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Denis Podalydès, les artistes de gauche commencent à me les briser menu

Denis Podalydès, un homme "engagé"


Denis Podalydès, les artistes de gauche commencent à me les briser menu
L'acteur Denis Podalydes à Venise, 4 septembre 2023 © Laurent VU/SIPA

Denis Podalydès est un artiste qui excelle dans son domaine, celui du théâtre et du cinéma. Il devrait s’en tenir à ça. Car, ce 27 septembre, sur le plateau de “C dans l’air”, il s’est révélé être un piètre commentateur politique. 


« Je suis le contraire d’un artiste engagé. Je suis un artiste dégagé. Je ne peux pas être engagé. À part la droite, il n’y a rien au monde que je méprise autant que la gauche. » Pierre Desproges.

Comme l’immense majorité des artistes, Denis Podalydès est de gauche. On le sait et on ne lui en tient pas rigueur – ses prestations sur la scène ou à l’écran font notre bonheur ; on oublie le reste. 

Il n’est venu à personne l’idée de lui balancer au visage, à chacun de ses appels à voter pour Ségolène Royal ou François Hollande, la triste histoire de la gauche française, ses turpitudes, ses trahisons et ses crimes depuis ses débuts, que nous daterons aux environs de 1792. Lui n’a pas hésité – quel courage ! et sur la télévision publique en plus ! quelle audace ! – à dénoncer le fascisme et l’extrême droite, et à réclamer à Marine Le Pen un acte de repentance. Il l’a fait avec la bêtise et l’ignorance qui caractérisent les interventions politiques et moralisatrices des artistes engagés. Et de gauche, forcément de gauche.

Denis Podalydès n’oublie pas l’histoire, lui

Tel un perroquet, il a babillé la même chanson que caquettent ses congénères théâtreux depuis que la gauche est tombée, pour ne plus jamais en sortir, dans la potion lepéno-fasciste concoctée par François Mitterrand et les socialistes dans les années 80 : « On laisse ce parti toujours prospérer, alors que c’est un parti qui n’a jamais fait son aggiornamento, jamais fait de repentance sur ses propres origines […] C’est toute l’histoire de l’extrême droite française, anti-démocratique, fasciste, et jamais Marine Le Pen n’a fait acte de repentance sur cette histoire-là. Donc, c’est-à-dire qu’elle assume toujours. C’est toujours un parti anti-démocratique. Oui, mais maintenant on dit : “oui mais si on rappelle le fascisme, ça n’a aucun effet”. C’est vrai mais c’est parce qu’il y a un oubli de l’histoire. Alors, devant ça, je ne sais pas exactement ce qu’il faut faire, pour contrer ça, pour qu’en 2027, on ne réédite pas quand même 2002. » Rappelons d’abord à l’acteur qui se plaint des défaillances historiques de tout un chacun que le fascisme a également été aux portes du pouvoir en 2017 et 2022.  Conseillons-lui ensuite, « pour contrer ça », de se taire, du moins lorsqu’il n’est pas sur les planches d’un théâtre, où il excelle. Car l’image de cet homme tentant, sous la douce férule de Patrick Cohen, de parler de la politique française en général et du RN en particulier, est cruelle et dégradante. On sent pourtant que l’artiste aimerait dire quelque chose d’intelligent, quelque chose d’original sur le fascisme et l’extrême droite. Puisant dans son expérience de comédien la gestuelle et le ton de l’homme mesuré qui sait de quoi il parle, le voici qui déverse malheureusement un tombereau d’âneries et de platitudes mille fois rabâchées. Patrick Cohen et Anne-Élisabeth Lemoine boivent du petit lait : ce que dit Denis Podalydès est totalement stupide mais comme c’est pour « faire barrage » à l’extrême droite, tout est pour le mieux dans le plus guignolesque des mondes médiatiques.

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Aucun de ces deux journalistes ne corrigera par conséquent Denis Podalydès. Il y aurait pourtant eu des choses à dire ; en particulier, puisque le sujet semble lui tenir à cœur, sur les origines et l’histoire des différents mouvements et partis, et pas seulement le RN, qui composent le paysage politique français. Cela aurait pu commencer par les origines révolutionnaires, totalitaires et meurtrières de la gauche – celle qui guillotina à tour de bras, qui déclencha l’élimination génocidaire d’une partie de la population et inaugura les tribunaux révolutionnaires qui serviront de modèles aux purges soviétiques – celle dont se réclame explicitement l’extrême gauche actuelle. De même, l’histoire de la gauche quand il s’est agi de continuer et d’amplifier la colonisation tant décriée par la même gauche des décennies plus tard aurait pu être rappelée. Sans doute aurait-il également été utile d’évoquer l’attitude pour le moins équivoque d’un Parti communiste gêné aux entournures par le pacte germano-soviétique au début de la Seconde guerre mondiale – le départ sans retour pendant la guerre de Maurice Thorez en URSS, les démarches du PCF auprès des autorités allemandes pour obtenir la reparution de L’Humanité, la propagande de conciliation avec les « prolétaires et camarades allemands », etc. N’oublions pas les députés de gauche – hormis les communistes, exclus justement à cause du pacte germano-soviétique – qui votèrent les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain. Quant au seul François Mitterrand, suffisamment de livres ont été consacrés à son parcours politique sinueux, c’est le moins qu’on puisse dire, pour que nous n’en rajoutions pas. Nous pourrions continuer ainsi à noircir le tableau en omettant de rappeler qu’une autre gauche que celle de Jules Ferry déplora la poursuite d’une colonisation vouée à l’échec ; que des militants communistes, contredisant les décisions des cadres du Parti, s’engagèrent dès 1940 dans la résistance ; qu’il y eut quelques députés de gauche pour voter contre les pleins pouvoirs à Pétain ; et que de nombreux militants socialistes eurent du mal à digérer les révélations sur les amitiés douteuses et cependant indéfectibles de Mitterrand avec d’anciens cagoulards ou collaborationnistes avérés. L’histoire est pleine de ces subtilités qui rendent inopérantes les pseudo-vérités manichéennes des idéologues, et ridicules les assommantes leçons de morale des ignares.

Le plus étrange, et le plus bête, dans les propos de Denis Podalydès, est cette injonction au repentir faite à Marine Le Pen. À ce compte-là, et au vu du catalogue non exhaustif évoqué ci-dessus, c’est toute la classe politique qui devrait « faire son aggiornamento » et comparaître devant le tribunal de l’histoire ; histoire que le comédien, malgré sa crainte d’un « oubli de l’histoire », ne connaît visiblement pas. L’histoire récente elle-même semble lui échapper. Ce qui le conduit à proférer la plus grosse ineptie de la soirée, à savoir que le RN est un « parti anti-démocratique ». Bien des reproches peuvent être faits à ce parti – entre autres de promettre démagogiquement la retraite à 60 ans, d’avoir mis un bémol à ses critiques envers l’UE et l’euro ou d’adhérer maintenant comme tout le monde au dogme écologiste pro-GIEC – mais il est difficile, à moins d’être aveuglé par l’idéologie, de l’accuser de ne pas être démocratique. Son fonctionnement interne, son absence de remise en cause des résultats électoraux, son comportement dans l’hémicycle, et même le polissage de ses interventions sur les plateaux radiophoniques et télévisuels, tendent au contraire à montrer un parti plus enclin à respecter les règles démocratiques que celui de Jean-Luc Mélenchon et de ses séides. 

On ne fait pas de politique avec la morale…

Les artistes, ainsi que les sportifs, devraient cesser de donner des leçons de morale politique aux Français qui, non seulement ne leur en demandent pas tant, mais, de plus, se trouvent bien marris de ne plus pouvoir apprécier simplement des prestations artistiques ou des exploits sportifs régulièrement entachés par le souvenir d’une tribune les admonestant et leur indiquant pour qui ils doivent ou non voter. « Sans aller jusqu’à dire que je suis un homme de droite, je ne suis en tout cas pas de gauche : je ne peux pas supporter qu’on dise des conneries », déclarait Michel Audiard à qui nous emprunterons, pour conclure cette chronique, une de ses plus célèbres répliques. 

Refusant de paraître vieux jeu et encore moins grossier, le Français de la Pampa périphérique parfois rude reste toujours courtois… mais la vérité l’oblige à dire à Denis Podalydès et autres Antoine Dupont qu’ils commencent à les lui briser menu.

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Amateur de livres et de musique. Dernier ouvrage paru : Les Gobeurs ne se reposent jamais (éditions Ovadia, avril 2022).

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