchés est une nécessité vitale. Pour que ces marchés soient rentables, il faut pouvoir écouler de grandes quantités de drogue. Voilà pourquoi l’Europe et son importante classe moyenne sont la cible privilégiée des trafiquants depuis quelques années. Voilà pourquoi les prix sont en baisse tandis que la qualité augmente : il faut conquérir et fidéliser de nouveaux consommateurs. »

Des arrivées massives et peu contrôlées

La porte d’entrée de la drogue, ce sont les grands ports de conteneurs, comme Anvers, Rotterdam ou Le Havre. Un autre acteur est déterminant dans le cas de la France : la Guyane. Sa frontière avec le Suriname, narco-État et plaque tournante du trafic de la cocaïne colombienne vers la France, en fait un véritable « narco-département ». Selon une source policière, « la frontière avec le Suriname, très peu contrôlée, ressemble aux Champs-Élysées en matière de fréquentation, surtout à l’approche des deux rotations quotidiennes de l’aéroport de Cayenne vers la France. À chaque contrôle, on attrape trois ou quatre mules, mais on sait très bien que ce n’est que la pointe immergée de l’iceberg. Plus il y a de mules, alors que les effectifs de douane sont limités, plus un grand nombre passe entre les mailles du filet. Ils se moquent de perdre trois ou quatre mules si sur chaque voyage ils en font passer des dizaines d’autres. » Et ce fonctionnaire longtemps chargé de la lutte contre le trafic de stupéfiants de raconter : « Un jour, nous avions décidé de faire un contrôle exhaustif et inopiné d’un avion. Même en prenant la décision le plus tard possible, le pouvoir de corruption des trafiquants est tel que l’info a fuité malgré tout. Eh bien, sur un avion de 250 personnes, une quarantaine de personnes ne se sont pas présentées à l’embarquement alors que les billets n’étaient plus remboursables. »

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Le gros du trafic vers l’Europe reste néanmoins transporté par conteneur. Dans le cas emblématique d’Anvers, seul 1,5 % des 12 millions de conteneurs débarqués sont analysés. De source policière, on estime que seulement 10 % de la drogue transitant par ce biais serait interceptée. Pour les trafiquants, cette perte est acceptable au vu des énormes bénéfices : le marché de la cocaïne à Anvers est estimé à plus de 50 milliards par an, soit 10 % du PIB de la Belgique.

Terreur et corruption

« Les trafiquants connaissent parfaitement le fonctionnement des ports. Ils planquent notamment la drogue dans des conteneurs de produits périssables, car ceux-ci doivent être débarqués très vite et ne peuvent être stockés. Mais surtout, ils disposent de tellement d’argent qu’ils n’ont pas de mal à corrompre des dockers, des douaniers, des policiers… Et si la corruption ne marche pas, il reste la terreur », raconte Fabrice Rizzoli, président de Crim’Halt. À Anvers, la violence générée par le trafic de drogue a ainsi débordé du port sur la ville, pour finir par gangrener le pays. La situation est devenue d’autant plus incontrôlable que les autorités ont longtemps refusé d’investir dans des systèmes de caméras performants ou des portiques à scanners. Facile d’accès, le port est devenu le terrain de jeu de la « Mocro Maffia », cette mafia marocaine qui sévit dans le nord de l’Europe, notamment en Belgique, aux Pays-Bas ou dans le nord de la France, régions où beaucoup d’immigrés issus du Rif se sont installés depuis les années 1960. En effet, l’arrivée de la cocaïne s’appuie sur les réseaux déjà existants, et notamment ceux du cannabis. Selon Yann Bastière, « il existe une joint-venture entre mafias italienne, marocaine et corse, et les producteurs sud-américains. Une des preuves de ces liens structurels se trouve au Maroc. On y saisit en effet de plus en plus de cocaïne alors que le Maroc n’est pas producteur. Le produit y arrive, car il emprunte les routes du trafic de cannabis et est distribué par les mêmes acteurs. »

En France, le port du Havre s’est imposé rapidement comme une porte d’entrée importante pour la cocaïne. En 2021, 10 tonnes de cocaïne ont été saisies, une augmentation de 164 % en un an. Comme à Anvers, corruption et violences ont organisé l’emprise mafieuse sur le port et les dockers sont en première ligne. L’organisation particulière des ports et le règne de syndicats tout-puissants qui imposent leurs normes empêchent l’installation de caméras, imposent un accès libre aux conteneurs par les dockers, font de ceux-ci des agents incontournables pour récupérer la marchandise. Une source policière nous a confirmé que, « sans la complicité de dockers, faire sortir la drogue est impossible. D’ailleurs, un certain nombre d’entre eux se retrouvent devant la justice suite à des affaires de corruption. Cela permet de se faire une idée des sommes offertes par les trafiquants. 10 000 euros pour un prêt de badge, 50 000 euros au grutier pour déplacer un conteneur… Difficile de résister à de telles tentations. »

L’appât du gain n’explique cependant pas tout. Selon Yann Bastière, « l’extrême violence des trafiquants et leur détermination mettent une pression énorme sur les employés des docks, les douaniers et les policiers. Au Havre, des dockers ont été enlevés et séquestrés, leurs familles ciblées. Et il y a une disproportion entre les moyens affectés au contrôle et à la police, et ceux des trafiquants. » Depuis que les polices belges, françaises et néerlandaises ont réussi à s’introduire dans la messagerie Sky ECC utilisée par des réseaux mafieux, elles sont tombées sur des vidéos de chambres de torture, de personnes démembrées et passées au hachoir. De quoi décourager l’honnêteté. Le port du Havre a déjà connu des enlèvements et son premier mort. En 2020, le corps d’Allan Affagard, docker et syndicaliste CGT, a été retrouvé derrière une école. Il avait été soupçonné d’avoir facilité la sortie de cocaïne du port et mis en examen pour cela. Des accusations qu’il avait toujours récusées.

Le pouvoir des trafiquants

Aux Pays-Bas, la princesse héritière et le Premier ministre sont directement menacés de mort par les trafiquants. En Belgique, c’est le ministre de la Justice qui est ciblé. Mais si des menaces réelles pèsent sur la classe politique, l’inquiétude réside aussi dans sa corruption potentielle. Avec des enjeux et des moyens colossaux, les réseaux mafieux ont besoin de développer des liens avec les élus à tous les niveaux. Certes, peu d’affaires ont éclaté, mais les spécialistes pensent que l’histoire retentissante qui a éclaboussé la ville de Saint-Denis, où une demi-tonne de cannabis était entreposée dans le centre technique municipal, n’est peut-être pas si exceptionnelle. La relative impunité dont a bénéficié l’employé durant le temps qu’a duré ce trafic interroge sur l’aveuglement des élus et la grande mansuétude de la hiérarchie.

À ne pas manquer, notre grand dossier « Le bad trip français »

On peut citer aussi le cas de Florence Lamblin, élue EELV et adjointe au maire du 13e arrondissement, accusée d’avoir aidé au blanchiment d’argent lié au trafic de drogue, ou encore de Nicolas Jeanneté, directeur du parti Nouveau Centre et conseiller de Paris, accusé de trafic de stupéfiants, de Mélanie Boulanger, maire PS de Canteleu et de son adjoint chargé du commerce, accusés d’avoir été sous l’emprise de trafiquants de drogue et de leur avoir « facilité » la vie. Comme dans le cas des personnels portuaires, le ciblage des élus pourrait s’avérer d’autant plus « rentable » que les menaces de mort des caïds de la drogue sont crédibles, durables et suivies d’effets, là où la protection policière peut apparaître limitée et défaillante.

En attendant une réaction à la hauteur des périls encourus, les spécialistes du marché de la drogue alertent : « Quand la production augmente et que les prix sont quasiment divisés par deux, on constate un rajeunissement et une massification des consommateurs. […] Pour s’en procurer, il suffit de taper “livraison de cocaïne” sur Twitter ou Snapchat par exemple, cela permet d’obtenir un numéro fonctionnant sur WhatsApp, qui vous livre chez vous dans l’heure », raconte Yann Bastière. L’ubérisation du deal fonctionne à merveille. Pour notre malheur collectif.

Avant le 27 juin, c’était comment ?

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L'Hôtel de ville de l'Hay les Roses, barricadé de barbelés, le 3 juillet 2023. © ACCORSINI JEANNE/SIPA

Le temps de « paix » d’avant le 27 juin nous manque. Mais existait-il vraiment alors que de nombreux maires faisaient l’objet d’agressions? Les émeutes ne constitueraient-elles pas un effet loupe finalement bienvenu?


L’unique avantage des émeutes – que Jean-Luc Mélenchon s’obstine à qualifier de révolte – est qu’elles grossissent une réalité que, dans sa déplorable quotidienneté, on ne sait plus voir. À laquelle on est tellement habitué qu’on la perçoit comme le rythme de croisière d’une France oscillant entre délits et crimes, entre insécurité et faiblesse judiciaire, entre vœux pieux et coups de menton, entre promesses de ne jamais céder et abandons multiples, entre une démocratie molle et un pouvoir au pire miséricordieux à contre-temps, au meilleur dépassé. 

Agressions et destructions folles

En effet, « le bilan très lourd de cinq jours d’émeutes… déjà très supérieur aux trois semaines d’émeutes de 2005 » (Le Monde) a poussé au paroxysme, avec une intensité violente et folle, des agressions multiples, des destructions, des pillages, des attaques d’élus et une haine antipolicière en bande, commis notamment par des mineurs de plus en plus précoces, délaissés ou stimulés par des familles irresponsables. 

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La frénésie d’après le 27 juin fait apparaître les jours d’avant comme une période relativement calme alors qu’y germaient en réduction tout ce qui va venir, avec le prétexte de la mort de Nahel, frapper notre pays de plein fouet, laissant les Français stupéfiés par des débordements à l’égard desquels les transgressions antérieures semblaient relever d’un mode mineur. Et pourtant !

Ce qu’il faut craindre avec le retour à la normale

Les élus, les maires étaient de plus en plus invectivés, frappés, molestés, parfois gravement, et on se demandait comment freiner cette course vers l’intolérable. Mais rien de commun avec l’émotion quasi unanime, l’indignation solidaire qui ont saisi la communauté nationale face à l’odieuse tentative d’assassinat en pleine nuit de l’épouse et des enfants du maire de L’Haÿ-les-Roses dans leur habitation après une attaque à la voiture-bélier. Comme si avant nous étions lassés de relever la multitude de ces atteintes contre lesquelles nous ne pouvions pas grand-chose, avec une justice trop clémente parfois quand elle était saisie. Elles faisaient partie de notre paysage républicain comme une sorte de repoussoir. Mais le crime contre la famille de l’édile nous a contraints à cibler, à concentrer notre indignation sur cet événement. J’espère que l’émoi d’aujourd’hui ne retombera pas et qu’il ne nous conduira pas à nous satisfaire de cette parenthèse de concorde courroucée. On comprendra pourquoi ces cinq jours d’émeutes qui ont mobilisé des forces de l’ordre comme jamais, des réunions interministérielles à répétition et des moyens sans compter, ne serviront pas d’excuse au pouvoir pour continuer à mal gérer la délinquance au quotidien. Le 27 juin et ses suites ne doivent pas avoir pour vocation de nous illusionner, nous faisant croire qu’avant, c’était bien…

Alors que les émeutes n’ont été que la continuation du pire mais par d’autres moyens, sur un mode plus sauvage, avec un registre plus subversif.

Quand “Libération” travestit la réalité des quartiers pour « comprendre » les émeutes

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Nanterre (92), une islamiste marche dans la ville après le désordre suite aux violences et affrontements entre police et manifestants, 29 juin 2023 © JEANNE ACCORSINI/SIPA

N’en déplaise à Thomas Legrand, la racaille du 93 n’a aucune circonstance atténuante économique


Le problème avec les éditorialistes politiques, c’est que même les meilleurs de la place de Paris sont de redoutables cancres dès qu’il est question de chiffres. Prenez Thomas Legrand. Sans doute l’une des plus honnêtes plumes de Libération, si si. Ne serait-ce que parce qu’il a eu l’élégance de reconnaître ses travers bobos il y a dix ans dans un essai co-signé avec sa compagne Laure Watrin. Un journaliste dont la connaissance, solide, des élections, des programmes, des partis et de leurs leaders ne fait aucun doute, reconnaissons-le, il s’agit d’une qualité si rare au sein de sa rédaction qu’elle mérite d’être signalée. Seulement voilà, face aux émeutes claniques qui ravagent la France depuis une semaine, ses références historiques habituelles ne sont d’aucun secours. Difficile de trouver chez les grandes figures tutélaires de la gauche responsable (comme Mitterrand, Mendès-France ou Jospin) ou même chez les trublions préférés du journal (tels Cohn-Bendit, Baudrillard et Taubira) de quoi justifier l’attaque sauvage de plus de deux-cents écoles en banlieue et l’agression ignoble de la famille d’un maire.

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Alors pour donner quand même un peu de corps à la culture de l’excuse et ne pas décevoir son lectorat radical-chic, Legrand s’est essayé à la démonstration économique. À cet effet, il est allé chercher l’inspiration dans un rapport parlementaire sur la politique de la ville. Qu’il a fort mal lu puisqu’il croit pouvoir titrer sa chronique “La Seine Saint-Denis n’est pas un territoire gâté de la République”. Avant d’étayer ainsi son affirmation : “La moyenne des transferts sociaux en France est de 6 800 euros par habitant. Elle est de 6 100 euros en Seine-Saint-Denis.” Ah le bel argument massue que voilà ! Sauf qu’il ne prouve rien… Car Legrand ignore manifestement que le 93 est un département riche, avec une industrie prospère (Orangina, Findus, Placoplatre…), le plus grand équipement sportif (le Stade de France, à Saint-Denis) mais aussi le plus grand centre d’exposition du pays (Le palais de Villepinte), sans oublier la deuxième zone tertiaire d’Île-de-France (la Plaine Saint-Denis). Résultat, le revenu d’activité moyen y est plus élevé que la moyenne nationale. Dans ces conditions – favorables – rien d’étonnant à ce qu’il y ait moins d’aides versées per capita.

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Ajoutez à cela qu’en Seine Saint-Denis, les habitants bénéficient en réalité de l’une des politiques de redistribution les plus efficaces de France, qui permet de réduire de moitié les écarts de revenus entre le premier et le dernier décile (record français) et d’abaisser le taux de pauvreté d’un quart, et vous conviendrez que les gouvernants n’ont pas attendu les lumières de la docteur en sciences économiques Sandrine Rousseau (minée, vendredi dernier, par une puissante réflexion où elle se demandait si “le pillage avait à voir avec la pauvreté”) pour chouchouter ce territoire si stratégique, quitte à délaisser la province des gilets jaunes. Et encore, les statisticiens français n’intègrent pas dans leurs calculs la gratuité de l’école et de l’hôpital. À ce compte-là, la Seine Saint-Denis se révèle l’un des endroits où l’on trouve le moins de raisons économiques au monde de se révolter. Bref, ne croyez pas ceux qui affirment que Paris aurait à ses portes un infâme ghetto. Contrairement aux favelas de Rio ou au township de Johannesburg, nous avons une République qui déverse des milliards dans ses cités, y envoie les pompiers éteindre les incendies et y protège les citoyens avec la même police que dans les beaux quartiers. Le 93, c’est la Suède sans les fjords.

LA REPUBLIQUE BOBO

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Les « élites », premières responsables du chaos

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Ultra-violences à Marseille dans la nuit du 30 juin 2023, après la mort de Nahel. © SENER YILMAZ ASLAN/SIPA

Les « élites », qui prônent la fable du vivre-ensemble depuis quarante ans, se retrouvent aujourd’hui dos au mur et nient le caractère identitaire des émeutes, analyse notre chroniqueur.


La France déglinguée fait honte. Il y a une semaine, les commentateurs de plateaux glosaient avec condescendance sur l’instabilité de la société russe et sur la guerre intérieure déclenchée par Prigojine. Depuis, la fragilité de la République française s’étale aux yeux du monde. La vulnérabilité de la nation ouverte oblige à envisager une possible guerre civile. La situation force, surtout, à écouter enfin ceux qui alertent depuis des décennies sur l’état du pays. Pour avoir voulu manifester, le 13 mai, contre le « délitement » de la nation, d’anciens généraux et de vieux soldats avaient été sommés de se taire par le gouvernement. Le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, avait voulu voir ans cette initiative l’effet d’un mouvement d’extrême droite. C’est d’ailleurs au prétexte de ne « pas faire le jeu de Marine Le Pen » qu’une chape de plomb a rendu « nauséabond » le fait de nommer des réalités dérangeantes. Comme l’écrit ce lundi Georges Bensoussan dans Le Figaro, un antiracisme dévoyé « a jeté un voile sur des pans entiers d’une réalité sociale qu’on s’interdit de penser (…) Le chantage à l’extrême droite a rendu impossible la peinture vraie de la réalité française ». Le maire (LR) de l’Haÿ-Les-Roses (Val-de-Marne), Vincent Jeanbrun, dont la famille a été la cible dimanche d’une tentative d’assassinat par des émeutiers qui ont cherché à incendier son domicile, avait appelé en 2022 à « faire barrage aux extrêmes » en appelant à voter pour Emmanuel Macron. Or c’est le modèle de société diversitaire, défendue par le chef de l’État et les belles âmes, qui s’effondre à cause des prévisibles cohabitations conflictuelles.

A lire ausi : C’était la France, qu’est-ce qu’il en reste?

Le chaos a ses responsables. Ils ne se résument pas aux incendiaires ni aux réseaux sociaux. Ils sont parmi les « élites » dirigeantes. Depuis quarante ans, elles ont conduit le pays dans l’utopie infernale d’un multiculturalisme qui ne fonctionne nulle part. Il y a une semaine, Emmanuel Macron était à Marseille pour y valoriser durant trois jours cette « France de demain » qui a explosé sous ses pas, en dépit des fables sur le vivre ensemble. Dans la cité phocéenne, près de 300 commerces ont été pillés ces dernières nuits; des policiers ont essuyé des coups de feu. La Seine-Saint-Denis, érigée pareillement en vitrine de la France pour les prochains Jeux Olympiques, est en insurrection permanente. Partout s’observe un même affrontement entre deux peuples, deux civilisations, l’une occidentale et l’autre orientale. Après des décennies d’immigration de peuplement, la France va devoir vivre à l’israélienne, sous la menace d’intifadas et de djihads déclenchés au moindre prétexte, au nom d’une légitime défense autorisée par le Coran. Dans les mises à sac commises par des jeunes barbares issus de la communauté musulmane, la mémoire de Nahel n’a aucune place. Les Français vont-ils accepter de voir leur pays saccagé et de régler encore la note ? À eux de se faire entendre. Pourquoi pas une grande manifestation pacifique, rassemblant tous les amoureux de la France ?

La guerre des cagnottes

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D.R.

La gauche, éternelle avocate des délinquants, s’émeut du succès de la cagnotte lancée par Jean Messiha pour le policier emprisonné, et prétend y voir la démonstration que la France est indécente et raciste. Le Garde des Sceaux affirmait hier qu’il n’était pas envisagé de l’interdire comme d’autres cagnottes polémiques, mais que la démarche n’allait pas dans le sens de l’apaisement. Analyse.


Leçon numéro 1 : la grande raison d’un succès hors-norme

Depuis des années, les Français n’en peuvent plus de voir la police être mal utilisée et la justice être mal rendue. Moyens policiers trop importants déployés pour harceler l’automobiliste pendant que les points de deal se multiplient, que la « racaille » défie la paix civile et que les agressions voient leur nombre s’accroître ; laxisme judiciaire qui ne cherche plus à rendre justice mais à ménager les susceptibilités des coupables : voilà ce que les Français voient depuis des années, voilà ce qu’ils ne supportent plus.

Ce qu’ils ne supportent plus également, c’est l’impunité morale dont le système a recouvert la délinquance des quartiers comme d’un manteau d’immunité : non seulement police et justice ne sont pas assez sévères avec elle mais en plus le Français moyen est accusé de racisme et de haine s’il se plaint de la situation. Quant aux commentateurs, aux politiques, aux journalistes et aux « experts », ils passent leur temps à expliquer l’attitude des fauteurs de trouble par des causes sociales et la pauvreté, ce qui fait bouillonner à juste titre les millions de Français qui vivent péniblement au SMIC sans jamais rien casser, eux.

Une cagnotte contre la frustration

Et comme les Français sont bien élevés, respectueux de l’espace public, même en colère ils ne vont pas piller, brûler, saccager et détruire le monde. Mais comme ils ne peuvent pas non plus exprimer cette colère par des mots puisque s’ils le font ils sont accusés de racisme, parfois poursuivis, parfois condamnés, ils s’abstiennent aussi de parler. Finalement, cette situation qui s’apparente pour les Français à une sorte de maladie de Charcot politique (prisonniers non dans leurs corps mais dans le corps social, voyant tout, entendant tout mais ne pouvant rien dire, rien faire, réduits à l’impuissance politique), et crée une frustration qui bouillonne et qui cherche des moyens de se soulager. La cagnotte vient permettre de libérer une partie de cette frustration : en donnant anonymement pour ce policier qui a arrêté un délinquant dans sa course folle, c’est-à-dire un policier qui semble, enfin, faire ce que la police doit faire, à savoir traquer les délinquants plutôt que les citoyens, les Français ont le sentiment de contribuer à réparer une injustice. Ne voulant rien casser par éducation, ne pouvant rien dire à cause de l’intimidation exercée sur eux par le complexe médiatico-politique qui impose l’omerta antiraciste sur ce sujet, mais désireux tout de même d’avoir voix au chapitre, contribuer au succès de cette cagnotte est une façon de dire pacifiquement un ras-le-bol qui doit tout de même être exprimé.

La gauche, éternelle avocate des délinquants, s’émeut du succès de cette cagnotte et prétend y voir la démonstration que la France est indécente et raciste ; les Français, qui voient la gauche continuer de déverser un discours qu’ils savent responsable de la situation actuelle, donnent d’autant plus en faveur de cette cagnotte que cela fait enrager des gens qui depuis toujours excusent les délinquants qui pourrissent la vie de tout le monde et accablent les policiers qui pourrissent la vie des délinquants, autrement dit des gens qui par leurs discours consolident un rapport de forces délétère pour la société et la paix civile. Ce qui nous amène à cette interrogation bien légitime : pourquoi la gauche, qui prétend être scandalisée par une cagnotte dont elle réclame prétendument l’annulation, passe son temps à parler d’elle sur les réseaux sociaux ? Car ce faisant, elle contribue très largement à la publicité dont cette cagnotte a besoin pour continuer de grossir ; et ce faisant, elle permet que des segments nouveaux d’internautes découvrent l’existence de cette cagnotte et l’alimentent davantage. Alors, pourquoi ?

Leçon numéro 2 : cette cagnotte est du pain béni pour la gauche

Depuis le début des événements, la gauche s’entête dans une stratégie qui va très probablement « suicider » son avenir politique. Se sachant maintenant condamnée à devoir supporter une grosse part des responsabilités dans l’entretien des émeutes, elle brûle ses vaisseaux et cherche à détourner l’attention non seulement d’elle mais aussi des émeutiers qui sont ses petits protégés. La cagnotte tombe à pic : grâce à elle, les meneurs de gauche, qu’ils soient députés Nupes, chroniqueurs Mediapart, journalistes en ligne ou « influenceurs » politisés, peuvent attirer les attentions et les regards ailleurs. Sur Twitter, ils se répandent en tweets de condamnation, accusent la cagnotte de glorifier un assassin et affirment que ses contributeurs sont les complices du crime. Catéchisme de gauche à tous les étages, moralisation totale de la question, dénonciations la larme à l’œil et la main sur le cœur, la gauche nous joue sa meilleure partition dans un registre qu’elle maîtrise sur le bout des doigts : celui de la diversion.

Elle a bien conscience que ces émeutes sont désastreuses pour l’image du vivre-ensemble qu’elle promeut et qu’après cette séquence il va devenir difficile, sinon impossible, de dire encore aux Français qu’ils doivent accepter la cohabitation avec des jeunes gens qui détruisent tout à la moindre occasion. Tout ce que la gauche défend depuis des années s’écroule sous ses yeux et sous les yeux de tous ; le vivre-ensemble dont elle a fait sa nouvelle religion vient de faire des millions d’apostats. Peu importe que ces émeutes s’arrêtent dans une heure ou dans un mois, car le mal est fait ; l’idéologie vient de percuter le réel de plein fouet et c’est le réel qui remporte la confrontation. Désormais toute promotion du discours vivre-ensembliste sera considérée par des Français encore plus nombreux comme une folie aveugle et une trahison. La gauche le sait, elle sent, elle comprend que ses petits protégés sont allés trop loin, trop vite, et qu’en se comportant ainsi ils ont déchiré de façon spectaculaire le voile que la gauche tirait depuis des années pour dissimuler le réel aux Français.

Bataille du réel

Pourtant, elle ne peut rien admettre, rien avouer, rien abdiquer car si elle a perdu la bataille du réel elle compte sur la confusion et la démagogie pour lui faire remporter encore quelques batailles électorales. Pour survivre donc, il lui reste le vote des banlieues qui deviennent le public qu’elle doit flatter à longueur d’interventions, mais les banlieues ne contribuant que très marginalement à l’effort de guerre électoral, ce n’est pas ici qu’elle pourra faire son plein d’électeurs. Il lui faut donc viser ailleurs : en l’occurrence du côté des Français encore enfermés dans les schémas de pensées périmés des années 80, encore sous le charme du baratin républicain sur la tolérance et la fraternité, encore sensibles aux discours moraux de la gauche. Pour séduire ceux-là et éviter que la rencontre avec le réel ne les détourne de leurs rêveries, il faut absolument leur donner un os à ronger, leur donner à condamner autre chose que les émeutes et les pillages : la cagnotte sert de contre-feu idéal.

Chaque fois que les agitateurs de gauche dénoncent la cagnotte, ils mobilisent l’énergie de la condamnation contre elle, ce qui a pour effet mécanique de faire oublier la gravité des émeutes et des pillages ou en tout cas de les mettre tous à un niveau égal de gravité. Il est dans l’intérêt de ces gens que la cagnotte continue car chaque euro qu’un Français y ajoute est une occasion de plus pour la gauche de faire un tweet dans le but est de serrer les rangs autour de l’idée que la France est raciste (et donc que ces émeutes, finalement, sont une réaction légitime, là où, par échelonnage de gravité, la cagnotte, elle, culmine tout en haut dans l’horreur) ! L’opération est donc double : il faut relativiser les émeutes pour plaire moralement aux banlieues en espérant bénéficier d’une belle rente électorale le jour où elles se déplaceront enfin dans les bureaux de vote, et dénoncer l’horreur de la cagnotte auprès des bobos et des rêveurs endormis qui, eux, votent vraiment et transforment des agitateurs gauchistes en députés Nupes. 

Finalement, cette cagnotte arrange tout le monde bien que chacun prétende en faire une pomme de discorde. 


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