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Berlusconi au paradis

La bonne presse se complait à décrire Berlusconi comme un vieux libidineux...


Berlusconi au paradis
Lors des élections régionales, une Femen perturbe Silvio Berlusconi au bureau de vote. Elle montre sa poitrine nue avec les mots "Berlusconi Sei Scaduto" (Berlusconi tu es fini / expiré), Milan, 4 mars 2018 © Maurizio Maule/SIPA

« On ira tous au paradis », promettaient Polnareff et Jean-Loup Dabadie en 1972. Même Silvio Berlusconi, qui vient de disparaître, malgré les réflexions sulfureusement woke que le décès du « Cavaliere » a immédiatement inspirées à la presse la plus morale de France. Le beau et riche Silvio couchait avec de très jeunes filles ? Horreur — mais pas pour notre chroniqueur, à qui rien de ce qui est libidineux n’est décidément étranger.


« Dans les années 2010, nous explique Libé, parangon de toute vertu, l’ex-président du Conseil a été impliqué dans une affaire retentissante de prostitution de mineure. Il sera condamné puis acquitté, la Cour estimant qu’il aurait pu ignorer l’âge des jeunes filles présentes. » Le Point, autre grand défenseur de l’Ordre moral, en a aussitôt rajouté une couche

Le sunamitisme à l’âge du Viagra

Ce que les journalistes sous-culturés de ces publications semblent ignorer, c’est qu’en s’associant à de jolies jeunes filles à peine pubères, Il Cavalière laissait parler son vieux fond religieux. Car bien entendu, ce n’est certainement pas par vice qu’il mettait dans son lit des gamines. Il se conformait à une pratique — le sunamitisme — qui trouve son fondement, si je puis dire, dans la Bible, chapitre des Rois, I, 1-4 :

« Le roi David était vieux, avancé en âge ; on le couvrait de vêtements, et il ne pouvait se réchauffer. Ses serviteurs lui dirent : Que l’on cherche pour mon seigneur le roi une jeune fille vierge ; qu’elle se tienne devant le roi, qu’elle le soigne, et qu’elle couche dans son sein, et mon seigneur le roi se réchauffera. On chercha dans tout le territoire d’Israël une fille jeune et belle, et on trouva Abischag, la Sunamite, que l’on conduisit auprès du roi. Cette jeune fille était fort belle. Elle soigna le roi, et le servit ; mais le roi ne la connut point. »

À lire aussi : Un cavalier pas toujours très à cheval sur les principes

On sait ce que veut dire « connaître » dans la Bible. Peut-être tout simplement le vieux David n’était-il plus en état. Mais Silvio, lui, a vécu à l’âge du Viagra.

Voltaire s’en est amusé dans Saül (1764), une pièce aujourd’hui largement oubliée, mais qui fit bien rire en son temps :

David
Viens çà, petite fille, me réchaufferas-tu bien ?

Abisag
Oui-dà, milord, j’en ai bien réchauffé d’autres.

À noter que c’est la belle Bethsabée, épouse de David (qui l’avait chipée à Urie le Hittite, qu’il avait envoyé se faire tuer en un combat douteux afin de vivre à plein sa passion pour la belle), qui a conduit Abisag dans le lit du vieux roi. Ce n’est pas Veronica Lario, épousée (1990) puis divorcée (2009), qui a fait transiter de gentes pucelles dans le lit du seigneur et maître. Peut-être Francesca Pasquale, jeune militante de Forza Italia, qui lui avait succédé. Ou Marta Fascina… Ou…

Voir mon compte-rendu du très beau film que Paolo Sorrentino a consacré à Saint-Silvio et à ses nymphes.

Est-ce si exceptionnel ?

Quoiqu’assez porté moi-même sur les alliances avec plus jeune que moi, je n’ai jamais versé dans ces excès. Mais ils n’ont rien d’exceptionnel : quelques siècles après la mort de David, du côté de Médine, Aïcha — six ou sept ans au moment du mariage, qui ne fut pas consommé, ouf, on respire, avant qu’elle en ait neuf ou 10, aïe — permet à Mahomet, 50 ans aux fraises, de se sentir plus gaillard. Et de conjurer la mort dans les bras de l’amour. Comment dit-on « Eros et Thanatos » en arabe classique ?

Et si vous voulez passer par la fiction, lisez donc Les Belles endormies (1961), du prix Nobel Yasunari Kawabata. Ou Lolita — à lire en écoutant la version de Gainsbourg de l’histoire, qui en 1990 emmenait Vanessa au paradis.

Bien sûr, l’histoire d’Abisag n’a pu se dérouler que dans un passé légendaire. Les frasques de Berlusconi ne sauraient se répéter dans notre époque de vertu, de pureté et de wokisme, où tous les hommes politiques, quels que soit leur âge, font des demandes écrites avant de dégrafer un soutien-gorge, où les nymphettes sont de pures fictions littéraires et où les jeunes filles restent vierges jusqu’au mariage — et pour rien au monde ne se vautreraient dans les draps des vieux libidineux.

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Normalien et agrégé de lettres, Jean-Paul Brighelli a parcouru l'essentiel du paysage éducatif français, du collège à l'université. Il anime le blog "Bonnet d'âne" hébergé par Causeur.

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