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Macron, la Corona et les deux corps du roi

Le billet politique de Jérôme Leroy

Macron, la Corona et les deux corps du roi
D.R.

À la vue du président de la République s’envoyant une bière Corona cul sec dans le vestiaire avec les Toulousains après leur victoire en Top 14, la députée d’extrême gauche Sandrine Rousseau a pesté: «la masculinité toxique dans le leadership politique en une image»! Notre chroniqueur n’a pas non plus aimé la séquence, mais pas pour les mêmes raisons.


Je mesure l’agacement, et c’est un euphémisme, que m’inspire le président à cet épisode de la bière bue cul sec dans les vestiaires des Toulousains remportant le bouclier de Brennus. Je n’ai pourtant jamais méprisé un homme qui boit, Dieu m’en est témoin. J’aime la compagnie des tapis-francs du vieux pays quand on boit jusqu’à l’aube derrière les rideaux fermés et que le patron nous fait sortir au petit matin qui fait chanter les premiers oiseaux dans les arbres, j’aime les dérives de bar en estaminet quand se dessine une géographie aléatoire qui fait relire la ville et ses possibilités nouvelles.

Aller au contact

J’aime l’argot des buveurs, des naufragés du zinc, des princes de la cuite, j’aime les récits de Bob Giraud du côté de la rue de Buci ou du Vin des rues chez Chorion, rue Boulard et, aussi, de Blondin qu’une humeur vagabonde fait rechercher les « verres de contacts ». J’aime le sommeil de l’ivresse légère dans l’après-midi d’été quand on trouve, le temps d’une sieste hypnagogique dans les dunes, comme dans l’Antiquité, la solution à toutes les questions de la bouche d’une nymphe envoyée par Dionysos.

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J’aime la divine surprise d’un Saint-Pourçain pas trafiqué par les convenances de la viticulture de marché dans le café d’un chef lieu de canton du Bourbonnais, à l’ombre d’une église romane sur les bords de la Sioule. J’aime même, à l’occasion, cet au-delà de l’ivresse, dont parle Guy Debord dans son Panégyrique, « quand on a franchi ce stade : une paix magnifique et terrible, le vrai goût du passage du temps. »

Binge drinking

Mais enfin, ce n’était pas de cela qu’il s’agissait avec Macron. Ne parlons pas de « sa masculinité toxique » comme a pu le faire l’inénarrable Sandrine Rousseau. Après tout, il existe aussi des buveuses comme la courtisane du Tricheur à l’as de carreau de Georges de la Tour. Il s’agissait plutôt de binge drinking digne de l’étudiant d’une école de gestion de second ordre qui fête ses examens en faisant le malin devant les copains.

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Macron, d’ailleurs, encore une fois, confond les deux corps du roi, joue sur les deux alors qu’ils doivent rester séparés. Macron, c’est Jupiter quand ça l’arrange politiquement et Manu quand c’est utile médiatiquement. Cette géométrie variable n’est pas pour rien dans la détestation sans précédent qu’il inspire aux Français.

Décalage ridicule

Rien à voir avec la spontanéité chiraquienne des années 70, quand le député de Corrèze mangeait franchement sa tartine de rillettes en vidant son verre en compagnie de ses administrés dans la froidure des Monédières. Mais il est vrai que Chirac faisait une campagne d’élu local, ce que n’a jamais été Macron, incapable de se confronter au quotidien d’une mairie ou d’une circonscription, avec de vrais gens dedans.

Sa Corona, finalement, n’est pas très loin de la pure propagande poutinienne quand le dictateur russe n’hésitait pas à chevaucher torse nu pour montrer sa force. Macron aura lui, encore une fois, avec cet épisode, montré son ridicule décalage de président copain. Qu’il sache simplement que ça ne donne aucune envie de boire avec lui parce que, pour paraphraser ce que Audiard fait dire à Gabin dans Un singe en hiver : « Dans le fond, il ne mérite pas de boire ».

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