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Par ici le point G

Vous êtes en manque d’infos pertinentes et d’intérêt public? Le magazine féministe Causette est toujours là pour répondre à ce besoin!


Le magazine féminin Causette propose, dans son numéro d’été, un dossier pédagogique qui promet « des infos d’utilité publique sur l’orgasme ». On y apprend en effet des choses bien utiles. Par exemple :« Un orgasme débouche aussi bien le nez qu’un petit coup de Stérimar ». Des scientifiques ont mesuré « avant, immédiatement, 30 minutes, une heure puis trois heures après un orgasme » les pifs de 18 couples hétérosexuels. Résultat incontestable : des nez bien dégagés. Un patient canadien qui avait le nez bouché et un hoquet depuis plusieurs jours est parvenu à régler ces problèmes en passant à l’acte avec sa compagne. Cependant, il aurait obtenu le même résultat en se masturbant ou en pratiquant un « massage rectal », affirme un expert.

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Par ailleurs, des chercheurs continuent de chercher le point G un peu partout : certains le situent uniquement au niveau du vagin, d’autres le localisent au bout des seins, d’autres encore disent en avoir trouvé la trace dans la gorge, derrière la luette. Tous sont d’accord sur un point : la position dite du missionnaire est la mieux à même d’obtenir un orgasme digne de ce nom. De plus, grâce à une étude réalisée dans une clinique new-yorkaise, il est maintenant scientifiquement prouvé qu’un coussin glissé sous le bassin de la partenaire améliore l’afflux sanguin vers le clitoris et, conséquemment, les sensations menant au septième ciel.

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Malheureusement, coussin ou pas coussin, seules 37 % des Françaises ont un orgasme « au moins une fois par semaine », affirme le magazine. De toute manière, les femmes des pays dans lesquels le capitalisme a triomphé ne peuvent pas espérer atteindre la félicité sexuelle de celles qui habitent dans les pays où le socialisme d’État règne : « le capitalisme nuit gravement à la jouissance », assène Causette en s’appuyant sur l’ouvrage d’une ethnographe américaine qui argue que « mis en œuvre correctement, le socialisme favorise l’indépendance économique des femmes et un meilleur équilibre entre travail et vie de famille », d’où « un plus haut taux d’orgasmes ». C’est bon à savoir.

Quand les députés LFI refusent de se lever pour les policiers morts en mission

L’Assemblée nationale, ça se passe dans l’hémicycle et en commission, mais aussi sur le terrain, « en circonscription ». Et la période estivale marie plutôt bien ces deux aspects de la fonction parlementaire. Petit aperçu…


Renouveau démocratique

Lors de la séance de questions au gouvernement du 4 juillet dernier, la plupart des interpellations concernent bien évidemment les émeutes et les violences qui viennent d’avoir lieu un peu partout en France. Alors que la vice-présidente Horizons de l’Assemblée nationale interroge Élisabeth Borne sur la responsabilité d’une partie de la gauche concernant le « sentiment d’exclusion qui nourrit les émeutes », la réponse revient à l’inénarrable Olivier Véran, porte-parole du gouvernement et ministre du… « Renouveau démocratique ». Cette dénomination m’avait échappé… Comme je ne sais pas exactement de quoi il retourne, j’ai consulté son décret de nomination pour apprendre que ledit ministre « prépare, anime et coordonne le travail gouvernemental relatif au renouveau démocratique et au développement de la participation citoyenne sous ses différentes formes ». C’est tout de suite beaucoup plus clair, non ? Avec les résultats que l’on connaît…

Ennemis de l’intérieur

Décidément, cette séance de questions d’actualité n’en finit pas. Et nous n’avons pas tout entendu. Le pire arrive, sans surprise, de la France insoumise. Antoine Léaument, député de l’Essonne, vitupère la police qui s’en prend aux jeunes des quartiers. Sans aucune raison puisque, selon le parlementaire, « il n’existe pas, en République, d’ennemis de l’intérieur ». Comment donc qualifier ceux qui, lors des émeutes du début de l’été, s’en sont pris aux commissariats, aux écoles, aux mairies, aux maisons de quartier, etc., allant même jusqu’à incendier le domicile d’un maire, mettant en danger sa femme et ses deux jeunes enfants ? Quel nom pour qualifier ces criminels ?

Émeutes (suite)

Une semaine plus tard, c’est au tour de Thomas Portes, député LFI de Seine-Saint-Denis, qui, avec son sens de la nuance, apostrophe ainsi Gérald Darmanin : « Vous n’êtes pas le ministre de l’Intérieur, vous êtes le ministre des violences policières ! »Les écologistes ne souhaitant pas être en reste, Sandrine Rousseau entre en piste pour énumérer les victimes de ce qu’elle nomme, elle aussi,« violences policières ». On observera que, quelques minutes plus tôt, La France insoumise a refusé de se lever lorsque Gérald Darmanin a cité les noms des policiers et gendarmes morts dans l’exercice de leur mission. Mais qu’ils montrent un bel enthousiasme à applaudir les noms de Adama Traoré, Rémi Fraisse, et autres Mohamed Gabsi, se réclamant, excusez du peu, de Gandhi et Martin Luther King ! Rien que ça !

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Non-mariage

Pendant ce temps, dans ma belle ville de Béziers, mon maire préféré refuse de marier un étranger avec une jeune Française. Vif émoi à l’extrême gauche, chez les associations d’aide aux étrangers, et dans les médias bien sûr ! Robert Ménard aurait refusé de marier un Algérien ! Ouh, le vilain raciste ! La vérité est bien plus simple : le futur marié est certes algérien, mais surtout clandestin, et sous le coup d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF). Il est en outre « défavorablement connu des services de police » puisque le jeune fiancé a eu maille à partir avec les forces de l’ordre pour « vol avec violences » et « recel »… Dans ce monde à l’envers, ce n’est pas le clandestin qui est inquiété, mais bien Robert Ménard que La France insoumise, par la voix de deux ou trois de ses élus, s’empresse de dénoncer au procureur. On les a connus moins scrupuleux quand certains d’entre eux défilaient avec leurs écharpes tricolores lors de manifestations interdites au son de « Tout le monde déteste la police ! »… Le bon sens populaire, lui, a largement soutenu le maire de Béziers et c’est tant mieux.

OQTF

Le jeune fiancé algérien a finalement pu être expulsé. Pas avec l’aide des autorités de son pays qui ont refusé jusqu’au bout de délivrer le fameux « laissez-passer consulaire » attestant de sa nationalité. Mais bien grâce à l’administration française, du préfet de l’Hérault à la police de l’air et des frontières. Comme quoi, quand on veut on peut !

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Français de papier

Ma dernière prise de parole à la tribune de l’Assemblée nationale pour cette session concerne le projet de loi de reconstruction des bâtiments détruits durant les émeutes. Nous sommes le 20 juillet. Je termine mon intervention par ces mots : « Il faut surtout s’interroger sur la haine qui anime ces casseurs, ces voleurs. La haine de notre pays. Oui, je dis bien notre pays tant ils ne le vivent pas comme le leur. Ils sont français. Mais seulement de papier. » Aussitôt, l’extrême gauche bondit, me traitant de « sale raciste ! ». Gérald Darmanin a expliqué que lors des émeutes, 90 % de ceux qui y ont participé étaient français… Je pense quant à moi que 90 % des Français ont parfaitement compris l’expression utilisée pour désigner ceux qui ont su si clairement montrer leur mépris et leur détestation de la France…

Féria

Le mois d’août bat son plein. Et la féria de Béziers peut commencer. Un grand cru ! Plus d’un million de personnes dans les rues de la plus ancienne ville de France. Avec des corridas d’exception et deux toros graciés en deux jours. Du jamais-vu et des arènes en liesse. Pendant ce temps, Aymeric Caron, en bon Parisien qu’il est, a fait un déplacement éclair pour venir crier sa détestation de notre culture du Sud : entre 150 et 200 manifestants l’accompagnaient le dimanche 13 août dans les rues de Béziers avec comme leitmotiv : « La corrida va de plus en plus mal et tant mieux, on s’en réjouit ! Elle va mourir, elle va disparaître. » Les organisateurs, eux, constataient une augmentation de la fréquentation des arènes biterroises de plus de 20 % par rapport à l’avant-Covid. Merci Aymeric !

Crise des opioïdes: le mensonge des 12 heures de l’« OxyContin »

Une série un peu effrayante de Netflix aborde les dérives de la commercialisation de l’OxyContin, un puissant antidouleur développé par le laboratoire Purdue Pharm qui a rendu accro l’Amérique, et est pour bonne partie responsable de la crise sanitaire qui a explosé au milieu de la décennie 2010.


Deux millions de personnes seraient actuellement dépendantes aux opioïdes aux Etats-Unis, et 90 morts par surdose s’y produiraient chaque jour.

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En introduction de chaque épisode de « Painkiller », nouvelle série de Netflix qui mélange fiction et personnages réels, le téléspectateur se voit proposer un rappel des « effets indésirables » du médicament OxyContin. Chacun des six volets de la mini-série débute ainsi par le témoignage réel d’un Américain lambda ayant perdu un proche à cause de ce médicament. Cela aurait pu être un peu lourd, mais c’est en réalité émouvant et nous prépare à ce que nous allons voir. Car, bien que cette série soit une dramatisation, le drame de la crise des opioïdes est lui bien réel. L’OxyContin, puissant analgésique opioïde, a généré plus de 35 milliards de dollars de revenus à son fabricant. On estime déjà à un demi-million le nombre de morts aux Etats-Unis d’une surdose causée par des opiacés prescrits ou bien vendus illégalement. Une bonne fiction est souvent ce qu’il y a de plus efficace pour éveiller les esprits. Par exemple, concernant les risques liés au changement climatique, le film Don’t Look Up, avec Leo DiCaprio et Meryl Streep, est vraisemblablement plus efficace qu’un sermon de Sandrine Rousseau…

Aux origines de la crise des opioïdes

L’histoire fictive s’ouvre sur le réveil précipité, dans sa luxueuse demeure, de Richard Sackler (Matthew Broderick, assez génial), qui entend plusieurs alarmes incendie retentir. Il est le dirigeant de l’entreprise fondée par son oncle, Purdue Pharma, laquelle existe vraiment. Il peine à éteindre les alarmes, jusqu’à ce qu’un bon à tout faire intervienne enfin pour l’aider. Pendant ce temps, une Afro-américaine accro au boulot, Edie Flowers (interprétée par Uzo Aduba), se rend à Washington pour rencontrer un groupe d’avocats concernant les Sackler. Initialement sceptique quant à la poursuite de la famille de milliardaires, elle est intriguée d’apprendre que ses confrères disposent enfin d’une déposition de Richard Sackler lui-même. Consciente d’une possible avancée dans les poursuites contre Purdue Pharma, elle accepte de raconter son histoire. Une grande partie du récit de « Painkiller » est ainsi présentée à travers des flashbacks. Dans le cadre de son travail au bureau du procureur des États-Unis à Roanoke (en Virginie, l’État américain qui sera le plus touché de tous par la crise des opioïdes), Edie commence à entendre parler d’OxyContin par divers médecins. Dans un flashback significatif, elle tente de dénoncer un médecin pour fraude à la Sécu, et en découvre plus qu’elle ne l’avait prévu. Au cours des six derniers mois, le médecin véreux a prescrit l’OxyContin plus de 1000 fois, plaçant ainsi officiellement le médicament de Purdue Pharma sur le radar d’Edie…

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En parallèle, nous en apprenons davantage sur les effets indésirables grâce à un homme en Caroline du Nord affecté négativement par le médicament. C’est Glen Kryger (joué par Taylor Kitsch, vu dans le flop de Disney « John Carter », émouvant ici), qui, aidé de sa femme Lily, dirige un garage. Glen subit une grave blessure au dos alors que son beau-fils fait l’idiot avec une excavatrice, ce qui l’emmène à l’hôpital. Bien que l’opération soit réussie, Glen se voit prescrire des médicaments contre la douleur qui se révèlent insuffisants pour soulager sa souffrance.

Marketing agressif

Dans le présent, Edie révèle aux avocats que l’oncle Sackler avait pour objectif dès le début de créer des clients à vie pour son entreprise pharmaceutique en utilisant des stratégies de marketing agressives. Cependant, à sa mort, la famille se retrouve endettée. Sous pression de ses proches et désireux de suivre les traces de son oncle, Richard élabore un plan peu éthique pour récupérer de l’argent. Il modifie le médicament MS Contin pour en faire le fameux OxyContin. Bien que l’OxyContin puisse véritablement soulager la douleur, les Sackler réalisent vite qu’il est également fortement susceptible de provoquer des abus graves, mais ils privilégient les bénéfices au détriment de toute autre considération et réunissent une équipe de vente composée de jeunes séduisants pour promouvoir la pilule miracle.

On découvre alors notamment deux sacrées garces, la jeune visiteuse médicale Shannon Schaeffer (jouée par West Duchovny, la fille de David Duchovny et Tea Leoni) et sa chef sexy prénommée Britt, laquelle, grâce aux ventes, l’introduit à un style de vie luxurieux et glamour sans jamais trop s’étendre sur la véritable nature du travail, bien sûr. De son côté, Glen continue de souffrir de douleurs intenses et a du mal à s’adapter à sa nouvelle vie après l’opération. Lui et sa femme retournent chez le médecin, exprimant leur insatisfaction quant au médicament inefficace. Le médecin vient d’entendre parler de l’OxyContin, et lui prescrit en l’invitant à être vigilant quant aux risques. Un peu plus tard dans la série, les téléspectateurs ne manqueront pas d’assister aux premiers effets du médicament sur la vie de Glen, effets qui s’aggraveront par la suite…

A relire, notre magazine de juin : Causeur: Le bad trip français

Offrant une plongée réaliste dans une Amérique moyenne – mais pas miséreuse – ciblée par des vendeurs de médicaments ayant en commun avec les dealers de crack l’absence de considération pour autrui et l’appât du gain, la série de Netflix est tout à fait passionnante. Les manœuvres judiciaires des autorités et les intrigues des industriels telles qu’elles nous sont racontées sont également palpitantes. Le mensonge initial du médicament est finalement bien révélé par la série : avec mille autres ruses, le groupe pharmaceutique est parvenu à obtenir son autorisation de mise en vente auprès de la FDA en avançant qu’une dose soulageait la douleur pendant 12 heures, ce que ne faisaient pas les autres médicaments, permettant de prendre une dose le soir et une dose le matin et de bénéficier d’un effet continu. Même avant sa commercialisation, les essais cliniques avaient pourtant montré que de nombreux patients ne bénéficiaient pas d’un soulagement de 12 heures, les entrainant inévitablement dans la dépendance. En 2010, une nouvelle formule de l’OxyContin est toutefois commercialisée par le labo soucieux de montrer sa bonne volonté, formule rendant les usages détournés plus difficiles. Mais il est bien trop tard, et des recoins entiers de l’Amérique se sont déjà transformés en film d’horreur.

Six épisodes disponibles sur Netflix.

Ma Madelen de Proust

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Pour moins de 30 euros par an, l’Âge d’or de la télévision française débarque chez vous et c’est drôlement chouette!


Que fait le ministère de la Santé ? Aucun logo avertissant les éventuelles addictions ! Aucune recommandation pour en limiter l’accès et l’usage. Aucun point presse avec sa cohorte de spécialistes des maladies infectieuses et de hauts-fonctionnaires au visage de pierre tombale. Pas même une allocution gouvernementale et ses graphiques catastrophistes.

Contaminé

Moi, je suis tombé dedans, cet été. En pleine chaleur, par hasard, je me suis inscrit sur le site Ina Madelen ; comme ça, par faiblesse, par naïveté, par manque de volonté. J’aurais pu m’adonner au sport collectif, à l’apéritif anisé, voire même dans un moment de désœuvrement total, me présenter à une université d’un parti politique avec l’idée saugrenue de changer le monde, j’ai choisi la nostalgie. Une « drogue » dure aux effets prolongés. Après ma première nuit à visionner des dizaines d’émissions, je ne voulais plus revenir dans le présent. Je refusais la réalité, l’inflation, les rentrées scolaires sans cantines et sans bus, les habits religieux et la bassesse intellectuelle. J’étais contaminé. Je baignais des heures durant dans un univers parallèle où les écrivains avaient de la répartie et du cran ; les dramatiques, une patine émouvante ; les rues, une vérité de pavés exempte d’imbroglios circulatoires ; et où le moindre micro-trottoir donnait lieu à un spectacle beau et fascinant. Le quidam interrogé au débotté par la télévision française s’exprimait dans un français correct, presque classique alors qu’il n’avait le plus souvent qu’un certificat d’études en poche, il n’était pas affecté de spasmes progressistes, tics du langage et autres postures bêlantes de surdiplômés. Cette France-là m’était étrangère. J’avais envie de la visiter, de l’habiter même. A vrai dire, je m’étais d’abord plongé dans l’Ina Madelen avec des précautions de philatéliste. Par confort intellectuel, j’avais écumé les programmes balisés de mes idoles disparues. Vous connaissez ici mon tropisme Carmetésien et non carmélite. Tout ce qui a trait à l’acteur natif de Bourgueil, Jean Carmet, m’est essentiel. J’oserais dire fondateur. J’aime sa faconde d’ornementeur et sa voix de chanoine rieur.

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Puis, j’avais continué sur mes terres d’élection vagabondes, par scruter toutes les apparitions de Kléber Haedens, de l’ami Roland Jaccard, évidemment celles de Pierre Mondy et de Daniel Ceccaldi, faisant un détour affectueux chez Claire Bretécher et Christine de Rivoyre pour célébrer ces deux dames d’esprit, en m’attardant ensuite longuement du côté de Nino Ferrer et de François Cevert, sans oublier une halte persifleuse chez Boudard qui fut certainement l’écrivain-ex-taulard le plus invité des plateaux et un prodigieux historien des Apaches aux barricades de la Libération de Paris.

Des raretés

J’étais en jambes, prêt à affronter des raretés, ces trésors cachés qui nous semblent aujourd’hui inatteignables, par leur grâce et leur écho sentimental, tant leur construction, leur jeu, leur lenteur, semblent dépourvus de morgue et de trucs qui brouillent désormais nos téléviseurs. Pour tout vous avouer, j’alternais vieilles connaissances et découvertes guidées par les sauts de mouton de ma souris. De 1982, j’avais retenu la série « Paris Saint-Lazare » tournée sur les rails entre le Val d’Argenteuil et la gare, réalisée par Marco Pico, avec de jeunes comédiens, Bruel, Cluzet, Pascale Rocard et l’inestimable Christine Dejoux. Ces six épisodes couleur bitume, à l’âpreté banlieusarde, au quotidien banal et si juste, sans graisse, ni faux idéaux, demeurent un témoignage sociologique unique. Et puis, il y a la présence de Jean Bouise, cette bonté d’ancien régime qui frémit dans sa moustache, sa carcasse altière nous serre le cœur à chaque fois qu’il traverse l’écran. Je ne résistais pas au plaisir de revoir « Les Roses de Dublin » de Lazare Iglesis (1981) et capter le visage de l’énigmatique Berenice Toolan sur une musique subliminale de Vladimir Cosma. Jean-Claude Bouillon interprétait le rôle de Chris Bardol, reporter sportif en balade irlandaise. La même année, Jacques Charrier s’appelait Vincent Navailles dans « Salut Champion », deux saisons où il incarnait là aussi un journaliste qui suivait de grands événements sportifs mêlant fiction et images d’actualité. On voyageait du Bandama, un rallye en Côte d’Ivoire aux Jeux Méditerranéens à Split, du Tour de France avec les conseils de l’ancien pistard André Pousse aux allées de Roland-Garros en 1980. Entre « Stade 2 » et « Marc et Sophie », Chantal Nobel imposait son caractère et sa silhouette de professeur d’éducation physique. Du sport, il en était question dans Apostrophes de 1976 : « Le sport est-il l’opium du peuple ? ». On y parla de la finale de Glasgow et Louis Nucéra évoqua le roi René (Vietto).

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Quand vous vous lancez dans les « Apostrophes », il est bien difficile de s’arrêter. J’ai revu mon polardeux « Qui a tué ? » de 1979 avec Boileau-Narcejac, A.D.G (superbe de réaction et de provocation dans Droit de Réponse), Manchette et Léo Malet en vedette. Comment ne pas faire un salut amical à Henri Vincenot qui creva l’écran en 1977 et dont la fille Claudine écrivit un joli livre « Le Maître du bonheur » (Livre de Poche numéro 14095) ? Désolé de vous abandonner en pleine chronique mais j’ai encore tant à voir. Ferreri chez Polac, Jacques Laurent chez Pivot, Anicée Alvina dans Les quatre cents Coups de Virginie, Charles Vanel en Thomas Guérin… retraité, etc.

Monsieur Nostalgie

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J’aime regarder « J’aime regarder les filles »

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J’aime regarder les filles. Non, ce n’est pas le dernier (et tardif) opus de ma série estivale sur les chansons. Cette chronique ne portera pas sur le one hit wonder de 81 de Patrick Coutin, portant le même nom.

Un film singulier

Cette chronique est un « accident » issu de mes errances d’insomniaque sur internet. Un soir, les algorithmes ont dégoté pour moi, sur Prime Video, une perle bien cachée: J’aime regarder les filles, un film de 2011 de Frédéric Louf. Ni vu ni connu, j’t’embrouille, je prends le titre comme prétexte pour chroniquer ce film qui m’a littéralement enchantée.


Nous sommes en 1981, précisément le soir de l’élection de Mitterrand. Mais le jeune Primo, le héros du film âgé de 18 ans, joliment interprété par Pierre Niney, se fout éperdument de la politique. Ce qui lui importe, justement, ce sont les filles. Il ne veut pas ressembler à son père, immigré italien qui se saigne aux quatre veines pour lui payer une boîte à Bac à Paris.

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Primo veut du fric, Primo veut des filles. Cette fois-ci, il a jeté son dévolu sur Gabrielle, la plus jolie blonde du lycée, qui balade son air d’indifférence sur la vie. Il se fait donc passer pour un gosse de riche, pour conquérir celle qu’il aime. Il trime pour cela : avoir la bonne marque de mocassins, le pull Burberry qui va bien, demande tous les petits boulots possibles et imaginables. Dur, dur, d’être riche ! Et le bougre mythomane, qui s’est inventé, pour l’occasion, un père célèbre photographe, arrive à intégrer la bande de jeunes giscardiens « BCBG », comme on disait à l’époque, et à séduire la douce et fuyante Gabrielle.

La singularité de ce film, c’est qu’il ne s’inscrit dans aucun genre. Les codes du teen-movie, de la comédie italienne, du feel good movie circulent sans qu’aucun ne prenne vraiment le dessus. C’est un film aérien, ou aéré. On y aborde très finement les rapports de classes, sans aucun militantisme, ni complaisance. Déjà, il est surprenant qu’un film sur l’élection de Mitterrand soit presque uniquement focalisé sur une bande de jeunes giscardiens, qui ont d’ailleurs accueilli la nouvelle avec nonchalance.

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Tous les personnages sont à leur place socialement, sauf Primo : ses potes giscardiens, son voisin de palier maghrébin qui milite à gauche, et même son père, modeste commerçant d’origine italienne, avec son racisme ordinaire et sa colère contre la suppression de la peine de mort… Primo, on ne sait pas ce qu’il veut mais on sait ce qu’il ne veut pas. Fabriquer des bouquets de mariées dans une sinistre bourgade de province, comme son père, n’est clairement pas dans ses ambitions. Il veut danser, être amoureux, se laisser vivre. Mais c’est anachronique, les Trente Glorieuses sont finies et les lendemains ne chanteront pas longtemps.

J’aime regarder les filles est un mélange de comédie italienne dans une atmosphère qui évoque la Nouvelle Vague. On pense évidemment au Fanfaron de Dino Risi. Et Primo en fait un fameux, de fanfaron. Il parie une bouteille de Champagne avec un prof qu’il aura son Bac malgré ses mauvais bulletins ? Il l’obtient. Il est capable de faire des gestes fous, alors qu’il est empreint de maladresse. Primo, qui aime tant regarder les filles, badine avec l’amour, et ne regarde évidemment pas la bonne.

Auschwitz mon amour

Un film indien, diffusé sur la plateforme de streaming d’Amazon, est accusé de pervertir de manière extravagante la Shoah.


Bollywood, normalement connu pour ses mélodrames et comédies musicales, suscite aujourd’hui la polémique à travers un film qui est accusé de banaliser la Shoah. Le scénario de Bawaal, sortie sur Amazon Prime en juillet, utilise le camp de concentration d’Auschwitz en toile de fond pour illustrer les problèmes relationnels que traverse un couple. Mettant en vedette des acteurs bien connus, la comédie dramatique de Nitesh Tiwari raconte la vie d’un professeur d’histoire incompétent et narcissique qui ne supporte plus de gérer les crises épileptiques de sa femme. Obligé d’afficher son enthousiasme pour l’étude de l’histoire, il part avec son épouse pour un voyage en Europe où la visite des sites importants de la Seconde Guerre mondiale, y compris les camps de la mort, permet au couple de retrouver les émois de sa première rencontre. « Chaque relation passe par son Auschwitz », proclame une des répliques du film.

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De quoi ulcérer le Centre Simon Wiesenthal qui a exhorté la plateforme de streaming à supprimer Bawaal, accusant la production indienne de « pervertir de manière extravagante l’Holocauste et de présenter le génocide des Juifs comme un complot ».« Auschwitz n’est pas une métaphore. C’est l’exemple par excellence de la capacité de l’homme à faire le mal », a déclaré le rabbin Abraham Cooper dans un communiqué. Piqué au vif, le cinéaste assure avoir réalisé son film avec beaucoup « d’amour, de soin et de bonnes intentions », regrettant que le public n’ait pas la même sensibilité face aux productions britanniques qui évoquent l’Inde. Le film n’a pourtant pas bénéficié d’une bonne critique dans un pays où la Shoah figure à peine dans les manuels d’histoire et où Mein Kampf, traduit dans un grand nombre des multiples idiomes du sous-continent, est un best-seller.

Jésus en littérature

Deux écrivains, à 100 ans d’intervalle, ont pris Jésus comme personnage principal de leur roman. Et chacun le revisite à sa manière, peu orthodoxe il est vrai, mais passionnante cependant. La littérature montre qu’on peut interpréter l’histoire et la vocation d’un homme considéré par les chrétiens comme étant le Fils de Dieu, sans être « sacrilège » pour autant. À l’heure où l’on justifie le fait qu’un écrivain retenu pour le prix Goncourt ait eu recours à un sensivity reader en estimant que la littérature n’a pas à blesser des gens, il est plaisant de découvrir ces deux Jésus à taille humaine.


Un siècle les sépare. L’homme qui était mort, dernier livre de D.H. Lawrence, parait en 1929. Le bâtard de Nazareth, de Metin Arditi, écrivain francophone suisse d’origine turque, voit le jour en 2023. L’un prend Jésus à la fin, au fond de son sépulcre où on le croit mort et qui ne l’est pas tout à fait. L’autre situe le sens de sa mission avant sa naissance, dans sa conception même.


Commençons par le plus récent. Inspiré des travaux de Daniel Marguerat, professeur à la faculté de théologie de Lausanne, ce titre ou plutôt ce mot de « bâtard » qui peut sembler provocateur n’a pas vocation à l’être, mais à éclairer autrement que de manière canonique un « mamzer » (Marie ayant ici été abusée par un Romain et recueillie par Joseph), relégué par la Loi juive, et qui n’aura de cesse de vouloir revenir à l’Esprit de la Loi contenu dans le Lévitique (chapitre 19, verset 18) ; où on trouve pour la première fois le commandement : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même », afin qu’exclus en tous genres ne le soient plus. Pour autant, il n’est pas question de rompre avec la « famille originelle ». « La Loi juive est tout entière de charité. Je ne veux pas l’abolir, le comprends-tu ? Je veux réformer et tu veux révolutionner », dit Jésus à Judas, lui aussi un « mamzer » et qui voudrait davantage trancher le lien avec ceux qui les réprouvent.

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Déchiré entre son attachement à la Loi, à son peuple, à la promesse faite à Joseph avant la mort de celui-ci, et le besoin impérieux de restaurer la dignité de ceux que la Loi exclut ; comprenant, d’un côté, la nécessité qu’a un peuple qui veut durer de ne pas abolir un principe fondamental (la filiation), mais éprouvant avec la même force le besoin pour les rejetés de ne pas l’être, le Jésus d’Arditi accomplit moins « l’outre-Loi » qui mène à la foi selon St-Paul, qu’il ne fait retour, à la façon des protestants plus tard, au message originel. « Il faut retrouver l’Esprit de nos Lois, plutôt que s’accrocher au sens étroit et vinaigré des mots. »

Ce Jésus-là ne veut en aucun cas faire sécession et fonder une nouvelle secte, contrairement à Judas auquel Metin Arditi fait jouer un rôle proprement stupéfiant ; une trahison certes, mais d’une tout autre nature que celle habituellement retenue… Et Jésus mourra sur la croix et ira au sépulcre.

Sépulcre où l’on retrouve le Jésus de D.H. Lawrence un siècle plus tôt, qui se réveille dans son linceul, presque mort mais presque seulement. Chancelant, il réussit à s’en extraire, à passer devant les soldats romains endormis, et à se faire abriter par des paysans tout en restant à distance d’eux, comme il restera désormais à distance de tous les hommes : « Je les vis tels qu’ils étaient, limités, maigrement vivants, sans aucune splendeur d’attitude, de courage. » Il leur reconnaît cependant ce minimum d’empathie qui lui permettra de revenir lentement, très lentement à la vie. Du moins, à la vie organique jusqu’à pouvoir tenir debout et s’en aller. Ce Jésus-là est passé par la mort, pas seulement parce qu’il l’a frôlée de très près, mais par toutes les blessures infligées et par son propre consentement qu’il va remettre en question «  J’ai été mis à mort, mais je me suis prêté au meurtre... », tout en reconnaissant à sa « descente aux enfers » la possibilité de naître une seconde fois ; d’être l’homme re-né : « Mais ma mission est achevée et mon enseignement est terminé, et la mort m’a sauvé de mon propre salut », dit-il à Madeleine qui voudrait le voir revenir parmi eux.

Néanmoins, c’est avec une amertume certaine et un regard acéré sur lui-même qu’il considère celle-ci : « Et moi, dans ma mission, je me suis précipité dans l’excès. J’ai donné plus que je n’ai pris, et cela aussi est misère et vanité ». Renversement total de perspective : à ce pari qui lui semble soudain insensé va se substituer progressivement une autre révélation : « L’homme qui était mort regarda nûment la vie ; il vit l’immense résolution qui, partout, se ruait comme la vague massive, puis subtile. »

Et c’est auprès d’une femme ; une prêtresse d’Isis, qui croit voir en lui Osiris revenu à la vie et réunifié, une femme qui attend depuis très longtemps l’homme qui enfin la touchera, que Jésus va entrevoir, incrédule, une résurrection inespérée : « Je vais de nouveau connaître la chaleur de la vie et je vais connaître la plénitude. Je serai chaud comme le matin. Je serai un homme. Se comprendre n’est pas nécessaire pour cela. Ce qu’il faut, c’est un pouvoir de renouvellement. Il y a en elle ce pouvoir. »

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Et l’homme qui était mort va consentir à l’étreinte décrite avec une ferveur rarement atteinte. Ce récit court, écrit comme une parabole,  nous offre une splendeur. D.H. Lawrence, au bord de la mort lui-même, nous lègue un testament solaire. Et surtout, il rend à éros sa puissance et sa spiritualité oubliées.

L’un, a connu le puritanisme victorien anglais, fut « crucifié » pour un roman considéré comme pornographique et qui jamais ne le fut, lutta toute sa vie pour la « grande santé », l’être vraiment vivant et charnel et son rendez-vous cosmique avec le monde. L’autre, nous renvoie à des questions très actuelles, au déchirement qu’un Français (chrétien ou pas) d’aujourd’hui peut éprouver lorsqu’il veut à la fois protéger son peuple, son histoire, sa nation, et accepter en même temps le migrant, au nom de la charité mais avec le risque de la dissolution de sa propre identité.

L’homme qui était mort de D.H. Lawrence, Éditions Gallimard, collection l’imaginaire, 1929
Le bâtard de Nazareth de Metin Arditi. Éditions Grasset, 2023
Vie et destin de Jésus de Nazareth de Daniel Marguerat, Éditions du Seuil, 2019

L'Homme qui était mort

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Le bâtard de Nazareth: roman

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L’anti-Taliban: hommage au commandant Massoud

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Son assassinat, le 9 septembre 2001, a été le prélude à deux événements d’importance mondiale : l’attentat du 11 septembre à New York et la lutte contre l’hégémonie des Talibans en Afghanistan, lutte qui s’est soldée en 2022 par le triomphe de ces fanatiques. Le commandant Massoud est l’objet d’une cérémonie de commémoration à Paris, ce dimanche 10 septembre, dans les jardins des Champs-Élysées. Notre contributeur y prendra la parole pour lui rendre hommage…


Le  9 septembre 2023 marque le 22ème anniversaire de la mort du légendaire Commandant Massoud, assassiné par des terroristes islamistes d’Al Qaïda. Il avait lutté héroïquement pour la liberté de son pays, l’Afghanistan, d’abord contre l’invasion soviétique, ensuite contre la barbarie obscurantiste des Talibans. Par cette commémoration publique, ce dimanche 10 septembre, sur les Champs-Elysées de Paris, nous rendons hommage à cet homme de paix, féru de culture démocratique.

C’était le 9 septembre 2001 : ce jour-là, il y a vingt-deux ans, Ahmed Chah Massoud, commandant du Front Islamique et National pour le Salut de l’Afghanistan ainsi que de la légendaire « Alliance du Nord », était lâchement assassiné, deux jours avant les abominables attentats du World Trade Center de New York, par deux terroristes d’Al-Qaïda : deux djihadistes tunisiens, soi-disant journalistes, venus expressément, pour l’abattre, de Belgique et, plus précisément encore, de la tristement célèbre commune de Molenbeek, d’où, par ailleurs, furent également originaires les auteurs des attentats de Paris, le 13 novembre 2015, et de Bruxelles, le 22 mars 2016. D’ailleurs, le procès des auteurs des attentats bruxellois a lieu ces jours-ci.

Héros de la résistance : contre les Soviétiques puis les Talibans

Car l’iconique commandant Massoud, que l’on surnommait le « Lion du Panchir » en raison de ses actes de bravoure sur le plan stratégique et militaire, ne fut pas seulement, dans les années 1980, le héros de la résistance contre l’invasion de l’armée soviétique, qu’il finit par vaincre à la tête de ses fidèles moudjahidines. Il fut aussi, et peut-être surtout, celui qui lutta le plus ardemment et le plus efficacement, contre ces « religieux » fanatiques que sont les Talibans. Ces mêmes Talibans qui, après avoir pris Kaboul le 15 août 2021, suite au départ en catastrophe des troupes américaines, règnent aujourd’hui en maîtres, terrorisant la population afghane et d’abord les femmes, ayant instauré, pour le plus grand malheur de ses habitants, l’obscurantiste, cruelle et pseudo-loi islamiste de la charia.

A lire aussi: Sur France culture, le rapatriement des Afghanes est problématique. Mais pas pour les raisons auxquelles vous pensiez…

Esprit démocratique et homme de paix : un exemple d’humanisme

Ainsi, comment, à l’heure où le peuple afghan ploie à nouveau sous l’impitoyable férule de ces fous d’Allah, ne pas rendre hommage à ce brave d’entre les braves, véritable esprit démocratique et authentique homme de paix, que fut Ahmed Shah Massoud, qui s’est littéralement sacrifié pour son peuple ?

Massoud au Panchir, de père en fils

C’est son propre fils, le jeune mais vaillant Ahmad Massoud, qui, prenant exemple sur son admirable père, a repris aujourd’hui les rênes de la résistance aux Talibans, dans cette même vallée du Panchir, seule portion territoriale d’Afghanistan qui, avec celle de l’Andarab, soit encore relativement libre – les aguerries et nécessaires. Honneur, donc, aux Massoud père et fils avec toute notre gratitude !

Un garçon réalise une corvée sur les hauteurs de Kaboul, Afghanistan, 11 septembre 2021 © Felipe Dana/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22604569_000002

Zendabad Afghanistan ! (vive l’Afghanistan libre !)

Car ce n’est pas seulement pour la liberté de son pays, ni la dignité de son peuple ou la sauvegarde de sa culture, que se bat Ahmad Massoud, animé lui aussi par cette inébranlable foi en l’homme qui caractérisa jadis si bien son illustre père. Digne héritier de ce dernier, il se bat également, et peut-être surtout, pour la civilisation dans son ensemble : cette civilisation qui, en Occident comme en Orient, fonde, par-delà les différences de croyance, d’ethnie, de langue ou de nationalité, tout humanisme digne de ce beau nom.

Gloire, donc, à Massoud, père et fils : ces deux braves avec lesquels il me vient aujourd’hui l’irrésistible envie de clamer aussi haut et fort, comme un seul homme avec ce nouveau peuple martyr mais non point soumis, « Zendabad Afghanistan ! » : un cri de ralliement et, espérons-le, de future victoire, signifiant, en bon français, « Vive l’Afghanistan ! » Clamons haut et fort notre indéfectible soutien, nous qui sommes attachés aux imprescriptibles valeurs de l’universalisme, au brave et courageux peuple d’Afghanistan, innocente victime de la barbarie obscurantiste de ces infâmes suppôts du terrorisme international que sont également, contre les démocraties du monde entier (occidentales et autres), les Talibans. Vive l’Afghanistan libre, moderne, tolérant et démocratique !

Afghanistan : Chronique de la Résistance

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HOMMAGE PUBLIC AU COMMANDANT MASSOUD, 10 SEPTEMBRE, SUR LES CHAMPS-ÉLYSÉES DE PARIS. Cet événement historique, organisé par l’association culturelle afghane « Azadi » (signifiant, littéralement, « Liberté »), proche de la résistance dans les mythiques vallées du Pandjchir et de l’Andarab, a lieu ce dimanche 10 septembre, de 13h à 17h, en plein centre de Paris, sur la bien nommée allée du Commandant Massoud, située non loin de la place de la Concorde, dans les jardins des Champs-Élysées…

Petit manifeste pour le droit à la continuité historique

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Partout, notre histoire nationale s’impose par la majesté de ses monuments et de ses œuvres. Mais, la cancel culture intime l’ordre de détourner le regard, et de débouler certains de ses morceaux d’architecture…


Pour composer un sentiment national, la IIIème République convoqua des figures allégoriques qui incarnent la personnalité de la France. Il faut se souvenir avec émotion de la lettre de Jean Jaurès aux instituteurs qui avaient entre leurs mains « l’intelligence et l’âme des enfants » : « Ils sont Français et ils doivent connaître la France, sa géographie et son histoire : son corps et son âme. Ils seront citoyens et ils doivent savoir ce qu’est une démocratie libre, quels droits leur confère, quels devoirs leur impose la souveraineté de la nation. Enfin ils seront hommes, et il faut qu’ils aient une idée de l’homme, il faut qu’ils sachent quelle est la racine de toutes nos misères : l’égoïsme aux formes multiples ; quel est le principe de notre grandeur : la fierté unie à la tendresse ». Sur cet hymne à la continuité historique, Bérénice Levet prévient que « nul, à proprement parler, ne se retrouve dans la vie de Saint Louis, de Jeanne d’Arc, de Napoléon, mais chacun y trouve en revanche l’étoffe dans laquelle est taillée l’histoire de France. Et c’est en assimilant son épopée, ses discours, ses échecs et ses erreurs aussi, et non le sexe, la sexualité, la couleur de peau de ses acteurs, que l’on devient français »[1]. Elle rappelle la nécessité existentielle d’un enseignement de l’histoire-récit, que soutenait déjà Fernand Braudel. C’est seulement pour qui n’est plus enfant que l’autre histoire, critique, peut prévaloir[2].

A lire aussi, Jean-Paul Brighelli: Enseigner l’Histoire: l’exemple chinois

Mieux qu’une race, une nation

Le récit national satisfait donc au « besoin d’enracinement » qui, comme l’a prodigieusement énoncé la philosophe Simone Weil, est « le plus important et le plus méconnu de l’âme humaine »[3]. Privé de sa filiation historique, l’individu se dissout dans le communautarisme, projection collective de lui-même, alors que « le peuple français est un composé. C’est mieux qu’une race, c’est une nation » (Jacques Bainville, Histoire de France). Le citoyen s’échappe alors de lui-même comme le suggère Romain Gary, « je n’ai pas une goutte de sang français, mais le France coule dans mes veines ». Ce patrimoine immatériel a aussi donné naissance à « l’amour courtois » qui, confinant au marivaudage cache le désir des hommes, mais jette un interdit sur les violences envers les femmes. Se départir de cette prévenance n’annonce pas des temps meilleurs mais le crépuscule d’un modèle à nul autre pareil. La littérature[4], et même les contes de fées, instruisent sur la complexité des rapports humains et sociaux, sur les subtilités des relations amoureuses. Ils aident à dénouer l’écheveau formé par les vicissitudes de nos vies. L’ambition et l’amour foudroyés de Julien Sorel, le désir inassouvi d’Emma Bovary d’accéder à une vie romantique, offrent une grille de lecture des passions et des contraintes sociales qui forment les esprits. Le geste criminel de Thérèse Desqueyroux peut-il recevoir le pardon de l’époux qu’elle tenta d’empoisonner ? La réponse est dans l’analyse fine des singularités. C’est la valeur esthétique de la littérature et la mission heuristique du droit. Bruno Bettelheim, loin de considérer que les contes de fées instituent une « culture du viol », que les néo-féministes assimilent à un continuum entre la galanterie, la goujaterie et l’agression sexuelle, voit en eux une réponse aux angoisses des enfants en les éclairant sur les épreuves de la vie, et sur les efforts à fournir pour les vaincre[5]. Ils participent ainsi de l’œuvre civilisatrice dont il advient « qu’un homme ça s’empêche »[6].

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Marc Bloch avait déjà anticipé la tendance séditieuse en soutenant « qu’il est deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l’histoire de France, ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims ; ceux qui lisent sans émotion le récit de la fête de la Fédération » (L’Etrange défaite). Si l’histoire se répète toujours deux fois, la cancel cuture serait alors la farce et non la tragédie puisqu’elle n’a rien d’inéluctable comme la force du destin. Mais, son dessein est funeste car il fabrique des déshérités, devenus étrangers à leur propre culture, des esprits perméables à l’endoctrinement et avides de « bien-pensance » et du « prêt-à-penser » sur le marché des idées-reçues. Cette passion triste est à rebours de la composition française qui, vécue non sans heurts, est décrite par l’historienne Mona Ouzouf[7].

Le peuple et l’esprit français ne veulent pas mourir

L’entreprise de décomposition, dont il n’est pas certain qu’elle soit un produit de la french theory, tellement les philosophes de la déconstruction (Derrida, Deleuze et Foucault)[8] se sont affranchis des identités et de l’empire du sujet, se heurte à l’esprit français de résistance encore à l’œuvre. Il est d’abord celui du citoyen ordinaire confronté à « l’insécurité culturelle », dont la seule évocation fait craindre le procès en populisme, instruit contre la revendication du droit à la continuité historique. Il est également, celui de ces esprits éclairés, parfois dissidents, qui sont le sel de la cité. Cet esprit traduit la volonté d’un peuple de ne pas mourir[9]. Contre lui se dressent la marche forcée vers le wokisme, la contestation du principe de laïcité et le gouvernement des juges contre l’Etat de droit. Ces forces centrifuges auront-elles raison du ciment qui lie la nation ?

Le droit à la continuité historique s’inscrit dans un ensemble plus vaste contenu dans le modèle anthropologique. Or, les dangers qui menacent celui-ci, affectent celui-là. Les idéologies post-modernes ont pour dénominateur commun la négation du genre humain. Sa narration déploie les discours de l’antispécisme, des théories du genre (gender studies) et du racialisme. Ces deux derniers consacrent le phénomène de l’assignation identitaire[10].

A lire aussi: A. Finkielkraut : « Ce qui fait peur, c’est la convergence entre les pillards et les Insoumis »

L’antispécisme soutient l’idée que l’humanité et les animaux sont composés d’individus appartenant à la même espèce. Mais, le postulat d’un statut moral commun aux êtres sensibles se heurte à une aporie. En effet, il rabaisse le genre humain autant qu’il engage sa responsabilité sur le devenir du vivant. Or, cette opération n’est pensable qu’en vertu d’une conscience proprement humaine qui anéantit le prérequis antispéciste. L’éradication de la maltraitance animale et la protection de l’environnement, ne doivent pas dépendre de cette idéologie. Le racialisme à l’inverse, réintroduit l’idée de race dans la sphère publique. Les théories du genre dissocient le sexe biologique assigné à la naissance et l’identité de genre jusqu’à l’incitation au changement de sexe chez les adolescents souffrant par exemple d’un trouble de l’identité, de dysphorie de genre. Cette séquence ouvre un scandale sanitaire à venir comme le prévient l’observatoire de la petite Sirène. Arrivé à maturité psychique certains jeunes adultes regrettent leur choix irréversible… Si leur apparence est modifiée, ils n’ont pas réellement changé de sexe, car l’artefact chirurgical et hormonal se heurte à la réalité biologique. Ils se retrouvent alors mutilés. Ne pas dévaler cette pente ne désarme en rien le combat légitime contre les discriminations.

Le grand renversement

Ces théories opèrent un renversement de paradigmes et engagent la lutte contre les dominations occidentales en désignant pour cible le « mâle hétérosexuel blanc ». Sonnent-elles le glas de l’ère judéo-chrétienne, illustrent-elles ce que Chantal Delsol nomme la Fin du christianisme ?

A lire aussi: Bérénice Levet, la contre-attaque

En d’autres termes, la continuité historique résistera-t-elle au processus de la double inversion que l’auteure met en évidence : « inversion normative menée sous l’égide de la culpabilité, ce qui la rend violente et pleine d’amertume »[11], substrat de « l’inversion ontologique » remettant en cause la signification et la place de l’homme dans l’univers[12]. Rien n’est moins sûr tellement notre histoire a tutoyé l’abime. La guerre de cent ans, les guerres de religions… jusqu’à l’occupation allemande et la collaboration, montrent combien la rhétorique de fin et de la décadence, traverse notre histoire.

Mais, au bord du gouffre, l’esprit de résistance a su s’imposer. Il faut avoir avec Bérénice Levet « le courage de la dissidence » pour promouvoir une recomposition autour des vérités du génie français incarné dans ses œuvres. Encore faut-il donner à l’aimer, et donc à le connaître dans son corps et dans son âme comme le voulait Jean Jaurès dans sa lettre adressée aux instituteurs.

Composition française: Retour sur une enfance bretonne

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LA FIN DE LA CHRETIENTE

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[1] Bérénice Levet, Le courage de la dissidence. L’esprit français contre le wokisme, Edition de l’observatoire, 2022, p. 138

[2] Ibid. p.151.

[3] Simone Weil, L’enracinement. Prélude à une déclaration des devoirs envers l’être humain, Gallimard 1949, Folio essais 1990, p. 61

[4] Alain Finkielkraut, L’après-littérature, Stock, 2021 : le philosophe montre que l’idéologie a remplacé la pensée littéraire

[5] Bruno Bettelheim, Psychanalyse des contes de fées, Pocket, 1999

[6] A. Camus, Le premier homme, Gallimard, 1994, page 66. Voir également « La sagesse des mythes » Luc Ferry.

[7] Mona Ouzouf, Composition française. Retour sur une enfance bretonne, Gallimard, 2009

[8] Voir sur cette question : Après la déconstruction. L’université au défi des idéologies (Actes du colloque), O. Jacob, 2023 ; Jean-François Braunstein, La religion woke, Grasset 2022, p.18 et s.

[9] Laurent Bouvet, L’insécurité culturelle, Fayard, 2015 ; Christophe Guilluy, Les dépossédés, Flammarion, 2022

[10] Voir en ce sens Elisabeth Roudinesco, Soi-même comme un roi. Essai sur les dérives identitaires, Seuil, 2021

[11] Chantal Delsol, Les Editions du Cerf, 2021, p. 69

[12] Ibid. pages 81 et s

Quand la gauche française fait une syncope devant la Coupe du Monde de rugby

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La cérémonie d’ouverture de la Coupe du Monde organisée sur notre sol ne visait pas à l’universalité, mais à montrer la particularité d’un sport et la façon dont il s’inscrit dans notre identité nationale. De nombreux journalistes et personnalités progressistes ont estimé que tout cela sentait très mauvais.


Il est peu dire que la cérémonie d’ouverture de la Coupe du Monde de rugby a fait couler beaucoup d’encre ! Jamais avare en commentaires de femme au bord de la crise de nerfs, Sandrine Rousseau a fait part de sa « honte », avant que Libé ne lui emboîte le pas en dénonçant une « France rance ». Samuel Gontier, qui se définit lui-même comme un journaliste de canapé pour Télérama, de nouveau victime d’une « glissade intersectionnelle », s’est de son côté demandé si Eric Zemmour avait été à l’origine de la conception des festivités.

Ma France, mon pinard, mon cochon

Mieux encore, plus fort, plus hystérique, cet article de l’inénarrable William Perreira dans les colonnes de 20 Minutes : « Ma France, mon pinard, mon cochon. Plus fâcheux encore, la cérémonie qui, paraît-il, célébrait l’art de vivre à la française, n’est pas vraiment inclusive. Ici un manque de représentativité, là-bas des symboles désuets, comme le magnifique jambon de pays apparu à plusieurs reprises à l’écran, limite ostentatoire. On frôle parfois la version chorégraphiée du meme rétrograde « Ma France, mon pinard, mon cochon » ».

Fallait-il, pour complaire à des gens qui se moquent habituellement du rugby comme de leur dernière chemise, confier l’organisation de la cérémonie à l’équipe de Drag Race France plutôt qu’à Jean Dujardin ? Ou, comme je l’ai directement répondu à Sandrine Rousseau sur Twitter, ajouter quelques figurants pour rejouer les émeutes de Sainte-Soline, un ou deux transsexuels, un rodéo de minis motos en hommage aux « victimes de la police », deux trois rappeurs pour faire bonne mesure, et un haka en non mixité choisie menée par Mathilde Panot et Raquel Garrido vêtues en Vahinés post-modernes ?

A lire aussi, Philippe David: «Tous les Français se sentent représentés par l’équipe de France de rugby»

J’ai même fini par me demander si les habitants du sud-ouest de la France n’étaient pas pris pour des ploucs à cacher dans l’arrière-boutique de la maison France, avec leur rugby et leurs férias d’un autre âge. Serions-nous de trop dans ce paysage « inclusif » et bienveillant qu’entendent nous dessiner madame Rousseau et ses amis ? Qui s’est jamais véritablement intéressé à une ouverture de Coupe du Monde de Rugby ? Il est absolument grotesque de comparer cela, ne serait-ce que sur le plan des moyens financiers et de l’exposition médiatique, à la cérémonie d’entrée des Jeux Olympiques de Londres en 2012, comme s’y sont risqués certains internautes…

Présent pas fédérateur

Le vrai enjeu d’une telle compétition est le jeu. Oui, le rugby est un sport de niche qui est aimé de tous les Français mais très ancré historiquement dans les campagnes et le terroir du quart sud-ouest de la France. Au niveau international, il est surtout pratiqué dans les pays du Commonwealth. En quoi cela dérange qui que ce soit ?

Les réactions de toutes ces pleureuses étaient si attendues et caricaturales qu’elles nous auraient presque donné envie de voir un duo entre Michel Sardou et Patrick Sébastien entonner « Pourvu que ça dure » devant un stade en ébullition : juste pour les faire causer un peu plus, qu’ils aient de bonnes raisons de pester et de mépriser les Français qui ont le malheur de ne pas être encore totalement éveillés à leurs désirs de déconstruction de notre culture. Si cette France « sépia » qui sent la « naphtaline » séduit encore autant, c’est bien parce que notre présent n’est pas fédérateur.

A lire aussi, du même auteur: Le ministère de l’Education nationale fait un rêve: une France post-raciale

La cérémonie n’était certes pas parfaite, l’homme coq sûrement ridicule et la Marseillaise en canon proprement massacrée, mais au moins mettait-elle en avant une image qui bien qu’idéalisée n’en restait pas moins fidèle à certains grands permanents de la culture rugbystique française. Elle ne visait pas à l’universalité mais à montrer la particularité d’un sport et la façon dont il s’inscrit dans notre identité nationale. Oui, il est dommage que l’identité de la France se réduise au folklore festif, mais c’est bien parce qu’il s’agit du dernier domaine de fierté autorisé…

Les critiques sont d’ailleurs les premiers à s’afficher sur Instagram avec une planche de charcuterie et un ballon de rouge en terrasses au Pays Basque… Ils sont tout simplement bien souvent hypocrites. Leur est étranger voire odieux « tout ce qui est terroir, béret, bourrées, binouis, bref, franchouillard ou cocardier » comme le disait déjà Bernard-Henri Lévy il y a quelques décennies. Et ils ne sont pas au bout de leur peine puisque cette équipe composée de deux tiers de joueurs nés en Aquitano-Occitanie, souvent dans de petites villes, pourrait bien gagner ce championnat et entraîner une vague de rugby mania… Les garçons préfèrent généralement le ballon ovale aux tutus. Vous ne faites pas les règles Sandrine.


Elisabeth Lévy sur Sud Radio : « Une partie de la gauche déteste tout ce qui est français et populaire ! »

Retrouvez la chronique de notre directrice après le journal de 8 heures.

Par ici le point G

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D.R

Vous êtes en manque d’infos pertinentes et d’intérêt public? Le magazine féministe Causette est toujours là pour répondre à ce besoin!


Le magazine féminin Causette propose, dans son numéro d’été, un dossier pédagogique qui promet « des infos d’utilité publique sur l’orgasme ». On y apprend en effet des choses bien utiles. Par exemple :« Un orgasme débouche aussi bien le nez qu’un petit coup de Stérimar ». Des scientifiques ont mesuré « avant, immédiatement, 30 minutes, une heure puis trois heures après un orgasme » les pifs de 18 couples hétérosexuels. Résultat incontestable : des nez bien dégagés. Un patient canadien qui avait le nez bouché et un hoquet depuis plusieurs jours est parvenu à régler ces problèmes en passant à l’acte avec sa compagne. Cependant, il aurait obtenu le même résultat en se masturbant ou en pratiquant un « massage rectal », affirme un expert.

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Par ailleurs, des chercheurs continuent de chercher le point G un peu partout : certains le situent uniquement au niveau du vagin, d’autres le localisent au bout des seins, d’autres encore disent en avoir trouvé la trace dans la gorge, derrière la luette. Tous sont d’accord sur un point : la position dite du missionnaire est la mieux à même d’obtenir un orgasme digne de ce nom. De plus, grâce à une étude réalisée dans une clinique new-yorkaise, il est maintenant scientifiquement prouvé qu’un coussin glissé sous le bassin de la partenaire améliore l’afflux sanguin vers le clitoris et, conséquemment, les sensations menant au septième ciel.

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Malheureusement, coussin ou pas coussin, seules 37 % des Françaises ont un orgasme « au moins une fois par semaine », affirme le magazine. De toute manière, les femmes des pays dans lesquels le capitalisme a triomphé ne peuvent pas espérer atteindre la félicité sexuelle de celles qui habitent dans les pays où le socialisme d’État règne : « le capitalisme nuit gravement à la jouissance », assène Causette en s’appuyant sur l’ouvrage d’une ethnographe américaine qui argue que « mis en œuvre correctement, le socialisme favorise l’indépendance économique des femmes et un meilleur équilibre entre travail et vie de famille », d’où « un plus haut taux d’orgasmes ». C’est bon à savoir.

Quand les députés LFI refusent de se lever pour les policiers morts en mission

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Les députés Mathilde Panot, Éric Coquerel et Sandrine Rousseau participent à la marche interdite en mémoire d’Adama Traoré, 8 juillet 2023. © Chang Martin/SIPA

L’Assemblée nationale, ça se passe dans l’hémicycle et en commission, mais aussi sur le terrain, « en circonscription ». Et la période estivale marie plutôt bien ces deux aspects de la fonction parlementaire. Petit aperçu…


Renouveau démocratique

Lors de la séance de questions au gouvernement du 4 juillet dernier, la plupart des interpellations concernent bien évidemment les émeutes et les violences qui viennent d’avoir lieu un peu partout en France. Alors que la vice-présidente Horizons de l’Assemblée nationale interroge Élisabeth Borne sur la responsabilité d’une partie de la gauche concernant le « sentiment d’exclusion qui nourrit les émeutes », la réponse revient à l’inénarrable Olivier Véran, porte-parole du gouvernement et ministre du… « Renouveau démocratique ». Cette dénomination m’avait échappé… Comme je ne sais pas exactement de quoi il retourne, j’ai consulté son décret de nomination pour apprendre que ledit ministre « prépare, anime et coordonne le travail gouvernemental relatif au renouveau démocratique et au développement de la participation citoyenne sous ses différentes formes ». C’est tout de suite beaucoup plus clair, non ? Avec les résultats que l’on connaît…

Ennemis de l’intérieur

Décidément, cette séance de questions d’actualité n’en finit pas. Et nous n’avons pas tout entendu. Le pire arrive, sans surprise, de la France insoumise. Antoine Léaument, député de l’Essonne, vitupère la police qui s’en prend aux jeunes des quartiers. Sans aucune raison puisque, selon le parlementaire, « il n’existe pas, en République, d’ennemis de l’intérieur ». Comment donc qualifier ceux qui, lors des émeutes du début de l’été, s’en sont pris aux commissariats, aux écoles, aux mairies, aux maisons de quartier, etc., allant même jusqu’à incendier le domicile d’un maire, mettant en danger sa femme et ses deux jeunes enfants ? Quel nom pour qualifier ces criminels ?

Émeutes (suite)

Une semaine plus tard, c’est au tour de Thomas Portes, député LFI de Seine-Saint-Denis, qui, avec son sens de la nuance, apostrophe ainsi Gérald Darmanin : « Vous n’êtes pas le ministre de l’Intérieur, vous êtes le ministre des violences policières ! »Les écologistes ne souhaitant pas être en reste, Sandrine Rousseau entre en piste pour énumérer les victimes de ce qu’elle nomme, elle aussi,« violences policières ». On observera que, quelques minutes plus tôt, La France insoumise a refusé de se lever lorsque Gérald Darmanin a cité les noms des policiers et gendarmes morts dans l’exercice de leur mission. Mais qu’ils montrent un bel enthousiasme à applaudir les noms de Adama Traoré, Rémi Fraisse, et autres Mohamed Gabsi, se réclamant, excusez du peu, de Gandhi et Martin Luther King ! Rien que ça !

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Non-mariage

Pendant ce temps, dans ma belle ville de Béziers, mon maire préféré refuse de marier un étranger avec une jeune Française. Vif émoi à l’extrême gauche, chez les associations d’aide aux étrangers, et dans les médias bien sûr ! Robert Ménard aurait refusé de marier un Algérien ! Ouh, le vilain raciste ! La vérité est bien plus simple : le futur marié est certes algérien, mais surtout clandestin, et sous le coup d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF). Il est en outre « défavorablement connu des services de police » puisque le jeune fiancé a eu maille à partir avec les forces de l’ordre pour « vol avec violences » et « recel »… Dans ce monde à l’envers, ce n’est pas le clandestin qui est inquiété, mais bien Robert Ménard que La France insoumise, par la voix de deux ou trois de ses élus, s’empresse de dénoncer au procureur. On les a connus moins scrupuleux quand certains d’entre eux défilaient avec leurs écharpes tricolores lors de manifestations interdites au son de « Tout le monde déteste la police ! »… Le bon sens populaire, lui, a largement soutenu le maire de Béziers et c’est tant mieux.

OQTF

Le jeune fiancé algérien a finalement pu être expulsé. Pas avec l’aide des autorités de son pays qui ont refusé jusqu’au bout de délivrer le fameux « laissez-passer consulaire » attestant de sa nationalité. Mais bien grâce à l’administration française, du préfet de l’Hérault à la police de l’air et des frontières. Comme quoi, quand on veut on peut !

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Français de papier

Ma dernière prise de parole à la tribune de l’Assemblée nationale pour cette session concerne le projet de loi de reconstruction des bâtiments détruits durant les émeutes. Nous sommes le 20 juillet. Je termine mon intervention par ces mots : « Il faut surtout s’interroger sur la haine qui anime ces casseurs, ces voleurs. La haine de notre pays. Oui, je dis bien notre pays tant ils ne le vivent pas comme le leur. Ils sont français. Mais seulement de papier. » Aussitôt, l’extrême gauche bondit, me traitant de « sale raciste ! ». Gérald Darmanin a expliqué que lors des émeutes, 90 % de ceux qui y ont participé étaient français… Je pense quant à moi que 90 % des Français ont parfaitement compris l’expression utilisée pour désigner ceux qui ont su si clairement montrer leur mépris et leur détestation de la France…

Féria

Le mois d’août bat son plein. Et la féria de Béziers peut commencer. Un grand cru ! Plus d’un million de personnes dans les rues de la plus ancienne ville de France. Avec des corridas d’exception et deux toros graciés en deux jours. Du jamais-vu et des arènes en liesse. Pendant ce temps, Aymeric Caron, en bon Parisien qu’il est, a fait un déplacement éclair pour venir crier sa détestation de notre culture du Sud : entre 150 et 200 manifestants l’accompagnaient le dimanche 13 août dans les rues de Béziers avec comme leitmotiv : « La corrida va de plus en plus mal et tant mieux, on s’en réjouit ! Elle va mourir, elle va disparaître. » Les organisateurs, eux, constataient une augmentation de la fréquentation des arènes biterroises de plus de 20 % par rapport à l’avant-Covid. Merci Aymeric !

Crise des opioïdes: le mensonge des 12 heures de l’« OxyContin »

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Uzo Aduba et Matthew Broderick, "Painkiller" (2023) © Netflix

Une série un peu effrayante de Netflix aborde les dérives de la commercialisation de l’OxyContin, un puissant antidouleur développé par le laboratoire Purdue Pharm qui a rendu accro l’Amérique, et est pour bonne partie responsable de la crise sanitaire qui a explosé au milieu de la décennie 2010.


Deux millions de personnes seraient actuellement dépendantes aux opioïdes aux Etats-Unis, et 90 morts par surdose s’y produiraient chaque jour.

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En introduction de chaque épisode de « Painkiller », nouvelle série de Netflix qui mélange fiction et personnages réels, le téléspectateur se voit proposer un rappel des « effets indésirables » du médicament OxyContin. Chacun des six volets de la mini-série débute ainsi par le témoignage réel d’un Américain lambda ayant perdu un proche à cause de ce médicament. Cela aurait pu être un peu lourd, mais c’est en réalité émouvant et nous prépare à ce que nous allons voir. Car, bien que cette série soit une dramatisation, le drame de la crise des opioïdes est lui bien réel. L’OxyContin, puissant analgésique opioïde, a généré plus de 35 milliards de dollars de revenus à son fabricant. On estime déjà à un demi-million le nombre de morts aux Etats-Unis d’une surdose causée par des opiacés prescrits ou bien vendus illégalement. Une bonne fiction est souvent ce qu’il y a de plus efficace pour éveiller les esprits. Par exemple, concernant les risques liés au changement climatique, le film Don’t Look Up, avec Leo DiCaprio et Meryl Streep, est vraisemblablement plus efficace qu’un sermon de Sandrine Rousseau…

Aux origines de la crise des opioïdes

L’histoire fictive s’ouvre sur le réveil précipité, dans sa luxueuse demeure, de Richard Sackler (Matthew Broderick, assez génial), qui entend plusieurs alarmes incendie retentir. Il est le dirigeant de l’entreprise fondée par son oncle, Purdue Pharma, laquelle existe vraiment. Il peine à éteindre les alarmes, jusqu’à ce qu’un bon à tout faire intervienne enfin pour l’aider. Pendant ce temps, une Afro-américaine accro au boulot, Edie Flowers (interprétée par Uzo Aduba), se rend à Washington pour rencontrer un groupe d’avocats concernant les Sackler. Initialement sceptique quant à la poursuite de la famille de milliardaires, elle est intriguée d’apprendre que ses confrères disposent enfin d’une déposition de Richard Sackler lui-même. Consciente d’une possible avancée dans les poursuites contre Purdue Pharma, elle accepte de raconter son histoire. Une grande partie du récit de « Painkiller » est ainsi présentée à travers des flashbacks. Dans le cadre de son travail au bureau du procureur des États-Unis à Roanoke (en Virginie, l’État américain qui sera le plus touché de tous par la crise des opioïdes), Edie commence à entendre parler d’OxyContin par divers médecins. Dans un flashback significatif, elle tente de dénoncer un médecin pour fraude à la Sécu, et en découvre plus qu’elle ne l’avait prévu. Au cours des six derniers mois, le médecin véreux a prescrit l’OxyContin plus de 1000 fois, plaçant ainsi officiellement le médicament de Purdue Pharma sur le radar d’Edie…

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En parallèle, nous en apprenons davantage sur les effets indésirables grâce à un homme en Caroline du Nord affecté négativement par le médicament. C’est Glen Kryger (joué par Taylor Kitsch, vu dans le flop de Disney « John Carter », émouvant ici), qui, aidé de sa femme Lily, dirige un garage. Glen subit une grave blessure au dos alors que son beau-fils fait l’idiot avec une excavatrice, ce qui l’emmène à l’hôpital. Bien que l’opération soit réussie, Glen se voit prescrire des médicaments contre la douleur qui se révèlent insuffisants pour soulager sa souffrance.

Marketing agressif

Dans le présent, Edie révèle aux avocats que l’oncle Sackler avait pour objectif dès le début de créer des clients à vie pour son entreprise pharmaceutique en utilisant des stratégies de marketing agressives. Cependant, à sa mort, la famille se retrouve endettée. Sous pression de ses proches et désireux de suivre les traces de son oncle, Richard élabore un plan peu éthique pour récupérer de l’argent. Il modifie le médicament MS Contin pour en faire le fameux OxyContin. Bien que l’OxyContin puisse véritablement soulager la douleur, les Sackler réalisent vite qu’il est également fortement susceptible de provoquer des abus graves, mais ils privilégient les bénéfices au détriment de toute autre considération et réunissent une équipe de vente composée de jeunes séduisants pour promouvoir la pilule miracle.

On découvre alors notamment deux sacrées garces, la jeune visiteuse médicale Shannon Schaeffer (jouée par West Duchovny, la fille de David Duchovny et Tea Leoni) et sa chef sexy prénommée Britt, laquelle, grâce aux ventes, l’introduit à un style de vie luxurieux et glamour sans jamais trop s’étendre sur la véritable nature du travail, bien sûr. De son côté, Glen continue de souffrir de douleurs intenses et a du mal à s’adapter à sa nouvelle vie après l’opération. Lui et sa femme retournent chez le médecin, exprimant leur insatisfaction quant au médicament inefficace. Le médecin vient d’entendre parler de l’OxyContin, et lui prescrit en l’invitant à être vigilant quant aux risques. Un peu plus tard dans la série, les téléspectateurs ne manqueront pas d’assister aux premiers effets du médicament sur la vie de Glen, effets qui s’aggraveront par la suite…

A relire, notre magazine de juin : Causeur: Le bad trip français

Offrant une plongée réaliste dans une Amérique moyenne – mais pas miséreuse – ciblée par des vendeurs de médicaments ayant en commun avec les dealers de crack l’absence de considération pour autrui et l’appât du gain, la série de Netflix est tout à fait passionnante. Les manœuvres judiciaires des autorités et les intrigues des industriels telles qu’elles nous sont racontées sont également palpitantes. Le mensonge initial du médicament est finalement bien révélé par la série : avec mille autres ruses, le groupe pharmaceutique est parvenu à obtenir son autorisation de mise en vente auprès de la FDA en avançant qu’une dose soulageait la douleur pendant 12 heures, ce que ne faisaient pas les autres médicaments, permettant de prendre une dose le soir et une dose le matin et de bénéficier d’un effet continu. Même avant sa commercialisation, les essais cliniques avaient pourtant montré que de nombreux patients ne bénéficiaient pas d’un soulagement de 12 heures, les entrainant inévitablement dans la dépendance. En 2010, une nouvelle formule de l’OxyContin est toutefois commercialisée par le labo soucieux de montrer sa bonne volonté, formule rendant les usages détournés plus difficiles. Mais il est bien trop tard, et des recoins entiers de l’Amérique se sont déjà transformés en film d’horreur.

Six épisodes disponibles sur Netflix.

Ma Madelen de Proust

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Le feuilleton "Paris Saint Lazare" de Marco Pico © Capture INA

Pour moins de 30 euros par an, l’Âge d’or de la télévision française débarque chez vous et c’est drôlement chouette!


Que fait le ministère de la Santé ? Aucun logo avertissant les éventuelles addictions ! Aucune recommandation pour en limiter l’accès et l’usage. Aucun point presse avec sa cohorte de spécialistes des maladies infectieuses et de hauts-fonctionnaires au visage de pierre tombale. Pas même une allocution gouvernementale et ses graphiques catastrophistes.

Contaminé

Moi, je suis tombé dedans, cet été. En pleine chaleur, par hasard, je me suis inscrit sur le site Ina Madelen ; comme ça, par faiblesse, par naïveté, par manque de volonté. J’aurais pu m’adonner au sport collectif, à l’apéritif anisé, voire même dans un moment de désœuvrement total, me présenter à une université d’un parti politique avec l’idée saugrenue de changer le monde, j’ai choisi la nostalgie. Une « drogue » dure aux effets prolongés. Après ma première nuit à visionner des dizaines d’émissions, je ne voulais plus revenir dans le présent. Je refusais la réalité, l’inflation, les rentrées scolaires sans cantines et sans bus, les habits religieux et la bassesse intellectuelle. J’étais contaminé. Je baignais des heures durant dans un univers parallèle où les écrivains avaient de la répartie et du cran ; les dramatiques, une patine émouvante ; les rues, une vérité de pavés exempte d’imbroglios circulatoires ; et où le moindre micro-trottoir donnait lieu à un spectacle beau et fascinant. Le quidam interrogé au débotté par la télévision française s’exprimait dans un français correct, presque classique alors qu’il n’avait le plus souvent qu’un certificat d’études en poche, il n’était pas affecté de spasmes progressistes, tics du langage et autres postures bêlantes de surdiplômés. Cette France-là m’était étrangère. J’avais envie de la visiter, de l’habiter même. A vrai dire, je m’étais d’abord plongé dans l’Ina Madelen avec des précautions de philatéliste. Par confort intellectuel, j’avais écumé les programmes balisés de mes idoles disparues. Vous connaissez ici mon tropisme Carmetésien et non carmélite. Tout ce qui a trait à l’acteur natif de Bourgueil, Jean Carmet, m’est essentiel. J’oserais dire fondateur. J’aime sa faconde d’ornementeur et sa voix de chanoine rieur.

A ne pas manquer, notre nouveau magazine: Causeur: Gauche Médine contre France Sardou

Puis, j’avais continué sur mes terres d’élection vagabondes, par scruter toutes les apparitions de Kléber Haedens, de l’ami Roland Jaccard, évidemment celles de Pierre Mondy et de Daniel Ceccaldi, faisant un détour affectueux chez Claire Bretécher et Christine de Rivoyre pour célébrer ces deux dames d’esprit, en m’attardant ensuite longuement du côté de Nino Ferrer et de François Cevert, sans oublier une halte persifleuse chez Boudard qui fut certainement l’écrivain-ex-taulard le plus invité des plateaux et un prodigieux historien des Apaches aux barricades de la Libération de Paris.

Des raretés

J’étais en jambes, prêt à affronter des raretés, ces trésors cachés qui nous semblent aujourd’hui inatteignables, par leur grâce et leur écho sentimental, tant leur construction, leur jeu, leur lenteur, semblent dépourvus de morgue et de trucs qui brouillent désormais nos téléviseurs. Pour tout vous avouer, j’alternais vieilles connaissances et découvertes guidées par les sauts de mouton de ma souris. De 1982, j’avais retenu la série « Paris Saint-Lazare » tournée sur les rails entre le Val d’Argenteuil et la gare, réalisée par Marco Pico, avec de jeunes comédiens, Bruel, Cluzet, Pascale Rocard et l’inestimable Christine Dejoux. Ces six épisodes couleur bitume, à l’âpreté banlieusarde, au quotidien banal et si juste, sans graisse, ni faux idéaux, demeurent un témoignage sociologique unique. Et puis, il y a la présence de Jean Bouise, cette bonté d’ancien régime qui frémit dans sa moustache, sa carcasse altière nous serre le cœur à chaque fois qu’il traverse l’écran. Je ne résistais pas au plaisir de revoir « Les Roses de Dublin » de Lazare Iglesis (1981) et capter le visage de l’énigmatique Berenice Toolan sur une musique subliminale de Vladimir Cosma. Jean-Claude Bouillon interprétait le rôle de Chris Bardol, reporter sportif en balade irlandaise. La même année, Jacques Charrier s’appelait Vincent Navailles dans « Salut Champion », deux saisons où il incarnait là aussi un journaliste qui suivait de grands événements sportifs mêlant fiction et images d’actualité. On voyageait du Bandama, un rallye en Côte d’Ivoire aux Jeux Méditerranéens à Split, du Tour de France avec les conseils de l’ancien pistard André Pousse aux allées de Roland-Garros en 1980. Entre « Stade 2 » et « Marc et Sophie », Chantal Nobel imposait son caractère et sa silhouette de professeur d’éducation physique. Du sport, il en était question dans Apostrophes de 1976 : « Le sport est-il l’opium du peuple ? ». On y parla de la finale de Glasgow et Louis Nucéra évoqua le roi René (Vietto).

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Quand vous vous lancez dans les « Apostrophes », il est bien difficile de s’arrêter. J’ai revu mon polardeux « Qui a tué ? » de 1979 avec Boileau-Narcejac, A.D.G (superbe de réaction et de provocation dans Droit de Réponse), Manchette et Léo Malet en vedette. Comment ne pas faire un salut amical à Henri Vincenot qui creva l’écran en 1977 et dont la fille Claudine écrivit un joli livre « Le Maître du bonheur » (Livre de Poche numéro 14095) ? Désolé de vous abandonner en pleine chronique mais j’ai encore tant à voir. Ferreri chez Polac, Jacques Laurent chez Pivot, Anicée Alvina dans Les quatre cents Coups de Virginie, Charles Vanel en Thomas Guérin… retraité, etc.

Monsieur Nostalgie

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J’aime regarder « J’aime regarder les filles »

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Affiche du film, sorti en 2011. Copyright Bac Films

J’aime regarder les filles. Non, ce n’est pas le dernier (et tardif) opus de ma série estivale sur les chansons. Cette chronique ne portera pas sur le one hit wonder de 81 de Patrick Coutin, portant le même nom.

Un film singulier

Cette chronique est un « accident » issu de mes errances d’insomniaque sur internet. Un soir, les algorithmes ont dégoté pour moi, sur Prime Video, une perle bien cachée: J’aime regarder les filles, un film de 2011 de Frédéric Louf. Ni vu ni connu, j’t’embrouille, je prends le titre comme prétexte pour chroniquer ce film qui m’a littéralement enchantée.


Nous sommes en 1981, précisément le soir de l’élection de Mitterrand. Mais le jeune Primo, le héros du film âgé de 18 ans, joliment interprété par Pierre Niney, se fout éperdument de la politique. Ce qui lui importe, justement, ce sont les filles. Il ne veut pas ressembler à son père, immigré italien qui se saigne aux quatre veines pour lui payer une boîte à Bac à Paris.

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Primo veut du fric, Primo veut des filles. Cette fois-ci, il a jeté son dévolu sur Gabrielle, la plus jolie blonde du lycée, qui balade son air d’indifférence sur la vie. Il se fait donc passer pour un gosse de riche, pour conquérir celle qu’il aime. Il trime pour cela : avoir la bonne marque de mocassins, le pull Burberry qui va bien, demande tous les petits boulots possibles et imaginables. Dur, dur, d’être riche ! Et le bougre mythomane, qui s’est inventé, pour l’occasion, un père célèbre photographe, arrive à intégrer la bande de jeunes giscardiens « BCBG », comme on disait à l’époque, et à séduire la douce et fuyante Gabrielle.

La singularité de ce film, c’est qu’il ne s’inscrit dans aucun genre. Les codes du teen-movie, de la comédie italienne, du feel good movie circulent sans qu’aucun ne prenne vraiment le dessus. C’est un film aérien, ou aéré. On y aborde très finement les rapports de classes, sans aucun militantisme, ni complaisance. Déjà, il est surprenant qu’un film sur l’élection de Mitterrand soit presque uniquement focalisé sur une bande de jeunes giscardiens, qui ont d’ailleurs accueilli la nouvelle avec nonchalance.

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Tous les personnages sont à leur place socialement, sauf Primo : ses potes giscardiens, son voisin de palier maghrébin qui milite à gauche, et même son père, modeste commerçant d’origine italienne, avec son racisme ordinaire et sa colère contre la suppression de la peine de mort… Primo, on ne sait pas ce qu’il veut mais on sait ce qu’il ne veut pas. Fabriquer des bouquets de mariées dans une sinistre bourgade de province, comme son père, n’est clairement pas dans ses ambitions. Il veut danser, être amoureux, se laisser vivre. Mais c’est anachronique, les Trente Glorieuses sont finies et les lendemains ne chanteront pas longtemps.

J’aime regarder les filles est un mélange de comédie italienne dans une atmosphère qui évoque la Nouvelle Vague. On pense évidemment au Fanfaron de Dino Risi. Et Primo en fait un fameux, de fanfaron. Il parie une bouteille de Champagne avec un prof qu’il aura son Bac malgré ses mauvais bulletins ? Il l’obtient. Il est capable de faire des gestes fous, alors qu’il est empreint de maladresse. Primo, qui aime tant regarder les filles, badine avec l’amour, et ne regarde évidemment pas la bonne.

Auschwitz mon amour

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D.R

Un film indien, diffusé sur la plateforme de streaming d’Amazon, est accusé de pervertir de manière extravagante la Shoah.


Bollywood, normalement connu pour ses mélodrames et comédies musicales, suscite aujourd’hui la polémique à travers un film qui est accusé de banaliser la Shoah. Le scénario de Bawaal, sortie sur Amazon Prime en juillet, utilise le camp de concentration d’Auschwitz en toile de fond pour illustrer les problèmes relationnels que traverse un couple. Mettant en vedette des acteurs bien connus, la comédie dramatique de Nitesh Tiwari raconte la vie d’un professeur d’histoire incompétent et narcissique qui ne supporte plus de gérer les crises épileptiques de sa femme. Obligé d’afficher son enthousiasme pour l’étude de l’histoire, il part avec son épouse pour un voyage en Europe où la visite des sites importants de la Seconde Guerre mondiale, y compris les camps de la mort, permet au couple de retrouver les émois de sa première rencontre. « Chaque relation passe par son Auschwitz », proclame une des répliques du film.

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De quoi ulcérer le Centre Simon Wiesenthal qui a exhorté la plateforme de streaming à supprimer Bawaal, accusant la production indienne de « pervertir de manière extravagante l’Holocauste et de présenter le génocide des Juifs comme un complot ».« Auschwitz n’est pas une métaphore. C’est l’exemple par excellence de la capacité de l’homme à faire le mal », a déclaré le rabbin Abraham Cooper dans un communiqué. Piqué au vif, le cinéaste assure avoir réalisé son film avec beaucoup « d’amour, de soin et de bonnes intentions », regrettant que le public n’ait pas la même sensibilité face aux productions britanniques qui évoquent l’Inde. Le film n’a pourtant pas bénéficié d’une bonne critique dans un pays où la Shoah figure à peine dans les manuels d’histoire et où Mein Kampf, traduit dans un grand nombre des multiples idiomes du sous-continent, est un best-seller.

Jésus en littérature

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D.R.

Deux écrivains, à 100 ans d’intervalle, ont pris Jésus comme personnage principal de leur roman. Et chacun le revisite à sa manière, peu orthodoxe il est vrai, mais passionnante cependant. La littérature montre qu’on peut interpréter l’histoire et la vocation d’un homme considéré par les chrétiens comme étant le Fils de Dieu, sans être « sacrilège » pour autant. À l’heure où l’on justifie le fait qu’un écrivain retenu pour le prix Goncourt ait eu recours à un sensivity reader en estimant que la littérature n’a pas à blesser des gens, il est plaisant de découvrir ces deux Jésus à taille humaine.


Un siècle les sépare. L’homme qui était mort, dernier livre de D.H. Lawrence, parait en 1929. Le bâtard de Nazareth, de Metin Arditi, écrivain francophone suisse d’origine turque, voit le jour en 2023. L’un prend Jésus à la fin, au fond de son sépulcre où on le croit mort et qui ne l’est pas tout à fait. L’autre situe le sens de sa mission avant sa naissance, dans sa conception même.


Commençons par le plus récent. Inspiré des travaux de Daniel Marguerat, professeur à la faculté de théologie de Lausanne, ce titre ou plutôt ce mot de « bâtard » qui peut sembler provocateur n’a pas vocation à l’être, mais à éclairer autrement que de manière canonique un « mamzer » (Marie ayant ici été abusée par un Romain et recueillie par Joseph), relégué par la Loi juive, et qui n’aura de cesse de vouloir revenir à l’Esprit de la Loi contenu dans le Lévitique (chapitre 19, verset 18) ; où on trouve pour la première fois le commandement : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même », afin qu’exclus en tous genres ne le soient plus. Pour autant, il n’est pas question de rompre avec la « famille originelle ». « La Loi juive est tout entière de charité. Je ne veux pas l’abolir, le comprends-tu ? Je veux réformer et tu veux révolutionner », dit Jésus à Judas, lui aussi un « mamzer » et qui voudrait davantage trancher le lien avec ceux qui les réprouvent.

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Déchiré entre son attachement à la Loi, à son peuple, à la promesse faite à Joseph avant la mort de celui-ci, et le besoin impérieux de restaurer la dignité de ceux que la Loi exclut ; comprenant, d’un côté, la nécessité qu’a un peuple qui veut durer de ne pas abolir un principe fondamental (la filiation), mais éprouvant avec la même force le besoin pour les rejetés de ne pas l’être, le Jésus d’Arditi accomplit moins « l’outre-Loi » qui mène à la foi selon St-Paul, qu’il ne fait retour, à la façon des protestants plus tard, au message originel. « Il faut retrouver l’Esprit de nos Lois, plutôt que s’accrocher au sens étroit et vinaigré des mots. »

Ce Jésus-là ne veut en aucun cas faire sécession et fonder une nouvelle secte, contrairement à Judas auquel Metin Arditi fait jouer un rôle proprement stupéfiant ; une trahison certes, mais d’une tout autre nature que celle habituellement retenue… Et Jésus mourra sur la croix et ira au sépulcre.

Sépulcre où l’on retrouve le Jésus de D.H. Lawrence un siècle plus tôt, qui se réveille dans son linceul, presque mort mais presque seulement. Chancelant, il réussit à s’en extraire, à passer devant les soldats romains endormis, et à se faire abriter par des paysans tout en restant à distance d’eux, comme il restera désormais à distance de tous les hommes : « Je les vis tels qu’ils étaient, limités, maigrement vivants, sans aucune splendeur d’attitude, de courage. » Il leur reconnaît cependant ce minimum d’empathie qui lui permettra de revenir lentement, très lentement à la vie. Du moins, à la vie organique jusqu’à pouvoir tenir debout et s’en aller. Ce Jésus-là est passé par la mort, pas seulement parce qu’il l’a frôlée de très près, mais par toutes les blessures infligées et par son propre consentement qu’il va remettre en question «  J’ai été mis à mort, mais je me suis prêté au meurtre... », tout en reconnaissant à sa « descente aux enfers » la possibilité de naître une seconde fois ; d’être l’homme re-né : « Mais ma mission est achevée et mon enseignement est terminé, et la mort m’a sauvé de mon propre salut », dit-il à Madeleine qui voudrait le voir revenir parmi eux.

Néanmoins, c’est avec une amertume certaine et un regard acéré sur lui-même qu’il considère celle-ci : « Et moi, dans ma mission, je me suis précipité dans l’excès. J’ai donné plus que je n’ai pris, et cela aussi est misère et vanité ». Renversement total de perspective : à ce pari qui lui semble soudain insensé va se substituer progressivement une autre révélation : « L’homme qui était mort regarda nûment la vie ; il vit l’immense résolution qui, partout, se ruait comme la vague massive, puis subtile. »

Et c’est auprès d’une femme ; une prêtresse d’Isis, qui croit voir en lui Osiris revenu à la vie et réunifié, une femme qui attend depuis très longtemps l’homme qui enfin la touchera, que Jésus va entrevoir, incrédule, une résurrection inespérée : « Je vais de nouveau connaître la chaleur de la vie et je vais connaître la plénitude. Je serai chaud comme le matin. Je serai un homme. Se comprendre n’est pas nécessaire pour cela. Ce qu’il faut, c’est un pouvoir de renouvellement. Il y a en elle ce pouvoir. »

A lire aussi, Jacques-Emile Miriel: Sylvia Plath: le mal de vivre comme œuvre d’art

Et l’homme qui était mort va consentir à l’étreinte décrite avec une ferveur rarement atteinte. Ce récit court, écrit comme une parabole,  nous offre une splendeur. D.H. Lawrence, au bord de la mort lui-même, nous lègue un testament solaire. Et surtout, il rend à éros sa puissance et sa spiritualité oubliées.

L’un, a connu le puritanisme victorien anglais, fut « crucifié » pour un roman considéré comme pornographique et qui jamais ne le fut, lutta toute sa vie pour la « grande santé », l’être vraiment vivant et charnel et son rendez-vous cosmique avec le monde. L’autre, nous renvoie à des questions très actuelles, au déchirement qu’un Français (chrétien ou pas) d’aujourd’hui peut éprouver lorsqu’il veut à la fois protéger son peuple, son histoire, sa nation, et accepter en même temps le migrant, au nom de la charité mais avec le risque de la dissolution de sa propre identité.

L’homme qui était mort de D.H. Lawrence, Éditions Gallimard, collection l’imaginaire, 1929
Le bâtard de Nazareth de Metin Arditi. Éditions Grasset, 2023
Vie et destin de Jésus de Nazareth de Daniel Marguerat, Éditions du Seuil, 2019

L'Homme qui était mort

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Le bâtard de Nazareth: roman

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L’anti-Taliban: hommage au commandant Massoud

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Le commandant Massoud, Afghanistan, 1996 © FACELLY/SIPA Numéro de reportage : 00290915_000007

Son assassinat, le 9 septembre 2001, a été le prélude à deux événements d’importance mondiale : l’attentat du 11 septembre à New York et la lutte contre l’hégémonie des Talibans en Afghanistan, lutte qui s’est soldée en 2022 par le triomphe de ces fanatiques. Le commandant Massoud est l’objet d’une cérémonie de commémoration à Paris, ce dimanche 10 septembre, dans les jardins des Champs-Élysées. Notre contributeur y prendra la parole pour lui rendre hommage…


Le  9 septembre 2023 marque le 22ème anniversaire de la mort du légendaire Commandant Massoud, assassiné par des terroristes islamistes d’Al Qaïda. Il avait lutté héroïquement pour la liberté de son pays, l’Afghanistan, d’abord contre l’invasion soviétique, ensuite contre la barbarie obscurantiste des Talibans. Par cette commémoration publique, ce dimanche 10 septembre, sur les Champs-Elysées de Paris, nous rendons hommage à cet homme de paix, féru de culture démocratique.

C’était le 9 septembre 2001 : ce jour-là, il y a vingt-deux ans, Ahmed Chah Massoud, commandant du Front Islamique et National pour le Salut de l’Afghanistan ainsi que de la légendaire « Alliance du Nord », était lâchement assassiné, deux jours avant les abominables attentats du World Trade Center de New York, par deux terroristes d’Al-Qaïda : deux djihadistes tunisiens, soi-disant journalistes, venus expressément, pour l’abattre, de Belgique et, plus précisément encore, de la tristement célèbre commune de Molenbeek, d’où, par ailleurs, furent également originaires les auteurs des attentats de Paris, le 13 novembre 2015, et de Bruxelles, le 22 mars 2016. D’ailleurs, le procès des auteurs des attentats bruxellois a lieu ces jours-ci.

Héros de la résistance : contre les Soviétiques puis les Talibans

Car l’iconique commandant Massoud, que l’on surnommait le « Lion du Panchir » en raison de ses actes de bravoure sur le plan stratégique et militaire, ne fut pas seulement, dans les années 1980, le héros de la résistance contre l’invasion de l’armée soviétique, qu’il finit par vaincre à la tête de ses fidèles moudjahidines. Il fut aussi, et peut-être surtout, celui qui lutta le plus ardemment et le plus efficacement, contre ces « religieux » fanatiques que sont les Talibans. Ces mêmes Talibans qui, après avoir pris Kaboul le 15 août 2021, suite au départ en catastrophe des troupes américaines, règnent aujourd’hui en maîtres, terrorisant la population afghane et d’abord les femmes, ayant instauré, pour le plus grand malheur de ses habitants, l’obscurantiste, cruelle et pseudo-loi islamiste de la charia.

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Esprit démocratique et homme de paix : un exemple d’humanisme

Ainsi, comment, à l’heure où le peuple afghan ploie à nouveau sous l’impitoyable férule de ces fous d’Allah, ne pas rendre hommage à ce brave d’entre les braves, véritable esprit démocratique et authentique homme de paix, que fut Ahmed Shah Massoud, qui s’est littéralement sacrifié pour son peuple ?

Massoud au Panchir, de père en fils

C’est son propre fils, le jeune mais vaillant Ahmad Massoud, qui, prenant exemple sur son admirable père, a repris aujourd’hui les rênes de la résistance aux Talibans, dans cette même vallée du Panchir, seule portion territoriale d’Afghanistan qui, avec celle de l’Andarab, soit encore relativement libre – les aguerries et nécessaires. Honneur, donc, aux Massoud père et fils avec toute notre gratitude !

Un garçon réalise une corvée sur les hauteurs de Kaboul, Afghanistan, 11 septembre 2021 © Felipe Dana/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22604569_000002

Zendabad Afghanistan ! (vive l’Afghanistan libre !)

Car ce n’est pas seulement pour la liberté de son pays, ni la dignité de son peuple ou la sauvegarde de sa culture, que se bat Ahmad Massoud, animé lui aussi par cette inébranlable foi en l’homme qui caractérisa jadis si bien son illustre père. Digne héritier de ce dernier, il se bat également, et peut-être surtout, pour la civilisation dans son ensemble : cette civilisation qui, en Occident comme en Orient, fonde, par-delà les différences de croyance, d’ethnie, de langue ou de nationalité, tout humanisme digne de ce beau nom.

Gloire, donc, à Massoud, père et fils : ces deux braves avec lesquels il me vient aujourd’hui l’irrésistible envie de clamer aussi haut et fort, comme un seul homme avec ce nouveau peuple martyr mais non point soumis, « Zendabad Afghanistan ! » : un cri de ralliement et, espérons-le, de future victoire, signifiant, en bon français, « Vive l’Afghanistan ! » Clamons haut et fort notre indéfectible soutien, nous qui sommes attachés aux imprescriptibles valeurs de l’universalisme, au brave et courageux peuple d’Afghanistan, innocente victime de la barbarie obscurantiste de ces infâmes suppôts du terrorisme international que sont également, contre les démocraties du monde entier (occidentales et autres), les Talibans. Vive l’Afghanistan libre, moderne, tolérant et démocratique !

Afghanistan : Chronique de la Résistance

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HOMMAGE PUBLIC AU COMMANDANT MASSOUD, 10 SEPTEMBRE, SUR LES CHAMPS-ÉLYSÉES DE PARIS. Cet événement historique, organisé par l’association culturelle afghane « Azadi » (signifiant, littéralement, « Liberté »), proche de la résistance dans les mythiques vallées du Pandjchir et de l’Andarab, a lieu ce dimanche 10 septembre, de 13h à 17h, en plein centre de Paris, sur la bien nommée allée du Commandant Massoud, située non loin de la place de la Concorde, dans les jardins des Champs-Élysées…

Petit manifeste pour le droit à la continuité historique

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Image d'illustration Unsplash

Partout, notre histoire nationale s’impose par la majesté de ses monuments et de ses œuvres. Mais, la cancel culture intime l’ordre de détourner le regard, et de débouler certains de ses morceaux d’architecture…


Pour composer un sentiment national, la IIIème République convoqua des figures allégoriques qui incarnent la personnalité de la France. Il faut se souvenir avec émotion de la lettre de Jean Jaurès aux instituteurs qui avaient entre leurs mains « l’intelligence et l’âme des enfants » : « Ils sont Français et ils doivent connaître la France, sa géographie et son histoire : son corps et son âme. Ils seront citoyens et ils doivent savoir ce qu’est une démocratie libre, quels droits leur confère, quels devoirs leur impose la souveraineté de la nation. Enfin ils seront hommes, et il faut qu’ils aient une idée de l’homme, il faut qu’ils sachent quelle est la racine de toutes nos misères : l’égoïsme aux formes multiples ; quel est le principe de notre grandeur : la fierté unie à la tendresse ». Sur cet hymne à la continuité historique, Bérénice Levet prévient que « nul, à proprement parler, ne se retrouve dans la vie de Saint Louis, de Jeanne d’Arc, de Napoléon, mais chacun y trouve en revanche l’étoffe dans laquelle est taillée l’histoire de France. Et c’est en assimilant son épopée, ses discours, ses échecs et ses erreurs aussi, et non le sexe, la sexualité, la couleur de peau de ses acteurs, que l’on devient français »[1]. Elle rappelle la nécessité existentielle d’un enseignement de l’histoire-récit, que soutenait déjà Fernand Braudel. C’est seulement pour qui n’est plus enfant que l’autre histoire, critique, peut prévaloir[2].

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Mieux qu’une race, une nation

Le récit national satisfait donc au « besoin d’enracinement » qui, comme l’a prodigieusement énoncé la philosophe Simone Weil, est « le plus important et le plus méconnu de l’âme humaine »[3]. Privé de sa filiation historique, l’individu se dissout dans le communautarisme, projection collective de lui-même, alors que « le peuple français est un composé. C’est mieux qu’une race, c’est une nation » (Jacques Bainville, Histoire de France). Le citoyen s’échappe alors de lui-même comme le suggère Romain Gary, « je n’ai pas une goutte de sang français, mais le France coule dans mes veines ». Ce patrimoine immatériel a aussi donné naissance à « l’amour courtois » qui, confinant au marivaudage cache le désir des hommes, mais jette un interdit sur les violences envers les femmes. Se départir de cette prévenance n’annonce pas des temps meilleurs mais le crépuscule d’un modèle à nul autre pareil. La littérature[4], et même les contes de fées, instruisent sur la complexité des rapports humains et sociaux, sur les subtilités des relations amoureuses. Ils aident à dénouer l’écheveau formé par les vicissitudes de nos vies. L’ambition et l’amour foudroyés de Julien Sorel, le désir inassouvi d’Emma Bovary d’accéder à une vie romantique, offrent une grille de lecture des passions et des contraintes sociales qui forment les esprits. Le geste criminel de Thérèse Desqueyroux peut-il recevoir le pardon de l’époux qu’elle tenta d’empoisonner ? La réponse est dans l’analyse fine des singularités. C’est la valeur esthétique de la littérature et la mission heuristique du droit. Bruno Bettelheim, loin de considérer que les contes de fées instituent une « culture du viol », que les néo-féministes assimilent à un continuum entre la galanterie, la goujaterie et l’agression sexuelle, voit en eux une réponse aux angoisses des enfants en les éclairant sur les épreuves de la vie, et sur les efforts à fournir pour les vaincre[5]. Ils participent ainsi de l’œuvre civilisatrice dont il advient « qu’un homme ça s’empêche »[6].

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Marc Bloch avait déjà anticipé la tendance séditieuse en soutenant « qu’il est deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l’histoire de France, ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims ; ceux qui lisent sans émotion le récit de la fête de la Fédération » (L’Etrange défaite). Si l’histoire se répète toujours deux fois, la cancel cuture serait alors la farce et non la tragédie puisqu’elle n’a rien d’inéluctable comme la force du destin. Mais, son dessein est funeste car il fabrique des déshérités, devenus étrangers à leur propre culture, des esprits perméables à l’endoctrinement et avides de « bien-pensance » et du « prêt-à-penser » sur le marché des idées-reçues. Cette passion triste est à rebours de la composition française qui, vécue non sans heurts, est décrite par l’historienne Mona Ouzouf[7].

Le peuple et l’esprit français ne veulent pas mourir

L’entreprise de décomposition, dont il n’est pas certain qu’elle soit un produit de la french theory, tellement les philosophes de la déconstruction (Derrida, Deleuze et Foucault)[8] se sont affranchis des identités et de l’empire du sujet, se heurte à l’esprit français de résistance encore à l’œuvre. Il est d’abord celui du citoyen ordinaire confronté à « l’insécurité culturelle », dont la seule évocation fait craindre le procès en populisme, instruit contre la revendication du droit à la continuité historique. Il est également, celui de ces esprits éclairés, parfois dissidents, qui sont le sel de la cité. Cet esprit traduit la volonté d’un peuple de ne pas mourir[9]. Contre lui se dressent la marche forcée vers le wokisme, la contestation du principe de laïcité et le gouvernement des juges contre l’Etat de droit. Ces forces centrifuges auront-elles raison du ciment qui lie la nation ?

Le droit à la continuité historique s’inscrit dans un ensemble plus vaste contenu dans le modèle anthropologique. Or, les dangers qui menacent celui-ci, affectent celui-là. Les idéologies post-modernes ont pour dénominateur commun la négation du genre humain. Sa narration déploie les discours de l’antispécisme, des théories du genre (gender studies) et du racialisme. Ces deux derniers consacrent le phénomène de l’assignation identitaire[10].

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L’antispécisme soutient l’idée que l’humanité et les animaux sont composés d’individus appartenant à la même espèce. Mais, le postulat d’un statut moral commun aux êtres sensibles se heurte à une aporie. En effet, il rabaisse le genre humain autant qu’il engage sa responsabilité sur le devenir du vivant. Or, cette opération n’est pensable qu’en vertu d’une conscience proprement humaine qui anéantit le prérequis antispéciste. L’éradication de la maltraitance animale et la protection de l’environnement, ne doivent pas dépendre de cette idéologie. Le racialisme à l’inverse, réintroduit l’idée de race dans la sphère publique. Les théories du genre dissocient le sexe biologique assigné à la naissance et l’identité de genre jusqu’à l’incitation au changement de sexe chez les adolescents souffrant par exemple d’un trouble de l’identité, de dysphorie de genre. Cette séquence ouvre un scandale sanitaire à venir comme le prévient l’observatoire de la petite Sirène. Arrivé à maturité psychique certains jeunes adultes regrettent leur choix irréversible… Si leur apparence est modifiée, ils n’ont pas réellement changé de sexe, car l’artefact chirurgical et hormonal se heurte à la réalité biologique. Ils se retrouvent alors mutilés. Ne pas dévaler cette pente ne désarme en rien le combat légitime contre les discriminations.

Le grand renversement

Ces théories opèrent un renversement de paradigmes et engagent la lutte contre les dominations occidentales en désignant pour cible le « mâle hétérosexuel blanc ». Sonnent-elles le glas de l’ère judéo-chrétienne, illustrent-elles ce que Chantal Delsol nomme la Fin du christianisme ?

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En d’autres termes, la continuité historique résistera-t-elle au processus de la double inversion que l’auteure met en évidence : « inversion normative menée sous l’égide de la culpabilité, ce qui la rend violente et pleine d’amertume »[11], substrat de « l’inversion ontologique » remettant en cause la signification et la place de l’homme dans l’univers[12]. Rien n’est moins sûr tellement notre histoire a tutoyé l’abime. La guerre de cent ans, les guerres de religions… jusqu’à l’occupation allemande et la collaboration, montrent combien la rhétorique de fin et de la décadence, traverse notre histoire.

Mais, au bord du gouffre, l’esprit de résistance a su s’imposer. Il faut avoir avec Bérénice Levet « le courage de la dissidence » pour promouvoir une recomposition autour des vérités du génie français incarné dans ses œuvres. Encore faut-il donner à l’aimer, et donc à le connaître dans son corps et dans son âme comme le voulait Jean Jaurès dans sa lettre adressée aux instituteurs.

Composition française: Retour sur une enfance bretonne

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[1] Bérénice Levet, Le courage de la dissidence. L’esprit français contre le wokisme, Edition de l’observatoire, 2022, p. 138

[2] Ibid. p.151.

[3] Simone Weil, L’enracinement. Prélude à une déclaration des devoirs envers l’être humain, Gallimard 1949, Folio essais 1990, p. 61

[4] Alain Finkielkraut, L’après-littérature, Stock, 2021 : le philosophe montre que l’idéologie a remplacé la pensée littéraire

[5] Bruno Bettelheim, Psychanalyse des contes de fées, Pocket, 1999

[6] A. Camus, Le premier homme, Gallimard, 1994, page 66. Voir également « La sagesse des mythes » Luc Ferry.

[7] Mona Ouzouf, Composition française. Retour sur une enfance bretonne, Gallimard, 2009

[8] Voir sur cette question : Après la déconstruction. L’université au défi des idéologies (Actes du colloque), O. Jacob, 2023 ; Jean-François Braunstein, La religion woke, Grasset 2022, p.18 et s.

[9] Laurent Bouvet, L’insécurité culturelle, Fayard, 2015 ; Christophe Guilluy, Les dépossédés, Flammarion, 2022

[10] Voir en ce sens Elisabeth Roudinesco, Soi-même comme un roi. Essai sur les dérives identitaires, Seuil, 2021

[11] Chantal Delsol, Les Editions du Cerf, 2021, p. 69

[12] Ibid. pages 81 et s

Quand la gauche française fait une syncope devant la Coupe du Monde de rugby

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L'acteur français Jean Dujardin lors de la cérémonie d'ouverture de la Coupe du monde de rugby, au Stade de France, 8 septembre 2023 © Thibault Camus/AP/SIPA

La cérémonie d’ouverture de la Coupe du Monde organisée sur notre sol ne visait pas à l’universalité, mais à montrer la particularité d’un sport et la façon dont il s’inscrit dans notre identité nationale. De nombreux journalistes et personnalités progressistes ont estimé que tout cela sentait très mauvais.


Il est peu dire que la cérémonie d’ouverture de la Coupe du Monde de rugby a fait couler beaucoup d’encre ! Jamais avare en commentaires de femme au bord de la crise de nerfs, Sandrine Rousseau a fait part de sa « honte », avant que Libé ne lui emboîte le pas en dénonçant une « France rance ». Samuel Gontier, qui se définit lui-même comme un journaliste de canapé pour Télérama, de nouveau victime d’une « glissade intersectionnelle », s’est de son côté demandé si Eric Zemmour avait été à l’origine de la conception des festivités.

Ma France, mon pinard, mon cochon

Mieux encore, plus fort, plus hystérique, cet article de l’inénarrable William Perreira dans les colonnes de 20 Minutes : « Ma France, mon pinard, mon cochon. Plus fâcheux encore, la cérémonie qui, paraît-il, célébrait l’art de vivre à la française, n’est pas vraiment inclusive. Ici un manque de représentativité, là-bas des symboles désuets, comme le magnifique jambon de pays apparu à plusieurs reprises à l’écran, limite ostentatoire. On frôle parfois la version chorégraphiée du meme rétrograde « Ma France, mon pinard, mon cochon » ».

Fallait-il, pour complaire à des gens qui se moquent habituellement du rugby comme de leur dernière chemise, confier l’organisation de la cérémonie à l’équipe de Drag Race France plutôt qu’à Jean Dujardin ? Ou, comme je l’ai directement répondu à Sandrine Rousseau sur Twitter, ajouter quelques figurants pour rejouer les émeutes de Sainte-Soline, un ou deux transsexuels, un rodéo de minis motos en hommage aux « victimes de la police », deux trois rappeurs pour faire bonne mesure, et un haka en non mixité choisie menée par Mathilde Panot et Raquel Garrido vêtues en Vahinés post-modernes ?

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J’ai même fini par me demander si les habitants du sud-ouest de la France n’étaient pas pris pour des ploucs à cacher dans l’arrière-boutique de la maison France, avec leur rugby et leurs férias d’un autre âge. Serions-nous de trop dans ce paysage « inclusif » et bienveillant qu’entendent nous dessiner madame Rousseau et ses amis ? Qui s’est jamais véritablement intéressé à une ouverture de Coupe du Monde de Rugby ? Il est absolument grotesque de comparer cela, ne serait-ce que sur le plan des moyens financiers et de l’exposition médiatique, à la cérémonie d’entrée des Jeux Olympiques de Londres en 2012, comme s’y sont risqués certains internautes…

Présent pas fédérateur

Le vrai enjeu d’une telle compétition est le jeu. Oui, le rugby est un sport de niche qui est aimé de tous les Français mais très ancré historiquement dans les campagnes et le terroir du quart sud-ouest de la France. Au niveau international, il est surtout pratiqué dans les pays du Commonwealth. En quoi cela dérange qui que ce soit ?

Les réactions de toutes ces pleureuses étaient si attendues et caricaturales qu’elles nous auraient presque donné envie de voir un duo entre Michel Sardou et Patrick Sébastien entonner « Pourvu que ça dure » devant un stade en ébullition : juste pour les faire causer un peu plus, qu’ils aient de bonnes raisons de pester et de mépriser les Français qui ont le malheur de ne pas être encore totalement éveillés à leurs désirs de déconstruction de notre culture. Si cette France « sépia » qui sent la « naphtaline » séduit encore autant, c’est bien parce que notre présent n’est pas fédérateur.

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La cérémonie n’était certes pas parfaite, l’homme coq sûrement ridicule et la Marseillaise en canon proprement massacrée, mais au moins mettait-elle en avant une image qui bien qu’idéalisée n’en restait pas moins fidèle à certains grands permanents de la culture rugbystique française. Elle ne visait pas à l’universalité mais à montrer la particularité d’un sport et la façon dont il s’inscrit dans notre identité nationale. Oui, il est dommage que l’identité de la France se réduise au folklore festif, mais c’est bien parce qu’il s’agit du dernier domaine de fierté autorisé…

Les critiques sont d’ailleurs les premiers à s’afficher sur Instagram avec une planche de charcuterie et un ballon de rouge en terrasses au Pays Basque… Ils sont tout simplement bien souvent hypocrites. Leur est étranger voire odieux « tout ce qui est terroir, béret, bourrées, binouis, bref, franchouillard ou cocardier » comme le disait déjà Bernard-Henri Lévy il y a quelques décennies. Et ils ne sont pas au bout de leur peine puisque cette équipe composée de deux tiers de joueurs nés en Aquitano-Occitanie, souvent dans de petites villes, pourrait bien gagner ce championnat et entraîner une vague de rugby mania… Les garçons préfèrent généralement le ballon ovale aux tutus. Vous ne faites pas les règles Sandrine.


Elisabeth Lévy sur Sud Radio : « Une partie de la gauche déteste tout ce qui est français et populaire ! »

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